{"id":5935,"date":"2008-10-24T00:51:12","date_gmt":"2008-10-24T04:51:12","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lexode-de-canadiens-a-la-conquete-de-la-memoire-selective-a-la-memoire-retrouvee-en-guyane\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:02","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:02","slug":"lexode-de-canadiens-a-la-conquete-de-la-memoire-selective-a-la-memoire-retrouvee-en-guyane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lexode-de-canadiens-a-la-conquete-de-la-memoire-selective-a-la-memoire-retrouvee-en-guyane\/","title":{"rendered":"L\u2019exode de Canadiens \u00e0 la Conqu\u00eate. De la m\u00e9moire s\u00e9lective \u00e0 la m\u00e9moire retrouv\u00e9e\u2026 en Guyane"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">L&rsquo;exode de Canadiens &agrave; la Conqu&ecirc;te.<br \/>De la m&eacute;moire s&eacute;lective &agrave; la m&eacute;moire retrouv&eacute;e&hellip; en Guyane<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p> La d&eacute;portation des Acadiens et l&rsquo;&eacute;migration &agrave; la Conqu&ecirc;te d&rsquo;une partie importante de la noblesse canadienne ont marqu&eacute; notre imaginaire collectif et donn&eacute; lieu &agrave; bien des interpr&eacute;tations souvent davantage articul&eacute;es sur l<\/p>\n<table style=\"margin-top: 10px; margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 300px; float: left;\" border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin22\/Guyane.jpg\" alt=\"\" border=\"0\" height=\"204\" width=\"300\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<h6><strong>Vue du camp de Sinnamary<\/strong><br \/> &laquo; Commenc&eacute; le 27 juillet 1763 par le sieur Tugny, ing&eacute;nieur g&eacute;ographe du roi sous les ordres du chevalier de Villers, capitaine d&rsquo;infanterie d&eacute;tach&eacute; par monsieur de Pr&eacute;fontaine. Ce camp &agrave; 12 lieues [au] nord de Kourou et &agrave; &frac34; de lieu de la mer &eacute;tait encore occup&eacute; le 17 mai 1767 par 60 familles canadiennes [lire : canadiennes, acadiennes et de Louisbourg] qui ont form&eacute; des habitations le long de la rivi&egrave;re de Sinnamary &raquo;.<\/h6>\n<h6>Gravure de Jean-Baptiste Tugny, g&eacute;ographe du roi en Guyane, 1767.<\/h6>\n<h6><span style=\"font-size: xx-small;\">Cr&eacute;dit : Archives d&eacute;partementales de la Guyane &#8211; Fonds iconographique, 4Fi 2\/19<\/span><\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&rsquo;id&eacute;ologie et l&rsquo;imagination des commentateurs que sur une &eacute;tude v&eacute;ritable des faits. Certaines th&eacute;ories sur la conqu&ecirc;te providentielle ou la d&eacute;capitation sociale ont ainsi m&eacute;rit&eacute; beaucoup d&rsquo;attention alors que les mouvements de population d&eacute;clench&eacute;s &agrave; la Conqu&ecirc;te sont rest&eacute;s m&eacute;connus et devraient &ecirc;tre &eacute;tudi&eacute;s dans un contexte g&eacute;opolitique beaucoup plus large. En plus des Acadiens, les soldats, commer&ccedil;ants, p&ecirc;cheurs et autres habitants non acadiens des &icirc;les Royale et Saint-Jean ont aussi &eacute;t&eacute; d&eacute;port&eacute;s en 1758. M&ecirc;me d&eacute;pouill&eacute;s de leur all&eacute;geance fran&ccedil;aise, les Louisianais sont rest&eacute;s attach&eacute;s &agrave; leur m&egrave;re patrie et ont continu&eacute; de s&rsquo;y rendre tout en accueillant en Louisiane espagnole des immigrants acadiens et fran&ccedil;ais. Simultan&eacute;ment, Bougainville tentait d&rsquo;installer des familles acadiennes aux Malouines pendant que Saint-Pierre et Miquelon se colonisaient et que Choiseul