{"id":6246,"date":"2010-12-01T23:11:00","date_gmt":"2010-12-02T04:11:00","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lavertissement-de-la-capricieuse\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:30","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:30","slug":"lavertissement-de-la-capricieuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/lavertissement-de-la-capricieuse\/","title":{"rendered":"L\u2019avertissement de La Capricieuse"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"CENTER\"><b>L&rsquo;avertissement de <i>La Capricieuse<\/i><\/b><\/h2>\n<p><b>NDLR &ndash; <\/b>&Agrave; l&rsquo;approche du 50<sup>e<\/sup> anniversaire de la cr&eacute;ation de la D&eacute;l&eacute;gation du Qu&eacute;bec &agrave; Paris, nous vous proposons une relecture des tenants et aboutissants de la visite de <i>La Capricieuse<\/i>. Le texte pr&eacute;sent&eacute; ci-dessous, permet, par l&#8217;analyse d&rsquo;un &eacute;v&eacute;nement, d&#8217;appr&eacute;hender l&#8217;&eacute;volution&nbsp;des relations France-Qu&eacute;bec &agrave; travers le temps.<\/p>\n<h5>par Jacques Portes<br \/>Professeur<br \/>Universit&eacute; de Paris-VIII, Saint-Denis<br \/>jacportes@orange.fr<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l&eacute;gende entourant la venue d&rsquo;une corvette de la Marine Imp&eacute;riale dans le Saint-Laurent en 1855 ne se serait peut-&ecirc;tre pas d&eacute;velopp&eacute;e si le chef de la station navale de Terre-Neuve avait choisi son unit&eacute; de commandement pour effectuer ce p&eacute;riple. Il s&rsquo;agissait en effet du Gassendi<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\"><sup>1<\/sup><\/a>, un vapeur disgracieux et mal arm&eacute;, peint de couleurs sombres, fait pour la surveillance des p&ecirc;ches et non pour le tourisme diplomatique. Mais les &eacute;v&eacute;nements historiques tiennent &agrave; peu de choses &mdash; ici le bon go&ucirc;t du commandant Belv&egrave;ze &mdash; car comment des po&egrave;tes auraient-ils pu s&rsquo;enflammer pour le Gassendi, comment des vignettes l&rsquo;illustrant auraient-elles pu symboliser la reprise des relations entre la France et les Canadiens et &ecirc;tre reprises dans des ouvrages scientifiques&nbsp;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 250px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin31\/capricieuse_corvette.jpg\" alt=\"Corvette : La capricieuse\" title=\"Corvette : La capricieuse\" height=\"194\" width=\"250\" \/><\/p>\n<h6>Source&nbsp;: Archives nationales du Qu&eacute;bec, Centre <br \/>d&rsquo;archives de Qu&eacute;bec (cote p 428,53,D7,P60)<br \/>Droit d&rsquo;auteur&nbsp;: domaine public<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le commandant Belv&egrave;ze avait le sens inn&eacute; de la communication et s&rsquo;est montr&eacute; judicieux en choisissant <i>La Capricieuse<\/i> pour effectuer sa m&eacute;morable mission au Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le r&ocirc;le de cet officier est essentiel, car il a pens&eacute; et su faire accepter cette mission peu ordinaire par ses sup&eacute;rieurs, d&rsquo;abord au minist&egrave;re de la Marine, puis aux Affaires &eacute;trang&egrave;res&nbsp;et au Commerce. Une telle initiative est venue de la base et n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; impos&eacute;e par une autorit&eacute; lointaine. Cela explique les tr&egrave;s nombreuses discussions interminist&eacute;rielles qui ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute; la d&eacute;cision favorable, car nombreux &eacute;taient les sous-entendus,&nbsp;mais l&rsquo;empereur Napol&eacute;on III n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; mis au courant de la pr&eacute;paration d&rsquo;une mission situ&eacute;e en dehors de ses priorit&eacute;s strat&eacute;giques.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">2<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>L&rsquo;arri&egrave;re-plan de <i>La Capricieuse<\/i><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;arriv&eacute;e de Napol&eacute;on III au pouvoir, &eacute;lu pr&eacute;sident de la R&eacute;publique en 1848, qui s&rsquo;est proclam&eacute; empereur en 1852, la priorit&eacute; de sa politique &eacute;trang&egrave;re a &eacute;t&eacute; le rapprochement avec la Grande-Bretagne, concr&eacute;tis&eacute; en 1860 par un trait&eacute; de libre-&eacute;change en bonne et due forme. Ce pays avait accueilli le prince Louis-Napol&eacute;on alors qu&rsquo;il &eacute;tait chass&eacute; de France et celui-ci admirait particuli&egrave;rement la stabilit&eacute; institutionnelle de cette monarchie temp&eacute;r&eacute;e; l&rsquo;av&egrave;nement de l&rsquo;empire lib&eacute;ral apr&egrave;s 1860 confirme cette tendance puisqu&rsquo;il prend la forme d&rsquo;une monarchie constitutionnelle. De plus, les deux pays sont alli&eacute;s dans la guerre de Crim&eacute;e qui se d&eacute;roule d&rsquo;octobre 1853 au trait&eacute; de Paris de mars 1856: ils sont alli&eacute;s