{"id":5979,"date":"2008-07-07T03:47:20","date_gmt":"2008-07-07T07:47:20","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/je-vous-entends-chanter-la-chanson-quebecoise-en-passant-par-gilles-vigneaultet-la-france\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:06","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:06","slug":"je-vous-entends-chanter-la-chanson-quebecoise-en-passant-par-gilles-vigneaultet-la-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/je-vous-entends-chanter-la-chanson-quebecoise-en-passant-par-gilles-vigneaultet-la-france\/","title":{"rendered":"Je vous entends chanter. La chanson qu\u00e9b\u00e9coise : en passant par Gilles Vigneault\u2026et la France."},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Je vous entends chanter.<br \/>La chanson qu&eacute;b&eacute;coise : en passant par Gilles Vigneault&hellip;<br \/>et la France.<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>Andr&eacute; Gaulin<br \/>Pr&eacute;sident de la Section du Qu&eacute;bec<br \/>Association des membres de l&rsquo;Ordre des Palmes acad&eacute;miques<\/h5>\n<p>&laquo; Je vous entends chanter &raquo;, tel &eacute;tait le titre d&rsquo;une importante exposition au Mus&eacute;e de la civilisation, &agrave; Qu&eacute;bec, il y a quelques ann&eacute;es. C&rsquo;&eacute;tait assez t&eacute;moigner de l&rsquo;importance du mouvement chansonnier qu&eacute;b&eacute;cois du demi-si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent. En effet, on peut difficilement s&eacute;parer l&rsquo;histoire du Qu&eacute;bec moderne, surtout avec ce qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; convenu d&rsquo;appeler la R&eacute;volution tranquille, de la chanson qu&eacute;b&eacute;coise, expression de sa ferveur, de sa red&eacute;couverte de soi apr&egrave;s un long hiver historique, de sa volont&eacute; d&rsquo;acc&eacute;der au monde. En parodiant le chansonnier Gilles Vigneault, le Qu&eacute;bec pouvait aussi affirmer : &laquo; Tout a &eacute;t&eacute; dit, mais pas par moi &raquo;. Cette phrase de Vigneault lors d&rsquo;une entrevue devenait dans son po&egrave;me &laquo; Coffres d&rsquo;automne &raquo;, bellement mis en musique par Claude L&eacute;veill&eacute;e : &laquo; Et je voudrais nommer l&rsquo;univers &agrave; mon tour &raquo;.<\/p>\n<p>Lier le v&eacute;cu historique du Qu&eacute;bec contemporain au mouvement chansonnier, c&rsquo;est donner &agrave; la parole et &agrave; la po&eacute;sie une place pr&eacute;pond&eacute;rante dans la vie sociopolitique d&rsquo;un peuple. Ce que le po&egrave;te Roland Gigu&egrave;re a appel&eacute; &laquo; l&rsquo;&acirc;ge de la parole &raquo; a pr&eacute;sid&eacute; en effet &agrave; l&rsquo;essor &eacute;conomique, social, culturel et politique du collectif qu&eacute;b&eacute;cois pendant les quatre derni&egrave;res d&eacute;cennies. Sur les bords du Saint-Laurent, les po&egrave;tes et les chansonniers ont &eacute;t&eacute; de grands actants du changement social autant, sinon davantage, que les femmes et les hommes politiques. Alors que Gaston Miron, fondateur de l&rsquo;Hexagone en l956, une maison d&rsquo;&eacute;dition qui va en occuper large pendant quarante ans, dit &laquo; j&rsquo;avance en po&eacute;sie comme un cheval de trait\/tel celui-l&agrave; de jadis dans les labours de fond\/qui avait l&rsquo;oreille dress&eacute;e &agrave; se saisir r&eacute;el &raquo; (&laquo; Dans les lointains&hellip; &raquo;), le chansonnier Jean-Paul Filion, lui, affirme continuer avec sa guitare le m&eacute;tier de son p&egrave;re qui &eacute;tait ouvreur de chemin.<\/p>\n<p>On per&ccedil;oit mieux ainsi l&rsquo;espace &eacute;troit qui s&eacute;pare la vie traditionnelle et la ruralit&eacute; de l&rsquo;existence des &laquo; faiseurs &raquo; de chansons et de po&egrave;mes. Ils sont le fruit d&rsquo;une premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration de la jeune loi de l&rsquo;instruction publique obligatoire (l943), &agrave; laquelle s&rsquo;oppose toujours le clerg&eacute; qui pourtant contr&ocirc;le depuis un si&egrave;cle et demi toute la <em>formation sup&eacute;rieure priv&eacute;e<\/em>. La cr&eacute;ation d&rsquo;un r&eacute;seau <em>public sup&eacute;rieur<\/em> (loi de mars l964), jusque-l&agrave; inexistant, sera d&rsquo;ailleurs la mesure la plus