{"id":6111,"date":"2009-04-07T02:47:26","date_gmt":"2009-04-07T06:47:26","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/memoire-et-histoire-un-questionnement-a-renouveler\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:18","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:18","slug":"memoire-et-histoire-un-questionnement-a-renouveler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/memoire-et-histoire-un-questionnement-a-renouveler\/","title":{"rendered":"M\u00e9moire et histoire : un questionnement \u00e0 renouveler"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\">M&eacute;moire et histoire : un questionnement &agrave; renouveler<\/h2>\n<h3 align=\"center\">(Texte lu au 4<sup>e<\/sup> s&eacute;minaire sur les lieux de m&eacute;moire communs franco-qu&eacute;b&eacute;cois qui a eu lieu <br \/>&agrave; Aix-en-Provence le 25 octobre 2008, sur le th&egrave;me &laquo; La M&eacute;moire au regard de l&rsquo;Histoire &raquo;)<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Patrice Groulx<br \/>D&eacute;partement d&rsquo;histoire, Universit&eacute; Laval, Qu&eacute;bec<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je vous remercie d&rsquo;abord pour cette invitation tr&egrave;s flatteuse, d&rsquo;autant plus bienvenue que je ne connaissais pas Aix sinon par plusieurs Qu&eacute;b&eacute;cois de ma connaissance qui sont venus y &eacute;tudier et qui en ont chant&eacute; les vertus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;intention de vous parler de la m&eacute;moire en regard de l&rsquo;histoire avec le but de r&eacute;habiliter l&rsquo;histoire face &agrave; une m&eacute;moire dont on sait qu&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute; de ses avantages r&eacute;els pour une juste connaissance du pass&eacute;, elle est l&rsquo;objet de d&eacute;tournements de sens. M&eacute;moire et histoire s&rsquo;&eacute;paulent et sont indissociables, mais nous connaissons la tendance &agrave; donner &agrave; la m&eacute;moire toute la place dans nos rapports collectifs avec le pass&eacute;, &agrave; l&rsquo;imposer comme un devoir, et si on n&rsquo;y prend garde, &agrave; l&rsquo;instrumentaliser au d&eacute;triment de la v&eacute;rit&eacute; que l&rsquo;histoire cherche &agrave; d&eacute;gager des r&eacute;alit&eacute;s pass&eacute;es. Oui, il existe un devoir de m&eacute;moire, c&rsquo;est ind&eacute;niable, mais il y a aussi un devoir d&rsquo;histoire, et c&rsquo;est &agrave; titre d&rsquo;historien soucieux que je m&rsquo;adresse &agrave; vous. J&rsquo;amorcerai mon expos&eacute; par un cas type, les contresens et faux sens de la m&eacute;moire de Champlain dans les c&eacute;l&eacute;brations du 400<sup>e<\/sup> anniversaire de la fondation de Qu&eacute;bec. Je poursuivrai avec le sens de la devise du Qu&eacute;bec, &laquo; <em>Je me souviens<\/em> &raquo;. Je terminerai sur la pertinence du concept de lieu de m&eacute;moire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Le fantasme de Champlain<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a quelques mois, on m&rsquo;a demand&eacute; de donner mon avis, &agrave; une table ronde dans le cadre des F&ecirc;tes de la Nouvelle-France, sur la question suivante : Qui est Champlain ? C&rsquo;est naturel, tous les projecteurs sont braqu&eacute;s sur le fondateur de Qu&eacute;bec, et ressortent alors les mille et une questions qu&rsquo;on se pose sur son compte : &eacute;tait-ce un aventurier, un d&eacute;couvreur, un missionnaire, un fondateur ? &Eacute;tait-il catholique ou protestant ? Sinc&egrave;re ou dissimulateur ? &Eacute;tait-il le seul vrai fondateur ? A-t-il orchestr&eacute; sa m&eacute;moire ult&eacute;rieure ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces questions sont passionnantes lorsqu&rsquo;elles surgissent. Pour ma part, qui m&rsquo;int&eacute;resse surtout aux usages sociaux de l&rsquo;histoire, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; un peu provocateur en r&eacute;pondant que Champlain est, entre autres attributs, un fantasme. C&rsquo;est un terme de psychologie. Le dictionnaire le d&eacute;crit ainsi : &laquo; production de l&rsquo;imaginaire par laquelle le moi cherche &agrave; &eacute;chapper &agrave; l&rsquo;emprise de la r&eacute;alit&eacute; &raquo; (<em>Le Petit Robert 2008<\/em>). J&rsquo;ai pouss&eacute; un cran plus loin : Champlain est un fantasme des gens de pouvoir. &Agrave; quoi chacun aurait pu s&rsquo;exclamer : &laquo; Mais voyons, premi&egrave;rement Champlain ce n&rsquo;est pas un produit de l&rsquo;imagination. Deuxi&egrave;mement, qu&rsquo;est-ce que mon &laquo; moi &raquo; a &agrave; voir avec lui ? Et troisi&egrave;mement, les gens de pouvoir, ce n&rsquo;est pas de ma faute s&rsquo;ils se prennent pour d&rsquo;autres. &raquo; &Agrave; quoi j&rsquo;ai r&eacute;pondu ce qui suit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi&egrave;rement : en effet, Champlain n&rsquo;est pas un produit de l&rsquo;imagination, mais on ne peut pas faire autrement que d&rsquo;imaginer beaucoup de choses &agrave; son sujet. On n&rsquo;a pas son portrait, alors on l&rsquo;invente. Il y a bien des points obscurs dans sa biographie, dont le myst&egrave;re de sa naissance, alors on propose des hypoth&egrave;ses : par exemple, il aurait peut-&ecirc;tre eu pour p&egrave;re le roi Henri IV&hellip; Et puis, apr&egrave;s l&rsquo;avoir singularis&eacute; au XIXe si&egrave;cle comme le seul v&eacute;ritable fondateur de Qu&eacute;bec, ce qui est effectivement un produit de l&rsquo;imagination, on se pla&icirc;t aujourd&rsquo;hui &agrave; imaginer d&rsquo;autres fondateurs, &agrave; mon avis gu&egrave;re moins fantasm&eacute;s, depuis le chef innu (montagnais) Anadabijou jusqu&rsquo;&agrave; son vis-&agrave;-vis Henri IV, en passant par Dugua de Monts et Pont-Grav&eacute;. Le probl&egrave;me ne r&eacute;side pas dans la pr&eacute;sence du fantasme, mais dans l&rsquo;usage qu&rsquo;on en fait et dans les d&eacute;terminations qu&rsquo;il impose &agrave; la recherche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deuxi&egrave;mement, qu&rsquo;est-ce que mon &laquo; moi &raquo; a &agrave; voir avec lui ? On touche ici &agrave; l&rsquo;identit&eacute;. Si je tire ma fiert&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre un Qu&eacute;b&eacute;cois, et que pour moi un authentique Qu&eacute;b&eacute;cois doit &ecirc;tre de souche exclusivement fran&ccedil;aise et catholique, je vais pr&eacute;f&eacute;rer le Champlain qui veut faire rayonner la France, fille a&icirc;n&eacute;e de l&rsquo;&Eacute;glise, dans les terres sauvages de l&rsquo;Am&eacute;rique. C&rsquo;est par ce d&eacute;sir d&rsquo;identit&eacute; avec un fondateur recommandable que Champlain est devenu le &laquo; p&egrave;re de la Nouvelle-France &raquo;, le &laquo; p&egrave;re du Canada fran&ccedil;ais &raquo;, le &laquo; p&egrave;re du catholicisme en Am&eacute;rique &raquo;, et on peut en allonger toute une liste. Mais si je consid&egrave;re &mdash; comme la majorit&eacute;, je crois bien &mdash; que le sentiment d&rsquo;&ecirc;tre qu&eacute;b&eacute;cois n&rsquo;est pas r&eacute;ductible &agrave; une seule personne qui serait une sorte d&rsquo;anc&ecirc;tre commun, effectivement je suis pr&ecirc;t &agrave; inclure parmi les fondateurs d&rsquo;autres personnages que Champlain, et avec qui je peux aussi m&rsquo;identifier sans trop de difficult&eacute; : des protestants, des commer&ccedil;ants et des Autochtones, pourquoi en aurais-je peur ? Mais chaque fois que je succomberai &agrave; cette &laquo; hantise des origines &raquo;, pour reprendre l&rsquo;expression de Marc Bloch, je m&rsquo;&eacute;loignerai quand m&ecirc;me du r&eacute;el, qu&rsquo;il f&ucirc;t pass&eacute; ou pr&eacute;sent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui m&rsquo;am&egrave;ne &agrave; mon troisi&egrave;me terme : Champlain est un fantasme des gens de pouvoir. C&rsquo;est facile &agrave; d&eacute;montrer, &ccedil;a l&rsquo;est