avec le royaume du Pi&eacute;mont contre les ambitions de l&rsquo;empire russe &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;empire turc. Les relations franco-britanniques sont domin&eacute;es par ce conflit et, dans ces conditions, aucun des deux gouvernements ne cherche noise &agrave; l&rsquo;autre<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">3<\/a><\/sup>. Or Belv&egrave;ze r&eacute;dige son premier rapport au sujet d&rsquo;une &eacute;ventuelle mission au Canada dans les derniers mois de 1853 et les ministres en discutent jusqu&rsquo;en mars 1855, alors que les op&eacute;rations en Crim&eacute;e atteignaient leur paroxysme. En cons&eacute;quence, la conception de la mission se situe en dehors de toute arri&egrave;re-pens&eacute;e d&rsquo;une provocation &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des int&eacute;r&ecirc;ts et des susceptibilit&eacute;s britanniques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette alliance ne signifie pas que France et Grande-Bretagne soient d&rsquo;accord sur tout; les rivalit&eacute;s commerciales existent, leurs visions europ&eacute;ennes ne sont pas similaires, mais ces tensions n&rsquo;existent pas en Am&eacute;rique du Nord. L&agrave; les menaces peuvent venir de deux directions&nbsp;: les &Eacute;tats-Unis et la Russie. Les rodomontades nationalistes am&eacute;ricaines visent parfois le Canada, d&rsquo;autant que ces colonies britanniques ont consid&eacute;rablement accru leurs &eacute;changes commerciaux avec le grand voisin et que des Canadiens fran&ccedil;ais surtout dans les milieux ais&eacute;s de Montr&eacute;al, &agrave; l&rsquo;instar de Papineau, manifestent des sympathies &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;une &eacute;ventuelle annexion aux &Eacute;tats-Unis, ce qui provoque l&rsquo;irritation de Londres. Toutefois, &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1855, le gouvernement fran&ccedil;ais n&rsquo;&eacute;carte pas une attaque de diversion de la flotte russe sur Saint-Pierre et Miquelon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis la loi du 26 juin 1849 qui abroge les actes de navigation, la Grande-Bretagne a mis fin au syst&egrave;me mercantiliste qui organisait ses relations avec ses colonies. En cons&eacute;quence, le Canada peut commercer avec d&rsquo;autres pays que sa m&eacute;tropole, comme la France. Jusque-l&agrave;, les relations commerciales entre la France et le Canada &eacute;taient n&eacute;cessairement r&eacute;duites en raison du pacte colonial et ne portaient que sur des produits qui ne pouvaient se trouver en Grande-Bretagne et qui &eacute;taient lourdement tax&eacute;s&nbsp;: livres, certains articles de mode. La France n&rsquo;&eacute;tait reli&eacute;e au Canada par aucun c&acirc;ble ni ligne transatlantique directe, tous les &eacute;changes transitaient par Londres, que ce soit les d&eacute;p&ecirc;ches d&rsquo;agence, les informations politiques et commerciales, les marchandises ou les voyageurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Afin de profiter des nouvelles dispositions l&eacute;gales, des agences consulaires fran&ccedil;aises ont &eacute;t&eacute; ouvertes en 1850 &agrave; Qu&eacute;bec et &agrave; Sydney (Nouvelle-&Eacute;cosse), puis en 1854 &agrave; Saint-Jean de Terre-Neuve et &agrave; Halifax et l&rsquo;ann&eacute;e suivante &agrave; Montr&eacute;al. &Agrave; l&rsquo;exception de ce dernier et de celui de Qu&eacute;bec, ces postes correspondent &agrave; des initiatives du commandant de la station navale de Terre-Neuve&nbsp;: ils sont destin&eacute;s &agrave; s&rsquo;occuper de toutes les questions li&eacute;es aux p&ecirc;cheries du grand banc. Depuis qu&rsquo;un vapeur est affect&eacute; l&agrave;-bas, il doit s&rsquo;approvisionner en charbon en Nouvelle-&Eacute;cosse, et d&rsquo;autres navires fran&ccedil;ais peuvent parfois subir une r&eacute;paration dans ses ports, des matelots y &ecirc;tre soign&eacute;s ou recouvr&eacute;s apr&egrave;s un naufrage, car une collision peut prendre des proportions g&ecirc;nantes qui demandent un interm&eacute;diaire qualifi&eacute;. Dans les deux grandes villes du Bas-Canada, les agents consulaires se tiennent inform&eacute;s d&rsquo;un commerce en plein d&eacute;veloppement, mais dans lequel la part de la France est d&eacute;risoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une fois approuv&eacute;e par le Quai d&rsquo;Orsay, la proposition de cr&eacute;ation de ces agences est transmise, avant la nomination d&rsquo;un consul &agrave; Montr&eacute;al, au consul g&eacute;n&eacute;ral de France &agrave; Londres charg&eacute; d&rsquo;obtenir l&rsquo;accord du gouvernement britannique&nbsp;: en 1850, celui-ci est donn&eacute; sans r&eacute;serve par lord Palmerston lui-m&ecirc;me<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">4<\/a><\/sup>, alors ministre titulaire du Foreign Office.