{"id":6181,"date":"2009-11-24T03:21:27","date_gmt":"2009-11-24T08:21:27","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/tocqueville-un-destin-paradoxal\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:24","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:24","slug":"tocqueville-un-destin-paradoxal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/tocqueville-un-destin-paradoxal\/","title":{"rendered":"Tocqueville un destin paradoxal"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>Tocqueville un destin paradoxal<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/alexis_tocqueville.jpg\" alt=\"Alexis Tocqueville\" width=\"146\" height=\"200\" style=\"margin-right: 10px; float: left;\" title=\"Alexis Tocqueville\" \/><em>Jean-Louis Beno&icirc;t, agr&eacute;g&eacute; de l&rsquo;Universit&eacute;, docteur &egrave;s Lettres, professeur des Classes Pr&eacute;paratoires aux Grandes &Eacute;coles, a particip&eacute; &agrave; de nombreux colloques consacr&eacute;s &agrave; ce Tocqueville et a publi&eacute; plusieurs ouvrages, dont les principaux sont &laquo; Tocqueville moraliste &raquo;, &laquo; Tocqueville un destin paradoxal &raquo; et &laquo; Comprendre Tocqueville &raquo;. Le professeur Beno&icirc;t a r&eacute;sum&eacute; ci-dessous, pour nos lecteurs, son expos&eacute;. L&rsquo;int&eacute;gralit&eacute; du texte peut &ecirc;tre consult&eacute;e sur le lien suivant : <\/em><a href=\"http:\/\/jeanlouisbenoit.hautetfort.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/jeanlouisbenoit.hautetfort.com\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tocqueville est, avec Montesquieu, l&rsquo;un des deux plus grands penseurs politiques fran&ccedil;ais et le plus fameux analyste de la d&eacute;mocratie moderne, de sa nature, de ses risques et de ses enjeux, dont les probl&eacute;matiques demeurent d&rsquo;une parfaite actualit&eacute; g&eacute;opolitique dans tous les pays dont l&rsquo;&eacute;tat social devenant d&eacute;mocratique permet d&rsquo;envisager le passage &agrave; une d&eacute;mocratie r&eacute;elle<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nul n&rsquo;est proph&egrave;te en son pays<\/strong><\/p>\n<p> Tel est le premier paradoxe du destin de Tocqueville : on accorde beaucoup plus d&rsquo;importance &agrave; son &oelig;uvre, aujourd&rsquo;hui, dans nombre de pays &eacute;trangers que dans son propre pays. En 2005, ann&eacute;e du bicentenaire de sa naissance, les chaines de t&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aises &agrave; vocation culturelle, ne consacr&egrave;rent pas une seule minute &agrave; l&rsquo;&eacute;vocation de cet anniversaire !<br \/> Deux articles seulement, cette m&ecirc;me ann&eacute;e, dans la presse nationale : le 29 mai, Nicolas Weil posait dans <em>Le Monde <\/em>la question : <em>Peut-on encore &ecirc;tre tocquevillien aujourd&rsquo;hui ? <\/em>A quoi l&rsquo;ancien directeur du journal, Andr&eacute; Fontaine, r&eacute;pondait quelques semaines plus tard : &laquo; <em>Adieu Tocqueville &raquo;.<\/em><\/p>\n<p> Rien dans les hebdomadaires qui pr&eacute;tendent assurer un relais culturel et m&eacute;diatique : <em>Le Point, Le Nouvel Observateur, L&rsquo;Express<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">2<\/a><\/sup>; <\/em>pour eux, la cause &eacute;tait entendue, seul <em>Marianne<\/em> publia une recension de <em>Tocqueville un destin paradoxal, <\/em>paru au mois de mai.