moins &agrave; comprendre comment et pourquoi. Facile &agrave; d&eacute;montrer : on n&rsquo;a qu&rsquo;&agrave; prendre les d&eacute;clarations de la gouverneure g&eacute;n&eacute;rale et du premier ministre du Canada, que vous avez peut-&ecirc;tre entendus, et dont on s&rsquo;est bien amus&eacute; ou indign&eacute; chez nous : Champlain serait le premier d&rsquo;une longue lign&eacute;e de gouverneurs du Canada. Il faudrait bien s&rsquo;arr&ecirc;ter &agrave; ce que cela signifie : les gouverneurs sont les repr&eacute;sentants de la souverainet&eacute; royale. Or, cette souverainet&eacute; a chang&eacute; avec la Conqu&ecirc;te, elle est devenue anglaise depuis 1763. M&ecirc;me si la constitution de 1982 a cr&eacute;&eacute; cette fiction qu&rsquo;&Eacute;lisabeth II est, selon la formule consacr&eacute;e, &laquo; la reine du chef du Canada &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire par d&eacute;cision du Canada, nous avons une reine anglaise. En somme, si vous suivez ce raisonnement, le Fran&ccedil;ais Champlain est le fondateur de la souverainet&eacute; anglaise au Canada. Un pur fantasme du pouvoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment en est-on arriv&eacute; l&agrave; ? Le vrai Champlain, si on revient &agrave; la question &laquo; qui est Champlain &raquo;, a jou&eacute; effectivement un r&ocirc;le de gouverneur. Au XIXe si&egrave;cle, quand ils commencent &agrave; &eacute;crire l&rsquo;histoire nationale, de quel point de vue partent les historiens ? Ils travaillent avec des archives, et celles-ci sont les archives du pouvoir. Ces documents positifs, ces traces m&eacute;morielles et substantielles sont la mati&egrave;re premi&egrave;re de l&rsquo;interpr&eacute;tation historienne. Qui sont leurs interpr&egrave;tes ? Ce sont des gens qui travaillent tous dans l&rsquo;orbite du pouvoir : le greffier Fran&ccedil;ois-Xavier Garneau, le pr&ecirc;tre universitaire Jean-Baptiste Ferland, le biblioth&eacute;caire-archiviste du Parlement Narcisse-Eutrope Dionne, le fonctionnaire Benjamin Sulte, le conseiller l&eacute;gislatif Thomas Chapais, et ainsi de suite. Ce ne sont pas les universitaires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, mais des &eacute;rudits consciencieux qui font carri&egrave;re dans l&rsquo;appareil judiciaire, &eacute;tatique et cl&eacute;rical. Que produisent-ils ? Bien s&ucirc;r, une histoire qui est celle que leur dit la m&eacute;moire qu&rsquo;ils estiment juste, celle des documents, mais aussi qui colle explicitement aux id&eacute;ologies, aux justifications ou aux projets des pouvoirs auxquels ils sont li&eacute;s. Les fantasmes du pouvoir sont contagieux, et ils contaminent l&rsquo;histoire que ces historiens imaginent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une des hantises des gens de pouvoir est d&rsquo;asseoir leur l&eacute;gitimit&eacute;. C&rsquo;est dans la m&eacute;moire du pouvoir qu&rsquo;ils la trouvent. Et comme ils aimeraient bien que tout le monde partage leurs fantasmes, ils inventent les grandes comm&eacute;morations de l&rsquo;histoire. Mais on ne comm&eacute;more pas n&rsquo;importe quoi ou n&rsquo;importe qui. On choisit les meilleurs mod&egrave;les. Et Champlain, naturellement, &eacute;tait de ceux-l&agrave;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut rappeler qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me dress&eacute; la table, pour ainsi dire, en r&eacute;&eacute;crivant constamment les souvenirs de ses explorations pour se donner le beau r&ocirc;le aupr&egrave;s de ses commanditaires. L&rsquo;historien Mathieu d&rsquo;Avignon a bien montr&eacute; comment les premiers historiens ont gob&eacute; et r&eacute;p&eacute;t&eacute; les affirmations de leur h&eacute;ros. Champlain a donc fait l&rsquo;unanimit&eacute; quelle que soit la langue ou la religion. Dans la culture et l&rsquo;identit&eacute; politique des franco-catholiques &ndash; je le dis globalement, sans relever les nuances qui s&rsquo;imposent &ndash; son souvenir permet de rappeler leur pr&eacute;s&eacute;ance dans l&rsquo;exploitation civilis&eacute;e du territoire. Les Am&eacute;rindiens ne peuvent pas compter, parce que ce sont des pr&eacute;dateurs de ressources, et non des planificateurs. Les franco-catholiques peuvent ainsi asseoir leur droit &agrave; l&rsquo;existence par ant&eacute;riorit&eacute;. Dans l&rsquo;identit&eacute; culturelle d&rsquo;h&eacute;ritage anglais, Champlain sert &agrave; rappeler, en creux, qui est le ma&icirc;tre de l&rsquo;heure. Il n&rsquo;est donc pas le fantasme des m&ecirc;mes pouvoirs, mais de pouvoirs concurrents qui tout de m&ecirc;me sont appel&eacute;s &agrave; cohabiter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au moment du tricentenaire des explorations de Champlain, &agrave; partir de 1904, il y a beaucoup de r&eacute;ponses &agrave; la question &laquo; qui est Champlain &raquo;. On lui &eacute;rige des statues un peu partout. Heureusement, Qu&eacute;bec avait pris la t&ecirc;te du mouvement en 1898, parce qu&rsquo;entre 1907 et 1925, on voit appara&icirc;tre un autre monument au Nouveau-Brunswick, deux en Ontario et trois aux &Eacute;tats-Unis. Chacun de ces monuments d&eacute;crit &laquo; qui est Champlain &raquo;. &Agrave; Qu&eacute;bec, on lui a donn&eacute; une t&ecirc;te et des v&ecirc;tements &agrave; la Henri IV, et tenant un document roul&eacute; qui &eacute;tablit ses titres sur le territoire ; c&rsquo;est vraiment un fantasme de gratte-papier. Ailleurs au Canada, on le pr&eacute;sente comme un explorateur avec une carte ou un astrolabe, et aux &Eacute;tats-Unis, dans un costume &eacute;voquant les conquistadors espagnols.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aux f&ecirc;tes du tricentenaire de Qu&eacute;bec, en 1908, Champlain est &eacute;videmment le personnage &laquo; historique &raquo; au centre des c&eacute;l&eacute;brations, mais les vraies vedettes, ce sont le prince de Galles &mdash; futur roi George V &mdash;, les gouverneurs, les premiers ministres, les grands pr&eacute;lats et leurs invit&eacute;s. Et on ne manque pas de souligner cette continuit&eacute; entre Champlain et ses successeurs. En voici un petit exemple. Durant les c&eacute;l&eacute;brations, le ministre f&eacute;d&eacute;ral des postes, Rodolphe Lemieux, prononce un discours o&ugrave; il promet, puisque d&rsquo;autres villes ont donn&eacute; des monuments aux b&acirc;tisseurs du Canada, que lorsque le chemin de fer transcontinental sera achev&eacute;, &laquo; nous &eacute;rigerons une statue &mdash; celle [du premier ministre et d&eacute;put&eacute; de Qu&eacute;bec, Wilfrid] Laurier. Nous la taillerons dans le granit des Montagnes Rocheuses ; nous lui donnerons comme pi&eacute;destal le pic le plus &eacute;lev&eacute;, et tendant largement ses bras vers l&rsquo;Occident, elle dira aux voyageurs de l&rsquo;avenir : voil&agrave; l&rsquo;Asie &raquo;. Cette &eacute;vocation du chemin de fer transcontinental, la grande entreprise du temps, celle qui doit relier l&rsquo;Atlantique au Pacifique, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;cho du grand dessein de Champlain, relier l&rsquo;Europe &agrave; la Chine. Alors, qui est Champlain ? Mais voyons, le Champlain de 1908, c&rsquo;est Laurier ! Et celui de 1909 ? Eh bien c&rsquo;est le pr&eacute;sident am&eacute;ricain William Taft! Car le m&ecirc;me Rodolphe Lemieux, repr&eacute;sentant le Canada aux f&ecirc;tes du tricentenaire du lac Champlain, lui attribue, &agrave; lui aussi, le m&eacute;rite d&rsquo;accomplir le grand projet de notre h&eacute;ros gr&acirc;ce au parach&egrave;vement du canal de Panama.