structurante de la R&eacute;volution tranquille. Cela donne autant d&rsquo;&eacute;clat &agrave; ces dizaines de chansonniers qui apparaissent &agrave; partir du groupe &laquo; Les Bozos &raquo; (l958) &ndash; un clin d&rsquo;&oelig;il &agrave; F&eacute;lix Leclerc pour sa chanson de l946 &mdash;, des jeunes gens qui avec leur guitare vont de l&rsquo;une &agrave; l&rsquo;autre des dizaines de &laquo; Bo&icirc;tes &agrave; chanson &raquo; qui surgissent &agrave; travers tout le territoire, de Montr&eacute;al et Qu&eacute;bec &agrave; Perc&eacute;, &agrave; Val-David, &agrave; Bonaventure&hellip; pour c&eacute;l&eacute;brer la vie, la nouveaut&eacute; du monde apr&egrave;s tant d&rsquo;immobilisme issu en grande partie des avatars d&rsquo;une situation coloniale. Du moins, c&rsquo;est l&agrave; la lecture historique de l&rsquo;&eacute;poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Le grand d&eacute;clenchement chansonnier de la R&eacute;volution tranquille doit beaucoup &agrave; Gilles Vigneault<\/h3>\n<p>Le grand d&eacute;clenchement chansonnier de la R&eacute;volution tranquille doit beaucoup &agrave; Gilles Vigneault, et avec lui c&rsquo;est aussi le grand d&eacute;hanchement sur sc&egrave;ne, car il gigue au son du violon de Gaston Rochon et danse, grand escogriffe et tignasse de po&egrave;te, avec la gr&acirc;ce d&rsquo;une mouette. Il arrive de Natashquan que B&eacute;caud a mis en musique sur un texte &eacute;ponyme, un village en dehors de la carte comme il le dit dans ses monologues qui s&rsquo;entrem&ecirc;lent &agrave; ses chansons, des chansons gonfl&eacute;es de po&eacute;sie &agrave; formes fixes, m&eacute;di&eacute;vales presque, et qui chantent &laquo; Quand vous mourrez de nos amours J&rsquo;en ferai deux livres si beaux Qu&rsquo;ils vous serviront de tombeau Et m&rsquo;y coucherai &agrave; mon tour Car je mourrai le m&ecirc;me jour Mourez de mort tr&egrave;s tendre A les attendre &raquo;. Ce lettr&eacute;, fruit du coll&egrave;ge classique traditionnel (Rimouski) et de l&rsquo;universit&eacute; Laval, alors toujours &agrave; charte pontificale, quand il a connu la musique, l&rsquo;a connue &laquo; v&ecirc;tue en violon &raquo;, instrument national de toutes les danses &agrave; St-Dilon, une musique qui a travers&eacute; l&rsquo;Atlantique, &laquo; battue &raquo; les quais et les ponts. Il s&rsquo;agit pour Vigneault du pont des bateaux, car cet homme de la Basse-C&ocirc;te-Nord a de &laquo; l&rsquo;eau sal&eacute;e dans les veines &raquo; (expression de Roland Jomphe, po&egrave;te des &icirc;les Mingan).<\/p>\n<p>Ce jeune homme &agrave; la voix rauque, au parler &eacute;l&eacute;gant et pr&eacute;cieux pour des gens qui en sont rest&eacute;s, m&ecirc;me &agrave; Montr&eacute;al, &agrave; un fran&ccedil;ais d&rsquo;Ancien R&eacute;gime, commence ses premiers grands spectacles par &laquo; Larguez les amarres &raquo;, se faisant avec ses destinataires, h&eacute;ritier du m&ecirc;me fleuve de naissance. Dans sa chanson &laquo; Tam ti delam &raquo; issue de la turlute, celle de la Bolduc que Trenet &eacute;voque &laquo; Dans les rues de Qu&eacute;bec &raquo;, Vigneault rappelle &agrave; ses compatriotes de Montr&eacute;al, pour un grand nombre d&rsquo;anciens ruraux devenus le &laquo; cheap labor &raquo; d&rsquo;une &eacute;conomie appartenant alors &agrave; 85 % &agrave; la minorit&eacute; anglophone montr&eacute;alaise ou torontoise, que le Qu&eacute;bec poss&egrave;de toujours ses grands espaces riches, &laquo; Fer et Titane &raquo;, ses 900 000 lacs, &laquo; J&rsquo;ai pour toi un lac &raquo;, ses rivi&egrave;res, &laquo; la Manikoutai &raquo;, et tant de personnages g&eacute;ants. Avec le po&egrave;te qui a &laquo; laiss&eacute; (son) vrai personnage dedans la peau d&rsquo;un troubadour &raquo; (&laquo; Le temps qui tourne &raquo;), la chanson quitte la petite bo&icirc;te &agrave; chanson pour monter pendant trois semaines &ndash; une premi&egrave;re pour la &laquo; po&eacute;sie orale sonoris&eacute;e &raquo; (Paul Zumthor) &ndash; sur la grande sc&egrave;ne de la Com&eacute;die canadienne. L&rsquo;accueil est convivial, la salle bouge, r&eacute;agit aux allusions politiques fines comme le fait &laquo; de planter des oranges dans le jardin de ma tante Emma &raquo; (&laquo; les Menteries &raquo;) et se laisse bercer comme en voyage par une po&eacute;sie qui la rejoint : &laquo; Il n&rsquo;y a plus de temps &agrave; perdre Il n&rsquo;y a que du temps perdu &raquo;, &laquo; Chanson du temps perdu &raquo;. Le po&eacute;tique c&ocirc;toie le politique, ce que d&rsquo;aucuns appelleront la &laquo; po&eacute;lisie &raquo; et le &laquo; po&eacute;litique &raquo; (dont l&rsquo;&eacute;crivaine Madeleine Gagnon).