{"id":6046,"date":"2008-07-13T15:15:14","date_gmt":"2008-07-13T19:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/traverser-latlantique-avec-champlain\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:12","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:12","slug":"traverser-latlantique-avec-champlain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/traverser-latlantique-avec-champlain\/","title":{"rendered":"Traverser l\u2019Atlantique avec Champlain"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Traverser l&rsquo;Atlantique avec Champlain<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Fran&ccedil;ois Bellec<br \/>de l&rsquo;Acad&eacute;mie de marine<\/h5>\n<p>Lorsque l&rsquo;Europe du Nord eut assimil&eacute; la science de la haute mer &eacute;labor&eacute;e par les Portugais, les nations en r&eacute;serve du Nouveau Monde prirent leur tour sur les routes des Indes orientales et occidentales. La crise religieuse qui levait sur la chr&eacute;tient&eacute; un tourbillon de haines et de pers&eacute;cutions, et, d&rsquo;autre part, la naissance d&rsquo;une nouvelle &eacute;conomie de fourmili&egrave;re firent la fortune d&rsquo;Anvers puis d&rsquo;Amsterdam. Alors, domin&eacute; par de puissantes compagnies de n&eacute;goce conciliant les int&eacute;r&ecirc;ts des investisseurs et des &Eacute;tats, le 17<sup>e<\/sup> si&egrave;cle fut le temps des marchands au long cours. La pr&eacute;&eacute;minence &eacute;conomique et les initiatives expansionnistes bascul&egrave;rent d&eacute;finitivement des royaumes catholiques conservateurs du Sud, notre sph&egrave;re culturelle originelle, aux nations protestantes lib&eacute;rales du Nord, aux Pays-Bas puis &agrave; l&rsquo;Angleterre, et cette mont&eacute;e en puissance annon&ccedil;ait &agrave; terme que la France perdrait un jour le Canada.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;&eacute;tat des lieux<\/strong><\/p>\n<p>La navigation hauturi&egrave;re occidentale est n&eacute;e en Atlantique dans les ann&eacute;es 1460, quelque six si&egrave;cles apr&egrave;s son invention dans l&rsquo;oc&eacute;an Indien et une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es apr&egrave;s que les Portugais aient rompu la barri&egrave;re culturelle de la &laquo; mer des T&eacute;n&egrave;bres &raquo; en franchissant le cap Bojador en 1434. Oblig&eacute;s de tirer des bords contre les aliz&eacute;s du nord-est et l&rsquo;harmattan lorsqu&rsquo;ils rentraient du golfe de Guin&eacute;e vers Lagos, ils avaient imagin&eacute; la premi&egrave;re option m&eacute;t&eacute;orologique: la volte vers les vents d&rsquo;ouest soufflant &agrave; la latitude des A&ccedil;ores. Pour la premi&egrave;re fois en Europe &eacute;tait apparu le risque de se perdre en haute mer, et donc, le besoin de faire le point.<\/p>\n<p>La carte portulan et le compas magn&eacute;tique, pr&eacute;sents en M&eacute;diterran&eacute;e depuis le 13<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, mais inutiles dans une petite mer ferm&eacute;e, &eacute;taient devenus n&eacute;cessaires et vite insuffisants. La constatation que l&rsquo;&eacute;toile Polaire qui indiquait d&eacute;j&agrave; le nord mat&eacute;rialisait aussi le chemin parcouru vers le nord ou le sud avait fond&eacute; la navigation en latitude. Parce que l&rsquo;&eacute;toile guide parcourait chaque jour un cercle de rotation d&rsquo;un diam&egrave;tre de 6 &deg; &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &#8211; 2 &deg; maintenant -, il fallait moduler son observation. Le <em>Regimento da Estrela do Norte<\/em>, le &laquo; r&egrave;glement de l&rsquo;&eacute;toile Polaire &raquo; avait &eacute;t&eacute; la premi&egrave;re table astronomique &agrave; l&rsquo;intention des navigateurs, fond&eacute;e sur la rotation des &laquo; gardes &raquo;, des &eacute;toiles caract&eacute;ristiques de la Grande ou de la Petite Ourse. Le quadrant de hauteur avait &eacute;t&eacute; le premier instrument de mesure &agrave; la disposition des navigateurs. Il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; utilis&eacute; par les Arabes et les Persans dans l&rsquo;oc&eacute;an Indien pour le m&ecirc;me usage. On avait commenc&eacute; d&egrave;s lors &agrave; naviguer &laquo; en latitude &raquo; en Atlantique.