{"id":6101,"date":"2008-12-13T16:14:22","date_gmt":"2008-12-13T21:14:22","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lhistoire-de-la-nouvelle-france-oubli-ou-occultation\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:16","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:16","slug":"lhistoire-de-la-nouvelle-france-oubli-ou-occultation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lhistoire-de-la-nouvelle-france-oubli-ou-occultation\/","title":{"rendered":"L\u2019histoire de la Nouvelle-France, oubli ou occultation"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">L&rsquo;histoire de la Nouvelle-France, oubli ou occultation<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Jacques Mathieu<br \/>Professeur d&rsquo;histoire<br \/>Universit&eacute; Laval<\/h5>\n<p>L&rsquo;intitul&eacute; de cette table ronde (11<sup>e<\/sup> Rendez-vous de l&rsquo;histoire, Blois &ndash; 9 au 12 octobre 2008), qui risque de raviver la perception d&rsquo;une Nouvelle-France abandonn&eacute;e au moment de la guerre de Sept Ans et de sa cession &agrave; la Grande Bretagne, place un Qu&eacute;b&eacute;cois dans une position d&eacute;licate. Il serait aventureux de tenter de cerner ad&eacute;quatement la place de la Nouvelle-France dans la perception fran&ccedil;aise actuelle. Je retiens cependant le fait qu&rsquo;il importe de distinguer les diff&eacute;rentes formes d&rsquo;expressions de cette pr&eacute;sence, qu&rsquo;elle soit &eacute;tatique, nationale, r&eacute;gionale ou locale, le fait d&rsquo;universitaires ou d&rsquo;&eacute;rudits locaux, tels les g&eacute;n&eacute;alogistes. Il en d&eacute;coule une grande vari&eacute;t&eacute; de connaissances et d&rsquo;attachements qui pr&eacute;sident &agrave; la d&eacute;finition de m&eacute;canismes de m&eacute;diation entre la raison nationale et les perceptions populaires. <\/p>\n<p><strong>I Un aper&ccedil;u des relations actuelles<\/strong><\/p>\n<p>Un bref aper&ccedil;u des relations actuelles conduit &agrave; une comparaison des situations de la France envers la Nouvelle-France et du Qu&eacute;bec en regard de la francophonie nord-am&eacute;ricaine et &agrave; la proposition de pistes d&rsquo;avenir. Je retiens quatre &eacute;l&eacute;ments principaux dans ce survol. <\/p>\n<p>En 1981, &agrave; l&rsquo;invitation de Fran&ccedil;ois Lebrun et de la maison Belin, j&rsquo;ai publi&eacute; une synth&egrave;se d&rsquo;histoire de la Nouvelle-France. Je me rappelle m&rsquo;&ecirc;tre interrog&eacute; assez longuement sur le sous-titre &agrave; retenir. J&rsquo;ai consciemment choisi &laquo; Les Fran&ccedil;ais en Am&eacute;rique du Nord XVIIe-XVIIIe &raquo;, &agrave; la fois pour ne pas me confiner &agrave; la vall&eacute;e du Saint-Laurent et pour insister davantage sur la fa&ccedil;on dont ce territoire avait &eacute;t&eacute; investi par des Fran&ccedil;ais plut&ocirc;t que de choisir un titre &agrave; la gloire de la France et de son expansion coloniale. En somme, dans ma perception de l&rsquo;&eacute;poque, ce sont les Fran&ccedil;ais qui ont fait la Nouvelle-France.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;&eacute;ventail des relations r&eacute;centes entre les deux contr&eacute;es illustre bien ces sensibilit&eacute;s fran&ccedil;aises, qu&rsquo;elles soient universitaires ou locales. Que l&rsquo;on pense aux travaux initi&eacute;s par Joseph Goy et Jean-Pierre Wallot dans les ann&eacute;es 1980 et donnant lieu &agrave; des colloques th&eacute;matiques franco-qu&eacute;b&eacute;cois annuels, aux initiatives de la Commission franco-qu&eacute;b&eacute;coise sur les lieux de m&eacute;moire communs dont Philippe Joutard a &eacute;t&eacute; un artisan et un partisan engag&eacute;, aux nombreuses activit&eacute;s locales ou r&eacute;gionales de comm&eacute;moration en lien avec l&rsquo;histoire et la g&eacute;n&eacute;alogie. Les exemples sont multiples : l&rsquo;exposition de la Tour-de-la-Cha&icirc;ne &agrave; La Rochelle, l&rsquo;inventaire des traces du pass&eacute; entre le Qu&eacute;bec et la r&eacute;gion de Poitou-Charente, le Mus&eacute;e de l&rsquo;&eacute;migration fran&ccedil;aise &agrave; Tourouvre, le grand congr&egrave;s des historiens fran&ccedil;ais tenu &agrave; Qu&eacute;bec, les comm&eacute;morations &agrave; Toulon, &agrave; Ch&acirc;lons-en-Champagne, dans la Haute-Marne, l&rsquo;entreprise de Villes et villages de France, la collaboration de la France &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;un Centre de la francophonie des Am&eacute;riques &agrave; Qu&eacute;bec, sans oublier cette pr&eacute;sence du Qu&eacute;bec comme invit&eacute; d&rsquo;honneur au rendez-vous de l&rsquo;histoire, ici m&ecirc;me &agrave; Blois, etc. Il y a &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence chez un grand nombre de Fran&ccedil;ais un int&eacute;r&ecirc;t, une sensibilit&eacute;, une volont&eacute; de partage d&rsquo;une histoire, d&rsquo;une culture et de valeurs communes ; une forme de r&eacute;appropriation de ce pass&eacute;.