<\/p>\n<p>&Agrave; certains &eacute;gards, on pourrait rapprocher Vigneault de Rabelais avec ses premiers grands personnages gargantuesques. En tout premier lieu, ce &laquo; Jos Monferrand &raquo; que le folkloriste Jacques Labrecque a fait conna&icirc;tre en m&ecirc;me temps qu&rsquo;il portait au c&oelig;ur d&rsquo;une querelle linguistico-morale un professeur de fran&ccedil;ais inconnu jusqu&rsquo;alors et qui faisait des chansons inconvenantes du c&ocirc;t&eacute; de Qu&eacute;bec : &laquo; Le cul sur le bord du Cap Diamant Les pieds dans l&rsquo;eau de Saint-Laurent J&rsquo;ai jas&eacute; un petit bout de temps Avec le grand Monferrand &raquo;. C&rsquo;est ainsi que ce Pantagruel qu&eacute;b&eacute;quois (de Qu&eacute;bec, ville), &agrave; peine n&eacute; lui aussi, demande &agrave; boire&hellip; le fleuve. Ces personnages grandioses rejoignent des compatriotes &laquo; d&eacute;pays&eacute;s &raquo; (expression d&rsquo;Edith Butler) que le syndrome des Plaines d&rsquo;Abraham hante toujours. C&rsquo;est pourquoi les ravissent &laquo; Caillou Lapierre &raquo; que &laquo; le nordet &raquo; ne &laquo; navre &raquo; pas en sortant du havre &laquo; Le jour de ses quatre-vingt-six ans &raquo;, ou &laquo; Jean-du-Sud &raquo; dont &laquo; La houle du Sud, ( est le) manteau qui tra&icirc;ne, La brume de l&rsquo;Est, la fum&eacute;e de son br&ucirc;lot &raquo;, ou &laquo; Tit-Paul la pitoune &raquo; qui &laquo; s&rsquo;escarre &raquo; puis &laquo; prend sa guitare Pour chanter sa libert&eacute; &raquo;, ou &laquo; Jos H&eacute;bert &raquo;, le facteur aux chiens qui fait toute la basse-c&ocirc;te pour &laquo; Porter des lettres d&rsquo;amour Des gars du Havre Saint-Pierre Aux filles de Blanc-Sablon Sur les chemins verglac&eacute;s &raquo;! Et ces m&ecirc;mes gens attentifs, qui &eacute;coutent avec des oreilles de villes le violon du samedi soir de &laquo; la Danse &agrave; St-Dilon &raquo; n&rsquo;ont pas toujours per&ccedil;u la peine d&rsquo;amour d&rsquo;une Th&eacute;r&egrave;se, tout &eacute;bahis de retrouver les danses enfouies dans leur &laquo; ville grise de presqu&rsquo;Am&eacute;rique (Pierre Calv&eacute;) : le Brandy, la Plongeuse, le Corbeau. Ces m&ecirc;mes gens viennent rire et r&ecirc;ver comme au temps o&ugrave; la Bolduc, Ovila L&eacute;gar&eacute; faisaient le Monument national; ils &eacute;coutent avec ferveur un de ces grands jeunes hommes, dits chansonniers, qui chante le temps qui fuit : &laquo; Passez le seuil de la saison, Passez le champ de marguerites, Passez ruisseau, passez maison, Passez la rivi&egrave;re et la truite, Passez le pont, passez le bois Et si la mousse vous m&eacute;rite Dormez-y que j&rsquo;en fasse un rite&hellip; Ce doux &eacute;t&eacute; vous vient de moi.&raquo; (&laquo; Ballade de l&rsquo;&eacute;t&eacute;&raquo; ).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Nombreux sont ceux qui &agrave; c&ocirc;t&eacute; de Gilles Vigneault ont fait avancer la chanson qu&eacute;b&eacute;coise<\/h3>\n<p>Parler ainsi de la chanson qu&eacute;b&eacute;coise en passant par Gilles Vigneault nous &eacute;vite &agrave; tout le moins de faire une longue nomenclature de nombreux chansonniers, sans donner le climat qui a pr&eacute;sid&eacute; &agrave; la prise de parole du Qu&eacute;bec moderne. Nombreux sont ceux qui &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui ont fait avancer la chanson qu&eacute;b&eacute;coise qui devint aussi une grande ambassadrice culturelle dans le monde. Un Jean-Pierre Ferland, chantre de l&rsquo;amour, ou un Robert Charlebois qui fit acc&eacute;der le texte musical de la chanson aux rythmes industriels apr&egrave;s l968 &ndash; on se rappelle son esclandre sonore &agrave; l&rsquo;Olympia &ndash; ou un Claude L&eacute;veill&eacute;e qui &eacute;crivit pour Edith Piaf se firent conna&icirc;tre en France alors que d&rsquo;autres chansonniers n&rsquo;all&egrave;rent pas &laquo; de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;&raquo; malgr&eacute; leur talent remarqu&eacute;. Qu&rsquo;on pense seulement &agrave; ceux de la g&eacute;n&eacute;ration de Gilles Vigneault qui firent aussi carri&egrave;re : un Claude Gauthier qui tint le fort de la parole identitaire jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui, depuis sa chanson embl&eacute;matique &laquo; le Grand six-pieds&raquo;, en passant par son classique &laquo; le plus Beau Voyage&raquo; &raquo; jusqu&rsquo;&agrave; ces chansons l&eacute;g&egrave;rement m&eacute;lancoliques de son disque laser &laquo; Plan&egrave;te c&oelig;ur &raquo;; ou un Claude Dubois, enfant terrible puis po&egrave;te &laquo; qui monte la garde du monde &raquo; (expression de Gaston Miron), dont les textes litt&eacute;raires et musicaux ont toujours &eacute;t&eacute; de grande qualit&eacute;.<\/p>\n<p>Il se trouve aussi des chansonniers de la d&eacute;cennie soixante qui ont quitt&eacute; temporairement ou d&eacute;finitivement la sc&egrave;ne parce que la vie de troubadour avait ses contraintes de tous ordres. &Agrave; simple titre exemplaire, on pourrait nommer Herv&eacute; Brousseau qui fit quatre microsillons et qui chantait Limoilou, un quartier populaire de Qu&eacute;bec, ou un Jean-Guy Gaulin, &agrave; la voix superbe, au style ac&eacute;r&eacute; du chansonnier dans son sens fran&ccedil;ais et dont la tropation &ndash; cet accord heureux des syntaxes musicale et litt&eacute;raire &ndash; fut appr&eacute;ci&eacute;e, ou un Pierre Bourdon qui mettait admirablement en musique des textes m&eacute;di&eacute;vaux &mdash; &laquo; la mort d&rsquo;Olivier &raquo;, &laquo; la l&eacute;gende du Roy Renaud &raquo; &mdash;, des po&egrave;tes fran&ccedil;ais ou qu&eacute;b&eacute;cois. Plusieurs de ceux qui quitt&egrave;rent le firent d&rsquo;ailleurs au profit de la fonction publique ou para-publique. Bref, la chanson qu&eacute;b&eacute;coise &eacute;tait lanc&eacute;e et elle &eacute;tait &eacute;troitement li&eacute;e, d&rsquo;entr&eacute;e de jeu, &agrave; toute la vie sociale du Qu&eacute;bec, une vie o&ugrave; la mont&eacute;e de l&rsquo;expression nationale, qui n&rsquo;avait rien &agrave; voir avec le vieux nationalisme, att&eacute;nuait grandement les clivages entre les classes de citoyens. Autant l&rsquo;expression politique que l&rsquo;expression culturelle trouvaient leur fondement dans le fait de parler fran&ccedil;ais en Am&eacute;rique; et cette langue et la condition de celles et ceux qui la parlaient ici &eacute;taient humili&eacute;es. Dans cette optique, la langue devenait une arme de combat et le chansonnier Raoul Duguay la dira prot&eacute;g&eacute;e derri&egrave;re ses trente-deux dents! Ce combat pr&eacute;parait d&rsquo;ailleurs celui du choc des langues dans la mondialisation des march&eacute;s et entra&icirc;nait les Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; ne pas &ecirc;tre dupes d&rsquo;un empire qui pense toujours rendre sa langue incontournable!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Une longue pratique du fran&ccedil;ais et l&rsquo;obligation de blinder cette langue contre la volont&eacute; d&rsquo;assimilation ont rendu les Qu&eacute;b&eacute;cois plus attach&eacute;s &agrave; la France<\/h3>\n<p>Une longue pratique du fran&ccedil;ais en Am&eacute;rique depuis quatre si&egrave;cles et l&rsquo;obligation de blinder cette langue contre la volont&eacute; d&rsquo;assimilation des forces du march&eacute; d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sentes d&egrave;s l763 &ndash; c&rsquo;&eacute;tait alors l&rsquo;obligation d&rsquo;apostasier en vertu de Serment du test pour acc&eacute;der &agrave; des fonctions administratives &mdash; ont rendu les Qu&eacute;b&eacute;cois plus attach&eacute;s &agrave; la France qu&rsquo;il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; normal si le fran&ccedil;ais au Qu&eacute;bec s&rsquo;&eacute;tait &eacute;mancip&eacute; au m&ecirc;me titre que l&rsquo;espagnol, le portugais ou l&rsquo;anglais par rapport aux m&egrave;res-patries respectives. La longue occultation anglaise, tout au contraire, l&rsquo;interdiction de toute relation officielle entre la France et le Qu&eacute;bec d&eacute;coulant du trait&eacute; de Paris ont appris depuis longtemps