{"id":5901,"date":"2017-03-11T22:15:24","date_gmt":"2017-03-12T03:15:24","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/le-francais-du-quebec-un-arbre-de-haute-futaie\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:16","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:16","slug":"le-francais-du-quebec-un-arbre-de-haute-futaie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/le-francais-du-quebec-un-arbre-de-haute-futaie\/","title":{"rendered":"Le fran\u00e7ais du Qu\u00e9bec : un arbre de haute futaie"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec : un arbre de haute futaie<\/h2>\n<h5 style=\"margin-top: 0cm; line-height: 150%;\" align=\"left\">par Marie-&Eacute;va de Villers<br \/>Directrice et chercheuse agr&eacute;g&eacute;e<br \/>Direction de la qualit&eacute; de la communication<br \/>HEC Montr&eacute;al<\/h5>\n<p style=\"margin-top: 0cm; line-height: 150%;\" align=\"left\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec, c&rsquo;est une histoire d&rsquo;amour et de vie &eacute;chelonn&eacute;e sur quatre si&egrave;cles, l&rsquo;histoire de francophones dont la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; leur langue, la t&eacute;nacit&eacute; &agrave; toute &eacute;preuve, la d&eacute;termination sont remarquables.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Un grand ch&ecirc;ne rouge d&rsquo;Am&eacute;rique<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s&rsquo;agit d&rsquo;un arbre de haute futaie, pour ainsi dire. Abandonn&eacute; &agrave; lui-m&ecirc;me dans les for&ecirc;ts de la Nouvelle-France conquise, il atteint n&eacute;anmoins des dimensions consid&eacute;rables et survit malgr&eacute; les vents contraires et les intemp&eacute;ries.<\/p>\n<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin26\/arbre.jpg\" alt=\"arbre\" width=\"263\" height=\"171\" title=\"Le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec : un arbre de haute futaie\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><b>Cet arbre, c&rsquo;est le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec.<\/b><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0cm; line-height: 150%;\" align=\"center\">&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Voyez ses racines qui creusent le sol &agrave; la recherche de l&rsquo;humidit&eacute; et des substances n&eacute;cessaires &agrave; sa croissance, des racines qui servent aussi &agrave; le fixer solidement dans le sol, &agrave; l&rsquo;enraciner litt&eacute;ralement.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/ul>\n<ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Voyez ce tronc vigoureux au f&ucirc;t tr&egrave;s long qui monte vers la cime.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Voyez ses branches ma&icirc;tresses qui se s&eacute;parent en rameaux, puis en ramilles et se couvrent d&rsquo;un feuillage foisonnant.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Les racines<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les racines, ce sont ces mots venus de France; des mots perdus pour la plupart des francophones, mais toujours vivants au Qu&eacute;bec, pr&eacute;serv&eacute;s ici malgr&eacute; le passage des si&egrave;cles. Citons &agrave; titre d&rsquo;exemples les mots <i>achalandage<\/i>, <i>avant-midi<\/i>, <i>bec<\/i> au sens de &laquo; baiser &raquo;, <i>bleuet<\/i>, <i>brunante<\/i>, <i>creux<\/i> au sens de &laquo; profond &raquo;, <i>croche<\/i> au sens de &laquo; crochu &raquo; ou de &laquo; malhonn&ecirc;te &raquo;, <i>fardoche<\/i>, <i>d&eacute;barbouillette<\/i>, <i>&eacute;cornifler<\/i> au sens de &laquo; &eacute;pier &raquo;, <i>frasil,<\/i> <i>maringouin<\/i>, <i>mitaine<\/i>, <i>outarde<\/i>, <i>piger <\/i>au sens de &laquo; prendre &raquo; ou <i>traversier.