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 2008, les choses se pr&eacute;sentent autrement. En prenant l&rsquo;histoire comme simple toile de fond et en organisant une impressionnante s&eacute;rie de spectacles. &Agrave; la place du prince de Galles, on est all&eacute; chercher Sir Paul McCartney. Pour remplacer la reine, on a mis la main sur C&eacute;line Dion. On s&rsquo;est f&eacute;licit&eacute; du succ&egrave;s du &laquo; Moulin &agrave; Images &raquo; de Robert Lepage, le seul spectacle &laquo; officiel &raquo; qui ait &eacute;t&eacute; ax&eacute; sur une pr&eacute;sentation de l&rsquo;histoire, et non d&rsquo;artistes vivants. Comparativement aux c&eacute;l&eacute;brations de 1908, la proportion historique du contenu officiel a &eacute;t&eacute; beaucoup plus mince. Par contre, les nombreux amateurs d&rsquo;histoire auront quand m&ecirc;me &eacute;t&eacute; bien servis par une foule d&rsquo;activit&eacute;s, de colloques, d&rsquo;expositions et de publications. Mais ces initiatives ont &eacute;t&eacute; essentiellement d&eacute;cid&eacute;es et financ&eacute;es ailleurs que dans le comit&eacute; d&rsquo;organisation gouvernemental.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au final, le contenu historique du 400<sup>e<\/sup> est quand m&ecirc;me des plus acceptables. Mais la pr&eacute;sence de ce contenu n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une d&eacute;cision prise au sommet. Les organisateurs ont d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment &eacute;cart&eacute; les historiens de leurs projets, alors qu&rsquo;en 1908, ces derniers faisaient massivement partie de l&rsquo;organisation. Est-ce un mal ? Honn&ecirc;tement, je pense que non. Entre 1908 et 2008, l&rsquo;histoire universitaire est devenue une connaissance plus d&eacute;tach&eacute;e du pouvoir ainsi que de sa m&eacute;moire. C&rsquo;est pourquoi les savants passent aupr&egrave;s du pouvoir pour des grincheux ou des trouble-f&ecirc;te qu&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re tenir &agrave; l&rsquo;&eacute;cart et qu&rsquo;on n&rsquo;emploie que pour &laquo; valider &raquo; les contenus. Je ne suis pas nostalgique de l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; la connaissance historique &eacute;tait asservie &agrave; la construction de la nation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Est-ce que pour autant, &agrave; la question &laquo; qui est Champlain &raquo;, ou &laquo; quel a &eacute;t&eacute; le r&ocirc;le de Champlain dans la fondation de Qu&eacute;bec &raquo;, est-ce que nous, historiens, avons &eacute;chapp&eacute; aux fantasmes du pouvoir, j&rsquo;en suis beaucoup moins s&ucirc;r. Pour des chercheurs, il est difficile de sortir de l&rsquo;orbite d&rsquo;une tradition qui met certains personnages sur un pi&eacute;destal et leur trouve toutes sortes de qualit&eacute;s. Du point de vue de l&rsquo;interpr&eacute;tation scientifique, il est utile de chercher &agrave; trouver d&rsquo;autres personnages qui puissent contrebalancer Champlain dans la fondation de Qu&eacute;bec, comme on le fait avec Dugua de Mons ou d&rsquo;autres, mais tant qu&rsquo;on reste dans la logique de la fondation d&rsquo;un ordre d&eacute;termin&eacute;, on reste prisonniers du discours de la l&eacute;gitimit&eacute;. Comme contrepoids au fantasme, il n&rsquo;y a que le principe de r&eacute;alit&eacute;, qu&rsquo;il est moins attrayant de d&eacute;fendre, mais qui nous permet d&rsquo;effectuer des choix collectifs plus &eacute;clair&eacute;s et qui ne nous interdit quand m&ecirc;me pas de r&ecirc;ver et de c&eacute;der &agrave; l&rsquo;occasion au principe de plaisir m&eacute;moriel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Histoire, m&eacute;moire, identit&eacute; et rh&eacute;torique<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(Note : cette section et la suivante reprennent quelques id&eacute;es d&eacute;velopp&eacute;es dans l&rsquo;introduction &agrave; mon livre <em>La marche des morts illustres<\/em> ainsi qu&rsquo;&agrave; un article &agrave; para&icirc;tre aux Presses de l&rsquo;Universit&eacute; d&rsquo;Ottawa, &laquo; Les lieux de m&eacute;moire peuvent-ils rendre les collectivit&eacute;s francophones plus capables ? &raquo;.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourtant, la m&eacute;moire n&rsquo;est pas toujours, elle non plus, un refuge plaisant. Champlain personnifie la m&eacute;moire d&rsquo;une fondation que l&rsquo;on consid&egrave;re comme heureuse et que l&rsquo;on f&ecirc;te en cons&eacute;quence. C&rsquo;est une m&eacute;moire fondatrice d&rsquo;identit&eacute;s collectives, qui rassemble toutes sortes de gens autour d&rsquo;images plus ou moins justes de l&rsquo;histoire. Cette m&eacute;moire est une construction. Ici entre en jeu le ciment des figures de rh&eacute;torique, dont la comm&eacute;moration fait un usage souvent immod&eacute;r&eacute;. Pour bien comprendre l&rsquo;articulation de la m&eacute;moire et de l&rsquo;histoire, et je le dis franchement, pour contribuer &agrave; une mise en ordre des notions, j&rsquo;ai pass&eacute; en revue plusieurs auteurs. Les d&eacute;finitions que je vous livre ici ne sont pas les miennes, mais elles me permettent de situer sur un terrain ma&icirc;trisable la solidarit&eacute; entre la m&eacute;moire et l&rsquo;histoire. Ces quatre termes &mdash; m&eacute;moire, histoire, identit&eacute; et rh&eacute;torique &mdash; se d&eacute;finissent donc ainsi. Sch&eacute;matiquement, la m&eacute;moire et l&rsquo;histoire sont, pour reprendre l&rsquo;expression d&rsquo;Henri Moniot, des &laquo; mots-fleuves, dont le contexte d&rsquo;emploi doit toujours guider l&rsquo;appr&eacute;ciation &raquo;. Les historiens opposent habituellement le sens des deux vocables, et les d&eacute;finitions qu&rsquo;en donne Henri Moniot r&eacute;sument bien l&rsquo;&eacute;tat le plus r&eacute;pandu des concepts :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo; L&rsquo;histoire passe pour une activit&eacute; critique, une enqu&ecirc;te fond&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;tude de traces s&eacute;rieuses [&hellip;], cumulative, analytique, distante, soucieuse d&rsquo;intelligibilit&eacute; explicitement construite, aujourd&rsquo;hui institu&eacute;e et l&eacute;gitim&eacute;e donc publique, faite pour &ecirc;tre socialement utile mais apr&egrave;s le d&eacute;tour et le temps d&rsquo;une parenth&egrave;se savante. La m&eacute;moire passe pour affective, s&eacute;lective, complaisante, synth&eacute;tique, imm&eacute;diatement utile, plurielle (en ce sens qu&rsquo;il en est autant que de groupes et d&rsquo;individus) et donc limit&eacute;e, et possiblement priv&eacute;e, du moins si quelque l&eacute;gitimit&eacute; institu&eacute;e ne vient pas la b&eacute;nir elle aussi. &raquo; (Moniot, 1994 : 225)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;identit&eacute; est aussi un terme polys&eacute;mique, qui d&eacute;signe &agrave; la fois un &eacute;tat objectif, une repr&eacute;sentation de soi et une notion dont la difficult&eacute; d&rsquo;emploi s&rsquo;accro&icirc;t lorsqu&rsquo;on la transpose, comme on le fait avec la m&eacute;moire, de l&rsquo;individu au groupe, et qu&rsquo;on parle alors d&rsquo;identit&eacute; collective. Avec l&rsquo;anthropologue Jo&euml;l Candau, j&rsquo;opte pour l&rsquo;id&eacute;e, appuy&eacute;e par l&rsquo;observation, &laquo; que des membres d&rsquo;une m&ecirc;me soci&eacute;t&eacute; partagent en commun des mani&egrave;res d&rsquo;&ecirc;tre au monde qui contribuent &agrave; les d&eacute;finir et qu&rsquo;ils ont m&eacute;moris&eacute;es sans en avoir conscience, ce qui est d&rsquo;ailleurs au principe m&ecirc;me de leur efficacit&eacute;. De ce point de vue [&hellip;] il peut y avoir un noyau m&eacute;moriel, un fonds ou un substrat culturel [&hellip;] partag&eacute; par une majorit&eacute; des membres d&rsquo;un groupe et qui donne &agrave; celui-ci une identit&eacute; dot&eacute;e d&rsquo;une certaine essence. &raquo; (Candau, 1998 : 17-18)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;identit&eacute; serait donc fond&eacute;e sur une r&eacute;alit&eacute; d&rsquo;ordre culturel, une repr&eacute;sentation commune qui, &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un soutien