aux Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; regarder vers le golfe de leur si grand fleuve, l&agrave; o&ugrave; la mar&eacute;e m&egrave;ne au monde et le ram&egrave;ne jusqu&rsquo;&agrave; Qu&eacute;bec, deux fois par jour. Comment comprendre autrement l&rsquo;enthousiasme des anciens qui accueillirent la Capricieuse en l855, premier navire fran&ccedil;ais &agrave; revenir &laquo; sur nos bords &raquo; (expression du po&egrave;te Octave Cr&eacute;mazie), avec une telle ferveur, y allant m&ecirc;me du mauvais drapeau emport&eacute; dans la tourmente r&eacute;volutionnaire, que les coloniaux anglais s&rsquo;en plaignirent &agrave; Paris? Cent douze ans plus tard, c&rsquo;est le grand g&eacute;n&eacute;ral que l&rsquo;on sait qui produisait ce m&ecirc;me enthousiasme &agrave; Qu&eacute;bec o&ugrave; il descendait, tout le long du chemin du Roi o&ugrave; s&rsquo;&eacute;chelonnent seigneuries et villages, lieux d&rsquo;un accueil qui l&rsquo;&eacute;murent jusqu&rsquo;&agrave; Montr&eacute;al o&ugrave; l&rsquo;atmosph&egrave;re explosive de la r&eacute;ception lui rappelait sa remont&eacute;e des Champs-&Eacute;lys&eacute;es&hellip; comme si deux lib&eacute;rations allaient se confondre et brouiller encore la donne politique!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Le mouvement chansonnier qui &eacute;clate au tournant de la R&eacute;volution tranquille trouve ses racines lointaines dans les vieux folklores<\/h3>\n<p>Ce d&eacute;tour par l&rsquo;histoire ne vise qu&rsquo;&agrave; faire comprendre que l&rsquo;aventure de la parole, autant celle de la po&eacute;sie que de la chanson qu&eacute;b&eacute;coises, est tout intimement li&eacute;e au devenir collectif d&rsquo;un peuple d&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise. Le mouvement chansonnier qui &eacute;clate au tournant de la R&eacute;volution tranquille, en &eacute;tant issu et le cr&eacute;ant comme en forces conjugu&eacute;es, trouve ses racines lointaines dans les vieux folklores rapport&eacute;s par les dix mille immigrants venus de l&rsquo;&Icirc;le-de-France, du Poitou, de Bretagne, du Perche &mdash; comme Fran&ccedil;ois Gaulin et Marie Rocheron, mes anc&ecirc;tres &ndash; des Charentes maritimes, de Normandie, de Bourgogne, de Lorraine, des &icirc;les de R&eacute; et d&rsquo;Ol&eacute;ron. Avec un &oelig;il neuf, Louis H&eacute;mon qui vient trois si&egrave;cles apr&egrave;s ces pionniers leur a fait apporter de France, avec un &laquo; c&oelig;ur humain &raquo;, <strong>leurs chansons<\/strong>. Il met d&rsquo;ailleurs sur les l&egrave;vres du p&egrave;re Samuel Chapdelaine &ndash; du m&ecirc;me pr&eacute;nom que Champlain! &ndash; l&rsquo;un des folklores fondateur de leur attachement &agrave; la France, &laquo; A la claire fontaine &raquo; &mdash; cinq cent versions connues d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;ethnologue Conrad Laforte &mdash;, et quand Maria r&eacute;siste &agrave; l&rsquo;amour du franco-am&eacute;ricain Lorenzo Surprenant, elle &eacute;voque le fait qu&rsquo;aux &laquo; &Eacute;tats &raquo;, elle n&rsquo;entendra plus les enfants chanter et faire la ronde dans le doux parler de sa m&egrave;re qui vient de mourir.<\/p>\n<p>Ces folklores parlent de France et la nomme : &laquo; Quand j&rsquo;ai quitt&eacute; <strong>Falaise<\/strong> pour aller &agrave; <strong>Paris<\/strong>&hellip; &raquo;, &laquo; Passant par <strong>Paris<\/strong> vidant la bouteille&hellip; &raquo;, &laquo; &hellip; une fr&eacute;gate d&rsquo;Angleterre Qui fendait la mer et les flots C&rsquo;&eacute;tait pour attaquer <strong>Bordeaux<\/strong>&hellip; &raquo;, &laquo; M&rsquo;en revenant de la jolie <strong>Rochelle<\/strong>&hellip; &raquo;, &laquo; En passant par la <strong>Lorraine<\/strong> avec mes sabots&hellip; &raquo;, &laquo; Dans les prisons de <strong>Nantes<\/strong> Y avait un prisonnier&hellip; &raquo;, &laquo; Sur la route de <strong>Louviers<\/strong> Y avait un cantonnier&hellip; &raquo;, &laquo; M&rsquo;en revenant de <strong>Charenton<\/strong> friton fritaine la soupe &agrave; l&rsquo;oignon&hellip; &raquo;, &laquo; Hier sur le pont d&rsquo;<strong>Avignon<\/strong> J&rsquo;ai oui chanter la belle&hellip; &raquo;, &laquo; C&rsquo;est dans la ville de <strong>Rouen<\/strong> Ils ont fait un p&acirc;t&eacute; si