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo; <em>Nul n&rsquo;est proph&egrave;te en son pays <\/em>&raquo;, ce n&rsquo;est pas nouveau, mais il est choquant que Tocqueville demeure quasiment inconnu de la majorit&eacute; des citoyens fran&ccedil;ais alors qu&rsquo;aux Etats-Unis il figure d&eacute;sormais pratiquement au rang des P&egrave;res Fondateurs, et que les analystes politiques am&eacute;ricains jugent encore, en ce d&eacute;but de mill&eacute;naire, de la sant&eacute; de la d&eacute;mocratie am&eacute;ricaine, &agrave; l&rsquo;aune du diagnostic pos&eacute; sur les forces et faiblesses, les vertus et les vices du syst&egrave;me dans <em>De la d&eacute;mocratie en Am&eacute;rique &ndash; 1835 &#8211;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">3<\/a><\/sup>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L&eacute;gitimiste de c&oelig;ur, d&eacute;mocrate par raison<\/strong><\/p>\n<p> Le second paradoxe n&rsquo;est pas moindre, Tocqueville disparut de l&rsquo;horizon intellectuel et politique fran&ccedil;ais pendant trois-quarts de si&egrave;cle, &agrave; partir des ann&eacute;es 1870-75, o&ugrave; une partie de ceux qui instaur&egrave;rent et affermirent la IIIe R&eacute;publique (bien que venant d&rsquo;horizons diff&eacute;rents) se r&eacute;f&eacute;raient encore &agrave; lui.<\/p>\n<p> Cette disparition tient &agrave; notre historiographie r&eacute;publicaine qui entendait mettre en place un substrat id&eacute;ologique simple, facile &agrave; enseigner, fait d&rsquo;oppositions entre l&rsquo;Ancien R&eacute;gime et la R&eacute;publique, l&rsquo;aristocratie et le peuple, le bien et le mal ; conception manich&eacute;enne qui persiste dans la mentalit&eacute; de la majorit&eacute; des citoyens, et plus encore des id&eacute;ologues qui opposent d&eacute;mocratie et R&eacute;publique ; impossible pour eux d&rsquo;admettre que Tocqueville, v&eacute;ritable aristocrate issu d&rsquo;une famille de l&eacute;gitimistes ait pu se revendiquer des valeurs de 1789, devenir le penseur de la d&eacute;mocratie moderne, et un authentique r&eacute;publicain, un &laquo; <em>&eacute;migr&eacute; de l&rsquo;int&eacute;rieur <\/em>&raquo; opposant sans faille &agrave; Napol&eacute;on III qu&rsquo;il ne cessa de consid&eacute;rer comme un despote, alors m&ecirc;me qu&rsquo;il reconnut lors des &eacute;lections d&rsquo;avril 1848, n&rsquo;&ecirc;tre qu&rsquo;un &laquo; r&eacute;publicain du lendemain &raquo;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Malesherbes, l&rsquo;illustre bisa&iuml;eul<\/strong><\/p>\n<p> Pour comprendre ce paradoxe d&rsquo;un Tocqueville, l&eacute;gitimiste de c&oelig;ur mais d&eacute;mocrate par raison, il faut en revenir &agrave; l&rsquo;une des cl&eacute;s qu&rsquo;il nous donne lui-m&ecirc;me quand il affirme : &laquo; <em>C&rsquo;est parce que je suis le petit-fils de Malesherbes que j&rsquo;ai &eacute;crit ces choses<\/em> &raquo;&hellip;<br \/> Toute sa vie durant, il se r&eacute;f&eacute;ra, dans les moments les plus graves de son existence, &agrave; son illustre bisa&iuml;eul<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">4<\/a><\/sup> ; directeur de <em>La Librairie<\/em>et en charge du contr&ocirc;le des publications, il &eacute;tait en m&ecirc;me temps l&rsquo;ami des philosophes des Lumi&egrave;res. C&rsquo;est &agrave; lui que l&rsquo;on doit l&rsquo;&eacute;dition fran&ccedil;aise de <em>L&rsquo;Emile, <\/em>c&rsquo;est lui qui sauva <em>La Grande Encyclop&eacute;die<\/em> qu&rsquo;il &eacute;tait charg&eacute; de retrouver et de d&eacute;truire ; c&rsquo;est &eacute;galement lui qui devenu pr&eacute;sident de la Cour des Aides, multiplia les <em>Remontrances<\/em> contre l&rsquo;absolutisme royal de Louis XV, ce qui lui valut d&rsquo;&ecirc;tre exil&eacute;.