<\/p>\n<p>Certes, il ne faut tout de m&ecirc;me pas n&eacute;gliger les efforts et les investissements de la France envers la francophonie qui s&rsquo;incarnent dans le soutien financier &agrave; des organismes internationaux. Il semble cependant que les retomb&eacute;es concr&egrave;tes et les effets mobilisateurs souffrent d&rsquo;un s&eacute;rieux manque de visibilit&eacute;. <\/p>\n<p>Le contexte de la comm&eacute;moration du 400<sup>e<\/sup> anniversaire de la fondation de Qu&eacute;bec a largement contribu&eacute; &agrave; mieux faire conna&icirc;tre la vitalit&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise actuelle de l&rsquo;ancienne Nouvelle-France. Une prolif&eacute;ration d&rsquo;activit&eacute;s se sont inscrites dans un contexte de comm&eacute;moration et dans une perspective de valorisation, &agrave; la fois politique, scientifique, sociale et culturelle, de traces du pass&eacute; en fonction des enjeux du pr&eacute;sent pour concevoir un devenir.<\/p>\n<p>Pourquoi donc la Nouvelle-France n&rsquo;a-t-elle jamais r&eacute;ussi &agrave; faire partie du roman national fran&ccedil;ais ? C&rsquo;est surprenant, tellement il y a de points de convergence ; que l&rsquo;on pense par exemple aux situations comme :<\/p>\n<ul>\n<li>l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;alogique et familial relatif &agrave; la provenance des anc&ecirc;tres ;<\/li>\n<li>l&rsquo;h&eacute;ritage et la vitalit&eacute; de la langue et de la culture fran&ccedil;aises sous toutes ses formes ;<\/li>\n<li>le nombre de francophones et de francophiles en Am&eacute;rique du Nord ;<\/li>\n<\/ul>\n<p>et plus r&eacute;cemment,<\/p>\n<ul>\n<li>les prises de position sur la guerre en Irak ;<\/li>\n<li>les notions d&rsquo;exception culturelle am&eacute;nag&eacute;es en concept de diversit&eacute; culturelle soutenues par le Qu&eacute;bec ;<\/li>\n<li>l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une francophonie plurielle, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il y a l&agrave; un paradoxe. Dans des perspectives scientifiques et m&eacute;morielles, et donc sensibles et actuelles, l&rsquo;&eacute;vocation de la Nouvelle-France et des descendants de Fran&ccedil;ais en Am&eacute;rique est passablement pr&eacute;sente en France. Or, c&rsquo;est comme s&rsquo;il y avait une m&eacute;moire, des sensibilit&eacute;s associ&eacute;es &agrave; des sentiments d&rsquo;appartenance et de partage d&rsquo;identit&eacute;, des connaissances historiques structur&eacute;es, organis&eacute;es et diffus&eacute;es, mais une absence quasi totale dans le syst&egrave;me d&rsquo;enseignement. <\/p>\n<p>La transposition de cette question dans l&rsquo;espace nord-am&eacute;ricain procure un effet miroir aux interrogations de cette table en comparant la situation de la France &agrave; celle du Qu&eacute;bec. La question pourrait se d&eacute;finir en deux temps :<\/p>\n<ul>\n<li>La France est notre m&egrave;re-patrie, une r&eacute;f&eacute;rence incontournable pour nous. L&rsquo;inverse est-il aussi vrai?<\/li>\n<li>Qu&eacute;bec est le berceau de la francophonie nord-am&eacute;ricaine. &Agrave; toutes fins utiles, le berceau comporte les m&ecirc;mes connotations r&eacute;f&eacute;rentielles que la m&egrave;re-patrie. Pour la diaspora francophone nord-am&eacute;ricaine, Qu&eacute;bec, c&rsquo;est un peu la m&egrave;re-patrie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>II La francophonie nord-am&eacute;ricaine<\/strong><\/p>\n<p>Les attitudes et comportements du Qu&eacute;bec en regard de la francophonie nord-am&eacute;ricaine sont-ils diff&eacute;rents? Quelle place ces communaut&eacute;s francophones issues de la Nouvelle-France occupent-elles dans l&rsquo;histoire du Qu&eacute;bec? Certes, l&rsquo;on a une bonne id&eacute;e des migrations. Quelques chercheurs ont produit des ouvrages remarquables sur l&rsquo;immigration et sur les diff&eacute;rentes communaut&eacute;s francophones d&rsquo;Am&eacute;rique du Nord. Mais les gouvernements, &agrave; travers leurs minist&egrave;res, se pr&eacute;occupent-ils vraiment de la francophonie, de la vie des francophones en dehors du Qu&eacute;bec? Et l&rsquo;examen des programmes d&rsquo;enseignement et de formation des jeunes, notamment en histoire et &agrave; tous les niveaux, montre &eacute;galement un &eacute;norme d&eacute;ficit de connaissances. <\/p>\n<p>En ce sens la situation en France et au Qu&eacute;bec est &agrave; maints &eacute;gards comparable. Y a-t-il quelque chose &agrave; faire? Quoi? Comment? Quels liens est-il possible de concevoir entre les intentions et les projets gouvernementaux et la vie concr&egrave;te dans les communaut&eacute;s francophones?