<\/i> Ce sont des qu&eacute;b&eacute;cismes issus du fonds fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Le tronc commun immense<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le tronc repr&eacute;sente l&rsquo;ensemble des mots que nous partageons avec les autres francophones de la plan&egrave;te, ce tronc commun immense de la langue fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Les n&eacute;ologismes<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;une des branches ma&icirc;tresses regroupe des mots que nous avons cr&eacute;&eacute;s :<\/p>\n<ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">afin de nommer des r&eacute;alit&eacute;s qui nous sont propres (ex. : <i>ac&eacute;riculture, ac&eacute;riculteur, ac&eacute;ricultrice, bleueti&egrave;re, pourvoirie<\/i>),<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/ul>\n<ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">afin de nommer de nouvelles r&eacute;alit&eacute;s (ex. : <i>aluminerie, c&eacute;gep, c&eacute;g&eacute;pien et c&eacute;g&eacute;pienne, courriel, motoneige, polyvalente, t&eacute;l&eacute;avertisseur).<\/i><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Ce sont aussi des mots auxquels nous avons attribu&eacute; de nouveaux sens pour nommer une nouvelle r&eacute;alit&eacute; ou pour &eacute;viter un emprunt &agrave; l&rsquo;anglais (ex. : babillard au sens de &laquo; tableau d&rsquo;affichage &raquo;, <i>d&eacute;crochage<\/i> (scolaire), <i>d&eacute;panneur<\/i>, <i>huard<\/i> au sens de &laquo; dollar &raquo;). Tous ces mots sont des qu&eacute;b&eacute;cismes de cr&eacute;ation.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Les emprunts &agrave; d&rsquo;autres langues<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;un des rameaux regroupe les mots que nous avons emprunt&eacute;s principalement &agrave; l&rsquo;anglais, mais aussi aux langues am&eacute;rindiennes et inuites ainsi qu&rsquo;&agrave; d&rsquo;autres langues : ce sont les qu&eacute;b&eacute;cismes d&rsquo;emprunt.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Les emprunts &agrave; l&rsquo;anglais appartiennent principalement aux domaines politique, juridique, &eacute;conomique et sportif, (ex. : les noms <i>ar&eacute;na, caucus, chiropraticien, coroner, d&eacute;benture et mohawk<\/i>).<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"justify\">Les emprunts aux diverses langues am&eacute;rindiennes sont principalement des noms de peuples am&eacute;rindiens (ex. : <i>ab&eacute;naquis; algonquin, attikamek; huron<\/i>). Ce sont aussi des mots qui d&eacute;signent principalement des esp&egrave;ces de la faune ou de la flore du territoire (par exemple, <i>achigan, atoca, carcajou, caribou, maskinong&eacute;<\/i>).<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Des mots demeur&eacute;s vivants au Qu&eacute;bec<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"left\">Un certain nombre de mots venus de France sont aujourd&rsquo;hui oubli&eacute;s par la plupart des francophones, mais ils demeurent vivants au Qu&eacute;bec et en Am&eacute;rique fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p><b>Achalandage<\/b><\/p>\n<p align=\"left\">&nbsp;<\/p>\n<p>En 2004, le nom achalandage porte la mention vx pour vieux dans le Petit Robert et la marque Vieilli dans le Petit Larousse. Au Qu&eacute;bec, ce nom appartient &agrave; l&rsquo;usage courant et n&rsquo;est aucunement per&ccedil;u comme un archa&iuml;sme ni comme un mot de registre familier. L&rsquo;achalandage, c&rsquo;&eacute;tait selon Littr&eacute; dans son Dictionnaire de la langue fran&ccedil;aise (1863-1872) : &laquo; L&rsquo;ensemble des chalands &raquo;. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un chaland? C&rsquo;est un acheteur, toujours selon Littr&eacute; qui donne comme exemple : &laquo; Ce marchand a beaucoup de chalands, de bons chalands. &raquo;<\/p>\n<p>Au Qu&eacute;bec, le terme <i>achalandage<\/i> d&eacute;signe fr&eacute;quemment l&rsquo;ensemble des usagers des transports en commun (m&eacute;tro, autobus, train de banlieue). Dans le secteur du transport, il nomme aussi les voyageurs a&eacute;riens, ceux qui circulent dans les a&eacute;roports, les automobilistes qui empruntent le r&eacute;seau routier. La client&egrave;le d&eacute;sign&eacute;e par le nom <i>achalandage<\/i> consomme surtout des biens culturels (mus&eacute;es, festivals d&rsquo;&eacute;t&eacute;, festivals de films, cin&eacute;ma, th&eacute;&acirc;tre, t&eacute;l&eacute;vision, librairies), mais aussi des &eacute;tablissements commerciaux (pharmacies, supermarch&eacute;s, banques, antiquaires) ainsi qu&rsquo;Internet. Le terme d&eacute;signe &eacute;galement des utilisateurs de services publics (&eacute;tablissements hospitaliers, salles d&rsquo;urgence, cabinets m&eacute;dicaux, organismes gouvernementaux, biblioth&egrave;ques, piscines publiques).