{"id":5899,"date":"2017-03-11T22:13:11","date_gmt":"2017-03-12T03:13:11","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/laccent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:15","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:15","slug":"laccent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/laccent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens\/","title":{"rendered":"L\u2019accent des Qu\u00e9b\u00e9cois et celui des Parisiens"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">L&rsquo;accent des Qu&eacute;b&eacute;cois et celui des Parisiens<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=1592:l-accent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens&amp;Itemid=304#notes\"><sup>1<\/sup><br \/><\/a><\/h2>\n<h5>par Jean-Denis Gendron<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-bottom: 10px; margin-left: 10px; width: 200px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td class=\"mceVisualAid\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin26\/accent.jpg\" alt=\"accent\" width=\"200\" height=\"300\" title=\"L&rsquo;accent des Qu&eacute;b&eacute;cois et celui des Parisiens\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Deux grandes traditions phon&eacute;tiques se sont partag&eacute; la prononciation du fran&ccedil;ais au cours des XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cles : le bel usage et le grand usage. L&rsquo;une de ces traditions a laiss&eacute; des traces au Qu&eacute;bec, l&rsquo;autre s&rsquo;est incarn&eacute;e ultimement dans la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris. Les accents qu&eacute;b&eacute;cois et parisien, on le verra, sont d&rsquo;abord historiquement imbriqu&eacute;s avant d&rsquo;&ecirc;tre dissoci&eacute;s par la R&eacute;volution de 1789. Ce fait repr&eacute;sente le trait fondamental de l&rsquo;histoire de la prononciation du fran&ccedil;ais depuis le d&eacute;but du XVII<sup>e <\/sup>si&egrave;cle.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui met sur la piste de cette nouvelle vue des choses, ce sont les louanges unanimes des voyageurs sur la rectitude de la prononciation du fran&ccedil;ais au Canada pendant tout le R&eacute;gime fran&ccedil;ais (1608-1760), oppos&eacute;es aux s&eacute;v&egrave;res r&eacute;serves des voyageurs du XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle sur le m&ecirc;me accent : aux XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cles, tous s&rsquo;entendent pour dire qu&rsquo;on trouve au Canada une prononciation sans accent. Ainsi du P&egrave;re de Charlevoix, lorsqu&rsquo;il &eacute;crit en 1720<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\"><b>Les Canadiens, c&rsquo;est-&agrave;-dire les Cr&eacute;oles du Canada<\/b>, respirent en naissant un air de libert&eacute;, qui les rend fort agr&eacute;ables dans le commerce de la vie <b>&amp; nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre Langue. On ne remarque m&ecirc;me ici aucun Accent<\/b>.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">Ou encore le Su&eacute;dois Pehr Kalm en 1749, &agrave; la suite de son s&eacute;jour &agrave; Montr&eacute;al et &agrave; Qu&eacute;bec :<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\"><b>Langue fran&ccedil;aise.<\/b> Tous, ici, tiennent pour assur&eacute; <b>que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un fran&ccedil;ais plus pur qu&rsquo;en n&rsquo;importe quelle Province de France et qu&rsquo;ils peuvent m&ecirc;me, &agrave; coup s&ucirc;r, rivaliser avec Paris. Ce sont les Fran&ccedil;ais n&eacute;s &agrave; Paris, eux-m&ecirc;mes, qui ont &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s de le reconna&icirc;tre.