rh&eacute;torique, conf&egrave;rerait &agrave; cette repr&eacute;sentation un caract&egrave;re essentiel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La rh&eacute;torique, cette &laquo; technologie de persuasion &raquo;, cimente les identit&eacute;s. Elle est constitutive de la transmission de la connaissance, mais pas sur n&rsquo;importe quel mode. Il y a, dans la construction des savoirs concernant la soci&eacute;t&eacute;, une forme &laquo; holiste &raquo; de rh&eacute;torique qui fonde l&rsquo;homog&eacute;n&eacute;it&eacute; pr&eacute;sum&eacute;e de la soci&eacute;t&eacute;. Les &laquo; rh&eacute;toriques holistes &raquo; seraient, pour reprendre les termes de Jo&euml;l Candau, ces &laquo; totalisations auxquelles nous proc&eacute;dons en employant des termes, des expressions, des figures visant &agrave; d&eacute;signer des ensembles suppos&eacute;s &agrave; peu pr&egrave;s stables, durables et homog&egrave;nes, ensembles qui sont conceptualis&eacute;s comme autre chose que la simple somme de leurs parties [&hellip;]. Ces rh&eacute;toriques holistes font partie de l&rsquo;h&eacute;ritage de nos disciplines &raquo; que sont la sociologie et l&rsquo;anthropologie, dit Candau, mais j&rsquo;ajouterais l&rsquo;histoire, qui a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; et entra&icirc;n&eacute; les sciences sociales dans cet usage (Candau, 1998 : 21-22).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au final, la polarit&eacute; m&eacute;moire-histoire permet de penser l&rsquo;exp&eacute;rience du pass&eacute;. &Agrave; un p&ocirc;le du spectre, la m&eacute;moire est la r&eacute;surgence &eacute;mouvante et &eacute;motive d&rsquo;une exp&eacute;rience partag&eacute;e. Elle est davantage dite qu&rsquo;&eacute;crite. Gr&acirc;ce &agrave; la psychiatrie et &agrave; la psychog&eacute;n&eacute;alogie &mdash; je pense aux travaux de Boris Cyrulnik ou d&rsquo;Anne Ancelin Sch&uuml;tzenberger &mdash; nous savons qu&rsquo;elle peut m&ecirc;me nous &ecirc;tre transmise &agrave; notre insu par nos parents et nos anc&ecirc;tres ; alors elle s&rsquo;incorpore &agrave; nous et devient une seconde nature, nous prescrit des attitudes face au plus fort ou au plus faible, une exp&eacute;rience que les groupes domin&eacute;s ou dominants pratiquent d&rsquo;instinct. &Agrave; l&rsquo;autre extr&eacute;mit&eacute; du spectre, l&rsquo;histoire est la rationalisation m&eacute;thodique de la m&eacute;moire. Cette rationalisation passe par les traces &eacute;crites et la culture mat&eacute;rielle. M&eacute;moire et histoire sont indissociables, ni totalement opposables, ni assimilables l&rsquo;une &agrave; l&rsquo;autre. La vis&eacute;e de la m&eacute;moire, a d&eacute;montr&eacute; Paul Ricoeur, est la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; ce qui fut. Mais cette fid&eacute;lit&eacute; ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;individuelle. Face aux t&eacute;moignages contradictoires de m&eacute;moires pr&eacute;sum&eacute;es toutes fid&egrave;les, l&rsquo;historien agit comme le juge. Car effectivement, il arrive que les t&eacute;moignages ne concordent pas. L&rsquo;ambition de l&rsquo;histoire est d&rsquo;&eacute;tablir une v&eacute;rit&eacute;, ou du moins une certitude, qui d&eacute;passe, ordonne et corrige la m&eacute;moire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Quelques mots sur le devoir de m&eacute;moire<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le devoir de m&eacute;moire, &agrave; l&rsquo;origine, lorsque cette expression est apparue, pour des auteurs comme Primo Levi, &eacute;tait un devoir de t&eacute;moignage afin que le crime de la Shoah ne disparaisse pas avec les survivants. Nous savons qu&rsquo;il est ensuite devenu l&rsquo;argument de certains particularismes, qui par d&eacute;finition troublent l&rsquo;ordre public, tel que compris par les majorit&eacute;s. On peut comprendre l&rsquo;inqui&eacute;tude de Pierre Nora devant la constatation que &laquo; L&rsquo;histoire s&rsquo;&eacute;crit d&eacute;sormais sous la pression des m&eacute;moires collectives &raquo; (Nora, 1978 : 400). En effet, si la m&eacute;moire, l&eacute;g&egrave;re, virevoltante, &eacute;voluant sans contrainte, r&eacute;ussit &agrave; d&eacute;s&eacute;quilibrer l&rsquo;histoire pond&eacute;r&eacute;e parce qu&rsquo;elle a le bon droit pour elle, qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;avenir r&eacute;serve &agrave; la profession ? M&eacute;moire et histoire, ces deux mots au sens sym&eacute;trique et compl&eacute;mentaire vont-ils s&rsquo;an&eacute;antir mutuellement, comme le craint encore Pierre Nora dans une r&eacute;cente entrevue (Nora, 2008 : 35) ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l&rsquo;expression &laquo; devoir de m&eacute;moire &raquo; est relativement nouvelle dans le vocabulaire social, ses fondements id&eacute;els remontent aux conceptions et aux rituels universels de la comm&eacute;moration des morts. Elle s&rsquo;est cristallis&eacute;e au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle sous la forme d&rsquo;une historiographie comm&eacute;morative accompagn&eacute;e de dispositifs sociaux et savants tels que les c&eacute;l&eacute;brations de h&eacute;ros et d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements fondateurs par la litt&eacute;rature, les beaux-arts et l&rsquo;illustration, l&rsquo;exhumation des vestiges par l&rsquo;arch&eacute;ologie, la pr&eacute;servation de monuments historiques et la red&eacute;couverte ou l&rsquo;invention de traditions. Depuis la Seconde Guerre mondiale, il d&eacute;borde dans le champ judiciaire et politique en prenant la forme des proc&egrave;s pour crimes contre l&rsquo;humanit&eacute;. Suite &agrave; ce d&eacute;bordement, le devoir de m&eacute;moire serait m&ecirc;me devenu pour plusieurs chercheurs un &laquo;paradigme&raquo; nouveau d&rsquo;envergure mondiale, du moins dans le contexte des politiques du pardon (Labelle et al., 2005 : 2).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce &laquo; devoir &raquo; foisonnant interpelle depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es les historiens sp&eacute;cialis&eacute;s dans l&rsquo;&eacute;tude des repr&eacute;sentations collectives du pass&eacute;. Plusieurs historiens s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent contre le d&eacute;litement de l&rsquo;histoire par la m&eacute;moire. Pierre Nora, par exemple, estime que le danger r&eacute;side dans le &laquo; f&eacute;tichisme sacralisateur &raquo; de la m&eacute;moire (Nora, 1999 : 348), par la &laquo; boulimie comm&eacute;morative &raquo; (en entrevue dans Le Devoir, Montr&eacute;al, 27 septembre 2008, p. H-3) qui repousse l&rsquo;enqu&ecirc;te critique, tandis que Philippe Joutard d&eacute;nonce les d&eacute;rapages de la m&eacute;moire, le fait qu&rsquo;elle devienne &agrave; l&rsquo;occasion le &laquo; vecteur des intol&eacute;rances &raquo; (Joutard, 1998 : 98).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R&eacute;sumons les m&eacute;susages du &laquo; devoir de m&eacute;moire &raquo;. Il y a d&rsquo;abord, &eacute;crit le philosophe Emmanuel Kattan, la &laquo; concurrence des victimes &raquo;, qui d&eacute;coule du fait que dans notre soci&eacute;t&eacute;, le statut de victime &laquo; conf&egrave;re des avantages et des droits &raquo; (Kattan, 2002 : 70-71). Il y a ensuite, poursuit-il, une &laquo; pr&eacute;occupation exag&eacute;r&eacute;e pour le pass&eacute; [qui] nous d&eacute;tourne parfois des urgences du pr&eacute;sent &raquo; (71) ; le devoir de m&eacute;moire peut alors avoir pour effet de &laquo; d&eacute;placer l&rsquo;accent de l&rsquo;action vers le souvenir &raquo; (72), la m&eacute;moire fonctionnant comme une &laquo; &eacute;chappatoire &raquo;. &laquo; Cette exon&eacute;ration par le devoir de m&eacute;moire &raquo;, encha&icirc;ne Kattan, &laquo; remplit une fonction analogue &agrave; celle du monument comm&eacute;moratif &raquo; qui, &laquo; investi de tout le poids de la m&eacute;moire, nous lib&egrave;re de l&rsquo;obligation de nous souvenir &raquo; (72).