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Creux<\/b><\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"right\">&laquo; Je placerai mon aff&ucirc;t assez creux dans les joncs, que tu passeras &agrave; c&ocirc;t&eacute;, sans m&ecirc;me t&rsquo;en douter. &raquo; <br \/><b>Germaine Gu&egrave;vremont, Marie-Didace<\/b><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">Dans l&rsquo;usage courant fran&ccedil;ais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le mot <i>creux<\/i> signifie &laquo; dont l&rsquo;int&eacute;rieur est vide &raquo; et au figur&eacute;, &laquo; vide de sens &raquo;. Dans le vocabulaire de la marine, le nom d&eacute;signe toujours la profondeur entre deux lames, mesur&eacute;e de la cr&ecirc;te &agrave; la base selon le <i>Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise<\/i>. Ainsi les navigateurs pourront dire : &laquo; une mer d&rsquo;un m&egrave;tre de creux &raquo;. La locution figur&eacute;e dans le creux de la vague &ndash; qui appartient toujours &agrave; la langue courante au sens de &laquo; d&eacute;pression, profonde incertitude &raquo; &ndash; t&eacute;moigne de cette acception : &laquo; Nous sommes tous n&eacute;s dans un creux de vague : qui sait l&rsquo;horizon vrai? qui sait la terre? &raquo; (Sainte-Beuve, <i>Volupt&eacute;<\/i>, 1834).<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsque les futurs habitants de la Nouvelle-France quittent leur pays d&rsquo;origine, le mot creux a la signification de &laquo; profond &raquo; comme le lexicographe Antoine Fureti&egrave;re en fait &eacute;tat dans son <i>Dictionnaire universel<\/i> (1690). Il donne &agrave; l&rsquo;adjectif le sens de &laquo; cav&eacute; en profondeur &raquo; et en illustre l&rsquo;emploi &agrave; l&rsquo;aide de l&rsquo;exemple suivant : &laquo; Plus les rivi&egrave;res sont creuses, plus elles sont navigables. &raquo; Pr&egrave;s de deux si&egrave;cles plus tard, &Eacute;mile Littr&eacute; consigne encore le sens de &laquo; profond &raquo; dans son <i>Dictionnaire de la langue fran&ccedil;aise<\/i> qui para&icirc;t de 1863 &agrave; 1867, mais cette acception dispara&icirc;t des dictionnaires fran&ccedil;ais au cours du XX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il n&rsquo;en est pas ainsi au Qu&eacute;bec o&ugrave; la langue de la mer conserve son emprise : outre les acceptions du fran&ccedil;ais standard, le mot creux comporte toujours celle de &laquo; profond &raquo; et les Qu&eacute;b&eacute;cois ne se privent pas de donner &agrave; ce mot employ&eacute; comme un adjectif ou un adverbe sa signification originale.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Croche<\/b><\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p>&ndash; Votre gar&ccedil;on? En &ecirc;tes-vous bien s&ucirc;r?<\/p>\n<p align=\"justify\">&ndash; Un exil&eacute; qui nous est revenu de Montr&eacute;al avec des id&eacute;es croches.<\/p>\n<p>&ndash; Le mouton noir de la famille! <b>JACQUES FERRON, <i>Les Grands Soleils<\/i><br \/><\/b><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p style=\"margin-top: 0cm; line-height: 150%;\" align=\"right\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;adjectif <i>croche<\/i> a &eacute;t&eacute; courant en fran&ccedil;ais du XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. On le retrouve en effet sous la plume de Rabelais : &laquo; On a dit ongles croches &raquo;; l&rsquo;auteur donne &agrave; l&rsquo;adjectif le sens de &laquo; crochu, recourb&eacute; &raquo;. &Eacute;mile Littr&eacute; r&eacute;pertorie encore l&rsquo;adjectif dans son <i>Dictionnaire de la langue fran&ccedil;aise<\/i> au sens propre : &laquo; Courb&eacute; en crochet. Jambes croches. Genou croche &raquo; ainsi qu&rsquo;au sens figur&eacute; : &laquo; <i>Avoir la main croche<\/i>, &ecirc;tre d&rsquo;un naturel rapace &raquo;. Cet emploi fran&ccedil;ais ancien s&rsquo;est maintenu au Qu&eacute;bec et demeure courant.