<\/p>\n<p>Quand les Portugais avaient atteint l&rsquo;&eacute;quateur en 1471, plus d&rsquo;un demi si&egrave;cle apr&egrave;s le d&eacute;but de leur entreprise d&rsquo;ouvrir une route directe vers les Indes, la disparition de l&rsquo;&eacute;toile Polaire avait oblig&eacute; &agrave; imaginer une autre r&eacute;f&eacute;rence astronomique. Dans les derni&egrave;res d&eacute;cennies du 15<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, les caravelles de d&eacute;couvertes avaient embarqu&eacute; des astrolabes nautiques et les premi&egrave;res tables de d&eacute;clinaison, les Regimentos do Sol. Sp&eacute;cifiquement con&ccedil;u pour observer la culmination du soleil sans se br&ucirc;ler les yeux, l&rsquo;instrument robuste et rustique n&rsquo;avait aucun rapport avec l&rsquo;astrolabe planisph&eacute;rique, un instrument savant inutilisable &agrave; la mer. Il lui empruntait seulement son alidade, n&eacute;cessaire au calage pr&eacute;liminaire de sa projection de la sph&egrave;re c&eacute;leste locale. C&rsquo;est-&agrave;-dire la fa&ccedil;on dont on voit le ciel &eacute;toil&eacute; en un lieu donn&eacute;. La latitude par le soleil m&eacute;ridien fut le premier proc&eacute;d&eacute; universel de navigation astronomique de l&rsquo;histoire de la navigation. Elle contribua &agrave; donner aux Europ&eacute;ens une capacit&eacute; d&rsquo;expansion maritime mondiale sur des mers inconnues. L&rsquo;arbal&egrave;te ou arbalestrille, d&eacute;riv&eacute;e du b&acirc;ton de Jacob des vieux arpenteurs, &eacute;tait apparue en mer en 1515. Elle transf&eacute;rait la r&eacute;f&eacute;rence pendulaire de l&rsquo;astrolabe &agrave; une r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&rsquo;horizon. L&rsquo;arbal&egrave;te fut sous le nom de Graadbog l&rsquo;instrument pr&eacute;f&eacute;r&eacute; des Hollandais jusqu&rsquo;au 18<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Un nouvel instrument, le quartier de Davis ou Back-staff avait &eacute;t&eacute; d&eacute;crit en 1595. <\/p>\n<table border=\"0\" style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 300px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin25\/traverser_champlain.jpg\" alt=\"traverser champlain\" title=\"Loch &agrave; plateau et sablier associ&eacute;\" \/><\/p>\n<h6>Loch &agrave; plateau et sablier associ&eacute;. Mus&eacute;e de la Marine, Paris.<\/h6>\n<h6>Source : Wikipedia, l&rsquo;encyclop&eacute;die libre<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Au temps de Champlain, un Anglais anonyme avait invent&eacute; depuis quelques d&eacute;cennies le loch &agrave; ligne. Le premier ouvrage de navigation d&rsquo;inspiration britannique originale A Regiment for the Sea de William Bourne, &eacute;dit&eacute; en 1574, d&eacute;crivait pour la premi&egrave;re fois le loch &agrave; plateau. Il consistait en un quadrant en bois grand comme une main, lest&eacute; le long d&rsquo;un de ses c&ocirc;t&eacute;s et amarr&eacute; &agrave; un long filin par une patte d&rsquo;oie favorisant sa flottaison en position verticale, pour s&rsquo;opposer naturellement &agrave; l&rsquo;entra&icirc;nement quand on le jetait &agrave; la mer. La cordelette &eacute;tait gradu&eacute;e par des n&oelig;uds r&eacute;guli&egrave;rement espac&eacute;s. Une facilit&eacute; particuli&egrave;re &eacute;tait offerte par la proportionnalit&eacute; de 1\/120. En effet, si l&rsquo;on stoppait la cordelette &agrave; la fin de l&rsquo;&eacute;coulement d&rsquo;une ampoulette de 30 secondes soit un cent vingti&egrave;me d&rsquo;heure, le nombre de n&oelig;uds fil&eacute;s pouvait donner directement la distance parcourue en une heure, si l&rsquo;espacement des n&oelig;uds &eacute;tait &eacute;gal au 1\/120e de l&rsquo;unit&eacute; de distance. C&rsquo;est pour cette raison pragmatique, qu&rsquo;un navire file N n&oelig;uds, quand il parcourt N milles par heure. Resta &agrave; se disputer sur la longueur du mille et l&rsquo;espacement des n&oelig;uds.