{"id":6218,"date":"2010-05-27T00:20:57","date_gmt":"2010-05-27T04:20:57","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/le-quebec-et-son-alimentation-metissee\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:27","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:27","slug":"le-quebec-et-son-alimentation-metissee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/le-quebec-et-son-alimentation-metissee\/","title":{"rendered":"Le Qu\u00e9bec et son alimentation m\u00e9tiss\u00e9e"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Le Qu&eacute;bec et son alimentation m&eacute;tiss&eacute;e<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=345:le-quebec-et-son-alimentation-metissee&amp;Itemid=300#etoile\">*<\/a><\/b><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>par Yvon Desloges<br \/>Professeur associ&eacute;<br \/>D&eacute;partement d&rsquo;histoire<br \/>Universit&eacute; Laval, Qu&eacute;bec<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 324px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin30\/conferencier-yvon-desloges.jpg\" alt=\"Conf&eacute;rencier Yvon Desloges\" width=\"324\" height=\"239\" title=\"Conf&eacute;rencier Yvon Desloges\" \/><\/p>\n<h6>Le conf&eacute;rencier Yvon Desloges<br \/>Cr&eacute;dit : Jacques Boutet, Soci&eacute;t&eacute; historique de Qu&eacute;bec<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><b>Emprunts aux Am&eacute;rindiens<\/b><\/p>\n<p>Depuis les premi&egrave;res arriv&eacute;es de colons sur les rives du fleuve Saint-Laurent, on se pla&icirc;t &agrave; dire que les colons ont adopt&eacute; les aliments des Am&eacute;rindiens. Consommer le ma&iuml;s, les produits de l&rsquo;&eacute;rable en constitue d&rsquo;ailleurs les meilleurs gages et t&eacute;moigne non seulement de ce m&eacute;tissage mais aussi d&rsquo;une certaine p&eacute;rennit&eacute; de nos habitudes alimentaires. D&rsquo;ailleurs comment ne pas y croire lorsqu&rsquo;on r&eacute;f&egrave;re toujours au ma&iuml;s selon l&rsquo;expression &laquo; bl&eacute; d&rsquo;inde &raquo;, faisant ainsi r&eacute;f&eacute;rence aux croyances des premiers temps coloniaux lorsqu&rsquo;il &eacute;tait question de retracer les richesses orientales des Indes? Cette perception est fermement ancr&eacute;e dans la m&eacute;moire collective des Qu&eacute;b&eacute;cois. Mais est-ce aussi &eacute;vident?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Certes les premiers occupants autochtones consomment-ils le ma&iuml;s, les courges et les haricots, aussi surnomm&eacute;s les trois s&oelig;urs puisqu&rsquo;on les fait pousser ensemble. &Agrave; cela rien de tr&egrave;s novateur puisque le ma&iuml;s repr&eacute;sente LA c&eacute;r&eacute;ale des Am&eacute;riques dont la culture se r&eacute;pand du sud au nord parmi les autochtones. Les Iroquoiens &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire ceux dont la langue est l&rsquo;iroquoien et non les Iroquois qui sont eux de langue iroquoienne &ndash; partagent la culture de ces trois v&eacute;g&eacute;taux de base, bien qu&rsquo;ils n&rsquo;appr&ecirc;tent pas tous ces aliments de la m&ecirc;me fa&ccedil;on; qui plus est, selon le territoire qu&rsquo;ils occupent, la faune et la flore diff&egrave;rent, ce qui apporte des m&oelig;urs alimentaires diff&eacute;rentes &agrave; chacune des peuplades am&eacute;rindiennes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Alimentation &agrave; la fran&ccedil;aise<\/b><\/p>\n<p>Les premiers colons adoptent ces aliments d&egrave;s leur arriv&eacute;e, tout en cherchant &agrave; implanter leurs cultures c&eacute;r&eacute;ali&egrave;res et leur cheptel domestique, en somme, leur mod&egrave;le alimentaire; d&rsquo;ailleurs Champlain dispose de plusieurs vaches &agrave; sa ferme du Cap-Tourmente. Par contre, le gibier abonde alors que le calendrier liturgique s&eacute;v&egrave;re impose de recourir aux ressources halieutiques coloniales. Voil&agrave; qui fait r&ecirc;ver de mener la vie de seigneur, d&rsquo;autant plus que chasser sur le vieux continent est devenu l&rsquo;apanage des nobles depuis longtemps. Mais encore faut-il disposer d&rsquo;un fusil, ce