{"id":6047,"date":"2008-07-13T15:28:24","date_gmt":"2008-07-13T19:28:24","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/galilee-deux-ou-trois-choses-que-je-sais-de-lui\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:12","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:12","slug":"galilee-deux-ou-trois-choses-que-je-sais-de-lui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/galilee-deux-ou-trois-choses-que-je-sais-de-lui\/","title":{"rendered":"Galil\u00e9e, deux ou trois choses que je sais de lui"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">Galil&eacute;e, deux ou trois choses que je sais de lui<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Fran&ccedil;oise Balibar<br \/>Physicienne, auteure<\/h5>\n<p>Tout le monde conna&icirc;t, ou croit conna&icirc;tre, Galil&eacute;e. Reprenant au cin&eacute;aste Jean-Luc Godard le titre d&rsquo;un de ses films, &laquo; Deux ou trois choses que je sais d&rsquo;elle &raquo;, je voudrais ici ajouter &agrave; ce que tout le monde sait &laquo; deux ou trois choses &raquo; moins connues que je sais de lui, Galil&eacute;e.<\/p>\n<table border=\"0\" style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 220px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin25\/galilee.jpg\" alt=\"galilee\" title=\"Galilee\" \/><\/p>\n<h6>Galileo Galilei par Domenico Robusti en 1605. <\/h6>\n<h6>Source : Wikipedia, l&#8217;encyclop&eacute;die libre <\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>Galil&eacute;e &eacute;tait musicien<\/strong>. Son p&egrave;re Vincenzio Galilei (1520-1591) exer&ccedil;ait ce m&eacute;tier : &agrave; la fois, ex&eacute;cutant (excellent joueur de fl&ucirc;te), et th&eacute;oricien de la musique (il &eacute;crivit plusieurs trait&eacute;s sur le sujet). En tant que musicien, Vincenzio faisait partie d&rsquo;une &laquo; acad&eacute;mie &raquo;, formation sociale caract&eacute;ristique de la Renaissance italienne, regroupant dans chaque ville d&rsquo;importance les professionnels d&rsquo;une m&ecirc;me discipline, sans entretenir pour autant des rapports oblig&eacute;s avec l&rsquo;universit&eacute; (c&rsquo;est-&agrave;-dire avec ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui le monde &laquo; acad&eacute;mique &raquo;). Son fils, Galileo Galilei (francis&eacute; en Galil&eacute;e), sans &ecirc;tre un professionnel, &eacute;tait lui-m&ecirc;me bon musicien. Suffisamment en tout cas pour que le jour o&ugrave;, r&eacute;alisant des exp&eacute;riences sur la chute des corps (pour lesquelles il est, entre autres, c&eacute;l&egrave;bre), il eut besoin de mesurer des temps de chute &#8211;c&rsquo;est-&agrave;-dire compter le nombre d&rsquo;intervalles de temps &eacute;gaux que l&rsquo;on peut loger dans le temps que le corps met &agrave; tomber &#8211;, il eut recours &agrave; un proc&eacute;d&eacute; auquel seul un musicien pouvait penser : chanter des airs en maintenant un tempo (rythme) d&eacute;termin&eacute;. Il faut se souvenir qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque, les horloges &eacute;taient tr&egrave;s impr&eacute;cises (en particulier parce que les dispositifs m&eacute;caniques de mesure du temps, &eacute;coulement d&rsquo;un sablier ou battements p&eacute;riodiques, ne permettaient pas de reproduire des intervalles de temps rigoureusement &eacute;gaux). Galil&eacute;e &eacute;tait suffisamment s&ucirc;r de son sens musical et de sa capacit&eacute; &agrave; maintenir imperturbablement un tempo pour pr&eacute;f&eacute;rer ce moyen non m&eacute;canique (de fortune, dirions-nous aujourd&rsquo;hui o&ugrave; l&rsquo;id&eacute;e de science sans instruments de mesure nous est &eacute;trang&egrave;re) &agrave; tout autre dispositif plus<br \/>technique.