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais les d&eacute;bats que suscitent les appels au devoir de m&eacute;moire ne sont pas pour autant intrins&egrave;quement probl&eacute;matiques. &laquo; Si nous &laquo;rejouons&raquo; parfois les conflits du pass&eacute;, rappelle le philosophe, ce n&rsquo;est peut-&ecirc;tre pas tant parce que nous ne pouvons nous en lib&eacute;rer que parce que nous nous effor&ccedil;ons de prendre au s&eacute;rieux et d&rsquo;assumer les contradictions de l&rsquo;histoire r&eacute;cente. Lorsque le pass&eacute; continue de perturber l&rsquo;espace du pr&eacute;sent, cela signifie qu&rsquo;il demeure pertinent pour la vie d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute;, que les enjeux qui animent cette derni&egrave;re continuent d&rsquo;&ecirc;tre investis par la vie du pass&eacute;. Peut-&ecirc;tre alors l&rsquo;absence de consensus sur la signification du pass&eacute; est-elle un signe de sant&eacute; pour une communaut&eacute; qui, ayant perdu le fil narratif qui l&rsquo;unissait &agrave; l&rsquo;histoire et &agrave; ses anc&ecirc;tres, met sans cesse en question la transmission de sa m&eacute;moire. &raquo; (Kattan, 2002 : 120)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;est probablement ce r&ocirc;le r&eacute;parateur que Pierre Nora attribue &agrave; la m&eacute;moire lorsqu&rsquo;il affirme, en conclusion d&rsquo;une entrevue sur les lieux de m&eacute;moire, que &laquo; la m&eacute;moire n&rsquo;est aucunement paralysante, mais au contraire profond&eacute;ment lib&eacute;ratrice &raquo; (Nora, 1999 : 348). L&rsquo;historien n&rsquo;explicite pas son intuition, mais on peut inf&eacute;rer qu&rsquo;elle d&eacute;coule de la conviction largement r&eacute;pandue que, comme le dit Kattan, &laquo; la libert&eacute; passe par la reconnaissance de ce qui nous d&eacute;termine &raquo; (Kattan, 2002 : 118). La libert&eacute; r&eacute;sulterait donc de l&rsquo;effort d&rsquo;anamn&egrave;se, de la poursuite du souvenir dans ses retranchements.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voici en somme deux possibilit&eacute;s : soit que la m&eacute;moire, dans son emploi tyrannique, conduise &agrave; l&rsquo;intol&eacute;rance, au repli, au communautarisme, soit que, dans son emploi sain, elle procure plus de libert&eacute;. C&rsquo;est cette derni&egrave;re fonction que pr&eacute;conise l&rsquo;&eacute;tude des lieux de m&eacute;moire. J&rsquo;y reviens plus loin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La m&eacute;moire collective, m&ecirc;me tragique, donne donc du sens &agrave; l&rsquo;espoir de l&rsquo;humanit&eacute;. Il est vrai qu&rsquo;elle peut devenir obsessive et qu&rsquo;elle contamine effectivement les m&eacute;moires individuelles, qu&rsquo;elle emprunte parfois les accents d&eacute;plaisants de la victimation, qu&rsquo;elle encombre les d&eacute;lib&eacute;rations de la soci&eacute;t&eacute; par un flux d&rsquo;&eacute;motions. En fait, nous savons tous que rien ne la fera taire tant que l&rsquo;exp&eacute;rience dont elle parle n&rsquo;aura pas &eacute;t&eacute; reconnue, c&rsquo;est-&agrave;-dire tant que la soci&eacute;t&eacute; au complet n&rsquo;aura pas proc&eacute;d&eacute; &agrave; la r&eacute;int&eacute;gration des personnes ou des groupes dont elle &eacute;mane. Elle pourrait ne jamais &ecirc;tre heureuse, mais elle peut &ecirc;tre apais&eacute;e. La reconnaissance du malheur impos&eacute; &agrave; une minorit&eacute; devrait soulager l&rsquo;ensemble de la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;un lourd poids.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>&laquo; Je me souviens &raquo; : Canadiens fran&ccedil;ais inquiets et Am&eacute;rindiens refoul&eacute;s<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Peut-&ecirc;tre serions-nous plus indulgents pour la m&eacute;moire si nous nous rappelions, nous-m&ecirc;mes, que l&rsquo;histoire et la m&eacute;moire ont &eacute;t&eacute; longtemps confondues. Vous connaissez la devise du Qu&eacute;bec, &laquo; Je me souviens &raquo;. Elle illustre bien la confusion originelle de l&rsquo;histoire et de la m&eacute;moire. Dire &laquo; je me souviens &raquo;, c&rsquo;est de la m&eacute;moire, et non de l&rsquo;histoire. Dans le ph&eacute;nom&egrave;ne du souvenir, on ne se souvient pas de tout un r&eacute;cit national d&rsquo;un seul coup, mais d&rsquo;une ribambelle d&eacute;sordonn&eacute;e d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements singuliers, de personnages, de mouvements qu&rsquo;on raccorde les uns aux autres. Dans son contexte original, sur la fa&ccedil;ade de l&rsquo;H&ocirc;tel du Parlement du Qu&eacute;bec o&ugrave; elle est d&rsquo;abord apparue dans les ann&eacute;es 1880, cette formule, &laquo; Je me souviens &raquo;, exprime la m&eacute;moire de l&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise. Elle donne un titre &agrave; une d&eacute;coration consistant en statues et en inscriptions, autant de souvenirs en pi&egrave;ces d&eacute;tach&eacute;es des explorations, des fondations, de l&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation, des combats, puis de la conqu&ecirc;te anglaise et enfin l&rsquo;obtention de la responsabilit&eacute; politique. Elle exprime la m&eacute;moire de la nation canadienne-fran&ccedil;aise, aujourd&rsquo;hui qu&eacute;b&eacute;coise, bien affich&eacute;e sur le seul lieu de pouvoir un peu cons&eacute;quent de cette nation. C&rsquo;est une m&eacute;moire de survivance et une c&eacute;l&eacute;bration de l&rsquo;honorabilit&eacute; des origines. C&rsquo;est aussi celle des pouvoirs acquis par les Canadiens fran&ccedil;ais avec la Conf&eacute;d&eacute;ration de 1867, en d&eacute;pit d&rsquo;une volont&eacute; d&rsquo;effacement exprim&eacute;e par Londres dans la r&eacute;pression du mouvement national et d&eacute;mocratique des patriotes. Sur la fa&ccedil;ade de l&rsquo;H&ocirc;tel du Parlement, rien ne para&icirc;t manquer de nos &laquo; gloires nationales &raquo; &mdash; explorateurs, missionnaires, fondateurs et soldats &mdash;, ni m&ecirc;me quelques Am&eacute;rindiens primitifs et anonymes et deux &laquo; Anglais &raquo; au r&ocirc;le contradictoire : Wolfe conqu&eacute;rant Qu&eacute;bec, et Robert Baldwin, l&rsquo;alli&eacute; de Louis-Hippolyte LaFontaine dans la conqu&ecirc;te de la responsabilit&eacute; minist&eacute;rielle. Pourtant, le mouvement patriote est significativement absent. C&rsquo;est que justement, cette collection de souvenirs est un authentique souvenir-&eacute;cran qui masque le traumatisme de la conqu&ecirc;te, puis l&rsquo;&eacute;crasement du mouvement national. Ici, la m&eacute;moire conjure et compense les revers de l&rsquo;exp&eacute;rience historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lire, dire ou affirmer &laquo; Je me souviens &raquo;, au Qu&eacute;bec, rev&ecirc;t un sens imp&eacute;ratif, puisqu&rsquo;il parle de la destin&eacute;e d&rsquo;une communaut&eacute; tout &agrave; fait particuli&egrave;re : le Qu&eacute;b&eacute;cois existe par la m&eacute;moire de ses grands pr&eacute;d&eacute;cesseurs. Implicitement, on lui recommande d&rsquo;&ecirc;tre fid&egrave;le &agrave; cette m&eacute;moire collective en agissant en cons&eacute;quence de ce que le pass&eacute; prescrit et dans le lieu tout d&eacute;sign&eacute; pour le faire : le Parlement, en effet, est un lieu de pouvoir. Cette devise a une port&eacute;e promissive, en droite ligne avec la &laquo; mission providentielle &raquo; que le clerg&eacute; catholique a formul&eacute;e pour le Canada fran&ccedil;ais : la terre promise est disponible pour quiconque saura se souvenir. Elle est de m&ecirc;me port&eacute;e, cette devise, je pense, que le &laquo; <em>zakhor<\/em> &raquo;, le &laquo; souviens-toi &raquo; de la Bible adress&eacute; aux juifs, car elle r&eacute;clame