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le conservatisme des gens de mer<\/strong><\/p>\n<p>Suivant une constante de l&rsquo;histoire de la navigation, les efforts faits en France et en Angleterre pour am&eacute;liorer la navigation et sensibiliser les pilotes ne bouscul&egrave;rent pas la navigation. Samuel Pepys exer&ccedil;a brillamment la charge de Secr&eacute;taire du <em>Board of Admiralty<\/em> de 1673 &agrave; 1679. Il releva la marine de Charles II et fonda en 1673 l&rsquo;&eacute;cole de math&eacute;matiques de <em>Christ&rsquo; s Hospital<\/em>, car il estimait que la Navy avait d&rsquo;abord besoin d&rsquo;un enseignement pouss&eacute; vers les math&eacute;matiques et la navigation, pour utiliser correctement les outils rendus disponibles depuis trois quarts de si&egrave;cle. Dix ans plus tard, en 1683, en route pour Tanger avec l&rsquo;escadre anglaise, Pepys demanda de faire &eacute;tablir l&rsquo;estime par tous ceux qui &eacute;taient capables de la calculer. Les r&eacute;sultats dispers&eacute;s en tous sens &eacute;taient tous erron&eacute;s de plus de 25 lieues. Lors du voyage de retour, l&rsquo;escadre reconnut le cap Lizard alors que l&rsquo;on guettait la c&ocirc;te fran&ccedil;aise. Pepys conclut d&rsquo;abord que &laquo; <em>la Providence, beaucoup de chance et l&rsquo;immensit&eacute; de la mer sont les uniques raisons pour lesquelles il n&rsquo;y a pas plus de d&eacute;sastres et de mauvaises fortunes dans la navigation.<\/em> &raquo; Il d&eacute;non&ccedil;a surtout les m&eacute;faits de la routine et du manque d&rsquo;esprit critique des masters charg&eacute;s de la navigation, parce qu&rsquo;ils ne pensaient pas &agrave; recouper leurs observations, et ne tiraient pas parti des constations quotidiennes des erreurs &eacute;videntes et des inattentions coupables. &laquo; <em>Mais d&egrave;s que la terre est en vue, toute diff&eacute;rence (entre l&rsquo;estime et l&rsquo;observation) est oubli&eacute;e, ainsi que tout d&eacute;sir de tirer enseignement des faits. Au contraire, chacun fait tous ses efforts pour d&eacute;montrer qu&rsquo;il avait raison, sans penser qu&rsquo;ils se retrouveraient tous dans le m&ecirc;me embarras au m&ecirc;me endroit. De l&agrave; vient le fait que la science de la navigation est rest&eacute;e depuis si longtemps sans faire de progr&egrave;s.<\/em> &raquo;<\/p>\n<p><strong>La navigation au temps de Champlain<\/strong><\/p>\n<p>On oublie trop que Samuel Champlain &eacute;tait un marin confirm&eacute;. Pour donner une id&eacute;e de la navigation en son temps, il suffit de l&rsquo;&eacute;couter parler. On a pr&ecirc;t&eacute; peu d&rsquo;attention &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &agrave; son <em>Trait&eacute; de la Marine et du devoir d&rsquo;un bon mariner de la navigation annex&eacute; aux Voyages de la nouvelle France Occidentale dite Canada<\/em> publi&eacute;s en 1632. Et cette inattention perdure. Au point que lors de la r&eacute;&eacute;dition de ces voyages en 1951 par les PUF &#8211; un &eacute;diteur universitaire parmi les plus cr&eacute;dibles &#8211; sous le titre <em>Les voyages de Samuel Champlain<\/em>, on a coup&eacute; purement et simplement la partie technique de ce m&eacute;moire avec cette explication abrupte : &laquo; <em>La suite du Trait&eacute; est principalement consacr&eacute;e &agrave; la confection des cartes et aux proc&eacute;d&eacute;s pour faire le point.