{"id":6035,"date":"2008-07-11T01:30:03","date_gmt":"2008-07-11T05:30:03","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/les-lettres-de-paris-adressees-par-joseph-charles-tache-a-linstitut-litteraire-de-rimouski-en-1855\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:11","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:11","slug":"les-lettres-de-paris-adressees-par-joseph-charles-tache-a-linstitut-litteraire-de-rimouski-en-1855","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/les-lettres-de-paris-adressees-par-joseph-charles-tache-a-linstitut-litteraire-de-rimouski-en-1855\/","title":{"rendered":"Les lettres de Paris adress\u00e9es par Joseph-Charles Tach\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut litt\u00e9raire de Rimouski en 1855"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Les lettres de Paris adress&eacute;es par Joseph-Charles Tach&eacute;<br \/>&agrave; l&rsquo;Institut litt&eacute;raire de Rimouski en 1855<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Claude La Charit&eacute;<br \/>Universit&eacute; du Qu&eacute;bec &agrave; Rimouski<\/h5>\n<p>Joseph-Charles Tach&eacute; (1820-1894), &eacute;crivain, m&eacute;decin, homme politique et journaliste, fut au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle le premier Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; se rendre en France dans le cadre d&rsquo;une mission politique officielle, &agrave; titre de commissaire du Canada lors de l&rsquo;Exposition universelle de Paris en 1855. Rimouskois d&rsquo;adoption de 1843 &agrave; 1857, c&rsquo;est &agrave; l&rsquo;Institut litt&eacute;raire de Rimouski qu&rsquo;il adressera une quinzaine de lettres relatant son voyage. Au terme de son s&eacute;jour, il fut aussi le premier Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; &ecirc;tre fait chevalier de la L&eacute;gion d&rsquo;honneur par Napol&eacute;on III.<\/p>\n<p><strong>Les comptes rendus &eacute;pistolaires de Tach&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>Les comptes rendus &eacute;pistolaires de Tach&eacute;, r&eacute;dig&eacute;s depuis Paris, furent publi&eacute;s dans <em>Le Journal de Qu&eacute;bec, politique, commercial, industriel et litt&eacute;raire<\/em> d&rsquo;Augustin C&ocirc;t&eacute;, d&rsquo;avril &agrave; novembre 1855, &agrave; un moment particuli&egrave;rement effervescent dans l&rsquo;histoire des relations franco-qu&eacute;b&eacute;coises. La reprise des liens officiels entre la France et le Qu&eacute;bec, &agrave; la faveur de la r&eacute;cente alliance entre l&rsquo;Angleterre et le Second Empire, faisait que la France &eacute;tait alors, plus que jamais, dans tous les esprits. En t&eacute;moigne la publication en feuilleton, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, dans les colonnes du m&ecirc;me journal, de l&rsquo;essai de Joseph-Guillaume Barthe, <em>Le Canada reconquis par la France<\/em>. &Agrave; partir de juillet de la m&ecirc;me ann&eacute;e, <em>Le Journal de Qu&eacute;bec<\/em> relatera, dans les plus menus d&eacute;tails, le voyage au Qu&eacute;bec du navire fran&ccedil;ais La Capricieuse, symbole par excellence de cette relation renou&eacute;e avec l&rsquo;ancienne m&egrave;re-patrie. Les lettres parisiennes de Tach&eacute; participent de cette m&ecirc;me francophilie exacerb&eacute;e.