qui n&rsquo;est pas &agrave; la port&eacute;e de tous et par cons&eacute;quent limite la consommation de gibier, gros ou petit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S&rsquo;il est ind&eacute;niable que ce sont les autochtones qui apprennent aux colons comment r&eacute;colter la s&egrave;ve d&rsquo;&eacute;rable, est-ce &agrave; dire pour autant qu&rsquo;ils la transforment qui en sirop, qui en sucre? Et faut-il en conclure par extension que les colons consomment le sucre d&rsquo;&eacute;rable? Bien que les autochtones connaissent deux fa&ccedil;ons de r&eacute;duire la s&egrave;ve en &laquo; sirop &raquo;, aucune des deux ne s&rsquo;apparente &agrave; ce que nous connaissons de nos jours; au mieux peut-on parler d&rsquo;un liquide visqueux dont la teneur en sucre est plus &eacute;lev&eacute;e. Et ce liquide n&rsquo;est pas encore converti en sucre, ce qui est impossible &agrave; obtenir selon les techniques am&eacute;rindiennes. Il aura fallu l&rsquo;intervention des colons fran&ccedil;ais pour y parvenir. Surprenant? Non pas puisque, faut-il le rappeler, la France contr&ocirc;le le march&eacute; du sucre en Europe et en viendra d&rsquo;ailleurs &agrave; &eacute;changer le Canada contre une colonie sucri&egrave;re lors de la signature du trait&eacute; de Paris. Quant &agrave; sa consommation, elle est limit&eacute;e, moins d&rsquo;un kilo et demi (toute forme de sucre confondue, canne et &eacute;rable) par personne par ann&eacute;e; c&rsquo;est que le sucr&eacute; fait davantage partie de la pharmacop&eacute;e dans le mod&egrave;le culturel fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voil&agrave; donc qu&rsquo;avant m&ecirc;me la fin du 17<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, les colons laurentiens rejettent en bloc les apports am&eacute;rindiens. Le m&eacute;tissage alimentaire am&eacute;rindien aura dur&eacute; l&rsquo;espace de trois g&eacute;n&eacute;rations, le temps d&rsquo;implanter le mod&egrave;le alimentaire fran&ccedil;ais. Celui-ci repose d&rsquo;abord et avant tout sur le pain, qui se consomme &agrave; raison d&rsquo;un kilo par jour. Bien s&ucirc;r, le poisson &ndash; notamment la triade anguille, morue, saumon &ndash; tient bonne place dans ce r&eacute;gime alimentaire puisque le calendrier liturgique impose 150 jours d&rsquo;abstinence carn&eacute;e par ann&eacute;e. Comme viande, les colons consomment d&rsquo;abord le b&oelig;uf, viande accessible parce que les ruraux manquent de fourrage. D&egrave;s lors, il devient pr&eacute;f&eacute;rable d&rsquo;abattre les bovins, alors que le porc repr&eacute;sente, par son lard, la source de gras de pr&eacute;dilection puisque le lait produit ne permet pas la fabrication de beurre en quantit&eacute; suffisante<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>M&eacute;tissage anglo-fran&ccedil;ais<\/b><\/p>\n<p>Mais voici que la Conqu&ecirc;te s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; modifier ces habitudes alimentaires, non pas instantan&eacute;ment mais petit &agrave; petit. Premier &eacute;l&eacute;ment de changement : l&rsquo;introduction de la pomme de terre qui coupera de moiti&eacute; l&rsquo;importance dans la ration quotidienne du pain, en l&rsquo;espace d&rsquo;un demi-si&egrave;cle. S&rsquo;ajouteront, quelques d&eacute;cennies plus tard, le th&eacute; et son corollaire insidieux, le sucre, car la boisson chaude s&rsquo;accompagne non seulement d&rsquo;un soup&ccedil;on de lait mais d&rsquo;une montagne de sucre! Voil&agrave; qui heurte de front les habitudes alimentaires des colons et explique pourquoi son acceptation en milieu francophone se fait tardivement, m&ecirc;me si le th&eacute; est accessible en grande quantit&eacute; d&egrave;s 1760 dans la colonie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Alimentation &agrave; la canadienne<\/b><\/p>\n<p>Une troisi&egrave;me innovation britannique apportera des r&eacute;sultats &agrave; plus long terme, c&rsquo;est-&agrave;-dire vers le milieu du 19<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. De quoi s&rsquo;agit-il? De l&rsquo;introduction des racines-fourrages comme le navet