grand&hellip; &raquo;, &laquo; Entre <strong>Paris<\/strong> et <strong>Saint-Denis<\/strong> Il s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve une danse&hellip; &raquo;, &laquo; Un jour l&rsquo;envie m&rsquo;a pris De d&eacute;serter de <strong>France<\/strong>&hellip; &raquo;, &laquo; A <strong>Saint-Malo<\/strong> beau port de mer&hellip; &raquo;. On pourrait poursuivre l&rsquo;exercice &agrave; m&ecirc;me les milliers de chansons recueillies depuis cent ans par Ernest Gagnon, Edouard-Zotique Massicotte, Marius Barbeau, Luc Lacourci&egrave;re et tant d&rsquo;autres et que l&rsquo;on peut consulter aux Archives de folklore de l&rsquo;universit&eacute; Laval. Cette m&eacute;moire fran&ccedil;aise vivante s&rsquo;est transmise de bouche &agrave; oreilles depuis quatre si&egrave;cles et &eacute;meut quand une grand-m&egrave;re peut encore chanter &laquo; la L&eacute;gende du Roy Renaud &raquo; en nous reliant ainsi, par la tradition orale, au moyen-&acirc;ge!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>La passation de la Nouvelle-France &agrave; l&rsquo;Angleterre et la c&eacute;sure officielle et surveill&eacute;e d&rsquo;avec Paris vont rendre ce m&eacute;morial sonore et po&eacute;tique tout &agrave; fait pr&eacute;cieux<\/h3>\n<p>La passation de la Nouvelle-France &agrave; l&rsquo;Angleterre et la c&eacute;sure officielle et surveill&eacute;e d&rsquo;avec Paris vont rendre ce m&eacute;morial sonore et po&eacute;tique tout &agrave; fait pr&eacute;cieux. D&rsquo;autant plus que le Qu&eacute;bec est coup&eacute; de la France au moment o&ugrave; la chanson de tradition fran&ccedil;aise conna&icirc;t une acc&eacute;l&eacute;ration de l&rsquo;&eacute;volution du genre avec la naissance des caveaux, puis, plus tard, des caf&rsquo; con. De sorte que la chanson d&rsquo;ici, circonstancielle et r&eacute;f&eacute;rant surtout &agrave; la politique, se fait sur des timbres. Bien s&ucirc;r, quelques chansons vont na&icirc;tre de 1800 &agrave; l930 dont le plus grand nombre ne survivront pas. Celles qui subsistent sont souvent des complaintes comme &laquo; Un canadien errant &raquo; compos&eacute;e sur un timbre par un jeune homme qui, en l842, rappelle la triste histoire des Patriotes excommuni&eacute;s par l&rsquo;&eacute;v&ecirc;que de Qu&eacute;bec et massacr&eacute;s par l&rsquo;arm&eacute;e de Colborne, dit le Vieux Br&ucirc;lot; ou &laquo; O Carillon &raquo;, d&rsquo;Octave Cr&eacute;mazie qui mourra exil&eacute; en France et dont le texte rappelle une victoire fran&ccedil;aise de l755, sous la direction de Montcalm, on oublie souvent de le dire! Il y a aussi &laquo; O Canada &raquo;, paroles du juge Routier et musique de Calixa Lavall&eacute;e, hymne national du Canada fran&ccedil;ais, r&eacute;pudi&eacute; et chahut&eacute; apr&egrave;s la R&eacute;volution tranquille et finalement traduit et trahi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>L&rsquo;&eacute;volution du genre de la chanson au Qu&eacute;bec est aussi entrav&eacute;e sur place par une influence indue du clerg&eacute; catholique sur les arts<\/h3>\n<p>Coup&eacute;e de l&rsquo;Histoire hexagonale, l&rsquo;&eacute;volution du genre de la chanson au Qu&eacute;bec est aussi entrav&eacute;e sur place par une influence indue du clerg&eacute; catholique sur les arts. On se rappellera sans doute que la France a interdit pendant le R&eacute;gime fran&ccedil;ais toute immigration autre que catholique. D&egrave;s le d&eacute;but de la colonie, on avait d&eacute;fini ici les r&ocirc;les respectifs de l&rsquo;&Eacute;glise et de l&rsquo;&Eacute;tat. Avec la Conqu&ecirc;te, beaucoup d&rsquo;administrateurs ont trois ans pour retourner en France. Plusieurs seigneurs, dont on a dit qu&rsquo;ils avaient abandonn&eacute; leurs &laquo; habitants &raquo;, ont aussi &eacute;t&eacute; forc&eacute;s de rentrer. En l&rsquo;absence d&rsquo;une m&eacute;tropole de m&ecirc;me code linguistique, les cur&eacute;s vont alors constituer, d&rsquo;une certaine mani&egrave;re, l&rsquo;&eacute;lite la plus stable. Mais au fur et &agrave; mesure qu&rsquo;il apparaissait que la France ne tenterait pas de reprendre sa colonie c&eacute;d&eacute;e, eu &eacute;gard aussi &agrave; l&rsquo;&eacute;chec du mouvement patriote (1837-38), le r&ocirc;le de l&rsquo;&Eacute;glise devient