exp&eacute;diait en Guyane quatorze mille colons dont quelques centaines d&rsquo;ex-habitants de la Nouvelle-France. Des milliers de Fran&ccedil;ais ont encore travers&eacute; l&rsquo;Atlantique lors de la guerre d&rsquo;Ind&eacute;pendance am&eacute;ricaine. Parmi eux, plusieurs ex-officiers du Canada ont combattu aux Cara&iuml;bes et renou&eacute; avec des ex-habitants d&rsquo;Am&eacute;rique septentrionale s&rsquo;y &eacute;tant r&eacute;install&eacute;s. Ceux-ci allaient encore &ecirc;tre bouscul&eacute;s par la r&eacute;volte des esclaves et oblig&eacute;s &agrave; repartir, notamment vers la Louisiane. Puis, des pr&ecirc;tres r&eacute;fractaires allaient immigrer au Canada en m&ecirc;me temps que revenaient des &eacute;migrants de la Conqu&ecirc;te fuyant la R&eacute;volution. Tous ces mouvements de population &eacute;taient en parfaite continuit&eacute; avec le va-et-vient transatlantique qui avait toujours &eacute;t&eacute; aux fondements m&ecirc;mes du peuplement des colonies. <\/p>\n<p> <strong>Une m&eacute;moire s&eacute;lective des chiffres et des faits<\/strong><\/p>\n<p> Les premiers historiens du Canada fran&ccedil;ais ont comment&eacute; les d&eacute;parts vers la France au lendemain de la Conqu&ecirc;te selon leur imagination et la m&eacute;moire s&eacute;lective de ceux qui en avaient &eacute;t&eacute; t&eacute;moins ou qui pr&eacute;tendaient savoir. Michel Bibaud, Fran&ccedil;ois-Xavier Garneau et autres se sont apitoy&eacute;s sur le sort des Canadiens que toute leur &eacute;lite sociale aurait dramatiquement abandonn&eacute;s. &laquo; Il ne resta dans les villes, &eacute;crivait Garneau en 1848, que quelques rares employ&eacute;s subalternes, quelques artisans, &agrave; peine un marchand, et les corps religieux. &raquo; Il y avait certes un fond de v&eacute;rit&eacute; &agrave; cela mais, au lieu d&rsquo;en rendre compte de fa&ccedil;on plus nuanc&eacute;e, des historiens de la g&eacute;n&eacute;ration suivante ont soutenu la th&egrave;se inverse. Le juge Baby &eacute;crivait en 1899 qu&rsquo;un nombre &laquo; insignifiant &raquo; de Canadiens &eacute;tait alors parti et que la &laquo; classe distingu&eacute;e et influente &raquo; &eacute;tait assur&eacute;ment rest&eacute;e puisque les familles Boucher de Niverville, Chartier de Lotbini&egrave;re, Chaussegros de L&eacute;ry, Juchereau Duchesnay, Saint-Ours et autres &eacute;taient encore bien pr&eacute;sentes. En r&eacute;&eacute;ditant l&rsquo;&oelig;uvre de son grand-p&egrave;re, Hector Garneau crut alors devoir corriger en note qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;exception des militaires et des fonctionnaires, presque toute la population &eacute;tait rest&eacute;e au Canada. N&rsquo;emp&ecirc;che que la pol&eacute;mique allait encore se poursuivre : en 1924, Claude de Bonnault affirmait que seulement 270 Canadiens avaient &eacute;migr&eacute; &agrave; la Conqu&ecirc;te alors que, quatre ans plus tard, Paul-&Eacute;mile Renaud &eacute;valuait leur nombre &agrave; 4000!<\/p>\n<p> Presque toute l&rsquo;&eacute;lite sociale canadienne aurait donc quitt&eacute; le Canada apr&egrave;s la Conqu&ecirc;te, &agrave; l&rsquo;avis des uns, ou serait rest&eacute;e au pays, aux dires des autres. On a ainsi racont&eacute; l&rsquo;Histoire en soutenant des th&egrave;ses radicalement oppos&eacute;es et sans envisager la possibilit&eacute; que la noblesse canadienne ait pu se scinder entre ceux qui &eacute;taient partis et ceux qui &eacute;taient rest&eacute;s ni, &eacute;videmment, concevoir que certains aient pu partir, puis revenir. L&rsquo;historiographie allait plut&ocirc;t bifurquer vers un autre d&eacute;bat