<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">Ou bien, en 1757, le comte de Bougainville, parisien de naissance et d&rsquo;&eacute;ducation :<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faut convenir que, malgr&eacute; ce d&eacute;faut d&rsquo;&eacute;ducation, les Canadiens ont de l&rsquo;esprit naturellement; ils parlent avec aisance, ils ne s&ccedil;avent pas &eacute;crire, <b>leur accent est aussi bon qu&rsquo;&agrave; Paris<\/b>, leur diction est remplie de phrases vicieuses emprunt&eacute;es de la langue des sauvages ou des termes de marine, appliqu&eacute;s dans le style ordinaire [&hellip;]<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">Du d&eacute;but &agrave; la fin du R&eacute;gime fran&ccedil;ais (1608-1760), il n&rsquo;y a, pour les observateurs fran&ccedil;ais et &eacute;trangers, aucune note discordante sur la qualit&eacute; de l&rsquo;accent des Canadiens : on ne remarque chez eux aucun accent, et celui-ci est &laquo; aussi bon qu&rsquo;&agrave; Paris &raquo;.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais le ton change du tout au tout au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle : les voyageurs fran&ccedil;ais et &eacute;trangers qui abordent au Canada &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; Montr&eacute;al et &agrave; Qu&eacute;bec &ndash; trouvent alors que l&rsquo;accent canadien fait provincial, populaire, paysan m&ecirc;me. D&egrave;s 1810, avec l&rsquo;Anglais John Lambert, le ton est donn&eacute; :<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\"><i>The Canadians have had the caracter of speaking the purest French : but I question whether they deserve it in the present day<\/i>. (Cit&eacute; dans Gaston Dulong, 1966:5)<\/p>\n<p align=\"justify\">Les Canadiens, &eacute;crit-il, ont eu cette r&eacute;putation de parler le meilleur fran&ccedil;ais : mais se pose la question de savoir si aujourd&rsquo;hui [en 1810] ils m&eacute;ritent ce compliment.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Th&eacute;odore Pavie (1829-1830) : &laquo; [&hellip;] leur prononciation &eacute;paisse [&hellip;]. &raquo; (Dans M.-F. Caron-Leclerc : 116)<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=1592:l-accent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens&amp;Itemid=304#notes\">2<\/a><\/sup><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Isidore Lebrun (1833) : &laquo; la parole canadienne est tra&icirc;nante [&hellip;]. &raquo; (Ibid. : 100)<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Charles-H.-P. Gauldr&eacute;e-Boilleau (1861-1862) : &laquo; On tra&icirc;ne sur les voyelles comme si elles &eacute;taient marqu&eacute;es d&rsquo;un accent circonflexe. &raquo; (Ibid. : 160)<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Auguste Foubert (1875) : &laquo; La prononciation canadienne est dure et tr&egrave;s-accentu&eacute;e. &raquo; (Ibid. : 216)<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Georges Demanche (1885) : &laquo; [&hellip;] &agrave; entendre parler fran&ccedil;ais avec cette accentuation particuli&egrave;re &agrave; nos paysans [&hellip;]. &raquo; (Ibid. : 334)<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Th&eacute;r&egrave;se Bentzon (1889) : &laquo; [&hellip;] un fran&ccedil;ais plus fermement et plus lourdement prononc&eacute; qu&rsquo;il ne l&rsquo;est chez nous d&rsquo;habitude [&hellip;]. &raquo; (Ibid. : 448)<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">&Agrave; leur oreille, l&rsquo;accent canadien est jug&eacute; d&rsquo;une qualit&eacute; nettement inf&eacute;rieure.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Et pourtant, il ne s&rsquo;est &eacute;coul&eacute; que cinquante ans entre la rupture avec la France en 1760, alors que tout &eacute;tait identique, et le premier t&eacute;moignage du XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle (1810), o&ugrave; tout appara&icirc;t diff&eacute;rent. Cinquante ans, c&rsquo;est peu &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des transformations phon&eacute;tiques, surtout pour une langue sous haute surveillance comme l&rsquo;est la langue de la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s&rsquo;est de toute &eacute;vidence pass&eacute; quelque chose &agrave; Paris, un &eacute;v&eacute;nement majeur qui a boulevers&eacute; la situation phon&eacute;tique. Cet &eacute;v&eacute;nement, c&rsquo;est la grande R&eacute;volution de 1789. C&rsquo;est comme si la prononciation de la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris avait &agrave; ce moment-l&agrave; bascul&eacute; d&rsquo;un style de prononciation &agrave; un autre tout diff&eacute;rent. Et qu&rsquo;il y avait eu auparavant deux styles de prononciation.