<\/p>\n<p>Si Tach&eacute; adresse ses lettres &agrave; l&rsquo;Institut litt&eacute;raire de Rimouski, c&rsquo;est dans l&rsquo;esprit de prolonger, par d&rsquo;autres moyens, l&rsquo;&oelig;uvre de cette institution visant &agrave; rem&eacute;dier &agrave; la quasi compl&egrave;te absence de biblioth&egrave;ques publiques et d&rsquo;institutions d&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;&eacute;poque au Qu&eacute;bec. Avant de partir, Tach&eacute; avait d&rsquo;ailleurs fait don de 500 volumes de sa biblioth&egrave;que personnelle &agrave; cet Institut. En r&eacute;ponse &agrave; la lettre de remerciement que lui adressent la trentaine de membres fondateurs, le donateur &eacute;crit dans <em>Le Journal de Qu&eacute;bec<\/em> :<\/p>\n<blockquote><p><em>Vous avez bien voulu mentionner les quelques volumes de ma biblioth&egrave;que; mais cela n&rsquo;en vaut pas la peine, et ce don n&rsquo;est que le moindre bien que je veux &agrave; cet Institut. Pendant mon s&eacute;jour &agrave; Paris, je vous &eacute;crirai chaque semaine. Mes lettres qui embrasseront les principaux &eacute;v&eacute;nements de nature &agrave; vous int&eacute;resser, seront adress&eacute;es &agrave; votre secr&eacute;taire. Et je me ferai un devoir d&rsquo;obtenir en France autant d&rsquo;ouvrages que je pourrai pour votre biblioth&egrave;que, afin que le go&ucirc;t de l&rsquo;&eacute;tude se r&eacute;pande de plus en plus.<br \/><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>En plus de maintenir les liens avec ses concitoyens dont il est le d&eacute;put&eacute; au parlement du Canada-Uni, la correspondance parisienne permet &agrave; Tach&eacute;, le &laquo; plus universellement &eacute;rudit des Canadiens &raquo; (au sens qu&rsquo;avait alors le terme, &agrave; savoir Qu&eacute;b&eacute;cois, les Canadiens anglais se consid&eacute;rant comme Anglais tout court) selon Casgrain, de vulgariser son savoir en mati&egrave;re d&rsquo;histoire, d&rsquo;urbanisme, de beaux-arts, de d&eacute;veloppement industriel gr&acirc;ce au chemin de fer, de d&eacute;mographie, d&rsquo;ethnographie avant la lettre, voire de sciences, au gr&eacute; des circonstances de son itin&eacute;raire en Europe.<\/p>\n<p>Comme beaucoup de Qu&eacute;b&eacute;cois de son temps, Tach&eacute; se d&eacute;finissait d&rsquo;abord comme un Fran&ccedil;ais d&rsquo;Am&eacute;rique. M&ecirc;me si, dans sa jeunesse tumultueuse, il avait &eacute;t&eacute;, de son aveu, un &laquo; patriote enrag&eacute; &raquo;, s&rsquo;habillant en &eacute;toffe du pays, c&rsquo;est-&agrave;-dire en paysan, pour boycotter les produits manufactur&eacute;s en Angleterre, sa premi&egrave;re fid&eacute;lit&eacute; allait &agrave; la France, une France certes id&eacute;alis&eacute;e : la France catholique de l&rsquo;Ancien R&eacute;gime. Il d&eacute;finira d&rsquo;ailleurs cette identit&eacute; nationale dans la pr&eacute;face aux Trois l&eacute;gendes de mon pays (1861) dans ces termes :<\/p>\n<blockquote><p><em>Nous sommes n&eacute;s comme peuple, du catholicisme, du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle et de nos luttes avec une nature sauvage et indompt&eacute;e, nous ne sommes point fils de la R&eacute;volution et nous n&rsquo;avons pas besoin des exp&eacute;dients du romantisme moderne pour int&eacute;resser des esprits qui croient et des c&oelig;urs encore purs.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Il fut, comme il l&rsquo;&eacute;crira dans une de ses lettres de Paris, &laquo; nourri dans le silence des souvenirs de l&rsquo;histoire &raquo; et &laquo; aim[ait] &agrave; r&ecirc;ver et &agrave; converser avec le pass&eacute; &raquo;.