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les agents consulaires ne sont pas des fonctionnaires du Quai d&rsquo;Orsay et&nbsp;ne sont pas pay&eacute;s, ce sont des notables locaux connaissant les autorit&eacute;s et bien au courant des pratiques commerciales&nbsp;; la plupart repr&eacute;sentent plusieurs pays en m&ecirc;me temps et, parfois, ont m&ecirc;me des contacts d&rsquo;affaires avec des int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais, comme J. Bourinot de Sydney qui d&eacute;tient le march&eacute; du charbon pour les navires fran&ccedil;ais (il deviendra s&eacute;nateur lors de la r&eacute;union du premier S&eacute;nat canadien en 1867). &Agrave; Halifax, l&rsquo;agent est un membre de la famille Cunard propri&eacute;taire de la grande compagnie transatlantique&nbsp;; &agrave; Terre-Neuve, l&rsquo;h&ocirc;telier J. Toussaint est un n&eacute;gociant fran&ccedil;ais&nbsp;; &agrave; Qu&eacute;bec, Edward Ryan, armateur et participant au commerce international, anglophone et futur d&eacute;put&eacute; &mdash; dont la nomination a &eacute;t&eacute; propos&eacute;e par le consul g&eacute;n&eacute;ral de Londres &mdash;repr&eacute;sente d&rsquo;autres pays et sugg&eacute;rera son fr&egrave;re Thomas pour le poste de Montr&eacute;al. Les deux hommes ne parlent pas fran&ccedil;ais, mais le consul de Londres a &eacute;t&eacute; averti par les autorit&eacute;s locales qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun personnage canadien-fran&ccedil;ais de cette envergure, ce qui en dit long sur leurs sentiments &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de ceux qui ne s&rsquo;appelaient pas encore Qu&eacute;b&eacute;cois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le r&eacute;seau d&rsquo;agences veille &agrave; la d&eacute;fense et &agrave; la repr&eacute;sentation des int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais, certains agents s&rsquo;en acquittent mieux que d&rsquo;autres. Au Qu&eacute;bec, les fr&egrave;res Ryan donnent toute satisfaction&nbsp;; ils se gardent de prendre la moindre initiative, mais transmettent &agrave; Paris, via Londres, des coupures de presse et des textes officiels au sujet des droits de douane et de la r&eacute;glementation commerciale. Le Quai d&rsquo;Orsay s&rsquo;estime tr&egrave;s convenablement inform&eacute; par les rapports qui lui parviennent et peut attribuer le titre de vice-consul &mdash; purement honorifique &mdash; ou la L&eacute;gion d&rsquo;honneur &agrave; l&rsquo;un de ses hommes pour lui manifester sa satisfaction.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aucune intention politique dans la mise en place de ces agences &mdash; et la nomination d&rsquo;un consul &agrave; Montr&eacute;al n&rsquo;y changera rien &mdash; qui doivent seulement donner &agrave; la France un &oelig;il sur le pays o&ugrave; ils se trouvent. D&eacute;but juin 1855, E. Ryan est ainsi passablement surpris d&rsquo;apprendre par la presse l&rsquo;arriv&eacute;e prochaine de <i>La Capricieuse <\/i>&agrave; Montr&eacute;al&nbsp;: personne n&rsquo;avait jug&eacute; bon de l&rsquo;avertir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d&eacute;pit de leur r&ocirc;le r&eacute;duit, ces agents consulaires diffusent r&eacute;guli&egrave;rement une information solide sur le Canada et les ouvertures possibles pour le commerce fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 250px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin31\/commandant_de_belveze.jpg\" alt=\"Commandant Paul-Henri Belv&egrave;ze\" title=\"Commandant Paul-Henri Belv&egrave;ze\" height=\"350\" width=\"250\" \/><\/p>\n<h6>Portrait du commandant Paul Henry de Belv&egrave;ze<br \/>Source&nbsp;: Archives nationales du Qu&eacute;bec, Centre <br \/>d&rsquo;archives de Qu&eacute;bec (cote p 6000, S5,PDEN73)<br \/>Droit d&rsquo;auteur&nbsp;: Domaine public<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le capitaine de vaisseau Paul-Henri Belv&egrave;ze est nomm&eacute; le 8 janvier 1853 commandant de la division navale de Terre-Neuve<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">5<\/a><\/sup>. Cet officier, originaire du Quercy, a 52 ans et aspire &agrave; &ecirc;tre vite nomm&eacute; contre-amiral, mais sa carri&egrave;re rapide sous la monarchie (il est alors aide de camp du ministre de la Marine, puis diplomate dans des missions difficiles) ralentit sous l&rsquo;Empire&nbsp;: il est capitaine depuis 1846. De ce fait, il aurait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; avoir un commandement au combat plut&ocirc;t que devoir surveiller les zones de la grande p&ecirc;che, mais son ministre lui fait comprendre avec vigueur son devoir d&rsquo;ob&eacute;issance. Quand il n&rsquo;est pas en mer, cet homme est un habitu&eacute; &agrave; la vie parisienne et George Sand, dans un article du Diable &agrave; Paris, remarque m&ecirc;me sa pr&eacute;sence dans les salons<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">6<\/a><\/sup>; mais l&rsquo;affectation &agrave; Terre-Neuve n&rsquo;a rien de r&eacute;jouissant. Sans doute le commandant de la station navale a-t-il une certaine autorit&eacute; sur l&rsquo;&icirc;le, o&ugrave; un gouvernement autonome n&rsquo;appara&icirc;t qu&rsquo;en 1855, mais la population est fruste, compos&eacute;e de colons rest&eacute;s &agrave; terre apr&egrave;s &ecirc;tre arriv&eacute;s comme p&ecirc;cheurs&nbsp;; toute l&rsquo;activit&eacute; est domin&eacute;e par la morue dont l&rsquo;odeur envahit v&ecirc;tements et bateaux, dont les r&eacute;sidus servent d&rsquo;engrais et les ar&ecirc;tes de pavements des rues. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque de Belv&egrave;ze, aucune occasion de mondanit&eacute;, mais une vigilance de tous les instants sur pr&egrave;s de 10 000 p&ecirc;cheurs venus de France, car les accidents ne sont pas rares avec des naufrages, la pr&eacute;sence tardive des icebergs et l&rsquo;observation de la chasse aux phoques, qui ensanglantent la glace.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">7<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ce contexte, Belv&egrave;ze profite de sa position &agrave; proximit&eacute; de Terre-Neuve pour observer le mouvement des navires dans le golfe du Saint-Laurent qui repartent charg&eacute;s de bois; il est frapp&eacute; par l&rsquo;intensit&eacute; du trafic et d&eacute;couvre une voie commerciale qu&rsquo;il juge prometteuse. Aussi, en d&eacute;cembre 1853, une fois rentr&eacute; en France, il r&eacute;dige un rapport pour ses sup&eacute;rieurs sur les perspectives du commerce canadien et propose une mission d&rsquo;exploration dans ce pays nouvellement ouvert&nbsp;:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;&hellip;il serait possible de combiner le service de la station avec une excursion dans le fleuve dont le but serait de conna&icirc;tre les ressources, les besoins et la condition commerciale de ce grand pays. Je serais pour mon compte fort heureux, si je retourne &agrave; Terre-Neuve, que le bureau des mouvements m&rsquo;ouvr&icirc;t dans ses instructions la joie de ces utiles investigations.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">8<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce faisant, Belv&egrave;ze agit en bon officier de marine, dont c&rsquo;est le devoir de pr&eacute;senter des initiatives susceptibles d&rsquo;ajouter au prestige de la France&nbsp;; d&rsquo;ailleurs c&rsquo;est l&rsquo;un de ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs qui avait propos&eacute; la cr&eacute;ation des agences consulaires en Nouvelle-&Eacute;cosse. La proposition de Belv&egrave;ze est transmise au ministre de la Marine, qui la juge tr&egrave;s int&eacute;ressante, mais ce dernier demande au commandant de la station de ne pas s&rsquo;en &eacute;loigner durant la campagne de 1854 en raison de la tension internationale li&eacute;e &agrave; la guerre de Crim&eacute;e, en revanche il mettra &agrave; profit cette p&eacute;riode pour pousser ses observations sur les c&ocirc;tes voisines et pr&eacute;parer un rapport complet sur le Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En octobre 1854, Belv&egrave;ze remet au ministre le rapport demand&eacute; sur &laquo;&nbsp;le commerce de la France dans le golfe du Saint-Laurent&nbsp;&raquo;, qui est transmis par la suite aux ministres des affaires &eacute;trang&egrave;res et du commerce.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">9<\/a><\/sup> Ce document tr&egrave;s complet, outre des consid&eacute;rations historiques et culturelles sur lesquelles nous reviendrons, part de l&rsquo;observation suivante&nbsp;: les bateaux de la grande p&ecirc;che venus des ports normands et bretons arrivent presque vides &agrave; Terre-Neuve, avec seulement un peu de sel, aussi pourraient-ils &ecirc;tre charg&eacute;s de produits fran&ccedil;ais pour lesquels Saint-Pierre et Miquelon constitueraient un entrep&ocirc;t. De l&agrave;, d&rsquo;autres navires les achemineraient au Canada suivant la demande et le fret de retour serait compos&eacute; de bois et de farine, dont l&rsquo;approvisionnement en provenance de la mer Noire est alors interrompu en raison de la guerre. De surcro&icirc;t, Belv&egrave;ze r&eacute;it&egrave;re ses observations sur l&rsquo;intensit&eacute; du commerce dans cette zone, favoris&eacute; par la faiblesse des droits de douane canadiens m&eacute;connus des n&eacute;gociants fran&ccedil;ais, qui donneraient toute sa justification &agrave; une mission d&rsquo;exploration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les observations de Belv&egrave;ze ne r&eacute;v&eacute;laient pas un r&eacute;el esprit pratique, car les morutiers de F&eacute;camp ou de Saint-Malo ne pouvaient se transformer &agrave; loisir en agents du commerce international &mdash;d&rsquo;autant moins qu&rsquo;ils recevaient une prime du gouvernement pour la p&ecirc;che&mdash; et l&rsquo;archipel fran&ccedil;ais isol&eacute; en hiver n&rsquo;est pas tr&egrave;s bien plac&eacute; pour avoir des relations directes avec la partie la plus riche des colonies canadiennes de la Grande-Bretagne.