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Plac&eacute; sur cette piste, on est conduit &agrave; examiner les remarques des grammairiens. Qui font &eacute;tat en effet d&rsquo;un double style de prononciation pratiqu&eacute; par la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris, au cours des XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cles. En fait, plus pr&eacute;cis&eacute;ment, &agrave; partir de Vaugelas (1647), qui d&eacute;clare, &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;opinion de tous les autres grammairiens, que la bonne prononciation ne se trouve pas chez les avocats du Parlement de Paris, mais &laquo; veut que l&rsquo;on hante la cour &raquo;. C&rsquo;est la naissance et le d&eacute;veloppement des salons qui changent tout.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">En effet, &agrave; partir du moment (1615) o&ugrave;, pour la haute soci&eacute;t&eacute;, les salons sont devenus un mode de vie sociale o&ugrave; priment le bon go&ucirc;t et la mod&eacute;ration, il allait pour ainsi dire de soi que le mod&egrave;le de prononciation &laquo; emphatique et majestueux &raquo; du Parlement ne pouvait pas convenir. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a compris Vaugelas. Il a rendu ce service aux salons de leur d&eacute;finir une doctrine appropri&eacute;e, en leur conf&eacute;rant sous l&rsquo;autorit&eacute; de la cour &ndash; supr&ecirc;me habilet&eacute; &ndash; un prestige qui allait, d&egrave;s lors, s&rsquo;opposer au prestige des avocats et des magistrats du Parlement.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais ceux-ci ne vont pas l&acirc;cher prise. Et ils ont l&rsquo;appui des pr&eacute;dicateurs et des gens de th&eacute;&acirc;tre.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y aura d&egrave;s lors &agrave; Paris deux usages : le bel usage des salons et de la cour, qu&rsquo;on appellera aussi le style familier de la conversation, o&ugrave; la prononciation, selon le go&ucirc;t des dames, doit rester spontan&eacute;e, naturelle, exempte du faix de l&rsquo;effort articulatoire; et le grand usage pratiqu&eacute; dans le discours public &ndash; barreau, chaire, th&eacute;&acirc;tre &ndash; o&ugrave; la prononciation est dite soutenue, c&rsquo;est-&agrave;-dire travaill&eacute;e, cultiv&eacute;e par des exercices articulatoires, de fa&ccedil;on &agrave; prononcer avec force et pr&eacute;cision tous les sons du mot et de la phrase, surtout les consonnes.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les grammairiens vont alors noter avec constance et fid&eacute;lit&eacute; les prononciations propres &agrave; chacun des deux styles. Et ils feront ainsi jusqu&rsquo;&agrave; la R&eacute;volution.<\/p>\n<p align=\"justify\">&Agrave; titre d&rsquo;exemple, voici ce que les grammairiens fran&ccedil;ais disent touchant la prononciation du mot &laquo; froid &raquo; :<\/p>\n<blockquote>\n<p><b>fret\/froid<\/b> : &laquo; on dit <b>dans le discours familier<\/b>, il fait grand fraid, le fraid [fr&egrave;] et le chaud. <b>Mais en preschant, en plaidant, en haranguant, en d&eacute;clamant,<\/b> je dirois le froid [fro&egrave;], les froids, les froideurs, M&eacute;nage (584) [1672] ; [&hellip;] froid se prononce en &eacute; ouvert <b>dans le discours familier : dans le discours soutenu<\/b>, il prend le son o&egrave;, Buffier 841 [1709], Antonini 53 [1753], Harduin 9 [1757], [&hellip;] froid se prononce de diff&eacute;rentes mani&egrave;res &ldquo; m&ecirc;me par des personnes lettr&eacute;es, &rdquo; Cherrier 37 [1766].