ambigu. D&eacute;j&agrave;, au moment de la R&eacute;volution et pour contrer un mouvement de sympathie chez les Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; l&rsquo;endroit de l&rsquo;ancienne m&eacute;tropole, l&rsquo;&eacute;v&ecirc;que a fait chanter le Te Deum dans les &eacute;glises de la colonie pour remercier Dieu d&rsquo;appartenir &agrave; l&rsquo;Angleterre! D&rsquo;ailleurs, la R&eacute;volution a fait fuir ici beaucoup de pr&ecirc;tres qui n&rsquo;ont pas voulu devenir citoyens l&agrave;-bas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Par ailleurs, na&icirc;t au tournant du si&egrave;cle ce sauvetage de la tradition folklorique &eacute;voqu&eacute;e plus haut<\/h3>\n<p>De sorte que, surtout apr&egrave;s 1900, dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; domine l&rsquo;ultramontanisme, la chanson est vue comme un genre frivole par le haut clerg&eacute; qui s&rsquo;oppose m&ecirc;me aux danses de folklore. Par ailleurs, na&icirc;t au tournant du si&egrave;cle ce sauvetage de la tradition folklorique &eacute;voqu&eacute;e plus haut. Dans ce courant vont s&rsquo;organiser vers l920, des &laquo; Soir&eacute;es de famille &raquo; et des &laquo; Veill&eacute;es du Bon Vieux Temps&raquo; &agrave; Montr&eacute;al, au Monument national, depuis toujours un lieu de th&eacute;&acirc;tre et de culture. C&rsquo;est l&agrave; que Mary Travers, une Gasp&eacute;sienne venue en ville, se fait conna&icirc;tre rapidement et va consoler pendant &laquo; la Crise &raquo; celles et ceux qui sont sur le &laquo; secours direct &raquo;. Dans la veine populaire de la tradition folkloriste, celle qu&rsquo;on va appeler du nom de son mari, &laquo; la Bolduc &raquo;, sera la premi&egrave;re chansonni&egrave;re du Qu&eacute;bec. Elle conna&icirc;t un succ&egrave;s de foule, fait des tourn&eacute;es au Qu&eacute;bec, au Canada fran&ccedil;ais et chez &laquo; les francos&raquo; de la Nouvelle-Angleterre. Faites de r&eacute;alisme, dans une langue populaire boud&eacute;e par les &eacute;lites, &laquo; la Chanson du bavard &raquo;, ses chansons endisqu&eacute;es connaissent une grande diffusion, jusqu&rsquo;&agrave; sa mort en l941, suite d&rsquo;un accident de tourn&eacute;e dont elle a fait une chanson. Un autre chansonnier populaire lui succ&egrave;de, le Soldat Lebrun, qui conna&icirc;t un &eacute;gal succ&egrave;s en chantant, &agrave; travers l&rsquo;image de la guerre, la famille, sa maman, sa fianc&eacute;e, et le &laquo; front &raquo; o&ugrave; il n&rsquo;ira jamais!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Ce que la France reconnaissait au-del&agrave; du po&egrave;te [F&eacute;lix Leclerc], c&rsquo;&eacute;tait le genre chansonnier lui-m&ecirc;me, ce qui lui manquait au Qu&eacute;bec<\/h3>\n<p>Pendant ces m&ecirc;mes ann&eacute;es, un jeune homme &eacute;crit quelques chansons, qu&rsquo;il chante &agrave; la radio, ou au th&eacute;&acirc;tre pour permettre le changement des d&eacute;cors. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il &eacute;crit &laquo; le P&rsquo;tit Bonheur &raquo; (1948), une chanson qui deviendra avec &laquo; Moi, mes souliers &raquo;, de la m&ecirc;me ann&eacute;e, le symbole de sa pr&eacute;sence en France, fin l950 et l951. On l&rsquo;a reconnu : c&rsquo;est F&eacute;lix Leclerc dont le naturel des textes, les musiques chantantes, l&rsquo;allure de l&rsquo;homme des bois vont charmer un pays qui, sorti d&rsquo;une guerre atroce sous Occupation, red&eacute;couvre le go&ucirc;t de vivre et les vertus de la reconstruction du monde. Jacques Canetti lui a donn&eacute; un contrat, saisi par la beaut&eacute; de sa musique et la France lui fait grand accueil. Parti pour une semaine, Leclerc va s&eacute;journer souvent et pendant deux d&eacute;cennies au pays de Pierre Mac Orlan qui, d&rsquo;embl&eacute;e, l&rsquo;a aim&eacute; pour ses textes. Avec &agrave; peine trente chansons dans ses bagages, Leclerc vient d&rsquo;&ecirc;tre confirm&eacute; dans son m&eacute;tier de &laquo; chanteur &raquo; comme il l&rsquo;&eacute;crira sur son passeport. C&rsquo;est en France qu&rsquo;il enregistrera d&rsquo;abord et pendant qu&rsquo;il y fera carri&egrave;re, le mouvement chansonnier va conna&icirc;tre ici ce qui en a &eacute;t&eacute; dit plus haut. Leclerc se souviendra de celles et ceux qui l&rsquo;accueillirent en le r&eacute;v&eacute;lant &agrave; lui-m&ecirc;me, ce que ses compatriotes ne surent faire. Il faudra attendre Vigneault et les autres pour cela.