<\/p>\n<p> Rappel&eacute; par Louis XVI, deux fois ministre, il s&rsquo;effor&ccedil;a en vain de mettre en place les r&eacute;formes qui auraient pu sauver le r&eacute;gime. Arr&ecirc;t&eacute; en 1793, avec les siens, il demanda &agrave; &ecirc;tre l&rsquo;avocat du roi devant le peuple, comme il avait &eacute;t&eacute; celui du peuple devant le roi, ce qui lui valut d&rsquo;&ecirc;tre guillotin&eacute; avec cinq des siens, destin in&eacute;vitable mais accept&eacute; par avance !<\/p>\n<p> Malesherbes &eacute;tait donc un singulier personnage, <em>Janus Bifrons<\/em>, aristocrate, d&eacute;fenseur des libert&eacute;s mais oppos&eacute; aux fureurs r&eacute;volutionnaires ; tel fut l&rsquo;homme que Tocqueville se donna comme mod&egrave;le humain, moral et politique quand il entreprit d&rsquo;instaurer &laquo; <em>une science politique nouvelle<\/em> &raquo; afin que la raison pr&eacute;side &agrave; la vie politique dont il voulait croire qu&#8217;elle p&ucirc;t &ecirc;tre rationnelle. <br \/> La suite des &eacute;v&eacute;nements lui prouva qu&rsquo;en politique la passion l&rsquo;emporte souvent sur la raison, et il se heurta &agrave; la r&eacute;sistance du monde sans pouvoir en venir &agrave; bout, sans r&eacute;ussir, par exemple, &agrave; convaincre Pie IX de donner une constitution lib&eacute;rale &agrave; ses Etats (lorsque Tocqueville &eacute;tait ministre des Affaires Etrang&egrave;res en 1849, en charge de la question romaine), sans r&eacute;ussir &agrave; dissuader Louis-Napol&eacute;on Bonaparte de faire un coup d&rsquo;Etat contre la R&eacute;publique dont il &eacute;tait le premier Pr&eacute;sident &eacute;lu au suffrage universel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tocqueville retrouv&eacute;<\/strong><\/p>\n<p> Signalons pour terminer un dernier paradoxe concernant, celui-ci, la r&eacute;ception actuelle de Tocqueville en France<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">5<\/a><\/sup>. On admet g&eacute;n&eacute;ralement, et l&rsquo;on r&eacute;p&egrave;te &agrave; l&rsquo;envi, que l&rsquo;on devrait au seul Raymond Aron la red&eacute;couverte de Tocqueville dans &#8211; et par &ndash; l&rsquo;universit&eacute; fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p> En 1967, il publie chez Gallimard <em>Les &eacute;tapes de la pens&eacute;e sociologique, <\/em>dans lesquelles il consacre cinquante pages &agrave; Tocqueville (mais quatre-vingts &agrave; Marx) ; en 1979, il &eacute;crit dans le premier num&eacute;ro de <em>The Tocqueville Review\/La revue Tocqueville, <\/em>un article d&rsquo;une vingtaine de pages au titre significatif : <em>Tocqueville retrouv&eacute; <\/em>!<\/p>\n<p> La cause est entendue, &agrave; Aron, seul, reviendrait tout le m&eacute;rite&hellip; Il est vrai qu&rsquo;en ces ann&eacute;es de Guerre Froide, Aron engage Tocqueville dans le combat id&eacute;ologique du moment comme h&eacute;raut (et h&eacute;ros) d&rsquo;un lib&eacute;ralisme dont la derni&egrave;re page de la premi&egrave;re <em>D&eacute;mocratie <\/em>devient le <em>Credo<\/em> :<br \/> <em>&laquo; Il y a aujourd&#8217;hui sur la terre deux grands peuples qui, partis de points diff&eacute;rents, semblent s&#8217;avancer vers le m&ecirc;me but: ce sont les Russes et les Anglo-Am&eacute;ricains.(&hellip;)<\/em><br \/> <em>L&#8217;Am&eacute;ricain lutte contre les obstacles que lui oppose la nature; le Russe est aux prises avec les hommes. L&#8217;un combat le d&eacute;sert et la barbarie, l&#8217;autre la civilisation rev&ecirc;tue de toutes ses armes: aussi les conqu&ecirc;tes de l&#8217;Am&eacute;ricain se font-elles avec le soc du laboureur, celles du Russe avec l&#8217;&eacute;p&eacute;e du soldat.<\/em><br \/> <em>Pour atteindre son but, le premier s&#8217;en repose sur l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t personnel, et laisse agir, sans les diriger, la force et la raison des individus.