id&eacute;ologique lorsque Guy Fr&eacute;gault et surtout Michel Brunet, de l&rsquo;<em>&Eacute;cole historique de Montr&eacute;al<\/em>, ont soutenu dans les ann&eacute;es 1950-1960 que la Conqu&ecirc;te avait d&eacute;capit&eacute; la population canadienne de son &eacute;lite, et que cela avait permis aux &laquo; Anglais &raquo; de s&rsquo;emparer de tous les secteurs d&rsquo;activit&eacute;s politique, commerciale et &eacute;conomique. Jean Hamelin et Fernand Ouellet, de l&rsquo;<em>&Eacute;cole historique de Qu&eacute;bec<\/em>, ont r&eacute;torqu&eacute; que la noblesse de la Nouvelle-France avait toujours v&eacute;cu en parasite, qu&rsquo;elle avait fui son incapacit&eacute; &agrave; s&rsquo;adapter au syst&egrave;me capitaliste que les Britanniques allaient instaurer, et que son d&eacute;part n&rsquo;&eacute;tait aucunement la cause de la longue absence des Canadiens fran&ccedil;ais &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des sph&egrave;res &eacute;conomique et politique. L&rsquo;historiographie actuelle a mis tous ces d&eacute;bats de c&ocirc;t&eacute; pour enfin se pencher sur l&rsquo;&eacute;migration de Canadiens &agrave; la Conqu&ecirc;te et mettre les choses en perspective. Nous savons aujourd&rsquo;hui que le tiers de la noblesse canadienne &eacute;tait effectivement parti &agrave; ce moment-l&agrave;, mais que celle-ci composait seulement 1,1 % de la population de l&rsquo;&eacute;poque. Nous comprenons aussi que la majorit&eacute; des 4000 Canadiens partis &agrave; la Conqu&ecirc;te &eacute;tait issue du reste de la population. On s&rsquo;&eacute;tait en effet int&eacute;ress&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;migration de l&rsquo;&eacute;lite sociale aux d&eacute;pens de celle de l&rsquo;ensemble de la population mais, depuis, l&rsquo;historiographie a retrouv&eacute; la m&eacute;moire du peuple!<\/p>\n<p> <strong>Archives et prosopographie<\/strong><\/p>\n<p> Aucun fonds d&rsquo;archives ne permet de cerner l&rsquo;ensemble du mouvement migratoire d&eacute;clench&eacute; &agrave; la Conqu&ecirc;te, ni de sonder les motivations de ceux qui sont partis, les circonstances de leur d&eacute;part, non plus que leur destin et lieu de r&eacute;sidence en France. On peut seulement collecter des bribes d&rsquo;information diss&eacute;min&eacute;es dans une multitude de sources sur certains des migrants : listes de passagers de navire, recensements, actes d&rsquo;&eacute;tat civil, actes notari&eacute;s, demandes d&rsquo;allocation de subsistance, correspondance retrouv&eacute;e, etc. Le d&eacute;pouillement de certaines des sources a ainsi permis de relever les d&eacute;placements et les activit&eacute;s en France et dans les colonies fran&ccedil;aises d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;individus n&eacute;s au Canada, s&rsquo;y &eacute;tant mari&eacute;s, ou y ayant eu des enfants avant la Conqu&ecirc;te. La <em>Base de donn&eacute;es sur les &eacute;migrants de la Conqu&ecirc;te<\/em> (BDEC) a jusqu&rsquo;&agrave; maintenant compil&eacute; les biographies plus ou moins &eacute;toff&eacute;es de plus de 1800 des 4000 Canadiens pass&eacute;s en France entre 1755 et 1770. Ceux-ci s&rsquo;&eacute;tant beaucoup d&eacute;plac&eacute;s, il a &eacute;t&eacute; d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;approfondir la recherche et de concentrer l&rsquo;analyse sur plus d&rsquo;une centaine d&rsquo;entre eux pass&eacute;s par la Guyane. Les biographies de 1800 &eacute;migrants de la Conqu&ecirc;te a ainsi permis d&rsquo;observer l&rsquo;ensemble de l&rsquo;exode &agrave; partir d&rsquo;un de ses nombreux foyers