<\/p>\n<p><strong>Le voyage en France par l&rsquo;Angleterre<\/strong><\/p>\n<p>Le voyage qu&rsquo;il entreprend &agrave; bord du bateau &agrave; vapeur qui l&rsquo;am&egrave;ne de Halifax &agrave; Liverpool est d&rsquo;abord l&rsquo;occasion de r&eacute;activer les lieux de m&eacute;moire qui constituent l&rsquo;ancienne France, toujours vivante &agrave; ses yeux au Qu&eacute;bec, et en qu&ecirc;te des vestiges de laquelle il se mettra, une fois en France. La remarque qu&rsquo;il formule en croisant les bateaux de p&ecirc;cheurs sur les bancs de Terre-Neuve est &eacute;loquente &agrave; cet &eacute;gard :<\/p>\n<blockquote><p><em>Or, vous pouvez imaginer avec quel plaisir j&rsquo;ai contempl&eacute; les barques p&ecirc;cheuses que nous rencontr&acirc;mes sur les bancs. Cette vue avait pour nous Canadiens un attrait de plus que pour nos compagnons, car le sang basque, breton et normand coule dans nos veines, et nous voyons encore dans le Saint-Laurent, sur l&rsquo;&icirc;le aux Basques en face de la paroisse des Trois-Pistoles, les ruines des fourneaux o&ugrave; les enfants de Bayonne venaient fondre l&rsquo;huile des baleines tu&eacute;es par eux.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&Agrave; bord du vapeur, Tach&eacute; est d&rsquo;abord frapp&eacute; par le fait que le fran&ccedil;ais, comme au si&egrave;cle des Lumi&egrave;res, constitue la langue d&rsquo;&eacute;change par excellence des voyageurs de toutes origines. Lors de son bref passage en Angleterre, c&rsquo;est &agrave; nouveau la pr&eacute;sence de la culture fran&ccedil;aise qui retient son attention :<\/p>\n<blockquote><p><em>Je loge dans ce qu&rsquo;on peut appeler le quartier fran&ccedil;ais de Londres, au Leicester Square. L&agrave; vous &ecirc;tes entour&eacute; d&rsquo;h&ocirc;tels fran&ccedil;ais : l&rsquo;h&ocirc;tel de la Galissonni&egrave;re, l&rsquo;h&ocirc;tel de Versailles, l&rsquo;h&ocirc;tel d&rsquo;Europe, l&rsquo;h&ocirc;tel de Province o&ugrave; je logeais; l&agrave; vous entendrez parler fran&ccedil;ais autour de vous, et presque tous les vitraux des boutiques portent les mots suivants : &laquo; Ici on parle fran&ccedil;ais. &raquo;<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le compte rendu de la partie anglaise de son voyage, Tach&eacute; ne r&ecirc;ve en r&eacute;alit&eacute; que d&rsquo;arriver en France et en particulier &agrave; Paris, dans ce qu&rsquo;il appelle par une connivence avec ses lecteurs qu&eacute;b&eacute;cois &laquo; notre Paris &raquo; : &laquo; Je voudrais vous faire voyager plus promptement; car je con&ccedil;ois qu&rsquo;il vous tarde d&rsquo;arriver &agrave; Paris, et vous n&rsquo;avez pas l&agrave; tout &agrave; fait tort, je vous l&rsquo;avoue. &raquo;<\/p>\n<p>De fait, en foulant le sol fran&ccedil;ais, Tach&eacute; est anim&eacute; par ce qu&rsquo;on pourrait appeler, &agrave; juste titre, la mystique de la France &eacute;ternelle dont il se sent partie prenante :<\/p>\n<blockquote><p><em>Enfin mon pied a touch&eacute; le sol de la France, terre de nos a&iuml;eux!&hellip; L&rsquo;histoire de cette belle race [au sens de peuple, sans nuance raciste] dont nous sommes si fiers; les &eacute;pisodes si po&eacute;tiques, si glorieux de la d&eacute;couverte et des guerres du Canada; le souvenir des lettres qui ont signal&eacute; la constance avec laquelle nous avons d&eacute;fendu nos vivifiantes croyances, notre belle langue, nos institutions&hellip; tout cela se pr&eacute;sentait &agrave; mon imagination [&hellip;] Je renonce &agrave; d&eacute;crire tout ce qui se passait en moi; mais j&rsquo;ai la consolante pens&eacute;e qu&rsquo;au pays tout le monde comprend et sent parfaitement ce que la plume aurait peine &agrave; rendre.