<\/p>\n<p>On se souviendra &agrave; cette occasion de cette maxime &eacute;nonc&eacute;e par Galil&eacute;e, fondatrice de la nouvelle science : &laquo; <em>mesurer tout ce qui peut &ecirc;tre mesur&eacute; et rendre mesurable ce qui ne l&rsquo;est pas<\/em> &raquo;. Objectif in&eacute;dit &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; l&rsquo;activit&eacute; scientifique &eacute;tait identifi&eacute;e &agrave; la recherche des causes (d&eacute;terminer la cause produisant tel ou tel ph&eacute;nom&egrave;ne), ce pour quoi il n&rsquo;est pas n&eacute;cessaire de disposer d&rsquo;une description quantitative du ph&eacute;nom&egrave;ne &agrave; &laquo; expliquer &raquo;. L&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;une telle description ne soit pas suffisante est &agrave; l&rsquo;&eacute;poque une id&eacute;e neuve ; qu&rsquo;il faille la compl&eacute;ter par une description quantitative, une mesure, ouvre la voie &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de math&eacute;matisation impliquant des rapports rigoureux entre des grandeurs bien d&eacute;termin&eacute;es.<\/p>\n<p><strong>Galil&eacute;e avait &eacute;tudi&eacute; le dessin.<\/strong> Dans le m&ecirc;me ordre d&rsquo;id&eacute;es, il est int&eacute;ressant de savoir que Galil&eacute;e, outre ses dons de musicien, poss&eacute;dait aussi des comp&eacute;tences en dessin, acquises dans sa jeunesse. Comp&eacute;tences qui lui furent d&rsquo;un grand secours lorsque pointant vers le ciel la lunette qu&rsquo;il avait construite en perfectionnant un gadget achet&eacute; &agrave; des marchands ambulants hollandais sur le march&eacute; de Venise, il observa, pour la premi&egrave;re fois, des montagnes sur la lune ; preuve que la lune, objet c&eacute;leste par excellence, n&rsquo;est pas d&rsquo;une nature diff&eacute;rente de la Terre ; en contradiction avec la th&egrave;se soutenue dans les universit&eacute;s, sous la domination de l&rsquo;Eglise, selon laquelle la Terre est &agrave; la fois le centre du monde autour duquel tout tourne et le lieu de l&rsquo;in&eacute;gal, du transitoire, du changement, de la vie et de la mort, par opposition au ciel, figur&eacute; par une sph&egrave;re lisse, sans creux ni bosses, &eacute;ternelle et immuable, en rotation autour du centre de la Terre. Cela se passait durant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1609 (pour fixer les id&eacute;es, on se souviendra que 1608 est l&rsquo;ann&eacute;e o&ugrave; fut fond&eacute;e la ville de Qu&eacute;bec). Galil&eacute;e poss&eacute;dait alors la seule lunette au monde permettant d&rsquo;observer la surface de la lune. Il lui fallait donc, pour faire conna&icirc;tre aux autres savants sa d&eacute;couverte, d&eacute;crire ce qu&rsquo;il avait vu, avec des mots, et mieux encore, illustrer son propos par le dessin. Avoir appris les diverses techniques du dessin, et en particulier celle qui permet de rendre le relief au moyen de hachures diversement inclin&eacute;es, lui fut alors d&rsquo;un grand secours (Figure montrant la surface de la lune dessin&eacute;e par Galil&eacute;e &ndash; parue dans le &ldquo;Sidereus Nuncius&rdquo; (Messager c&eacute;leste, ou des &eacute;toiles, selon les traductions) dont le cr&eacute;dit est Biblioth&egrave;que nationale, Florence, Italie et photographi&eacute;e et ayant pour cr&eacute;dit &laquo; Mission Apollo 11 ; Nasa, Washington &raquo; &#8212; p. 34-35 de Jean-Pierre Maury, Galil&eacute;e, le messager des &eacute;toiles, Paris, Gallimard, 1986).<\/p>\n<p>Que Galil&eacute;e n&rsquo;ait pas h&eacute;sit&eacute; &agrave; mettre en &oelig;uvre ses capacit&eacute;s de dessinateur en dit plus qu&rsquo;il n&rsquo;y para&icirc;t sur ce qu&rsquo;est la science moderne, celle qui pr&eacute;cis&eacute;ment na&icirc;t avec lui, celle dont la science actuelle est l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re. En effet, Galil&eacute;e utilise le dessin comme un moyen, un outil destin&eacute; &agrave; emporter l&rsquo;adh&eacute;sion intellectuelle, la conviction de ses contemporains &#8212; &agrave; la fois ses adversaires (les tenants