<\/em> &raquo; Cela en dit long sur l&rsquo;inattention h&eacute;r&eacute;ditaire des Fran&ccedil;ais aux choses de la navigation. Sur le plan historique, cette inattention est d&rsquo;autant plus coupable que nos universitaires ont couvert de louanges imm&eacute;rit&eacute;es la m&eacute;diocre Hydrographie du P&egrave;re Fournier publi&eacute;e onze ans plus tard. Sans doute n&rsquo;attendait-on pas Champlain sur ce chapitre et l&rsquo;on a eu grand tort d&rsquo;oublier sa formation maritime pr&eacute;coce et son sens aigu de l&rsquo;observation. En tout cas, la lecture de son trait&eacute; pragmatique rend insupportables la suffisance de salon et les &acirc;neries nautiques du P&egrave;re Fournier.<\/p>\n<p>Champlain ouvre ainsi son m&eacute;moire :<br \/>&laquo; <em>Apr&egrave;s avoir pass&eacute; trente-huit ans de mon &acirc;ge &agrave; faire plusieurs voyages sur mer &amp; couru maints p&eacute;rils &amp; hasards (desquels Dieu m&rsquo;a pr&eacute;serv&eacute;) &amp; ayant toujours eu d&eacute;sir de voyager es lieux lointains &amp; &eacute;trangers o&ugrave; je me suis grandement plu, principalement en ce qui d&eacute;pendait de la navigation, apprenant tant par exp&eacute;rience que par instruction que j&rsquo;ai re&ccedil;ue de plusieurs bons navigateurs, qu&rsquo;au singulier plaisir que j&rsquo;ai eu en la lecture des livres faits sur ce sujet, c&rsquo;est ce qui a motiv&eacute;, &agrave; la fin de mes d&eacute;couvertes de la nouvelle France Occidentale, pour mon contentement, de faire un petit trait&eacute; intelligible &amp; profitable &agrave; ceux qui s&rsquo;en voudront servir.<\/em> &raquo;<\/p>\n<p>La premi&egrave;re partie du Trait&eacute; de la Marine prodigue au capitaine des recommandations sur l&rsquo;ordre, la vigilance et le soin qu&rsquo;il doit apporter en tout ce qui concerne la pr&eacute;paration et la tenue du navire, la conduite de son &eacute;quipage et la s&eacute;curit&eacute; du mouillage et de la navigation. Craindre Dieu tout d&rsquo;abord, et le prier. Embarquer m&ecirc;me un professionnel si possible : &laquo; <em>Je lui conseille de mener avec lui un homme d&rsquo;Eglise ou Religieux habile et capable.<\/em> &raquo;<\/p>\n<p>Les conseils en mati&egrave;re de navigation ont trait &agrave; la tenue de l&rsquo;estime et &agrave; la fa&ccedil;on de naviguer en latitude. La carte d&rsquo;abord. Champlain insiste sur la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;avoir une carte exacte. &laquo; <em>Il n&rsquo;y a rien de si utile pour la navigation que la carte marine.<\/em> &raquo; Elle &eacute;tait encore en projection &laquo; plate &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;elle ne tenait pas compte de la convergence des m&eacute;ridiens aux p&ocirc;les. Le canevas de Mercator, fondement de la cartographie moderne, &eacute;tait publi&eacute; depuis 1569. La mappemonde <em>Terrae Descriptio<\/em> en projection de Mercator restait une curiosit&eacute;. Le premier atlas nautique, le <em>Neptune Fran&ccedil;ais<\/em> en projection &laquo; r&eacute;duite &raquo;, serait publi&eacute; en 1693. Les marins sont conservateurs. Il fallait donc effectuer soi-m&ecirc;me la r&eacute;duction par le calcul ou par un artifice graphique. Champlain dit bien qu&rsquo;il faut utiliser les cartes en &laquo; <em>les r&eacute;duisant du rond au plat, encore qu&rsquo;il y ait quelque difficult&eacute;.