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>La relation du voyage en France<\/strong><\/p>\n<p>La relation du voyage en France s&rsquo;attarde sur cette culture qui appara&icirc;t si famili&egrave;re &agrave; bien des &eacute;gards, mais aussi si radicalement diff&eacute;rente &agrave; d&rsquo;autres &eacute;gards, Tach&eacute; ne reconnaissant de v&eacute;ritable sup&eacute;riorit&eacute; au Qu&eacute;bec que sur le plan de l&rsquo;immensit&eacute; de la nature. &Agrave; Calais, par exemple, il est frapp&eacute; de voir les hommes, les femmes et les enfants p&ecirc;cher avec leurs filets comme dans &laquo; le bas du fleuve Saint-Laurent &raquo;, &agrave; ceci pr&egrave;s que &laquo; chez nous le paysage a beaucoup plus d&rsquo;ampleur et de grandiose &raquo;.<\/p>\n<p>M&ecirc;me lorsque la France qu&rsquo;il d&eacute;couvre se r&eacute;v&egrave;le &eacute;trang&egrave;re &agrave; celle qu&rsquo;il a r&ecirc;v&eacute;e dans ses conversations silencieuses avec le pass&eacute;, Tach&eacute; trouve le moyen de la ramener &agrave; son exp&eacute;rience qu&eacute;b&eacute;coise, par exemple lorsqu&rsquo;il apprend l&rsquo;existence, dans le nord, de Fran&ccedil;ais parlant flamand : &laquo; Savez-vous qu&rsquo;il y a encore beaucoup des habitants de cette partie de la France qui parlent le flamand et presque pas du tout le fran&ccedil;ais? C&rsquo;est que, voyez-vous, c&rsquo;est une honte que d&rsquo;oublier la langue que nous a parl&eacute; notre m&egrave;re&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>&Agrave; Paris, &laquo; l&rsquo;immense capitale du monde civilis&eacute; qui est &agrave; la fin la Tyr, la Rome et l&rsquo;Ath&egrave;nes modernes &raquo;, Tach&eacute; multiplie les lettres pour d&eacute;crire la topographie de la ville ou pour proposer une typologie des quartiers en fonction des classes sociales. Le commissaire d&eacute;couvre avec plaisir et fascination une &laquo; francit&eacute; &raquo; qu&rsquo;il partage, constitu&eacute;e d&rsquo;abord et avant tout par un certain art de vivre, qu&rsquo;il appelle &laquo; la vraie vie parisienne &raquo; :<\/p>\n<blockquote><p><em>La place de la Concorde est la plus belle du monde entier, entour&eacute;e qu&rsquo;elle est de palais, de jardins et de merveilles de toutes sortes; [&hellip;] c&rsquo;est le centre de la vraie vie parisienne, de cette vie en plein air, au soleil ou sous le couvert, qui s&rsquo;&eacute;tale partout, des Champs-&Eacute;lys&eacute;es et de l&agrave; &agrave; gauche et &agrave; droite dans le Jardin des Tuileries, sur les boulevards int&eacute;rieurs; qui se prom&egrave;ne &agrave; pied, &agrave; cheval, en coup&eacute;, en fiacre, en carrosse &agrave; 200 000 francs par an, ou &agrave; 1 franc 10 centimes la course : qui se repose assis sur des chaises de louage ou dans le gazon, quelquefois m&ecirc;me sur une borne, qui vit, boit et mange &agrave; la porte des caf&eacute;s des boulevards ou dans l&rsquo;enceinte palissad&eacute;e des caf&eacute;s chantants des Champs-&Eacute;lys&eacute;es : le Parisien a besoin de vivre dehors et surtout de voir et d&rsquo;&ecirc;tre vu.