{"id":5938,"date":"2008-10-24T00:54:10","date_gmt":"2008-10-24T04:54:10","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/romans-scolaires-et-espaces-nationaux-19e-20e-siecles\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:02","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:02","slug":"romans-scolaires-et-espaces-nationaux-19e-20e-siecles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/romans-scolaires-et-espaces-nationaux-19e-20e-siecles\/","title":{"rendered":"Romans scolaires et espaces nationaux 19e-20e si\u00e8cles"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Romans scolaires et espaces nationaux 19<sup>e<\/sup>-20<sup>e<\/sup> si&egrave;cles<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le tour de la nation par des enfants. Romans scolaires et espaces nationaux 19<sup>e<\/sup>-20<sup>e<\/sup><\/strong> si&egrave;cles\/Patrick Cabanel. Paris, Belin, &laquo; Histoire de l&rsquo;&eacute;ducation &raquo;, octobre 2007, 875 p., 38 &euro; <\/p>\n<p> Ce livre a pour ambition de croiser trois grands domaines de recherche : l&rsquo;histoire culturelle (autour du livre, de la lecture, de l&rsquo;imaginaire) ; l&rsquo;histoire de l&rsquo;&eacute;cole et de ses contenus ; l&rsquo;histoire de la nation et du nationalisme. Il a pris pour objet un type tr&egrave;s sp&eacute;cifique de manuel, le &ldquo; livre de lecture courante &rdquo;, v&eacute;ritable roman scolaire destin&eacute; &agrave; instruire tout en divertissant. Plus pr&eacute;cis&eacute;ment, ont &eacute;t&eacute; retenus les livres qui proposaient aux &eacute;coliers de faire le tour de leur nation, au sens le plus encyclop&eacute;dique et le plus identitaire du mot : une circulation g&eacute;ographique, en suivant des h&eacute;ros de leur &acirc;ge sur les routes du pays et de la vie ; une visite du Panth&eacute;on des h&eacute;ros et martyrs de la nation ; une r&eacute;flexion sur son histoire, ses victoires et aussi ses d&eacute;faites, ses paysages, sa langue, ses valeurs, ses diversit&eacute;s et son unit&eacute;, son rapport au reste du monde. On entre dans un formidable atelier, celui-l&agrave; m&ecirc;me dans lequel se sont fabriqu&eacute;es les nations au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;&ecirc;tre Fran&ccedil;ais ? Italien ? Espagnol ? Su&eacute;dois ? Mexicain ? Canadien ? Etc .<\/p>\n<p> Ces livres ont &eacute;t&eacute; vendus &agrave; des centaines de milliers et parfois &agrave; des millions d&rsquo;exemplaires (7,5 millions pour <em>Le Tour de la France par deux enfants<\/em>, de G. Bruno, entre 1877 et 1914, un million de plus jusqu&rsquo;&agrave; nos jours). Leur lecture a d&rsquo;abord &eacute;t&eacute;, le plus souvent, collective, effectu&eacute;e &agrave; haute voix au sein des classes ; ils ont fourni le pr&eacute;texte &agrave; d&rsquo;innombrables exercices, devoirs et examens ; ils n&rsquo;en ont pas moins fait r&ecirc;ver les enfants, comme des livres de contes. &Agrave; la longue, de g&eacute;n&eacute;ration en g&eacute;n&eacute;ration, ils sont devenus de v&eacute;ritables lieux de m&eacute;moire des nations, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du <em>Tour de la France par deux enfants<\/em>, de <em>Giannetto<\/em> (Parravicini, 1837), <em>Giannettiono<\/em> (Collodi, 1877) et <em>Cuore<\/em> (De Amicis, 1886) pour l&rsquo;Italie, du <em>Merveilleux voyage de Nils Holgersson &agrave; travers la Su&egrave;de<\/em> (1906-1907) ou des diff&eacute;rents <em>Libro de Espa&ntilde;a<\/em> parus au cours de la premi&egrave;re moiti&eacute; du XX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Sait-on assez que Collodi, l&rsquo;auteur de <em>Pinocchio<\/em>, a d&rsquo;abord publi&eacute; un tr&egrave;s important <em>Viaggio per l&rsquo;Italia di Giannettino (Voyage &agrave; travers l&rsquo;Italie de Giannettino)<\/em> du nom d&rsquo;un petit h&eacute;ros r&eacute;current dans ses manuels ? Et que Selma Lagerl&ouml;f, l&rsquo;auteur du principal livre de lecture su&eacute;dois (<em>Nils Holgersson<\/em>) est prix Nobel de litt&eacute;rature 1909, tandis que Tolsto&iuml; n&rsquo;a pas craint de consacrer de longs mois de travail &agrave; la r&eacute;daction d&rsquo;un livre de lecture pour toutes les &eacute;coles de Russie, et qu&rsquo;il a r&eacute;ussi dans son pari ? En France, le <em>Sans famille<\/em> de Hector Malot (1878) est tout proche de la recette du <em>Tour de la France par deux enfants<\/em>.<\/p>\n<table border=\"0\" style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 197px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin22\/romans_scolaires.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"300\" border=\"0\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<h6>Publi&eacute; en 1930, 422 p. Cet ouvrage en forme de tour de la France s&#8217;inspirait directement, et en reconnaissant sa dette, du Merveilleux voyage de Nils Holgersson &agrave; travers la Su&egrave;de (Selma Lagerl&ouml;f, 1906-1907).<\/h6>\n<h6>Cr&eacute;dit : Patrick Cabanel<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Certains de ces livres ont &eacute;t&eacute; traduits dans le monde entier : bien qu&rsquo;ils aient &eacute;t&eacute; con&ccedil;us pour r&eacute;pondre &agrave; des programmes nationaux, ils comportaient suffisamment d&rsquo;universalisme dans leurs aventures et leur apprentissage de la vie pour franchir les fronti&egrave;res. Leurs traductions ont toutefois &eacute;t&eacute; souvent infid&egrave;les, et il est pr&eacute;cieux de noter ce qui a &eacute;t&eacute; &laquo; oubli&eacute; &raquo;. Ainsi <em>Cuore<\/em>, pourtant jug&eacute; trop peu catholique par l&rsquo;&Eacute;glise italienne, a-t-il &eacute;t&eacute; s&eacute;v&egrave;rement &laquo; la&iuml;cis&eacute; &raquo; dans sa traduction pour la France (mais beaucoup moins dans une autre traduction en fran&ccedil;ais, &agrave; destination de la Suisse), alors que la version fran&ccedil;aise de <em>Nils Holgersson<\/em> a purement et simplement supprim&eacute; plusieurs chapitres animaliers qui faisaient du chef-d&rsquo;&oelig;uvre su&eacute;dois un roman &ldquo; &eacute;cologique &rdquo; avant la lettre. Fort diff&eacute;rent, &agrave; cet &eacute;gard, des <em>Livres de la jungle<\/em> de Kipling, ses contemporains ; les choses semblent s&rsquo;&ecirc;tre pass&eacute;es, en Grande-Bretagne, comme si le territoire propos&eacute; &agrave; l&rsquo;exploration des jeunes lecteurs &eacute;tait situ&eacute; au-del&agrave; des mers, qu&rsquo;il s&rsquo;ag&icirc;t de l&rsquo;&icirc;le de Robinson Cruso&eacute; ou de l&rsquo;Inde coloniale. Quant au <em>Tour de la France par deux enfants<\/em>, trop &eacute;troitement li&eacute; &agrave; un territoire litt&eacute;ralement &laquo; arpent&eacute; &raquo; par les h&eacute;ros, il n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re traduisible, mais parfaitement transposable : en Espagne, au Mexique, au Canada, ses recettes ont &eacute;t&eacute; &eacute;troitement imit&eacute;es, y compris par des religieux enseignants, les maristes, exil&eacute;s de France au moment des lois anticongr&eacute;ganistes de 1901-1904. Aux &Eacute;tats-Unis, c&rsquo;est le Suisse Rodolphe T&ouml;pffer, l&rsquo;auteur des c&eacute;l&egrave;bres <em>Voyages en zigzag<\/em>, qui est explisupment pris pour mod&egrave;le : il s&rsquo;agit de former les futures &eacute;lites du pays en leur donnant &agrave; s&rsquo;approprier, par l&rsquo;effort physique et la reconnaissance historique et g&eacute;ographique, le territoire de la nation. <\/p>\n<p> L&rsquo;ouvrage pose les cadres g&eacute;n&eacute;raux d&rsquo;une r&eacute;flexion sur les liens entre le &ldquo; tour &rdquo; (y compris celui des anciens rois et des compagnons), le livre (&agrave; partir des <em>Aventures de T&eacute;l&eacute;maque de F&eacute;nelon<\/em>) et la nation moderne (Premi&egrave;re partie). Il offre ensuite l&rsquo;&eacute;tude la plus exhaustive possible du best-seller absolu et presque &eacute;ponyme, <em>Le Tour de la France par deux enfants<\/em>, sans n&eacute;gliger la quarantaine d&rsquo;ouvrages comparables qui l&rsquo;ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute; (d&egrave;s les ann&eacute;es 1820, avec le c&eacute;l&egrave;bre <em>Simon de Nantua<\/em>, de Jussieu) puis sont venus lui faire concurrence, chacun avec sa sensibilit&eacute; (il y a des tours de la France revanchards, pacifistes, solidaristes, f&eacute;minins, catholiques&hellip;). Ce sont autant de tableaux de la France qui surgissent de ces manuels oubli&eacute;s. Ont &eacute;t&eacute; pris en compte &eacute;galement les livres de lecture proposant au public m&eacute;tropolitain la d&eacute;couverte des prolongements coloniaux du territoire national, de l&rsquo;Alg&eacute;rie mise en jardin au Qu&eacute;bec, voire &agrave; l&rsquo;Inde, perdus ; de rares tentatives visent la client&egrave;le scolaire &laquo; indig&egrave;ne &raquo;, en Martinique comme en Afrique occidentale fran&ccedil;aise (Deuxi&egrave;me partie). L&rsquo;ouvrage invite enfin &agrave; feuilleter une partie des livres et des nations d&rsquo;Europe, &agrave; partir des magnifiques exemples italien et espagnol et en allant jusqu&rsquo;aux confins scandinave et russe, sans n&eacute;gliger ni la Suisse de T&ouml;pffer ni les exportations du mod&egrave;le europ&eacute;en en Am&eacute;rique du nord et du sud (Troisi&egrave;me partie). S&rsquo;il ne s&rsquo;agit &eacute;videmment que de travaux exploratoires, la richesse de l&rsquo;&eacute;dition scolaire italienne et de l&rsquo;historiographie qu&rsquo;elle a suscit&eacute;e a permis de faire des ouvrages de Parravicini, Collodi et De Amicis l&rsquo;autre pilier de l&rsquo;&eacute;tude, apr&egrave;s les 400 pages consacr&eacute;es au monde fran&ccedil;ais. En guise de conclusion, on trouvera une double r&eacute;flexion, sur la continuation des tours de la nation &agrave; travers&hellip; les tours cyclistes (Tour de France, <em>Giro<\/em>, <em>Vuelta<\/em>) et sur leur &eacute;largissement possible &agrave; un tour de l&rsquo;Europe. <\/p>\n<p> Patrick Cabanel<br \/> Universit&eacute; de Toulouse<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Romans scolaires et espaces nationaux 19e-20e si&egrave;cles &nbsp; Le tour de la nation par des enfants. Romans scolaires et espaces nationaux 19e-20e si&egrave;cles\/Patrick Cabanel. 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