<\/em> &raquo; On utilisait pour cela des abaques ou Quartiers de r&eacute;duction figurant dans tous les ouvrages nautiques. Quant aux cartes, le <em>Spieghel der Zeevaerdt<\/em> de Waghenaer avait &eacute;t&eacute; une r&eacute;volution en 1584. La cartographie nautique hollandaise imprim&eacute;e &eacute;tait traduite en fran&ccedil;ais depuis 1590 (<em>Le nouveau miroir des voiages marins<\/em>). Le <em>Spieghel<\/em> ne couvrait pas l&rsquo;Am&eacute;rique et c&rsquo;&eacute;tait un ouvrage d&eacute;coratif co&ucirc;teux, plus adapt&eacute; aux biblioth&egrave;ques des armateurs, des marchands et de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;clair&eacute;e, qu&rsquo;aux tables &agrave; cartes des navires de commerce. Les cartes manuscrites h&eacute;rit&eacute;es des portulans &eacute;taient, plus encore que les cartes imprim&eacute;es, des documents rares et dispendieux. Plusieurs t&eacute;moignages attestent l&rsquo;absence de toute carte, document ou instrument, &agrave; l&rsquo;exception des carnets traditionnels d&rsquo;instructions de route et de sondes, &agrave; bord des caboteurs des mers nordiques dans la seconde moiti&eacute; du 16<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. On pouvait tr&egrave;s bien se construire soi-m&ecirc;me un canevas pour traverser l&rsquo;Atlantique et Champlain explique comment dresser une carte, sur la base de dix-sept lieues et demie par degr&eacute; de latitude. C&rsquo;&eacute;tait trop court mais c&rsquo;&eacute;tait encore la donn&eacute;e admise sur une Terre dont on appr&eacute;ciait mal les dimensions. On d&eacute;battait beaucoup en Angleterre de la longueur du mille marin, mais il faudrait attendre le 18e si&egrave;cle pour que l&rsquo;on adopte en France vingt lieues comme &eacute;tant la longueur convenable du mille.<\/p>\n<p>Le compas de mer consistait depuis le 14<sup>e<\/sup> si&egrave;cle en une rose des directions dite s&egrave;che, en papier, assujettie &agrave; une aiguille aimant&eacute;e ou &agrave; un &eacute;quipage de plusieurs aiguilles parall&egrave;les. On gouvernait encore par r&eacute;f&eacute;rence &agrave; 32 rhumbs de 11&deg;15&rsquo;, soit les 8 &laquo; vents entiers &raquo; trac&eacute;s en noir (nord ou nord-est), les 8 &laquo; demi vents &raquo; (nord nord-est), et les 16 &laquo; quarts de vents &raquo; (nord-est quart nord). Pos&eacute;e librement sur la pointe de son pivot, la rose &eacute;tait &eacute;quilibr&eacute;e par de l&eacute;gers contrepoids en cire ou en plomb. L&rsquo;ensemble &eacute;tait contenu dans une bo&icirc;te en forme de cylindre ou de bol en bois tourn&eacute; ou en m&eacute;tal non ferreux, g&eacute;n&eacute;ralement du laiton ou du cuivre, que l&rsquo;on esp&eacute;rait exempt de particules de fer, ou d&rsquo;une forme carr&eacute;e en bois, qui s&rsquo;&eacute;tait g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e en France au milieu du 17<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Les progr&egrave;s techniques avaient port&eacute; sur les aiguilles, sur leur pivot, sur la mati&egrave;re et la forme de l&rsquo;habitacle du compas. L&rsquo;art du pilote &eacute;tait d&rsquo;entretenir la force de l&rsquo;aiguille en la &laquo; touchant &raquo; avec la pierre d&rsquo;aimant. &laquo; <em>Avoir une bonne pierre d&rsquo;aimant, quoi qu&rsquo;elle co&ucirc;te. Oter tout le fer d&rsquo;aupr&egrave;s les compas et boussoles car cela est grandement nuisible.<\/em> &raquo; On avait remarqu&eacute; sans la comprendre l&rsquo;influence de masses ferreuses sur l&rsquo;aiguille aimant&eacute;e, mais les notions de d&eacute;viation &eacute;taient encore tr&egrave;s confuses. Quant &agrave; la d&eacute;clinaison magn&eacute;tique c&rsquo;&eacute;tait une autre affaire. &laquo; <em>N&rsquo;oublier souvent &agrave; apprendre les d&eacute;clinaisons en tous lieux de l&rsquo;aguid&eacute;ment<\/em> (Il aurait d&ucirc; &eacute;crire la guide aimant, pour &laquo; <em>l&rsquo;aiguille aimant&eacute;e<\/em>&raquo;). La coexistence de la navigation magn&eacute;tique et de la navigation astronomique entra&icirc;nait une source de perplexit&eacute; en raison des fortes anomalies magn&eacute;tiques aux abords de Terre-Neuve. Il &eacute;tait difficile de corr&eacute;ler, dans l&rsquo;Atlantique Nord, l&rsquo;estime fausse d&eacute;duite des compas fortement d&eacute;vi&eacute;s, et d&rsquo;autre part les observations astronomiques de latitude lors des atterrissages sur le Canada. En faisant route &agrave; travers l&rsquo;Atlantique sans tenir compte de la variation de la d&eacute;clinaison magn&eacute;tique &#8211; ou sans s&rsquo;en apercevoir &#8211; , l&rsquo;estime des pilotes les mettait en un point plus bas en latitude qu&rsquo;ils le croyaient puisque, en suivant un cap magn&eacute;tique &agrave; l&rsquo;ouest, ils faisaient en r&eacute;alit&eacute; une route vraie &agrave; deux quarts vers le sud-ouest aux abords de Terre-Neuve.