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">10<\/a><\/sup> Pourtant le ministre de la Marine Th&eacute;odore Ducos en est enchant&eacute;, car il d&eacute;montre le sens de l&rsquo;initiative de ses marins, qui sont les premiers &agrave; montrer le drapeau et &agrave; aller toujours de l&rsquo;avant&nbsp;; il propose d&rsquo;ailleurs &agrave; ses coll&egrave;gues une mission de Belv&egrave;ze dans le Saint-Laurent durant la saison de p&ecirc;che de 1855, qui serait facilit&eacute;e &agrave; la suite des &laquo;&nbsp;t&eacute;moignages de sympathie vot&eacute;s par le Parlement canadien &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e de Crim&eacute;e&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Le ministre Ducos, puis Ferdinand Hamelin son successeur (le premier meurt le 18 avril 1855), attendent une r&eacute;ponse rapide, mais ils sont d&eacute;&ccedil;us, car &Eacute;douard Drouyn de Lhuys, ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res, doute fort de la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;une telle mission et son coll&egrave;gue du Commerce Eug&egrave;ne Rouher n&rsquo;est pas beaucoup plus enthousiaste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les deux ministres s&rsquo;&eacute;tonnent d&rsquo;abord de la na&iuml;vet&eacute; de Belv&egrave;ze, qui a ignor&eacute; la r&eacute;gularit&eacute; des informations commerciales transmises par les agents consulaires sur le Canada, car ils n&rsquo;ont rien appris d&rsquo;important dans son ambitieux rapport. Pourtant, la r&eacute;ticence de Drouyn de Lhuys est essentiellement politique, car il pose le probl&egrave;me de l&rsquo;opportunit&eacute; d&rsquo;un tel d&eacute;placement d&rsquo;un navire fran&ccedil;ais. Le 6 mars, le ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res r&eacute;pond &agrave; son coll&egrave;gue de la Marine&nbsp;: il reconna&icirc;t la valeur de son projet, il sait que &laquo;&nbsp;ce n&rsquo;est pas de nous que l&rsquo;Angleterre se pr&eacute;occupe pour l&rsquo;avenir du Canada&nbsp;&raquo; et que l&rsquo;accueil de la population serait &laquo;&nbsp;excellent&nbsp;&raquo;, mais il ne voit pas de raison suffisante pour &laquo;&nbsp;montrer notre pavillon au Canada pour la premi&egrave;re fois depuis que nous avons perdu ce pays &agrave; la suite d&rsquo;une guerre malheureuse et mal conduite&nbsp;&raquo;. Les motifs et les int&eacute;r&ecirc;ts pour expliquer qu&rsquo;un bateau de guerre apparaisse &agrave; Qu&eacute;bec et Montr&eacute;al devraient &ecirc;tre &laquo;&nbsp;aussi &eacute;vidents que consid&eacute;rables&nbsp;&raquo;, or l&rsquo;insignifiant commerce de la France dans la vall&eacute;e du Saint-Laurent ne n&eacute;cessite ni la protection ni la surveillance d&rsquo;un b&acirc;timent de la marine imp&eacute;riale, donc la mission para&icirc;t pour le moins pr&eacute;matur&eacute;e.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">11<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La politique d&eacute;finie par Drouyn de Lhuys r&eacute;v&egrave;le le poids de l&rsquo;histoire, qui p&egrave;se sur tout gouvernement&nbsp;: la perte d&rsquo;une colonie n&rsquo;est pas chose anodine et la France ne doit pas risquer sans v&eacute;ritable raison la moindre atteinte &agrave; son prestige.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">12<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Finalement, le ministre de la Marine emporte la d&eacute;cision, en insistant sur la port&eacute;e strictement commerciale d&rsquo;une mission destin&eacute;e seulement &agrave; l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau march&eacute;, et sur la n&eacute;cessit&eacute; de profiter de la bonne entente entre la France et l&rsquo;Angleterre. Drouyn de Lhuys compte sur &laquo;&nbsp;le tact et le bon esprit&nbsp;&raquo; de Belv&egrave;ze pour que l&rsquo;apparition du pavillon fran&ccedil;ais &agrave; Qu&eacute;bec ne justifie &laquo;&nbsp;aucune des appr&eacute;hensions qu&rsquo;il &eacute;tait de mon devoir de ne pas vous dissimuler&nbsp;&raquo;. La politique est soigneusement &eacute;cart&eacute;e, pourtant la venue d&rsquo;un b&acirc;timent fran&ccedil;ais &agrave; Qu&eacute;bec et Montr&eacute;al est consid&eacute;r&eacute;e comme exceptionnelle&nbsp;; il y a l&agrave; une contradiction difficile &agrave; r&eacute;soudre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il reste d&eacute;sormais &agrave; obtenir l&rsquo;accord d&rsquo;Eug&egrave;ne Rouher, dont les services se moquent des id&eacute;es avanc&eacute;es par Belv&egrave;ze sur l&rsquo;utilisation des navires de p&ecirc;che pour le commerce, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils connaissent le d&eacute;tail du tarif douanier canadien. Pourtant, le ministre du Commerce se rallie &agrave; la mission et fixe trois objectifs pr&eacute;cis &agrave; Belv&egrave;ze&nbsp;: l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;un consulat &agrave; Montr&eacute;al, l&rsquo;all&eacute;gement