d&rsquo;&eacute;migration, de mettre &agrave; jour certaines des voies migratoires ouvertes &agrave; la Conqu&ecirc;te, de suivre les p&eacute;r&eacute;grinations des Canadiens les ayant emprunt&eacute;es, de d&eacute;couvrir comment ils avaient circul&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur d&rsquo;un vaste r&eacute;seau g&eacute;ographique, de retracer l&rsquo;itin&eacute;raire de ceux qui &eacute;taient pass&eacute;s par la Guyane, d&rsquo;observer ce qui leur &eacute;tait ensuite arriv&eacute; et, en somme, de comprendre comment et pourquoi ces Canadiens avaient circul&eacute; un peu partout en France continentale et coloniale.<\/p>\n<p> <strong>Un va-et-vient transatlantique<\/strong><\/p>\n<p> Apr&egrave;s la capitulation, des officiers de plume et d&rsquo;&eacute;p&eacute;e &eacute;taient en effet pass&eacute;s en France avec famille et domestiques en pensant &ecirc;tre r&eacute;employ&eacute;s ou r&eacute;compens&eacute;s pour leurs loyaux services au Canada. D&rsquo;autres, de plus basse extraction sociale, mais aussi au service du roi, sage-femme &laquo; entretenue par le roi &raquo;, pilote et chirurgien du roi, major de milice, etc. &eacute;taient aussi partis avec leur famille pour les m&ecirc;mes raisons. Certains d&rsquo;entre eux allaient plus tard &ecirc;tre r&eacute;employ&eacute;s en Guyane : officiers de carri&egrave;re, ex-soldats du Canada, ex-employ&eacute;s sp&eacute;cialis&eacute;s du chantier naval, etc. D&rsquo;autres &eacute;taient pass&eacute;s en France pour continuer leurs activit&eacute;s professionnelles : n&eacute;gociants voulant r&eacute;organiser leur commerce &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du mercantilisme colonial, marins gagnant leur vie sur des navires ne pouvant plus revenir au Canada, missionnaire allant poursuivre son apostolat aupr&egrave;s des Acadiens&hellip; L&rsquo;acte de capitulation de Qu&eacute;bec avait aussi inclus l&rsquo;&eacute;vacuation en 1759 des 1500 marins arriv&eacute;s au printemps avec la flotte de ravitaillement; cong&eacute;di&eacute;s d&egrave;s leur arriv&eacute;e en France, la moiti&eacute; d&rsquo;entre eux &eacute;taient des Canadiens. Les soldats des troupes de la Marine, plusieurs accompagn&eacute;s d&rsquo;&eacute;pouse et d&rsquo;enfants n&eacute;s au Canada, avaient aussi &eacute;t&eacute; licenci&eacute;s d&egrave;s leur arriv&eacute;e &agrave; Rochefort avec plusieurs mois de solde impay&eacute;e. Ainsi r&eacute;duits au ch&ocirc;mage, plusieurs &eacute;taient aussit&ocirc;t revenus au Canada en donnant aujourd&rsquo;hui l&rsquo;impression d&rsquo;en &ecirc;tre jamais partis. Les autres ont tent&eacute; de refaire leur vie en territoire fran&ccedil;ais en r&eacute;pondant, par exemple, &agrave; la campagne de recrutement de colons pour la Guyane. La population de la Gasp&eacute;sie ainsi que les Canadiens qui se trouvaient aux &icirc;les Royale et Saint-Jean avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;port&eacute;s directement en France en 1758. Les passagers et membres d&rsquo;&eacute;quipage des navires arraisonn&eacute;s par la Marine britannique ainsi que des miliciens faits prisonniers au Canada avaient &eacute;t&eacute; gard&eacute;s en captivit&eacute; en Angleterre puis envoy&eacute;s en France &agrave; leur lib&eacute;ration. En France, certains de ces d&eacute;port&eacute;s et prisonniers avaient contract&eacute; des alliances avec les Acadiens qu&rsquo;ils c&ocirc;toyaient et particip&eacute; &agrave; leurs projets de r&eacute;-&eacute;tablissement, en Guyane notamment. D&rsquo;autres, moins d&rsquo;une vingtaine, avaient accept&eacute; les offres d&rsquo;&eacute;tablissement dans cette colonie que des officiers de passage au Canada leur avaient pr&eacute;sent&eacute;es au nom du duc de Choiseul. Ils avaient rejoint des Acadiens &eacute;galement int&eacute;ress&eacute;s aux &icirc;les Saint-Pierre et Miquelon d&rsquo;o&ugrave; un navire les avait ensuite transport&eacute;s jusqu&rsquo;en Guyane en septembre-octobre 1764.