<\/em><br \/> <em>Le second concentre en quelque sorte dans un homme toute la puissance de la soci&eacute;t&eacute;.<\/em><br \/> <em>L&#8217;un a pour principal moyen d&#8217;action la libert&eacute;; l&#8217;autre, la servitude.<\/em><br \/> <em>Leur point de d&eacute;part est diff&eacute;rent, leurs voies sont diverses; n&eacute;anmoins, chacun d&#8217;eux semble appel&eacute; par un dessein secret de la Providence &agrave; tenir un jour dans ses mains les destin&eacute;es de la moiti&eacute; du monde &raquo;.<\/em><\/p>\n<p> Voici donc Tocqueville baptis&eacute; proph&egrave;te alors qu&rsquo;il est plus exactement un analyste tr&egrave;s rationnel, dou&eacute; de cet esprit de finesse cher &agrave; son ma&icirc;tre Pascal.<\/p>\n<p> Il est vrai qu&rsquo;en ces temps, toute l&rsquo;intelligentsia fran&ccedil;aise &eacute;labore ces &laquo; <em>Marxismes imaginaires <\/em>&raquo; que d&eacute;nonce Aron ; tous les normaliens sup&eacute;rieurs du temps sont de religion althuss&eacute;rienne<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">6<\/a><\/sup> et vouent Tocqueville aux g&eacute;monies ! Si bien qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la double vulgate tocquevillienne et anti-tocquevillienne op&egrave;re bien &agrave; tort une identification Tocqueville\/Aron, comme si Tocqueville se r&eacute;duisait &agrave; la lecture qu&rsquo;en aronienne, comme si cette lecture &eacute;tait totale et ind&eacute;passable, comme si &ndash; depuis les ann&eacute;es 70 &#8211; aucun travail de recherche n&rsquo;avait donn&eacute; lieu &agrave; des approches nouvelles et tr&egrave;s importantes aux Etats-Unis ou en France.<br \/> Depuis peu, un courant d&rsquo;extr&ecirc;me gauche se livre, au nom de ce principe r&eacute;ducteur, &agrave; une critique virulente contre un &laquo; <em>tocquevillisme &raquo; imaginaire<\/em> ! D&rsquo;ailleurs, pour les m&ecirc;mes, &laquo; <em>Tocqueville n&rsquo;existe pas <\/em>&raquo; ! Pour les tenants de cette mouvance id&eacute;ologique, n&rsquo;existe, en guise de Tocqueville, que ce que les tocquevilliens ou pseudo-tocquevilliens ont pu en &eacute;crire ; et, au bout du compte, tous ces pseudo-tocquevilliens ne sont tous que des figures spectrales, des &eacute;chos de Raymond Aron ! <br \/> La rationalit&eacute; souffre bien un peu de cet avatar n&eacute;o-structuraliste, la solidit&eacute; historique du propos &eacute;galement, comme le souligne Pierre Vidal-Naquet, dans son dernier texte relatif &agrave; l&rsquo;ouvrage d&rsquo;un de ces auteurs : <br \/> &laquo; <em>Dommage que ce livre, &agrave; la fois boursoufl&eacute; et h&acirc;tif, ne puisse pas vraiment faire la preuve des bonnes intentions dont il est pav&eacute;. Nous sommes trop fonci&egrave;rement anticolonialistes pour nous en r&eacute;jouir. Il reste que l&rsquo;air du temps de la d&eacute;nonciation m&eacute;diatique ne suffit pas &agrave; arrimer &agrave; la science des convictions et &agrave; faire<\/em> <em>d&rsquo;OLCG un historien plausible<\/em><sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">7<\/a><\/sup> &raquo;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mayer, Aron, Lefebvre, Soboul, Furet, Lefort et quelques autres&hellip;<\/strong><\/p>\n<p> Ce paradoxe concernant la r&eacute;ception de Tocqueville se trouve renforc&eacute; pour deux raisons compl&eacute;mentaires : l&rsquo;incapacit&eacute; de la droite traditionnelle<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">8<\/a><\/sup>de comprendre la port&eacute;e de l&rsquo;&oelig;uvre de Tocqueville et le fait que, <em>horresco referens<\/em>, la quasi totalit&eacute; de ceux qui ont red&eacute;couvert Tocqueville depuis la seconde guerre mondiale &eacute;taient de formation marxiste et\/ou avaient une bonne connaissance du marxisme !