la m&ecirc;me fid&eacute;lit&eacute; &agrave; un destin tout &agrave; fait singulier, celui d&rsquo;une communaut&eacute; minoritaire qui s&rsquo;acharne &agrave; durer, m&ecirc;me si l&rsquo;exp&eacute;rience qu&eacute;b&eacute;coise est tr&egrave;s loin d&rsquo;&ecirc;tre marqu&eacute;e par les m&ecirc;mes trag&eacute;dies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous disons &laquo; Je me souviens &raquo;, mais il y a une autre m&eacute;moire que la majorit&eacute; d&rsquo;origine europ&eacute;enne a totalement occult&eacute;e &agrave; l&rsquo;aide de l&rsquo;histoire officielle, c&rsquo;est celle de son exp&eacute;rience am&eacute;rindienne. Dans ce cas-ci, l&rsquo;histoire a organis&eacute; l&rsquo;oubli au point de contribuer &agrave; perp&eacute;tuer des injustices s&eacute;culaires dont nous ne savons plus comment nous d&eacute;p&ecirc;trer. &Agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des trag&eacute;dies mondiales, l&rsquo;&eacute;radication des Autochtones d&rsquo;Am&eacute;rique est une des plus graves. Mais parce qu&rsquo;elle date de longtemps et qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas toujours pris la forme d&rsquo;un crime de masse, on pense souvent qu&rsquo;elle est l&rsquo;effet d&rsquo;une disparition &laquo; naturelle &raquo;, l&rsquo;expression de la dure loi de la lutte pour la vie. Des disciplines comme l&rsquo;anthropologie se sont m&ecirc;me constitu&eacute;es dans le creuset de cette croyance. Cette opinion commune pouvait se comprendre avant que l&rsquo;histoire ne s&rsquo;&eacute;tablisse comme connaissance scientifique et juste du pass&eacute;, vers le milieu du XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Mais chez nous, l&rsquo;histoire n&rsquo;a pas fait autre chose, jusqu&rsquo;&agrave; r&eacute;cemment, que contribuer &agrave; l&rsquo;&eacute;radication des Autochtones. Nous avons bien produit au Qu&eacute;bec, comme ailleurs dans le monde, quelques d&eacute;plorations romantiques sur la chute malheureuse des &laquo; Peaux-Rouges &raquo;, mais le plus souvent, notre science s&rsquo;est acharn&eacute;e &agrave; d&eacute;montrer l&rsquo;inf&eacute;riorit&eacute; des peuples indig&egrave;nes et leur inaptitude &agrave; se gouverner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment expliquer cet aveuglement ? Bien s&ucirc;r, il repose sur de tr&egrave;s vieilles fondations d&rsquo;origine europ&eacute;enne, notamment celle de &laquo; l&rsquo;homme sauvage &raquo;, ainsi que sur l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des races. Il s&rsquo;appuie aussi sur une pratique de spoliation insidieuse des territoires par l&rsquo;usage d&rsquo;alliances et de trait&eacute;s in&eacute;gaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourtant, dans la foul&eacute;e des Lumi&egrave;res et de la d&eacute;claration des droits de l&rsquo;homme, ainsi que le d&eacute;clin du commerce des fourrures, il aurait &eacute;t&eacute; naturel de consid&eacute;rer les Am&eacute;rindiens comme les &eacute;gaux des Blancs et de les sortir du statut de pupilles du Roi o&ugrave; ils ont &eacute;t&eacute; progressivement confin&eacute;s. Or, lorsqu&rsquo;on regarde les dates, une chose nous frappe : l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage des Noirs a &eacute;t&eacute; d&eacute;cr&eacute;t&eacute;e dans l&rsquo;empire britannique dans la m&ecirc;me d&eacute;cennie 1830 que la cr&eacute;ation des r&eacute;serves indiennes et que la consolidation du discours abolitionniste aux &Eacute;tats-Unis. Il n&rsquo;y a pas eu de mauvaise conscience &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des Autochtones comme il y en a eu pour les esclaves. Pourtant, la cr&eacute;ation des r&eacute;serves et du statut d&rsquo;Indien rel&egrave;vent d&rsquo;une volont&eacute; explicite de faire dispara&icirc;tre les Am&eacute;rindiens en les d&eacute;courageant de rester d&rsquo;&eacute;ternels condamn&eacute;s &agrave; mort. On a l&eacute;galis&eacute; leur marginalisation sous le pr&eacute;texte de les prot&eacute;ger des Blancs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les seuls &agrave; s&rsquo;&ecirc;tre &eacute;lev&eacute;s contre cette situation sont les Patriotes, ces r&eacute;publicains de souche fran&ccedil;aise le plus souvent, mais aussi irlandaise, &eacute;cossaise, anglaise ou am&eacute;ricaine, qui ont pris les armes contre le pouvoir colonial et qui, dans leur d&eacute;claration d&rsquo;ind&eacute;pendance du Bas-Canada, en 1838, voulaient rendre les Am&eacute;rindiens &eacute;gaux en droits. Les Patriotes voulaient donc relever la condition des Canadiens fran&ccedil;ais et celle des Am&eacute;rindiens conjointement. Ce d&eacute;sir &eacute;tait-il profond ? Masquait-il des intentions inavou&eacute;es ? Si ce g&eacute;n&eacute;reux projet d&rsquo;&eacute;mancipation avait r&eacute;ussi, quelle forme aurait-il pris et quelles en auraient &eacute;t&eacute; les cons&eacute;quences ? On ne le saura jamais. Par contre on sait que l&rsquo;&Eacute;tat canadien, h&eacute;ritier du pouvoir colonial qui a &eacute;cras&eacute; le mouvement patriote, a poursuivi l&rsquo;&oelig;uvre de destruction des Autochtones tout en sachant que, juridiquement, ces derniers conservaient des droits sur leurs territoires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui est le plus odieux, c&rsquo;est que des populations bien r&eacute;elles, environ 80 000 personnes au Qu&eacute;bec, et pr&egrave;s d&rsquo;un million &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du Canada, vivent aujourd&rsquo;hui dans un &eacute;tat de sous-d&eacute;veloppement juridique, politique, &eacute;conomique et social que tout le monde tol&egrave;re. Bien s&ucirc;r, ils ne sont pas nombreux. Mais si les Autochtones p&egrave;sent sur la conscience qu&eacute;b&eacute;coise, ce n&rsquo;est pas en raison de leur poids d&eacute;mographique ou &eacute;lectoral, c&rsquo;est &agrave; cause du poids moral de la d&eacute;possession de leur identit&eacute;. Le statut d&rsquo;Indien, il faut le rappeler, colle &agrave; une peau, la leur comme la n&ocirc;tre, de la naissance &agrave; la mort. Il n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement accompagn&eacute; d&rsquo;une surveillance tatillonne, tout comme le statut d&rsquo;esclave n&rsquo;entra&icirc;nait pas celui de porter des cha&icirc;nes en permanence. Mais c&rsquo;est une cat&eacute;gorisation sociale ind&eacute;l&eacute;bile et qui s&rsquo;accompagne des pires mis&egrave;res. Si, paradoxalement, les Autochtones ne veulent pas perdre ce statut, c&rsquo;est qu&rsquo;il constitue une de leurs rares emprises juridiques sur le pouvoir de la majorit&eacute;, en attendant mieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien s&ucirc;r, il y a parfois des progr&egrave;s marquants. Apr&egrave;s des ann&eacute;es de d&eacute;ni, l&rsquo;&Eacute;tat f&eacute;d&eacute;ral a offert des excuses, en juin 2008, pour le r&eacute;gime s&eacute;culaire des pensionnats autochtones qui ont d&eacute;truit des milliers de vies et qui visaient &agrave; saper les cultures ancestrales. Mais comme l&rsquo;ont fait remarquer plusieurs leaders am&eacute;rindiens, les Autochtones sont encore loin de d&eacute;tenir les outils de d&eacute;veloppement qui leur permettraient de s&rsquo;&eacute;panouir dignement. Pire, le m&ecirc;me gouvernement s&rsquo;oppose &agrave; la D&eacute;claration des droits des peuples autochtones, ratifi&eacute;e par les Nations Unies en septembre 2007, au m&eacute;pris de ses engagements ant&eacute;rieurs, et m&ecirc;me si, concr&egrave;tement, cette d&eacute;claration n&rsquo;est ni ex&eacute;cutoire, ni contradictoire avec ses propres lois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette position n&rsquo;a presque pas &eacute;t&eacute; d&eacute;nonc&eacute;e au Qu&eacute;bec, contrairement &agrave; la participation &agrave; la guerre en Afghanistan. Le &laquo; Je me souviens &raquo; de notre devise