du mode de pens&eacute;e traditionnel, accroch&eacute;s &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que la Terre est immobile au centre du monde et le ciel d&rsquo;une nature diff&eacute;rente), et les autres, ceux que l&rsquo;on d&eacute;signe du nom d&rsquo; &laquo; honn&ecirc;te homme &raquo; au 17<em>&egrave;me<\/em> si&egrave;cle ; deux cat&eacute;gories d&rsquo;interlocuteurs repr&eacute;sent&eacute;s dans <em>le Dialogue sur les deux syst&egrave;mes du monde<\/em> (ouvrage qui vaudra &agrave; Galil&eacute;e de graves ennuis avec l&rsquo;Eglise, comme chacun sait), par les figures de Simplicio (que son nom suffit &agrave; caract&eacute;riser) et Sagredo (l&rsquo;honn&ecirc;te homme). L&agrave; aussi, s&rsquo;exprime une id&eacute;e neuve, celle selon laquelle l&rsquo;activit&eacute; scientifique, parce qu&rsquo;elle vise &agrave; convaincre des interlocuteurs, ne peut pas se d&eacute;velopper sans ces interlocuteurs, justement. Le savant moderne n&rsquo;est pas &#8212; en tout cas, ne doit pas &ecirc;tre, si l&rsquo;on veut se conformer &agrave; l&rsquo;id&eacute;al de la science moderne &agrave; ses d&eacute;buts &#8212; un mage, enferm&eacute; dans sa tour d&rsquo;argent, enfoui sous ses fioles, ses instruments et ses formules cabalistiques. Il n&rsquo;est pas non plus un grand- pr&ecirc;tre officiant, ou, ce qui y ressemble beaucoup, un professeur parlant du haut d&rsquo;une chaire (ce qu&rsquo;il est devenu &hellip;disons, &agrave; une certaine &eacute;poque&#8211; pour ne vexer personne).<\/p>\n<p>Le recours aux techniques du dessin fait partie de cette strat&eacute;gie visant &agrave; gagner la conviction d&rsquo;interlocuteurs raisonnables, lesquels font partie int&eacute;grante du monde de cette nouvelle science (caract&eacute;ristique dont l&rsquo;&eacute;volution ult&eacute;rieure a gard&eacute; trace sous la forme de colloques, conf&eacute;rences et autres s&eacute;minaires). A cet &eacute;gard, il n&rsquo;est pas tr&egrave;s &eacute;tonnant que la science moderne soit n&eacute;e en Italie, en Toscane tr&egrave;s pr&eacute;cis&eacute;ment : les acad&eacute;mies, d&eacute;crites plus haut &agrave; propos du p&egrave;re de Galil&eacute;e, pr&eacute;figurent ces lieux de discussion entre professionnels d&rsquo;une m&ecirc;me discipline (Galil&eacute;e lui-m&ecirc;me fera partie d&rsquo;une c&eacute;l&egrave;bre acad&eacute;mie, qui s&rsquo;&eacute;tait dot&eacute; du nom flamboyant d&rsquo;Acad&eacute;mie des Lynx). Enfin, <em>last but not least<\/em>, il est remarquable &agrave; cet &eacute;gard que Galil&eacute;e ait choisi de s&rsquo;exprimer non pas en latin, langue utilis&eacute;e par les sp&eacute;cialistes universitaires entre eux, mais en florentin, langue &eacute;labor&eacute;e au sein des acad&eacute;mies au si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent sur la base du latin simplifi&eacute; et des parlers locaux, la langue de Dante et de Boccace ; Dante et Boccace &agrave; propos desquels Galil&eacute;e avait r&eacute;dig&eacute;, du temps de ses &eacute;tudes, des essais de critique litt&eacute;raire.<br \/><strong><br \/>Galil&eacute;e s&rsquo;&eacute;tait livr&eacute; &agrave; des essais de critique litt&eacute;raire<\/strong> ; telle est la troisi&egrave;me chose que je sais de lui et que je voulais rapporter ici, tant il est devenu inimaginable, en ces temps o&ugrave; r&egrave;gne une opposition &laquo; monstrueuse &raquo;, monstrueuse parce que contre-nature &#8212; entre lettres et sciences, qu&rsquo;un prix Nobel de physique (par exemple) puisse s&rsquo;exercer &agrave; la critique litt&eacute;raire. Et pourquoi pas ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Galil&eacute;e, deux ou trois choses que je sais de lui &nbsp; par Fran&ccedil;oise BalibarPhysicienne, auteure Tout le monde conna&icirc;t, ou croit conna&icirc;tre, Galil&eacute;e. 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