<\/p>\n<p> Ren&eacute; R&eacute;mond souligne &agrave; juste titre la triple origine des droites fran&ccedil;aises, mais, par-del&agrave; cette distinction pertinente, il existe un fond id&eacute;ologique de la vieille droite fran&ccedil;aise qui de Barr&egrave;s &agrave; Maurras, de l&rsquo;Action Fran&ccedil;aise au mar&eacute;chalisme et\/ou au p&eacute;tainisme, en passant par les protecteurs de Touvier et Bousquet, ne peut voir en Tocqueville qu&rsquo;un &laquo; <em>criminel<\/em> &raquo;, &laquo; <em>un quarante-huitard en peau de lapin <\/em>&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">9<\/a><\/sup>, ou plus simplement un homme d&rsquo;opinions, du juste milieu, un Joseph Prudhomme de la politique.<\/p>\n<p> Le titre du livre publi&eacute; par Antoine R&eacute;dier, membre de l&rsquo;Action Fran&ccedil;aise, est &agrave; lui seul tout un programme : <em>Comme disait M. de Tocqueville&hellip;<\/em><\/p>\n<p> Et pourtant R&eacute;dier entendait rendre hommage &agrave; Tocqueville en tentant d&rsquo;&eacute;tablir comment il aurait pu, ou d&ucirc;, faire un antid&eacute;mocrate raisonnable !<\/p>\n<p> En revanche on oublie de rappeler qu&rsquo;en 1938, c&rsquo;est un Juif Allemand, sp&eacute;cialiste de Marx, r&eacute;fugi&eacute; en Angleterre qui propose &agrave; Gallimard d&rsquo;entreprendre l&rsquo;&eacute;dition des &oelig;uvres compl&egrave;tes de Tocqueville. Les deux premiers volumes ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s en 1951, vingt-sept autres ont &eacute;t&eacute; &eacute;dit&eacute;s depuis, les trois derniers volumes, devraient, esp&eacute;rons-le, para&icirc;tre sous peu.<\/p>\n<p> Raymond Aron, qui succ&eacute;da &agrave; Mayer dans l&rsquo;&eacute;dition des Oeuvres Compl&egrave;tes, fut certes celui qui mena le combat du lib&eacute;ralisme contre le marxisme, est lui-m&ecirc;me un tr&egrave;s bon connaisseur de Marx ; il se qualifiait parfois, non sans ironie, de &#8220;marxien&#8221;, et il &eacute;crit : &laquo; <em>Je suis arriv&eacute; &agrave; Tocqueville &agrave; partir du marxisme, de la philosophie allemande et de l&#8217;observation du monde pr&eacute;sent (&#8230;). Je pense presque malgr&eacute; moi prendre plus d&#8217;int&eacute;r&ecirc;t aux myst&egrave;res du <\/em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Capital\">Capital<\/a><em> qu&#8217;&agrave; la prose limpide et triste de <\/em>La D&eacute;mocratie en Am&eacute;rique &raquo;.<\/p>\n<p> En 1953, c&rsquo;est un marxiste, Georges Lefebvre qui r&eacute;dige une int&eacute;ressante introduction &agrave; l&rsquo;&eacute;dition Gallimard de <em>l&rsquo;Ancien R&eacute;gime et la R&eacute;volution<\/em>, en 1968, Albert Soboul, marxiste lui aussi, et titulaire de la chaire d&rsquo;histoire de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise &agrave; la Sorbonne, r&eacute;dige pour l&rsquo;Encyclopaedia Universalis l&rsquo;article &laquo; R&eacute;volution &raquo; dans lequel il consacre un d&eacute;veloppement important sur Tocqueville et son &laquo; histoire philosophique de la R&eacute;volution &raquo;. Certes Fran&ccedil;ois Furet, marxiste lui aussi, mais &laquo; apostat &raquo;, critique la lecture de ses deux &laquo; ex-coreligionnaires &raquo; en marxisme, mais cela n&rsquo;&ocirc;te rien au fait que leur culture marxiste, comme celle d&rsquo;un Lefort<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">10<\/a><\/sup>, qui anime la revue <em>Socialisme ou Barbarie<\/em> avec Castoriadis, a jou&eacute; un r&ocirc;le majeur dans leur capacit&eacute; &agrave; appr&eacute;hender l&rsquo;&oelig;uvre de Tocqueville.