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Le plaisir &eacute;vident qu&rsquo;&eacute;prouve le voyageur devant cette forme de sociabilit&eacute; &agrave; la fois famili&egrave;re et exotique fait penser &agrave; ce qu&rsquo;Arthur Buies &eacute;crira quelque vingt ans plus tard &agrave; propos de Rimouski, vantant &laquo; la politesse ais&eacute;e &raquo;, &laquo; l&rsquo;urbanit&eacute; cordiale &raquo; et la sociabilit&eacute; quasi m&eacute;diterran&eacute;enne qui y r&egrave;gnent, m&ecirc;me si Rimouski, au XIXe si&egrave;cle comme aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est certes pas Paris et qu&rsquo;il serait abusif d&rsquo;y voir l&rsquo;influence du seul Tach&eacute; (mais on ne pr&ecirc;te qu&rsquo;aux riches) : &laquo; Sa population condens&eacute;e, active, est tr&egrave;s sorteuse. &raquo;<\/p>\n<p>Loin de r&eacute;duire la &laquo; francit&eacute; &raquo; partag&eacute;e par la France et le Qu&eacute;bec &agrave; ce seul art de vivre, Tach&eacute; la d&eacute;finit par dessus tout par un certain savoir-vivre qu&rsquo;il observe (ou qu&rsquo;il projette, la fronti&egrave;re en la mati&egrave;re &eacute;tant souvent indiscernable) sur les Fran&ccedil;ais de 1855. La politesse exquise li&eacute;e &agrave; ce savoir-vivre transpara&icirc;t d&rsquo;abord dans une anecdote &agrave; propos de l&rsquo;exposition des beaux-arts o&ugrave; les Fran&ccedil;ais, port&eacute;s par leur go&ucirc;t de l&rsquo;&eacute;tranger, semblent favoriser les &oelig;uvres d&rsquo;ailleurs au d&eacute;triment des talents nationaux :<\/p>\n<blockquote><p><em>Plus on &eacute;tudie le concours immense ouvert &agrave; l&rsquo;art humain dans ce si&egrave;cle, plus chacun se convainc que la France est sans rivale en ce genre aujourd&rsquo;hui. Aussi ses critiques, ses auteurs prennent-ils cette d&eacute;sinvolture de politesse de grand seigneur qui est joliment ennuyeuse pour des novices et des &eacute;trangers. On parle beaucoup de M. un tel de l&rsquo;&eacute;tranger et des jolis paysages qu&rsquo;il a peints, et l&rsquo;on nous parle &agrave; peine des &oelig;uvres superbes des artistes nationaux. C&rsquo;est comme si vous alliez chez un riche propri&eacute;taire dans l&rsquo;esp&eacute;rance de voir un parc et des jardins splendides et que ce gentilhomme ayant vu votre passable habitation vous dirait : &laquo; Mais, Monsieur, votre domaine est tr&egrave;s bien, c&rsquo;est dispos&eacute; avec un go&ucirc;t exquis &raquo;, et finirait par ne pas vous montrer le sien.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Cette politesse appara&icirc;t &agrave; nouveau chez les membres de la noblesse de sang, assagis par les malheurs de la R&eacute;volution, et la noblesse de m&eacute;rite personnel (savants, hommes de haute litt&eacute;rature et de haute industrie, selon ses termes) : &laquo; Tout ce haut monde [&hellip;] se distingue par des mani&egrave;res simples et dignes, par une politesse exquise sans affectation. &raquo; Ce savoir-vivre transpara&icirc;t enfin dans le comportement des plus humbles, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un trait distinctif de tous les Fran&ccedil;ais, quelle que soit leur origine : &laquo; Ici toute la population rev&ecirc;t un certain vernis de mani&egrave;res et de langage qui, bien que n&rsquo;&eacute;tant pas toujours l&rsquo;indice de l&rsquo;&eacute;ducation, en offre n&eacute;anmoins les dehors agr&eacute;ables. &raquo;<\/p>\n<p>Or, cette fascination pour la politesse des Fran&ccedil;ais, quels qu&rsquo;ils soient, fait singuli&egrave;rement &eacute;cho &agrave; ce que Tach&eacute; &eacute;crivait dans De la tenure seigneuriale en 1854, o&ugrave; il plaidait pour l&rsquo;abolition du r&eacute;gime seigneurial, tout en formulant l&rsquo;espoir qu&rsquo;on en conserve le plus important, le fondement de