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">On prononce <b>fraid<\/b> [fr&egrave;] dans le discours familier des salons et de la cour; on prononce <b>froid<\/b> [fro&egrave;] dans le discours public ou soutenu des avocats, des pr&eacute;dicateurs, des com&eacute;diens.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">On voit bien alors que ce qui est commun &agrave; Qu&eacute;bec et &agrave; Paris aux XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cles, c&rsquo;est la prononciation du <b>style familier du bel usage<\/b>. On disait, de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique : &laquo; le pain est su la table &raquo; ; &laquo; i sont venus avec leux valets &raquo;; &laquo; donnez-moi mon moucho&eacute; &raquo;; &laquo; i porte un habit neu &raquo;; &laquo; il aurait du s&rsquo;escuser pour s&rsquo;&ecirc;tre ainsi ostin&eacute; &agrave; ne pas vouloir siner le contrat, ce n&rsquo;&eacute;tait pas ben adret de sa part &raquo;, etc. Les remarques des grammairiens sont remplies de ces formes qui donnent sa figure propre au style familier, souvent proche de la prononciation populaire, comme le fait remarquer l&rsquo;historien de la langue fran&ccedil;aise cultiv&eacute;e, Alexis Fran&ccedil;ois. <\/p>\n<p>Mais avec la R&eacute;volution de 1789, tout va changer. <b>La grande bourgeoisie<\/b> prend le pouvoir et, avec elle, triomphe le mode de prononciation du grand usage appris dans les coll&egrave;ges, o&ugrave; l&rsquo;on enseignait la prononciation dite soutenue. C&rsquo;est une r&eacute;volution phon&eacute;tique qui accompagne la r&eacute;volution politique. Par ce changement de paradigme phon&eacute;tique, on peut dire avec Alexis Fran&ccedil;ois que la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris passe au stade d&rsquo;une prononciation &laquo; cultiv&eacute;e &raquo;, qui est le fait de gens instruits accordant une attention r&eacute;fl&eacute;chie au mode articulatoire et &agrave; la pl&eacute;nitude phon&eacute;tique du mot, o&ugrave; toutes les consonnes sont d&eacute;sormais fermement prononc&eacute;es. Comme le dit Alexis Fran&ccedil;ois<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=1592:l-accent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens&amp;Itemid=304#notes\">3<\/a><\/sup>:<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">&laquo; Par toute cette discipline [articulatoire], c&rsquo;est un idiome particulier qui se maintient dans la prose et dans les vers, de l&agrave; passe dans la conversation des gens instruits, et accentue l&rsquo;&eacute;cart entre la langue populaire et la langue cultiv&eacute;e &raquo;.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">La nouvelle prononciation de la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris sera appel&eacute;e la &laquo; prononciation bourgeoise &raquo;. Elle l&rsquo;emportera d&eacute;finitivement sous la Restauration et la monarchie de Juillet, et elle sera qualifi&eacute;e par les grammairiens de l&rsquo;&eacute;poque (Sophie Dupuis et Paul Ackermann) de &laquo; dialecte qui doit faire la loi pour la prononciation : il est le plus riche, le plus cultiv&eacute; et le plus beau &raquo;.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=1592:l-accent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens&amp;Itemid=304#notes\">4<\/a><\/sup><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les qualit&eacute;s &eacute;clatantes du nouvel accent de Paris nous permettent de mieux comprendre les s&eacute;v&egrave;res remarques des voyageurs du XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle sur l&rsquo;accent des Canadiens. C&rsquo;est &agrave; l&rsquo;aune de ce nouvel accent qu&rsquo;&eacute;tait maintenant jug&eacute; leur vieil accent. Le changement de paradigme phon&eacute;tique avait eu cet effet de r&eacute;duire la prononciation de l&rsquo;ancien style du bel usage au rang de prononciation provinciale, ou encore populaire, m&ecirc;me paysanne, comme certains voyageurs en font la remarque. Car, comme le dit Alexis Fran&ccedil;ois, ce qui &eacute;tait de bon style avant la R&eacute;volution sera du plus mauvais style apr&egrave;s celle-ci :<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">&laquo; <b>On le leu dira su le soir<\/b>, fut une phrase exclusivement populaire &raquo;.