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais au-del&agrave; du paradoxe il convient d&rsquo;en revenir &agrave; Tocqueville lui-m&ecirc;me et de relire, par exemple, l&rsquo;introduction de la premi&egrave;re <em>D&eacute;mocratie<\/em>, <em>L&rsquo;Etat social et politique de la France avant et depuis 1789<\/em>, <em>L&rsquo;Ancien r&eacute;gime et la R&eacute;volution<\/em> pour comprendre comment et pourquoi des historiens marxistes, ou connaissant bien l&rsquo;&oelig;uvre de Marx ont lu avec grand int&eacute;r&ecirc;t le cheminement de l&rsquo;Histoire d&eacute;crit par Tocqueville, la mont&eacute;e &eacute;conomique de la bourgeoisie et le d&eacute;clin de la puissance des grands f&eacute;odaux dont la richesse reposait sur le fief &#8211; la terre -, et le passage de l&rsquo;aristocratie &agrave; la d&eacute;mocratie &agrave; partir d&rsquo;un syst&egrave;me de classes-castes. Mais il faut &eacute;galement relire l&rsquo;ensemble des textes de Tocqueville concernant l&rsquo;&eacute;conomie pour comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de faire de lui, comme l&rsquo;a fait Hayek, un th&eacute;oricien du (n&eacute;o)-lib&eacute;ralisme &eacute;conomique<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=310:tocqueville-un-destin-paradoxal&amp;Itemid=301#notes\">11<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p> Dans la p&eacute;riode troubl&eacute;e qui est la n&ocirc;tre, apr&egrave;s les multiples errances de la d&eacute;mocratie, au si&egrave;cle dernier et aujourd&rsquo;hui encore, la lecture de Tocqueville demeure un exercice salutaire.<\/p>\n<p> Tocqueville n&rsquo;est pas un ma&icirc;tre penseur mais un ma&icirc;tre &agrave; penser, qui ne nous propose pas un ensemble de r&eacute;ponses id&eacute;ologiquement marqu&eacute;es mais une m&eacute;thode qui repose sur un volontarisme &eacute;thique du politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a id=\"notes\"><\/a><\/p>\n<ol>\n<li>Tocqueville est l&rsquo;un des premiers &agrave; utiliser le concept d&rsquo;&laquo; <em>&eacute;tat social <\/em>&raquo;, et sans doute le premier &agrave; employer celui d&rsquo; &laquo; <em>&eacute;tat social d&eacute;mocratique <\/em>&raquo;, mais contrairement &agrave; ce qu&rsquo;&eacute;crivent bien des analystes, la d&eacute;mocratie n&rsquo;est pas r&eacute;ductible &agrave; l&rsquo; &laquo; <em>&eacute;tat social d&eacute;mocratique <\/em>&raquo; qui suppose une relative &eacute;galit&eacute; des conditions, une mobilit&eacute; sociale et une mont&eacute;e en puissance de l&rsquo;opinion publique; mais cet &laquo; <em>&eacute;tat social d&eacute;mocratique <\/em>&raquo; peut pr&eacute;c&eacute;der la d&eacute;mocratie, lui survivre quand elle est renvers&eacute;e par un coup d&rsquo;Etat comme celui de Napol&eacute;on III ou celui des colonels grecs : l&rsquo; &laquo; <em>&eacute;tat social d&eacute;mocratique<\/em> &raquo; ne co&iuml;ncide pas n&eacute;cessairement avec l&rsquo;existence d&rsquo;un r&eacute;gime politique authentiquement d&eacute;mocratique. Voir &agrave; ce sujet : <a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/benoit_jean_louis\/tocqueville_et_la_presse\/tocqueville_et_la_presse.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/benoit_jean_louis\/tocqueville_et_la_presse\/tocqueville_et_la_presse.html<\/a><\/li>\n<li>&nbsp;Editions Bayard, mai 2005.<\/li>\n<li>\n<p>Robert D. Putnam : <em>Bowling Alone: America&#8217;s Declining Social Capital<\/em>, Simon &amp; Schuster, New York, 2000. Sous le m&ecirc;me titre : <em>De la D&eacute;mocratie en Am&eacute;rique, <\/em>Tocqueville a r&eacute;dig&eacute; deux livres diff&eacute;rents et compl&eacute;mentaires, le premier publi&eacute; en 1835 et le second en 1840 ; mais il s&rsquo;agit bien, pour lui, d&rsquo;un seul ouvrage dont les deux parties, de nature diff&eacute;rente, constituent un diptyque.