s&rsquo;est arr&ecirc;t&eacute; &agrave; cet impensable de la condition qu&eacute;b&eacute;coise qu&rsquo;est la condition am&eacute;rindienne. Et l&rsquo;histoire enseign&eacute;e s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e inapte &agrave; surmonter cet obstacle. Dans la conscience des jeunes Qu&eacute;b&eacute;cois d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la condition am&eacute;rindienne est litt&eacute;ralement dans un angle mort en d&eacute;pit de grands efforts durant les derni&egrave;res d&eacute;cennies pour la faire conna&icirc;tre avec moins de condescendance dans les programmes scolaires. J&rsquo;ai donn&eacute; un cours d&rsquo;histoire du Qu&eacute;bec &agrave; 70 &eacute;tudiants l&rsquo;hiver dernier, et j&rsquo;ai insist&eacute; lourdement sur la pr&eacute;sence am&eacute;rindienne dans notre histoire et sur la qu&ecirc;te de dignit&eacute; des Autochtones. Seulement quatre d&rsquo;entre eux ont mentionn&eacute; la r&eacute;alit&eacute; autochtone dans le petit bilan de fin de session que je leur ai demand&eacute; &agrave; tous d&rsquo;&eacute;crire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des historiens contribue m&ecirc;me &agrave; an&eacute;antir les droits des Am&eacute;rindiens devant les tribunaux, quand l&rsquo;&Eacute;tat le lui demande. Dans les proc&egrave;s qui ont cours sur les revendications territoriales, on demande aux historiens, par exemple, de contrecarrer la m&eacute;moire ancestrale de l&rsquo;occupation du territoire par des faits document&eacute;s. C&rsquo;est la m&eacute;moire fragile, le pot de terre indig&egrave;ne, contre le document solide, le pot de fer europ&eacute;en. J&rsquo;ai moi-m&ecirc;me bri&egrave;vement particip&eacute; &agrave; de telles recherches. Dans ces &eacute;quipes, il y a des chercheurs bien intentionn&eacute;s qui ne cherchent qu&rsquo;&agrave; gagner honn&ecirc;tement leur vie. On ne leur demande pas de presser sur la g&acirc;chette, car ce sont les avocats qui s&rsquo;en chargent. Il faut s&rsquo;interroger quand m&ecirc;me : est-ce que les historiens ne fournissent pas les munitions des avocats ? Le seul alibi de ceux qui travaillent pour l&rsquo;&Eacute;tat est que les Am&eacute;rindiens disposent maintenant des moyens de faire travailler des historiens pour eux. En somme, nous nous donnons l&rsquo;illusion de nous battre &agrave; armes &eacute;gales. C&rsquo;est oublier qu&rsquo;une longue m&eacute;moire de domination imbriqu&eacute;e dans la loi fausse continuellement les enjeux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>L&rsquo;actualit&eacute; du lieu de m&eacute;moire<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le projet des lieux de m&eacute;moire de Pierre Nora avait &agrave; l&rsquo;origine pour ambition d&rsquo;analyser dans quels lieux, quels &laquo; <em>topo&iuml;<\/em> &raquo; s&rsquo;est form&eacute;e, s&eacute;diment&eacute;e et retransform&eacute;e la m&eacute;moire nationale fran&ccedil;aise afin de mieux saisir sa persistance et ses r&eacute;sonances contemporaines. &Agrave; une &eacute;tape assez avanc&eacute;e de son entreprise critique &mdash; car cette notion &eacute;volue &mdash;, il propose la d&eacute;finition suivante : &laquo; Le lieu de m&eacute;moire suppose, d&rsquo;entr&eacute;e de jeu, l&rsquo;enfourchement de deux ordres de r&eacute;alit&eacute;s : une r&eacute;alit&eacute; tangible et saisissable, parfois mat&eacute;rielle, parfois moins, inscrite dans l&rsquo;espace, le temps, le langage, la tradition, et une r&eacute;alit&eacute; purement symbolique, porteuse d&rsquo;une histoire. [&hellip;] Ce qui compte pour [l&rsquo;historien] n&rsquo;est pas l&rsquo;identification du lieu, mais le d&eacute;pli de ce dont ce lieu est la m&eacute;moire. Consid&eacute;rer un monument comme un lieu de m&eacute;moire n&rsquo;est nullement se contenter de faire son histoire. Lieu de m&eacute;moire, donc : toute unit&eacute; significative, d&rsquo;ordre mat&eacute;riel ou id&eacute;el, dont la volont&eacute; des hommes ou le travail du temps a fait un &eacute;l&eacute;ment symbolique du patrimoine m&eacute;moriel d&rsquo;une quelconque communaut&eacute;. &raquo; (Nora, 1992 : 20)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D&eacute;fini ainsi, le lieu de m&eacute;moire est s&ucirc;rement le lieu d&rsquo;une d&eacute;sacralisation. Cette derni&egrave;re op&eacute;ration est le pr&eacute;alable, pour les membres d&rsquo;une collectivit&eacute;, &agrave; une prise de d&eacute;cision, comme sujets politiques, de ce qu&rsquo;ils veulent classer, ranger ou mettre en valeur dans leur h&eacute;ritage &laquo; d&rsquo;ordre mat&eacute;riel ou id&eacute;el &raquo;. C&rsquo;est en ce sens, lorsqu&rsquo;elle est mise &agrave; distance, objectiv&eacute;e puis r&eacute;appropri&eacute;e, que la &laquo; m&eacute;moire lib&egrave;re &raquo;. &Eacute;riger des monuments &eacute;crits ou sculpt&eacute;s aux morts, rendre hommage aux disparus nous permet, soit de nous d&eacute;lier du regret de leur survivre, soit de nous encourager &agrave; d&eacute;passer leur &oelig;uvre sans leur porter ombrage. La mise en m&eacute;moire nous permet de nous tourner vers le futur sans renoncer &agrave; ce qui nous constitue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut penser que les historiens sont les plus s&ucirc;rs artisans de la d&eacute;sacralisation parce qu&rsquo;ils abordent la m&eacute;moire comme des arpenteurs : ce territoire qui en impose et fascine par son ampleur, ils le quadrillent avec des instruments de mesure, le d&eacute;coupent et le rendent propre &agrave; une colonisation m&eacute;thodique par la raison et dans un but de compr&eacute;hension. Pourtant, ils ne sont pas au-dessus de tout soup&ccedil;on lorsqu&rsquo;ils op&egrave;rent. Leurs pratiques sont contradictoires. Ils alimentent les lieux de m&eacute;moire en leur donnant une caution scientifique, quand ils n&rsquo;en sont pas carr&eacute;ment les inventeurs ; dans un mouvement contraire, ils peuvent en &ecirc;tre les plus impitoyables critiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette ambivalence intrins&egrave;que &agrave; l&rsquo;op&eacute;ration historienne, qui se constitue &agrave; la fois &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la m&eacute;moire et pr&eacute;tend s&rsquo;en d&eacute;tacher pour l&rsquo;objectiver, est &agrave; la source du malaise exprim&eacute; par Pierre Nora. La notion de lieu de m&eacute;moire est un outil analytique efficace, puisqu&rsquo;elle permet de &laquo; d&eacute;plier &raquo; les m&eacute;moires et, le cas &eacute;ch&eacute;ant, de d&eacute;samorcer leur capacit&eacute; de nuire. Mais &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du champ historique, les entrepreneurs m&eacute;moriels &mdash; issus des champs politique et m&eacute;diatique, en particulier &mdash; ont transform&eacute; la notion de &laquo; lieu de m&eacute;moire &raquo; en son contraire en proclamant l&rsquo;obligation sociale d&rsquo;un devoir de &laquo; m&eacute;moire &raquo; qui cristallise cette derni&egrave;re dans bien des situations o&ugrave; s&rsquo;impose d&rsquo;abord un devoir de &laquo; compr&eacute;hension &raquo;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entre l&rsquo;apparition de la devise &laquo; je me souviens &raquo; et aujourd&rsquo;hui, la sociologie et la m&eacute;thodologie de l&rsquo;histoire ont profond&eacute;ment chang&eacute;. On peut parler d&rsquo;une rupture m&eacute;morielle, pour reprendre l&rsquo;expression de Krzysztof Pomian. L&rsquo;histoire est devenue le mode d&rsquo;acc&egrave;s dominant du public &agrave; son pass&eacute;, en remplacement de la tradition. Le public se fait plus pr&eacute;sent dans les affaires de l&rsquo;&Eacute;tat. Mais avec leur professionnalisation, les historiens ont pris leurs distances avec le pouvoir et avec la m&eacute;moire de ce pouvoir. Les sciences sociales ont &eacute;tabli de nouvelles normes dans la recherche sur