et la betterave &agrave; la fin du 18<sup>e<\/sup> si&egrave;cle; m&eacute;thode emprunt&eacute;e initialement aux Flamands et Hollandais par les Britanniques, cette culture permet d&rsquo;augmenter la lactation des vaches et permet d&rsquo;obvier du m&ecirc;me coup au manque de fourrage, probl&egrave;me chronique auquel sont confront&eacute;s les colons. Ainsi au milieu du 19<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, l&rsquo;&eacute;conomie agricole du Qu&eacute;bec repose sur la production laiti&egrave;re et la viande de porc devient accessible. Co&iuml;ncidence, les premiers recueils culinaires paraissent &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode et proposent les premi&egrave;res recettes &agrave; base de viande de porc fra&icirc;che. Les mets soi-disant traditionnels viennent d&rsquo;appara&icirc;tre! Qui plus est, ces m&ecirc;mes livres proposent des recettes de puddings et de tartes de toutes sortes, signe que les rapports au sucre ont chang&eacute;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Influences internationales<\/b><\/p>\n<p>Voil&agrave; donc quatre &eacute;tapes de changement majeur dans les m&oelig;urs alimentaires du Qu&eacute;bec, &eacute;tapes variant entre 75 et 100 ans, un espace de temps qui couvre de trois &agrave; quatre g&eacute;n&eacute;rations. De fait, ces changements majeurs surviennent quand la quatri&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration se montre plus perm&eacute;able au changement parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus en contact avec la premi&egrave;re qui se veut la gardienne des valeurs. Et le Qu&eacute;bec vient de vivre une autre de ces &eacute;tapes majeures avec Expo 67 qui a amen&eacute; le monde sur la table des Qu&eacute;b&eacute;cois; il se sera justement &eacute;coul&eacute; un autre centenaire entre le milieu du 19<sup>e<\/sup> si&egrave;cle et l&rsquo;exposition universelle !&#8230; La m&eacute;moire collective aura perdu de vue cette &eacute;volution de son patrimoine &hellip; culinaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 150px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin30\/a-table-en-nouvelle-france.jpg\" alt=\"&Agrave; table en Nouvelle-France\" width=\"150\" height=\"185\" title=\"&Agrave; table en Nouvelle-France\" \/><\/p>\n<h6>Cr&eacute;dit : <br \/>Les &eacute;ditions du Septentrion<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><a title=\"etoile\" name=\"etoile\"><\/a>*R&eacute;sum&eacute; d&rsquo;une conf&eacute;rence prononc&eacute;e devant les membres de la Soci&eacute;t&eacute; historique de Qu&eacute;bec, le mardi 2 f&eacute;vrier 2010.<\/p>\n<p>Voir aussi le <a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=285:le-patrimoine-culinaire-quebecois-heritage-des-premieres-nations-ou-de-la-vieille-france&amp;Itemid=301\">bulletin &eacute;lectronique <i>M&eacute;moires vives<\/i><\/a> pour une pr&eacute;sentation de l&rsquo;exposition <i>&Agrave; table : traditions alimentaires au Qu&eacute;bec<\/i> et de l&rsquo;ouvrage qui l&rsquo;accompagne <i>&Agrave; table en Nouvelle-France : Alimentation populaire, gastronomie et traditions alimentaires dans la vall&eacute;e laurentienne avant l&rsquo;av&egrave;nement des restaurants<\/i>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Qu&eacute;bec et son alimentation m&eacute;tiss&eacute;e* &nbsp; par Yvon DeslogesProfesseur associ&eacute;D&eacute;partement d&rsquo;histoireUniversit&eacute; Laval, Qu&eacute;bec &nbsp; Le conf&eacute;rencier Yvon DeslogesCr&eacute;dit : Jacques Boutet, Soci&eacute;t&eacute; historique de Qu&eacute;bec Emprunts aux Am&eacute;rindiens Depuis les premi&egrave;res arriv&eacute;es de colons&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"class_list":["post-6218","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n30-juin-2010"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6218"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6218\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7008,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6218\/revisions\/7008"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}