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=1592:l-accent-des-quebecois-et-celui-des-parisiens&amp;Itemid=304#notes\">5<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">La R&eacute;volution phon&eacute;tique avait &eacute;t&eacute; profonde, totale, rejetant dans l&rsquo;ombre tout ce qui, en France (les provinces) et au Canada, s&rsquo;&eacute;loignait de la nouvelle prononciation. C&rsquo;est la haute soci&eacute;t&eacute; qui avait fait la r&eacute;volution, en l&rsquo;occurrence <b>la grande bourgeoisie<\/b>; c&rsquo;est elle qui donnait le ton, cr&eacute;ant un mod&egrave;le de prononciation auquel il &eacute;tait d&eacute;sormais difficile de ne pas se conformer.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">La prononciation qu&eacute;b&eacute;coise traditionnelle &#8211; d&rsquo;avant la R&eacute;volution tranquille &#8211; a donc pour socle, pour fondement, les habitudes articulatoires et phon&eacute;tiques propres au style familier du bel usage. Ce qui a pour effet de l&rsquo;opposer aux habitudes articulatoires et phon&eacute;tiques du style soutenu, perp&eacute;tu&eacute;es depuis la R&eacute;volution de 1789 comme style courant, quotidien, de parole, dans la prononciation bourgeoise de la haute soci&eacute;t&eacute; de Paris.<\/p>\n<hr id=\"null\" \/>\n<h6 class=\"sdendnote\"><a title=\"notes\" name=\"notes\"><\/a>1 Gendron, Jean-Denis, D&rsquo;o&ugrave; vient l&rsquo;accent des Qu&eacute;b&eacute;cois? Et celui des Parisiens? Essai sur l&rsquo;origine des accents, Qu&eacute;bec, Les Presses de l&rsquo;Universit&eacute; Laval, 2007, XXIII &ndash; 287 p. <a href=\"http:\/\/www.pulaval.com\/catalogue\/vient-accent-des-quebecois-celui-des-9086.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.pulaval.com\/catalogue\/vient-accent-des-quebecois-celui-des-9086.html<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;2 Caron-Leclerc, Marie-France, Les t&eacute;moignages anciens sur le fran&ccedil;ais du Canada (du XVIIe au XIXe si&egrave;cle) : &eacute;dition critique et analyse, th&egrave;se de doctorat d&eacute;pos&eacute;e &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; Laval de Qu&eacute;bec, 1998, 863 p.<\/p>\n<p>&nbsp;3 Fran&ccedil;ois, Alexis, Histoire de la langue fran&ccedil;aise cultiv&eacute;e des origines &agrave; nos jours, Gen&egrave;ve, Alexandre Jullien &Eacute;diteur, 1959, tome I, 409 p.; tome II, 306 p.<\/h6>\n<h6 class=\"sdendnote\" align=\"justify\">&nbsp;4 Bruneau, Charles, Histoire de la langue fran&ccedil;aise des origines &agrave; nos jours, tome XII, L&rsquo;&eacute;poque romantique, Paris, Librairie Armand Colin, 1948, XIX &ndash; 593 p.<\/h6>\n<h6 class=\"sdendnote\" align=\"justify\">&nbsp;5 Fran&ccedil;ois, Alexis, Histoire de la langue fran&ccedil;aise des origines &agrave; 1900, tome VI, Le XVIIIe si&egrave;cle, deuxi&egrave;me partie, La langue postclassique, Paris, Librairie Armand Colin, 1932, XVI &ndash; 1405 p.<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;accent des Qu&eacute;b&eacute;cois et celui des Parisiens1 par Jean-Denis Gendron &nbsp; Deux grandes traditions phon&eacute;tiques se sont partag&eacute; la prononciation du fran&ccedil;ais au cours des XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles : le bel usage et le&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39],"tags":[],"class_list":["post-5899","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n26-septembre-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5899"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5899\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6874,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5899\/revisions\/6874"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5899"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}