<\/p>\n<p>Mais il est vain de jouer aux coupables d&rsquo;un pays o&ugrave; le po&egrave;te chantant n&rsquo;est pas proph&egrave;te! Ce que la France reconnaissait au-del&agrave; du po&egrave;te , c&rsquo;&eacute;tait le genre chansonnier lui-m&ecirc;me, ce qui lui manquait au Qu&eacute;bec o&ugrave; les critiques litt&eacute;raires n&rsquo;y croyaient pas . Trop longtemps li&eacute;e au folklore, r&eacute;cemment illustr&eacute;e par la Bolduc et le Soldat Lebrun sans parler d&rsquo;Oscar Thiffault ou une certaine mani&egrave;re de Lionel Daunais, la chanson n&rsquo;&eacute;tait pas vue comme pouvant appartenir &agrave; la modernit&eacute; dans un pays qui glorifait surtout son pass&eacute; &agrave; force de n&rsquo;avoir pas d&rsquo;avenir. Quant aux clercs comme Camille Roy ou Charles-&Eacute;mile Gadbois qui s&rsquo;int&eacute;ressaient &agrave; ce qui se faisait ici et en assurait la promotion, ils avaient une vision terroiriste ou privil&eacute;giaient &laquo; la Bonne Chanson &raquo;. Cette derni&egrave;re entreprise de l&rsquo;abb&eacute; Gadbois, qui en deviendra monseigneur, immense mouvement qui passa par la radio et les &eacute;coles de l937 &agrave; l955, faisait chanter dans les foyers &mdash; &laquo; Un foyer o&ugrave; l&rsquo;on chante est un foyer heureux &raquo; disait-on &ndash; du folklore souvent expurg&eacute;, des chansons paysannes et des auteurs comme le Breton Th&eacute;odore Botrel. Pendant ce temps, des animateurs de radio comme Guy Mauffette qui encourageait Leclerc d&egrave;s l942, ou comme Robert L&rsquo;Herbier ou R&eacute;jean Robidoux luttaient contre l&rsquo;entr&eacute;e massive de la chanson &eacute;tatsunienne en faisant tourner la chanson fran&ccedil;aise, des chansons du Qu&eacute;bec et des traductions souvent r&eacute;ussies de grands tubes des USA. Toutes ces forces conjugu&eacute;es et les concours de la Chanson &laquo; canadienne &raquo; comme on disait alors (1956) menaient vers &laquo; les Bozos &raquo; et la R&eacute;volution tranquille.<\/p>\n<p>Il est certes difficile de faire ainsi l&rsquo;histoire de la chanson qu&eacute;b&eacute;coise en bottes de sept lieues, en passant par l&rsquo;histoire, par Vigneault, par Paris. Ce qui d&eacute;montre bien que, dans l&rsquo;amiti&eacute; que se portent des peuples, la France et le Qu&eacute;bec ont encore rendez-vous, surtout &agrave; l&rsquo;heure de l&rsquo;autoroute de l&rsquo;information et de la mondialisation. &laquo; Pour moi, s&rsquo;il m&rsquo;est permis &raquo;, comme &eacute;crivait Bossuet, j&rsquo;aurai omis beaucoup de noms des derni&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations de chansonniers, comme Richard Desjardins, Jean Leloup, Sophie Anctil&hellip; Je voyais justement tout &agrave; l&rsquo;heure &agrave; mon &eacute;cran un des tout derniers, Daniel Boucher, qui avait la voix de Michel Rivard quand il parle et toute la nouveaut&eacute; fougueuse d&rsquo;un peuple qui ne veut toujours pas&hellip; d&eacute;chanter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>*Article paru dans la Revue de l&rsquo;AMOPA, no 149, juillet 2000<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vous entends chanter.La chanson qu&eacute;b&eacute;coise : en passant par Gilles Vigneault&hellip;et la France. &nbsp; Andr&eacute; GaulinPr&eacute;sident de la Section du Qu&eacute;becAssociation des membres de l&rsquo;Ordre des Palmes acad&eacute;miques &laquo; Je vous entends chanter &raquo;,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36],"tags":[],"class_list":["post-5979","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n24-mars-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5979","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5979"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5979\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6769,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5979\/revisions\/6769"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5979"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5979"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5979"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}