<\/p>\n<p>Restait encore &agrave; estimer la vitesse, pour calculer l&rsquo;estime et &laquo; pointer&raquo; la carte comme on disait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. La pratique universelle tr&egrave;s grossi&egrave;re consistait &agrave; mesurer le temps de d&eacute;filement le long du bord d&rsquo;un morceau de bois jet&eacute; par dessus bord &agrave; la proue, connaissant la longueur du navire. L&rsquo;observateur r&eacute;citait une formule scand&eacute;e qu&rsquo;il avait &eacute;talonn&eacute;e &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un sablier d&rsquo;une minute ou de trente secondes. Le r&eacute;sultat &eacute;tait d&rsquo;autant plus erron&eacute; que l&rsquo;on allait vite. Soixante ans apr&egrave;s sa description, Champlain est le premier navigateur fran&ccedil;ais &agrave; avoir mentionn&eacute; le loch &agrave; plateau, un instrument &laquo; qui m&rsquo;a sembl&eacute; fort s&ucirc;r &ndash; disait-il &ndash; au respect des estimes que l&rsquo;on fait ordinairement&raquo;. Incertain sur sa vitesse, on faisait en sorte de la surestimer, de mani&egrave;re &agrave; &eacute;viter de tomber trop t&ocirc;t &agrave; la c&ocirc;te. &laquo; <em>On ne doit oublier une chose en l&rsquo;estime, qui est de faire plus de l&rsquo;avant que de l&rsquo;arri&egrave;re.<\/em>&raquo;<\/p>\n<p>Restait &agrave; v&eacute;rifier sa latitude chaque jour &agrave; l&rsquo;arbal&egrave;te par l&rsquo;&eacute;toile Polaire gr&acirc;ce aux tables de correction en regardant les gardes, ou gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;astrolabe par le soleil m&eacute;ridien, avec l&rsquo;aide d&rsquo;une table &eacute;ph&eacute;m&eacute;ride de la d&eacute;clinaison solaire. L&rsquo;arbal&egrave;te tirait son nom de sa forme, et l&rsquo;on manipulait l&rsquo;astrolabe &agrave; bout de bras comme un peson. On semblait donc fusiller les &eacute;toiles et peser le soleil.<\/p>\n<p>Au bout du compte, on ne manquait pas de sonder pour d&eacute;tecter la brusque remont&eacute;e des fonds abyssaux &agrave; 200 m&egrave;tres. Le plateau continental ou le Grand Banc de Terre-Neuve &eacute;taient des signes avant-coureurs de l&rsquo;approche de l&rsquo;Am&eacute;rique. La sonde est aussi vieille que la navigation antique. Et puis on arrivait quelque part. L&rsquo;art du navigateur &eacute;tait alors d&rsquo;identifier le rivage. Et au besoin, il demandait sa route aux p&ecirc;cheurs. A toutes ces approximations pr&egrave;s, on naviguait intens&eacute;ment &agrave; travers l&rsquo;Atlantique. A la gr&acirc;ce de Dieu.<\/p>\n<p>Pour joindre l&rsquo;Acad&eacute;mie de marine : <br \/>contact@academiedemarine.fr<br \/>21, place Joffre<br \/>75007 PARIS (France)<br \/>01 44 42 47 97<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traverser l&rsquo;Atlantique avec Champlain &nbsp; par Fran&ccedil;ois Bellecde l&rsquo;Acad&eacute;mie de marine Lorsque l&rsquo;Europe du Nord eut assimil&eacute; la science de la haute mer &eacute;labor&eacute;e par les Portugais, les nations en r&eacute;serve du Nouveau Monde prirent&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-6046","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n25-mai-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6046"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6836,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6046\/revisions\/6836"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}