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Au sens propre, l&rsquo;adjectif a la signification de &laquo; qui n&rsquo;est pas droit &raquo;, ainsi que l&rsquo;employaient Rabelais et Montaigne, mais ce sont les emplois figur&eacute;s qui demeurent les plus fr&eacute;quents, emploi &agrave; titre d&rsquo;adjectif au sens de &laquo; tordu, tortueux &raquo; (ex. : des id&eacute;es croches) ou emploi &agrave; titre d&rsquo;adverbe au sens de &laquo; de travers &raquo; (ex. : <i>des chiffres cit&eacute;s tout croche<\/i>). Le mot est parfois employ&eacute; comme un nom au sens de &laquo; m&eacute;andre &raquo; comme dans la rivi&egrave;re fait un croche.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0cm; line-height: 150%;\" align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Fardoche<\/b><\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">Moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches<\/p>\n<p align=\"left\">Moi je fonce &agrave; vive allure et ent&ecirc;t&eacute; d&rsquo;avenir<\/p>\n<p>La t&ecirc;te en bas comme un bison dans son destin<\/p><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p align=\"left\"><b>GASTON MIRON, L&rsquo;Homme rapaill&eacute;<\/b><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">Jeunes arbres dans une for&ecirc;t de haute futaie ou broussailles dans un terrain d&eacute;frich&eacute;, les fardoches &ndash; dites aussi fredoches ou ferdoches &ndash; peuvent &ecirc;tre &eacute;galement des fagots, des amas de petites branches aux &icirc;les de la Madeleine. Ce nom est originaire de la Saintonge, ancienne province fran&ccedil;aise correspondant au sud du d&eacute;partement actuel de la Charente-Maritime. On en a trouv&eacute; des attestations dans bon nombre de documents de la Nouvelle-France. Un acte de vente du Greffe de M<sup>e<\/sup> Becquet dat&eacute; de 1672 d&eacute;crit un &laquo; terrain partie en terres labourables et partie en bois et fredoches &raquo;. Dans un texte anonyme intitul&eacute; <i>M&eacute;moires sur le Canada 1749-1760<\/i>, il est question d&rsquo;un fort &laquo; des deux c&ocirc;t&eacute;s enferm&eacute; par de grosses souches et des fredoches qui pouvaient ais&eacute;ment favoriser l&rsquo;approche de l&rsquo;ennemi &raquo;. Le nom fardoches, ce dialectalisme de la Charente transpos&eacute; tr&egrave;s t&ocirc;t en Nouvelle-France, s&rsquo;emploie aujourd&rsquo;hui dans la langue famili&egrave;re de toute l&rsquo;Am&eacute;rique francophone.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Maringouin<\/b><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0cm; line-height: 100%;\" align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p>&ndash; Il doit bien y avoir quelques moustiques sur ces terrains humides&hellip;<\/p>\n<p align=\"justify\">&ndash; Oh, nous retirons un revenu appr&eacute;ciable de l&rsquo;&eacute;levage intensif du maringouin!<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote><p><b>PIERRE MORENCY, Lumi&egrave;re des oiseaux<\/b><\/p><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p align=\"justify\">La ville de Qu&eacute;bec vient &agrave; peine d&rsquo;&ecirc;tre fond&eacute;e que Marc Lescarbot publie son <i>Histoire de la Nouvelle-France<\/i> (1609) o&ugrave; l&rsquo;on rel&egrave;ve le nom <i>maringouin<\/i>. &Agrave; la fin du r&eacute;gime fran&ccedil;ais, l&rsquo;Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise fait para&icirc;tre la 4<sup>e<\/sup> &eacute;dition de son Dictionnaire; le nom <i>maringouin<\/i> s&rsquo;y trouve r&eacute;pertori&eacute;, d&eacute;fini et illustr&eacute; ainsi : &laquo; Sorte de moucheron qui ressemble au cousin, &amp; qui est fort commun dans l&rsquo;Am&eacute;rique. <i>Dans ce pays-l&agrave; on est fort incommod&eacute; des maringouins<\/i>. &raquo; Deux