le pass&eacute;. L&rsquo;histoire sociale est n&eacute;e d&rsquo;une demande publique pour comprendre les ph&eacute;nom&egrave;nes et les r&eacute;alit&eacute;s que les sciences sociales ont mis au jour. L&rsquo;histoire a aussi d&eacute;couvert la m&eacute;moire collective et elle s&rsquo;est mise &agrave; l&rsquo;&eacute;tudier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte de transformations profondes qu&rsquo;est apparue la notion de lieu de m&eacute;moire. Pierre Nora a bien expliqu&eacute; le terreau dans lequel elle a germ&eacute; en France : une perte d&rsquo;influence sur le plan international, la fin des grandes utopies de gauche et de droite, une fragmentation sociopolitique, toutes conduisant un public inquiet et incertain sur l&rsquo;avenir &agrave; se replier sur son pass&eacute; et &agrave; se reconna&icirc;tre dans une histoire en miettes. Ces bouleversements ne sont pas propres &agrave; la France, ils travaillent en fait tous les pays construits sur le paradigme de la nation, ce qui explique pourquoi la notion est devenue exportable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La fortune du mot m&eacute;moire tient sans doute &agrave; d&rsquo;autres facteurs encore. Le XX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle a aussi &eacute;t&eacute; celui d&rsquo;une histoire marqu&eacute;e par les guerres, les totalitarismes et les g&eacute;nocides. La m&eacute;moire est nostalgique et cotonneuse, tandis que l&rsquo;histoire, en plus d&rsquo;&ecirc;tre chirurgicale, est tragique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&Agrave; mon avis, le projet initial de Pierre Nora ne s&rsquo;est pas retourn&eacute; contre lui-m&ecirc;me, et je ne peux comprendre l&rsquo;amertume de son auteur &agrave; ce sujet que par le fait qu&rsquo;on ait d&eacute;tourn&eacute; cette notion analytique de son sens soit pour re-c&eacute;l&eacute;brer la nation, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de d&eacute;monter les m&eacute;canismes de cette c&eacute;l&eacute;bration, soit pour imposer aux historiens, &agrave; travers des lois m&eacute;morielles, des sch&eacute;mas interpr&eacute;tatifs, ou leur en interdire d&rsquo;autres, et cadenasser ainsi les d&eacute;bats critiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;expression &laquo; lieu de m&eacute;moire &raquo;, c&rsquo;est une heureuse trouvaille qui permet de donner &agrave; l&rsquo;histoire sociale un nouveau territoire d&rsquo;enqu&ecirc;te. On devrait la tenir en haute estime et en approfondir la port&eacute;e. En fait, la notion de lieu de m&eacute;moire est pour l&rsquo;histoire non seulement un outil d&rsquo;analyse efficace sur les pleins et les vides de la m&eacute;moire, mais un moyen de contrecarrer les mauvais usages de la m&eacute;moire en offrant &agrave; la soci&eacute;t&eacute; les moyens toujours renouvel&eacute;s de comprendre la sinuosit&eacute; de ses origines et ainsi, mieux discuter de son avenir. Elle permet d&rsquo;effectuer l&rsquo;articulation de la m&eacute;moire sociale, qui est son objet, du savoir m&eacute;thodique, qui est son moyen, et de la soci&eacute;t&eacute; en projet, qui est sa vis&eacute;e. Elle suppose donc le maintien d&rsquo;une ferme distinction entre la m&eacute;moire et l&rsquo;histoire, mais aussi une reconnaissance de leur solidarit&eacute;, et finalement la r&eacute;affirmation du devoir d&rsquo;histoire. Elle permet aussi l&rsquo;interdisciplinarit&eacute;, car elle peut servir de langage commun entre toutes les disciplines parentes de l&rsquo;histoire. Le lieu de m&eacute;moire, une sorte d&rsquo;esperanto scientifique : pourquoi pas ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par exemple, elle nous aide &agrave; replacer en contexte les diverses m&eacute;moires qu&eacute;b&eacute;coises, et ainsi &agrave; d&eacute;tecter les contresens et les anachronismes. Face au ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;oubli d&rsquo;une partie de l&rsquo;humanit&eacute; qui vit au Qu&eacute;bec, elle permet &agrave; l&rsquo;histoire de soulever des questions dont la port&eacute;e d&eacute;passe les calculs politiciens. Face aux rh&eacute;toriques m&eacute;morielles, elle permet de r&eacute;tablir un d&eacute;bat raisonn&eacute; sur l&rsquo;exp&eacute;rience historique, qui n&rsquo;exclut pas les passions, mais qui les ventile et lib&egrave;re les consciences. Ce n&rsquo;est pas peu. Et c&rsquo;est sur cette ambition d&rsquo;une r&eacute;conciliation de la m&eacute;moire avec l&rsquo;histoire que je m&rsquo;arr&ecirc;te.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>Renvois bibliographiques<\/h5>\n<h6>MONIOT, Henri. &laquo; L&rsquo;histoire historienne analys&eacute;e par la m&eacute;moire &raquo;, dans &Eacute;lise MARIENSTRAS et Marie-Jeanne ROSSIGNOL (dir.), <em>M&eacute;moire priv&eacute;e, m&eacute;moire collective dans l&#8217;Am&eacute;rique pr&eacute;-industrielle<\/em>, Paris, Berg International, 1994.<\/h6>\n<h6>CANDAU, Jo&euml;l. <em>M&eacute;moire et identit&eacute;<\/em>, Paris, Presses universitaires de France, 1998.<\/h6>\n<h6>D&rsquo;AVIGNON, Mathieu. <em>Champlain et les fondateurs oubli&eacute;s. Les figures du p&egrave;re et le mythe de la fondation<\/em>, Qu&eacute;bec, Presses de l&rsquo;Universit&eacute; Laval, 2008.<\/h6>\n<h6>GROULX, Patrice. <em>La marche des morts illustres. Benjamin Sulte, l&rsquo;histoire et la comm&eacute;moration<\/em>, Gatineau, Vents d&rsquo;Ouest, 2008.<\/h6>\n<h6>JOUTARD, Philippe. &laquo;La tyrannie de la m&eacute;moire&raquo;, <em>L&rsquo;Histoire<\/em>, no 221, mai 1998, p. 98.<\/h6>\n<h6>KATTAN, Emmanuel. <em>Penser le devoir de m&eacute;moire<\/em>, Paris, Presses universitaires de France, 2002<\/h6>\n<h6>LABELLE, Micheline, Rachad ANTONIUS et Georges LEROUX. &laquo; Introduction &raquo;, dans Micheline LABELLE, Rachad ANTONIUS et Georges LEROUX (dir.), <em>Le devoir de m&eacute;moire et les politiques du pardon<\/em>, Sainte-Foy, Presses de l&rsquo;Universit&eacute; du Qu&eacute;bec, 2005, p. 1-22.<\/h6>\n<h6>NORA, Pierre. &laquo; Comment &eacute;crire l&rsquo;histoire de France ? &raquo;, dans Pierre NORA (dir.), <em>Les lieux de m&eacute;moire, III, Les France, 1. Conflits et partages<\/em>, Paris, Gallimard, 1992, p. 11-32.<\/h6>\n<h6>NORA, Pierre. &laquo; Les lieux de m&eacute;moire &raquo;, dans Jean-Claude RUANO-BORBALAN (dir.), <em>L&rsquo;histoire aujourd&rsquo;hui<\/em>, Auxerre, Sciences humaines &Eacute;ditions, 1999, p. 343-348.<\/h6>\n<h6>NORA, Pierre. &laquo; Les lieux de m&eacute;moire, ou comment ils m&rsquo;ont &eacute;chapp&eacute; &raquo;, <em>L&rsquo;Histoire<\/em>, no 331, mai 2008, p. 32-35.<\/h6>\n<h6>NORA, Pierre. &laquo; M&eacute;moire collective &raquo;, dans Jacques LE GOFF, Roger CHARTIER et Jacques REVEL (dir.), <em>La nouvelle histoire<\/em>, Paris, Retz, 1978.<\/h6>\n<h6>POMIAN, Krzysztof. <em>Sur l&rsquo;histoire<\/em>, Paris, Gallimard, 1999.<\/h6>\n<h6>RICOEUR, Paul. La m&eacute;moire, l&rsquo;histoire, l&rsquo;oubli, Paris, Seuil, 2000.<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M&eacute;moire et histoire : un questionnement &agrave; renouveler (Texte lu au 4e s&eacute;minaire sur les lieux de m&eacute;moire communs franco-qu&eacute;b&eacute;cois qui a eu lieu &agrave; Aix-en-Provence le 25 octobre 2008, sur le th&egrave;me &laquo; La&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[40],"tags":[],"class_list":["post-6111","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n27-decembre-2008"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6111","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6111"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6111\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6901,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6111\/revisions\/6901"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6111"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6111"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}