ce que nous appellerions aujourd&rsquo;hui &laquo; la soci&eacute;t&eacute; distincte &raquo; :<\/p>\n<blockquote><p><em>Nous avions de la f&eacute;odalit&eacute; ce qu&rsquo;elle a de bon et c&rsquo;est probablement en partie &agrave; cette institution que nous devons les m&oelig;urs chevaleresques et l&rsquo;exquise politesse de notre population ; t&acirc;chons de faire en sorte que ces excellentes choses restent quand le syst&egrave;me seigneurial sera &eacute;teint, et gardons-nous d&rsquo;insulter aux institutions qui passent. La libert&eacute; et l&rsquo;&eacute;galit&eacute; y gagnent de n&rsquo;&ecirc;tre pas accompagn&eacute;es d&rsquo;allures triviales et mals&eacute;antes.<\/p>\n<p><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>La relation privil&eacute;gi&eacute;e qu&rsquo;entretiennent la France et le Qu&eacute;bec<\/strong><\/p>\n<p>Ces quelques exemples montrent suffisamment l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;il y aurait &agrave; r&eacute;&eacute;diter et &agrave; &eacute;tudier cette correspondance si riche en regard de la relation privil&eacute;gi&eacute;e qu&rsquo;entretiennent la France et le Qu&eacute;bec, surtout dans le contexte actuel de la comm&eacute;moration du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Qu&eacute;bec o&ugrave; le gouvernement f&eacute;d&eacute;ral canadien semble plus d&eacute;termin&eacute; que jamais &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement. La pertinence d&rsquo;un tel projet s&rsquo;impose &eacute;galement quand le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique affirme que l&rsquo;on n&rsquo;a pas demand&eacute; de quelle langue maternelle &eacute;taient les Canadiens morts au combat pour lib&eacute;rer la France lors de la Seconde Guerre mondiale. En approfondissant la question, on d&eacute;couvrirait que les Canadiens anglais qui y sont morts &eacute;taient mobilis&eacute;s par une guerre coloniale de l&rsquo;Angleterre, dont les enjeux leur &eacute;chappaient, alors que les Qu&eacute;b&eacute;cois &eacute;taient &agrave; coup s&ucirc;r inspir&eacute;s, eux, par la m&ecirc;me id&eacute;e de la France &eacute;ternelle que Joseph-Charles Tach&eacute;.<\/p>\n<p>N.D.L.R. Pour de l&#8217;information additionnelle sur Joseph-Charles Tach&eacute;, rendez-vous sur le <a href=\"http:\/\/www.assnat.qc.ca\/fra\/Membres\/notices\/t-u\/TACHJC.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">site de l&#8217;Assembl&eacute;e nationale <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les lettres de Paris adress&eacute;es par Joseph-Charles Tach&eacute;&agrave; l&rsquo;Institut litt&eacute;raire de Rimouski en 1855 &nbsp; par Claude La Charit&eacute;Universit&eacute; du Qu&eacute;bec &agrave; Rimouski Joseph-Charles Tach&eacute; (1820-1894), &eacute;crivain, m&eacute;decin, homme politique et journaliste, fut au XIXe&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-6035","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n25-mai-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6035","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6035"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6035\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6825,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6035\/revisions\/6825"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6035"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6035"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6035"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}