des droits de douane sur certaines exportations fran&ccedil;aises, et l&rsquo;entr&eacute;e en franchise au Canada des morues fran&ccedil;aises. Il pr&eacute;cise bien que le capitaine de vaisseau n&rsquo;aura aucune attribution diplomatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La feuille de route d&eacute;finitive du 28 avril, dont Belv&egrave;ze ne prend connaissance qu&rsquo;une fois arriv&eacute; &agrave; Terre-Neuve<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">13<\/a><\/sup>, reprend les opinions avanc&eacute;es par les trois ministres avec insistance sur le seul commerce&nbsp;: &laquo;&nbsp;il convient, vous le comprendrez sans peine, que vous conserviez une attitude pleine de r&eacute;serve et que vous vous teniez en garde contre toute manifestation &agrave; laquelle les autorit&eacute;s britanniques ne devraient prendre aucune part.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Foreign Office n&rsquo;est pas averti de cette d&eacute;cision par le Quai d&rsquo;Orsay, car sa port&eacute;e reste locale et sa signification n&rsquo;a rien de politique. Le consul g&eacute;n&eacute;ral de France &agrave; Londres se dit surpris de n&rsquo;avoir pas &eacute;t&eacute; tenu au courant de la mission, mais il transmet &agrave; Paris des coupures de presse canadiennes, qui expriment &laquo;&nbsp;les sentiments que notre ancienne colonie conserve pour la France et son gouvernement&nbsp;&raquo; et indiquent que l&rsquo;arriv&eacute;e prochaine de <i>La Capricieuse <\/i>a &laquo;&nbsp;d&eacute;j&agrave; donn&eacute; lieu &agrave; des d&eacute;monstrations qui promettent &agrave; M. Belv&egrave;ze un accueil sympathique&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>La r&eacute;alit&eacute; de la mission<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 250px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin31\/capricieuse_depart_quebec.jpg\" alt=\"La Capricieuse &agrave; son d&eacute;part du port de Qu&eacute;bec, le 27 aout 1855\" title=\"La Capricieuse &agrave; son d&eacute;part du port de Qu&eacute;bec, le 27 aout 1855\" height=\"204\" width=\"250\" \/><\/p>\n<h6>La Capricieuse &agrave; son d&eacute;part du port de Qu&eacute;bec, <br \/>le 27 aout 1855<br \/>Division des Archives de l&rsquo;universit&eacute; <br \/>de Montr&eacute;al (1FP,6348)<br \/>Droit d&rsquo;auteur&nbsp;: Domaine public&nbsp;<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Du 13 juillet au 25 ao&ucirc;t, le s&eacute;jour de Belv&egrave;ze au Bas-Canada et au Haut-Canada s&rsquo;est remarquablement d&eacute;roul&eacute;&nbsp;; aucune anicroche, aucun incident diplomatique n&rsquo;est survenu, en d&eacute;pit des tensions internes de la soci&eacute;t&eacute; canadienne. Comment ce capitaine de vaisseau, exc&eacute;d&eacute; des brumes de Terre-Neuve, ne serait-il pas s&eacute;duit et enchant&eacute; par l&rsquo;accueil que lui r&eacute;serve la population canadienne-fran&ccedil;aise ? Le drapeau tricolore flotte sur tous les &eacute;difices et les maisons, les habitants de Qu&eacute;bec se pr&eacute;cipitent pour parler aux marins de <i>La Capricieuse<\/i>, alors que leur commandant va de bals en r&eacute;ceptions, de c&eacute;r&eacute;monies officielles &mdash; banquet du gouverneur-g&eacute;n&eacute;ral &mdash; en inauguration &mdash; celle du monument des Braves sur les Plaines d&rsquo;Abraham, en l&rsquo;honneur de Montcalm et de Wolfe, retard&eacute;e pour que Belv&egrave;ze puisse y participer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La presse est pour une fois unanime &agrave; c&eacute;l&eacute;brer l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance et la haute tenue des multiples discours de Belv&egrave;ze&nbsp;; tout au plus, &agrave; Montr&eacute;al, les partisans &laquo;&nbsp;rouges&nbsp;&raquo; de l&rsquo;annexion aux &Eacute;tats-Unis interpellent les &laquo;&nbsp;Bleus&nbsp;&raquo; &agrave; propos des &eacute;loges adress&eacute;s &agrave; la sagesse britannique par une France dictatoriale, mais cette controverse reste cantonn&eacute;e dans de rares journaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 2 ao&ucirc;t 1855, le Times de Londres donne sa version de l&rsquo;&eacute;v&egrave;nement, en tant que quotidien britannique semi-officiel, avec en titre&nbsp;: &laquo;&nbsp;R&eacute;ception d&rsquo;une fr&eacute;gate fran&ccedil;aise &agrave; Qu&eacute;bec&nbsp;&raquo; :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Les historiens du Canada placeront les &eacute;v&eacute;nements d&rsquo;hier parmi les faits m&eacute;morables des annales de ce pays. Depuis la Conqu&ecirc;te, il y a 96 ans, aucun navire de guerre fran&ccedil;ais n&rsquo;avait jet&eacute; l&rsquo;ancre sous les fortifications de Qu&eacute;bec, et certainement aucun n&rsquo;avait jamais &eacute;t&eacute; re&ccedil;u avec plus d&rsquo;enthousiasme que <i>La Capricieuse<\/i> l&rsquo;a &eacute;t&eacute;&nbsp;; elle est arriv&eacute;e un peu avant 7 heures hier soir, apr&egrave;s une navigation de 9 jours