<\/p>\n<p> Apr&egrave;s la perte de la Nouvelle-France, Choiseul avait d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;&eacute;tablir une autre Nouvelle-France en envoyant massivement en Guyane, en 1763-1764, quatorze mille colons alsaciens, allemands, acadiens, fran&ccedil;ais et autres. Improvis&eacute;e et ex&eacute;cut&eacute;e dans la confusion, l&rsquo;op&eacute;ration avait tourn&eacute; en v&eacute;ritable catastrophe : onze mille colons avaient succomb&eacute; aux &eacute;pid&eacute;mies et deux mille autres avaient &eacute;t&eacute; rapatri&eacute;s ou d&eacute;plac&eacute;s ailleurs. Sur une centaine de Canadiens, la moiti&eacute; avaient &eacute;t&eacute; emport&eacute;s par la fi&egrave;vre peu apr&egrave;s leur arriv&eacute;e. Puis, les deux tiers des survivants ne pass&egrave;rent finalement au maximum que quelques ann&eacute;es en Guyane. L&rsquo;exode de la Conqu&ecirc;te s&rsquo;av&egrave;re ainsi difficile &agrave; observer parce que ceux qui y ont pris part formaient une population extr&ecirc;mement volatile. D&egrave;s leur installation quelque part, certains avaient t&ocirc;t fait de repartir ailleurs et finissaient parfois m&ecirc;me par rentrer au Canada. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne est notamment flagrant en Touraine o&ugrave; plus de 60 % des 203 Canadiens retrouv&eacute;s dans cette province n&rsquo;y sont pas rest&eacute;s. La reprise, apr&egrave;s le trait&eacute; de Paris, de la navigation et du d&eacute;veloppement colonial avait donn&eacute; &agrave; plusieurs l&rsquo;occasion de quitter la Touraine et de reprendre du service ailleurs, le plus souvent aux colonies. En Guyane, seulement un millier de colons avaient finalement r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;implanter dont environ 400 Acadiens, Louisbourgeois et Canadiens. Ceux issus de l&rsquo;&eacute;lite sociale canadienne se sont install&eacute;s &agrave; Cayenne et ont conserv&eacute; le m&ecirc;me mode de vie, au sein de l&rsquo;&eacute;lite locale, en servant le roi et en exploitant parfois non plus des seigneuries mais des plantations. Les Canadiens issus du peuple ont prosp&eacute;r&eacute; en se consacrant &agrave; l&rsquo;&eacute;levage sur de petites exploitations &agrave; Sinnamary, &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des grandes plantations esclavagistes de l&rsquo;&icirc;le de Cayenne. Colons d&rsquo;origine canadienne, louisbourgeoise, acadienne, fran&ccedil;aise, rh&eacute;nane et autres ont ainsi fusionn&eacute; et rapidement form&eacute; une soci&eacute;t&eacute; cr&eacute;ole originale.<\/p>\n<p> <strong>Conclusion : un pan de m&eacute;moire retrouv&eacute;<\/strong><\/p>\n<p> La situation observ&eacute;e en Guyane ressemble en d&eacute;finitive &agrave; ce qui se passait au Canada alors que l&rsquo;&eacute;lite sociale faisait alliance avec l&rsquo;&eacute;lite britannique et que les gens du peuple se tiraient d&rsquo;affaire sur leur terre &agrave; l&rsquo;ombre du clocher. Globalement, l&rsquo;exode de la Conqu&ecirc;te est apparu comme une multitude de migrations individuelles : les Canadiens de l&rsquo;&eacute;lite sociale ayant &eacute;t&eacute; motiv&eacute;s par la conservation de leur mode de vie et la poursuite de leurs activit&eacute;s professionnelles