si&egrave;cles et demi plus tard, cet exemple propos&eacute; par l&rsquo;Acad&eacute;mie demeure d&rsquo;actualit&eacute; pour les francophones d&rsquo;Am&eacute;rique. En 1867, Littr&eacute; juge le nom toujours courant et lui donne le sens propre de &laquo; Nom vulgaire de diverses esp&egrave;ces de cousins [&hellip;] &raquo; ainsi qu&rsquo;un sens figur&eacute; illustr&eacute; par une citation de Beaumarchais extraite du <i>Barbier de S&eacute;ville<\/i> o&ugrave; le nom figure dans une &eacute;num&eacute;ration piquante des parasites qui importunent les gens de lettres : &laquo; tous les insectes, les moustiques, les cousins, les critiques, les maringouins, les envieux, les feuillistes, les libraires, les censeurs et tout ce qui s&#8217;attache &agrave; la peau des malheureux gens de lettres. &raquo; Aujourd&rsquo;hui le nom est jug&eacute; r&eacute;gional. Dans le <i>Dictionnaire historique de la langue fran&ccedil;aise<\/i> publi&eacute;e chez Robert, Alain Rey pr&eacute;cise que le nom maringouin n&rsquo;est rest&eacute; usuel qu&rsquo;aux Antilles et au Canada.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les Qu&eacute;b&eacute;cois ne peuvent faire l&rsquo;&eacute;conomie du mot <i>maringouin<\/i> pour parler de ces insectes piqueurs qui infestent nos bois et nos campagnes; en effet, le terme <i>cousin<\/i> est inconnu ici en ce sens et celui de <i>moustique<\/i>, trop impr&eacute;cis. Il en est ainsi de plusieurs mots de la faune et de la flore qui d&eacute;signent des r&eacute;alit&eacute;s qui nous sont propres.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Conclusion<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les qu&eacute;b&eacute;cismes &ndash; ces mots qui nous appartiennent sp&eacute;cifiquement &ndash; t&eacute;moignent &agrave; la fois d&rsquo;une fid&eacute;lit&eacute; aux formes fran&ccedil;aises des d&eacute;buts de la Nouvelle-France; d&rsquo;une vitalit&eacute; et d&rsquo;un dynamisme &eacute;tonnants par la conception de n&eacute;ologismes, de nouveaux mots pour nommer les nouvelles r&eacute;alit&eacute;s plut&ocirc;t que par le recours aux mots de langues &eacute;trang&egrave;res; d&rsquo;une r&eacute;ticence certaine &agrave; emprunter des mots directement &agrave; l&rsquo;anglais, sauf dans les cas o&ugrave; le contexte politique, juridique, &eacute;conomique le requiert express&eacute;ment.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce bel arbre du fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec, qui fait preuve d&rsquo;un si grand ent&ecirc;tement, qui &eacute;tend de toutes parts ses racines profondes et ses rameaux innombrables, c&rsquo;est &agrave; nous qu&rsquo;il revient de l&rsquo;entretenir soigneusement, de l&rsquo;&eacute;laguer, si besoin est, d&rsquo;en assurer la croissance et la pr&eacute;servation, de le faire d&eacute;couvrir &agrave; nos enfants, aux enfants de nos enfants afin que tous en aient la pleine ma&icirc;trise et qu&rsquo;ils puissent concourir &agrave; leur tour &agrave; sa p&eacute;rennit&eacute;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec : un arbre de haute futaie par Marie-&Eacute;va de VillersDirectrice et chercheuse agr&eacute;g&eacute;eDirection de la qualit&eacute; de la communicationHEC Montr&eacute;al &nbsp; Le fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec, c&rsquo;est une histoire d&rsquo;amour et de&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39],"tags":[],"class_list":["post-5901","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n26-septembre-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5901","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5901"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5901\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6876,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5901\/revisions\/6876"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5901"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5901"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5901"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}