depuis Sydney&hellip;&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">14<\/a><\/sup>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;article poursuit sur la r&eacute;ception du navire et de son &eacute;quipage sous une pluie battante&nbsp;: il est salu&eacute; par 21 coups de canon alors que le drapeau fran&ccedil;ais a &eacute;t&eacute; hiss&eacute; sur la citadelle de Qu&eacute;bec&nbsp;; le gouverneur-g&eacute;n&eacute;ral a re&ccedil;u en personne le commandant Belv&egrave;ze, comme le maire de la ville l&rsquo;a fait et la municipalit&eacute; avait vot&eacute; un budget de 1000 $ pour les festivit&eacute;s auxquelles les habitants ont &eacute;t&eacute; convi&eacute;s en grand nombre. Un bal respectant la temp&eacute;rance a eu lieu sur la terrasse Durham, pour un ticket d&rsquo;entr&eacute;e de 10 cents.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces quelques d&eacute;veloppements sont significatifs&nbsp;: les autorit&eacute;s canadiennes &eacute;taient tr&egrave;s conscientes du caract&egrave;re exceptionnel de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement, mais l&rsquo;ont rel&eacute;gu&eacute; sur un plan historique, bien r&eacute;volu. Elles ont pris les devants et ont fait les choses en grand pour la r&eacute;ception du navire et des officiers d&rsquo;un pays alli&eacute; de la m&eacute;tropole, en prenant bien soin d&rsquo;y associer la population. Comme pour d&eacute;samorcer les risques d&rsquo;explosion populaire ou d&rsquo;&eacute;chauffour&eacute;es et, finalement, ces efforts n&rsquo;ont pas si mal r&eacute;ussi, au moins sur le moment. Les troubles r&eacute;volutionnaires de 1837 &eacute;taient dans toutes les m&eacute;moires, comme les &eacute;meutes de 1849, &agrave; propos des relations avec les &Eacute;tats-Unis, mais, cette fois, les citoyens ne peuvent rien reprocher &agrave; un gouvernement qui fait si bien les choses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La p&eacute;riode est d&rsquo;ailleurs &agrave; l&rsquo;apaisement des tensions tant au Canada que dans les rapports franco-britanniques et tous les &eacute;ditoriaux c&eacute;l&egrave;brent les deux m&egrave;res patries de la population&nbsp;; la France pour le pass&eacute;, l&rsquo;Angleterre pour le pr&eacute;sent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Belv&egrave;ze est rapidement conscient de l&rsquo;extraordinaire &eacute;v&eacute;nement dont il est l&rsquo;involontaire h&eacute;ros, re&ccedil;u&nbsp;&laquo;&nbsp;non comme un simple capitaine de vaisseau de la marine imp&eacute;riale, mais comme le repr&eacute;sentant de l&rsquo;alli&eacute;e de l&rsquo;Angleterre&nbsp;&raquo;, d&rsquo;ailleurs sa mission a obtenu &laquo;&nbsp;l&rsquo;approbation franche et cordiale des autorit&eacute;s anglaises&nbsp;&raquo;. Dans toutes ses interventions, il prend soin d&rsquo;honorer les vertus du r&eacute;gime britannique au Canada, m&ecirc;me quand il s&rsquo;adresse aux membres de l&rsquo;Institut canadien, alors qu&rsquo;il est de retour &agrave; Montr&eacute;al apr&egrave;s sa tourn&eacute;e dans le Haut-Canada&nbsp;: &laquo;&nbsp;Les Canadiens, Messieurs, seuls dans l&rsquo;Am&eacute;rique du Nord, ont toujours pr&eacute;tendu &agrave; une nationalit&eacute; distincte, ils ont soutenu pour elle une glorieuse lutte, ils ont senti, &agrave; bon droit selon moi, que la destin&eacute;e des peuples n&rsquo;&eacute;tait pas tout enti&egrave;re dans le perfectionnement de la vie mat&eacute;rielle et qu&rsquo;elle se manifestait aussi par les travaux de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;institut canadien a la mission de conserver cette tendance toute fran&ccedil;aise, et de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;Atlantique, dans la patrie de Descartes, de Racine, de Bossuet, comme dans celle de Milton, Shakespeare, de Newton, on y applaudit et on vous y encourage.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">15<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les rapports int&eacute;rimaires que Belv&egrave;ze adresse au ministre de la Marine sont tr&egrave;s bien re&ccedil;us et des extraits du premier d&rsquo;entre eux en sont publi&eacute;s dans le <i>Moniteur universel<\/i> (journal officiel de l&rsquo;Empire)&nbsp;: &laquo;&nbsp;La ville de Qu&eacute;bec vient d&rsquo;assister &agrave; l&rsquo;un de ces &eacute;tonnants spectacles qui signalent une &eacute;poque et dont l&rsquo;histoire conserve un imp&eacute;rissable souvenir.