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>III Une piste d&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p>Il est fort int&eacute;ressant de noter,<\/p>\n<ul>\n<li>d&rsquo;une part, que la th&eacute;matique de ce salon soit ax&eacute;e sur &laquo; Les Europ&eacute;ens &raquo;, dont un des aboutissements pourrait &ecirc;tre d&rsquo;&eacute;crire l&rsquo;histoire de la France comme celle d&rsquo;une r&eacute;gion de l&rsquo;Europe ;<\/li>\n<li>d&rsquo;autre part, qu&rsquo;en m&ecirc;me temps, le Qu&eacute;bec soit l&rsquo;invit&eacute; d&rsquo;honneur de ce salon.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette cohabitation indique bien, je crois, jusqu&rsquo;&agrave; quel point nous sommes dans un monde complexe et en mutations majeures. Elle suscite plus de questions que de r&eacute;ponses.<\/p>\n<p>La comm&eacute;moration du 400<sup>e<\/sup> de Qu&eacute;bec a suscit&eacute; de tr&egrave;s nombreuses manifestations ponctuelles de solidarit&eacute;, mais aura-t-elle des suites concr&egrave;tes?<\/p>\n<p>La culture est devenue un enjeu majeur dans un contexte de mondialisation, de transmission d&rsquo;h&eacute;ritage et de valeurs, ainsi que de surabondance d&rsquo;informations par Internet. <\/p>\n<p>La France et le Qu&eacute;bec ont un pass&eacute; commun, des valeurs partag&eacute;es et des aspirations convergentes. &Agrave; bien des &eacute;gards, leur situation se compare :<\/p>\n<ul>\n<li>La francophonie nord-am&eacute;ricaine n&rsquo;existerait pas s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas le Qu&eacute;bec ;<\/li>\n<li>La francophonie internationale fonde la puissance de la voix de la France sur l&rsquo;&eacute;chiquier mondial.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il n&rsquo;est pas possible d&rsquo;y rester indiff&eacute;rent. Il importe donc d&rsquo;innover pour assurer l&rsquo;avenir de la francophonie. Et je ne vois pas cette id&eacute;e ou cette orientation comme un devoir de m&eacute;moire, mais plut&ocirc;t comme un potentiel porteur d&rsquo;avenir, soit un moyen :<\/p>\n<ul>\n<li>d&rsquo;affirmation contre l&rsquo;uniformisation culturelle et<\/li>\n<li>de mettre en &eacute;vidence des &eacute;l&eacute;ments fondamentaux de notre identit&eacute;.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faudrait donc concevoir une id&eacute;e nouvelle, mobilisatrice, contributive &agrave; cette identit&eacute; francophone, &agrave; la fois une et plurielle, qui assure une coh&eacute;rence de pens&eacute;e et une coh&eacute;sion dans l&rsquo;action. Quelques &eacute;l&eacute;ments pr&eacute;sident &agrave; l&rsquo;affirmation d&rsquo;une telle francophonie &agrave; la fois transnationale et culturelle :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;histoire est le r&eacute;servoir de la m&eacute;moire. Elle fonde les ancrages m&eacute;moriels. Elle permet l&rsquo;approfondissement des points de convergence. Elle favorise le dialogue, le partage et l&rsquo;enrichissement mutuel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans l&rsquo;imm&eacute;diat un plan d&rsquo;action tout simple devrait permettre de progresser dans la bonne direction :<\/p>\n<ul>\n<li>Renforcement des r&eacute;seaux francophones ;<\/li>\n<li>Renforcement du syst&egrave;me de connaissances ;<\/li>\n<li>D&eacute;veloppement d&rsquo;actions &eacute;ducatives int&eacute;gr&eacute;es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Fille de son temps, l&rsquo;histoire sera pr&eacute;sente dans les lendemains de la mondialisation ; ainsi doit-il en &ecirc;tre de la francophonie. Serait-il temps de mettre de l&rsquo;avant un grand projet de faire l&rsquo;histoire des Fran&ccedil;ais?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire de la Nouvelle-France, oubli ou occultation &nbsp; par Jacques MathieuProfesseur d&rsquo;histoireUniversit&eacute; Laval L&rsquo;intitul&eacute; de cette table ronde (11e Rendez-vous de l&rsquo;histoire, Blois &ndash; 9 au 12 octobre 2008), qui risque de raviver la perception&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[40],"tags":[],"class_list":["post-6101","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n27-decembre-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6101","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6101"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6101\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6891,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6101\/revisions\/6891"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6101"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6101"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6101"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}