et ceux des classes populaires entrain&eacute;s par les circonstances : la guerre, la fin de la guerre et la mise au ch&ocirc;mage. L&rsquo;historiographie n&rsquo;avait gu&egrave;re soup&ccedil;onn&eacute; la complexit&eacute; de cet exode, ni la vari&eacute;t&eacute; des circonstances &agrave; l&rsquo;origine des vagues migratoires, ni la diversit&eacute; des statuts socioprofessionnels des migrants et des itin&eacute;raires qu&rsquo;ils ont suivis. Le Canada a re&ccedil;u quelques Canadiens revenus de Guyane, quelques autres y sont aussi venus visiter leur famille et parfois des lettres donnaient des nouvelles de Guyane, mais cela eut peu d&rsquo;impact sur la soci&eacute;t&eacute;. En r&eacute;alit&eacute;, les Canadiens n&rsquo;ont jamais eu d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t particulier pour la Guyane, ni jamais su qu&rsquo;autant des leurs y &eacute;taient all&eacute;s et que certains s&rsquo;y &eacute;taient implant&eacute;s. De leur c&ocirc;t&eacute;, les Guyanais ont vite perdu le souvenir de l&rsquo;origine canadienne et acadienne de certains d&rsquo;entre eux; des enfants n&eacute;s &agrave; Qu&eacute;bec et &agrave; Montr&eacute;al, et &eacute;migr&eacute;s en France puis en Guyane avec leurs parents, ne se souvenaient d&eacute;j&agrave; plus de leur origine canadienne au moment de leur mariage. La Guyane, comme aussi la Touraine, peut d&eacute;sormais &ecirc;tre inscrite sur la carte des lieux de m&eacute;moire perdue et retrouv&eacute;e.<\/p>\n<h6>Pour en savoir plus :<\/h6>\n<h6>LARIN, Robert, <em>Canadiens en Guyane, 1754-1805<\/em>, pr&eacute;face de John Dickinson, de l&rsquo;Universit&eacute; de Montr&eacute;al et postface de Bernard Cherubini, de l&rsquo;Universit&eacute; Victor Segalen Bordeaux 2, Septentrion et Presses de l&rsquo;Universit&eacute; Paris-Sorbonne, 2006, 387 pages. Prix Louis-Marin 2006 de l&rsquo;Acad&eacute;mie des Sciences d&#8217;Outre-Mer et Prix Percy-W.-Foy 2006 de la Soci&eacute;t&eacute; g&eacute;n&eacute;alogique canadienne-fran&ccedil;aise. <\/h6>\n<h6>LARIN, Robert, &laquo; Les Canadiens pass&eacute;s en France &agrave; la Conqu&ecirc;te (1754-1770) &raquo;, dans Philippe JOUTARD et Thomas WIEN (directeurs), avec la collaboration de Didier Poton, <em>M&eacute;moires de Nouvelle-France, De France en Nouvelle-France<\/em>, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 145-151. <\/h6>\n<h6>LARIN, Robert, &laquo; L&rsquo;exode de Canadiens &agrave; la Conqu&ecirc;te, le Petit-Canada de la Touraine &raquo;, &agrave; para&icirc;tre.<\/h6>\n<p> Robert Larin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;exode de Canadiens &agrave; la Conqu&ecirc;te.De la m&eacute;moire s&eacute;lective &agrave; la m&eacute;moire retrouv&eacute;e&hellip; en Guyane &nbsp; Introduction La d&eacute;portation des Acadiens et l&rsquo;&eacute;migration &agrave; la Conqu&ecirc;te d&rsquo;une partie importante de la noblesse canadienne ont marqu&eacute;&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35],"tags":[],"class_list":["post-5935","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n22-octobre-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5935","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5935"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5935\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6725,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5935\/revisions\/6725"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5935"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5935"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5935"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}