<\/p>\n<\/li>\n<li>Tocqueville &eacute;tait l&rsquo;arri&egrave;re-petit-fils de Malesherbes. En 1794, ses parents, jeunes mari&eacute;s, enferm&eacute;s avec les six autres membres de la famille &agrave; Port-Libre, n&rsquo;&eacute;chapp&egrave;rent &agrave; la guillotine qu&rsquo;en raison de la chute de Robespierre.<\/li>\n<li>Je reprends ici des &eacute;l&eacute;ments d&eacute;velopp&eacute;s dans ma conf&eacute;rence du 15 octobre &agrave; l&rsquo;Uq&agrave;m, &agrave; l&rsquo;invitation d&rsquo;Yves Couture.<\/li>\n<li>\n<p>Dont bien s&ucirc;r Bernard Henry L&eacute;vy, qui n&rsquo;a aucune raison de faire exception !<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>ESPRIT, nov 2005, p. 165-177.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>J&rsquo;entends celle qui pr&eacute;c&egrave;de Raymond Aron qui, lui, n&rsquo;appartient d&rsquo;ailleurs pas, &agrave; mon sens, &agrave; la droite traditionnelle par la formation, les valeurs et une certaine tradition antis&eacute;mite de celle-ci&hellip;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>J.Y. Cousteau, le fr&egrave;re de l&rsquo;illustre commandant, &eacute;crivit en 1942, dans <em>Je suis partout <\/em>(dont il &eacute;tait r&eacute;dacteur en chef), un article intitul&eacute; : <em>Alexis de Tocqueville, un quarante-huitard en peau de lapin<\/em>. Avant lui, un autre penseur r&eacute;actionnaire notoire, L&eacute;on de Montesquiou avait commis, en avril 1903, dans <em>L&rsquo;Action fran&ccedil;aise<\/em>, un article titr&eacute; : <em>Monsieur de Tocqueville, vous &ecirc;tes un criminel. <\/em><\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Lefort a &eacute;t&eacute; professeur de sociologie &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Caen pendant plusieurs ann&eacute;es et il a eu notamment pour &eacute;tudiant Marcel Gauchet ; l&rsquo;un et l&rsquo;autre ont fait une vive critique du communisme et de l&rsquo;Union sovi&eacute;tique. La lecture que Lefort fait de l&rsquo;&oelig;uvre de Tocqueville pr&eacute;sente un int&eacute;r&ecirc;t certain dans la mesure o&ugrave; il est plus soucieux d&rsquo;en d&eacute;gager la v&eacute;rit&eacute; et le caract&egrave;re propre que de l&rsquo;int&eacute;grer de force dans une perspective qui ne serait pas la sienne.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Le lecteur pourra se reporter &agrave; <em>Tocqueville, textes &eacute;conomiques, anthologie critique, <\/em>que nous avons publi&eacute;, Eric Keslassy et moi, et qu&rsquo;il pourra consulter en ligne sur : <a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/De_tocqueville_alexis\/textes_economiques\/textes_economiques.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/De_tocqueville_alexis\/textes_economiques\/textes_economiques.html<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tocqueville un destin paradoxal &nbsp; Jean-Louis Beno&icirc;t, agr&eacute;g&eacute; de l&rsquo;Universit&eacute;, docteur &egrave;s Lettres, professeur des Classes Pr&eacute;paratoires aux Grandes &Eacute;coles, a particip&eacute; &agrave; de nombreux colloques consacr&eacute;s &agrave; ce Tocqueville et a publi&eacute; plusieurs ouvrages,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-6181","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n29-decembre-2009"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6181","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6181"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6181\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6971,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6181\/revisions\/6971"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}