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">16<\/a><\/sup> Le rapport consacr&eacute; au passage dans le Haut-Canada est tr&egrave;s optimiste, car l&rsquo;alliance entre les deux grands pays a &eacute;t&eacute; c&eacute;l&eacute;br&eacute;e l&agrave; sans aucune ambigu&iuml;t&eacute;&nbsp;: &laquo;&nbsp;Aux citoyens de Toronto, Une des plus pr&eacute;cieuses cons&eacute;quences de cette politique doit &ecirc;tre de rendre plus actifs et plus utiles les rapports entre les peuples soumis aux deux couronnes. C&rsquo;est la pens&eacute;e qui a inspir&eacute; &agrave; l&rsquo;Empereur la mission que je remplis. Il a voulu, malgr&eacute; les pr&eacute;occupations de la guerre, r&eacute;tablir entre les deux pays, autrefois unis par d&rsquo;autres liens, des relations commerciales directes, libres et spontan&eacute;es, et c&rsquo;est pour pr&eacute;parer ces relations que je suis venu au Canada. J&rsquo;ai suivi avec soin les belles lignes de navigation qui rattachent &agrave; la mer les parties les plus &eacute;loign&eacute;es de votre vaste contr&eacute;e, et, dans cette visite, je me suis convaincu que dans ce beau pays, habit&eacute; par les fils des nations les plus industrieuses du monde, des progr&egrave;s immenses s&rsquo;&eacute;taient accomplis sans que l&rsquo;Europe en e&ucirc;t connaissance exacte&nbsp;; entre le Canada et la France l&rsquo;&eacute;change se fait, mais par des interm&eacute;diaires&hellip; Faisons directement cet &eacute;change, il deviendra aussi profitable pour les deux nations&hellip;.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">17<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le capitaine de vaisseau s&rsquo;est montr&eacute; beaucoup plus int&eacute;ress&eacute; par les r&eacute;alisations modernes du pays &mdash; chemins de fer, ponts, canaux &mdash; que par le pittoresque d&rsquo;un village indien et de la descente en canot d&rsquo;&eacute;corce d&rsquo;une portion du Saint-Maurice et il prend soin de c&eacute;l&eacute;brer les progr&egrave;s industriels du pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Belv&egrave;ze est satisfait d&rsquo;avoir r&eacute;ussi &agrave; d&eacute;samorcer les effets de &laquo;&nbsp; l&rsquo;esprit d&rsquo;antagonisme toujours existant entre les races, les int&eacute;r&ecirc;ts et les religions diff&eacute;rents du Haut et Bas-Canada&nbsp;&raquo; et d&rsquo;avoir r&eacute;sist&eacute; &agrave; son succ&egrave;s, sans succomber &agrave; la vanit&eacute;, parfois avec l&rsquo;adresse d&rsquo;un &laquo;&nbsp;&eacute;quilibriste&nbsp;&raquo;. Dans sa correspondance priv&eacute;e, il ne cache pas son &eacute;motion devant une soci&eacute;t&eacute; de langue fran&ccedil;aise seule capable de r&eacute;sister &agrave; l&rsquo;am&eacute;ricanisation rampante, mais il ne s&rsquo;agit en rien de l&rsquo;&eacute;bauche d&rsquo;un projet politique. D&rsquo;ailleurs sur le fond, il tient &agrave; peu pr&egrave;s le m&ecirc;me discours dans les deux r&eacute;gions du Canada&nbsp;avec toujours le rappel de l&rsquo;alliance anglaise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Son analyse finale &eacute;voque les promesses qui lui ont &eacute;t&eacute; faites de faciliter le commerce avec la France, le Parlement canadien pourrait acc&eacute;der aux demandes fran&ccedil;aises d&rsquo;abaissement des droits et envisager m&ecirc;me un v&eacute;ritable trait&eacute; de r&eacute;ciprocit&eacute;, analogue &agrave; celui qui a &eacute;t&eacute; sign&eacute; avec les &Eacute;tats-Unis l&rsquo;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente, &agrave; condition que la France fasse un effort au sujet des bois et navires canadiens. Le ministre Rouher est enchant&eacute; de ces perspectives et juge que &laquo;&nbsp;le commerce fran&ccedil;ais pourrait utilement &eacute;tablir des relations directes avec cette possession anglaise&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toutefois, ces progr&egrave;s ne se r&eacute;alisent pas, comme si la mission de <i>La Capricieuse<\/i> avait &eacute;t&eacute; un coup pour rien&nbsp;: le consulat de Montr&eacute;al n&rsquo;est pas cr&eacute;&eacute; aussit&ocirc;t, il faut attendre quatre ans, et les promesses commerciales ne sont suivies d&rsquo;aucun effet concret. Les rares avanc&eacute;es ne se produisent qu&rsquo;apr&egrave;s 1860, &agrave; la suite des efforts acharn&eacute;s du consul Gauldr&eacute;e-Boilleau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les contacts nou&eacute;s par Belv&egrave;ze n&rsquo;ont sans doute pas &eacute;t&eacute; inutiles, mais, par rapport aux buts initiaux uniquement commerciaux, les r&eacute;sultats atteints par cette mission ne p&egrave;sent pas lourd et auraient pu &ecirc;tre oubli&eacute;s. Pourtant, dans la m&eacute;moire populaire au Qu&eacute;bec et dans les ouvrages historiques, la premi&egrave;re apparition du drapeau fran&ccedil;ais dans le Saint-Laurent depuis 1759 marque la r&eacute;elle reprise des relations entre la France et le Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Une premi&egrave;re le&ccedil;on de la mission de <i>La Capricieuse<\/i><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un paradoxe appara&icirc;t clairement entre le succ&egrave;s imm&eacute;diat obtenu par Belv&egrave;ze, et sur lequel lui-m&ecirc;me n&rsquo;a jamais eu le moindre doute, et les tr&egrave;s grandes pr&eacute;cautions prises par les ministres des Affaires &eacute;trang&egrave;res, qui ont succ&eacute;d&eacute; &agrave; Drouyn de Lhuys, en adoptant exactement les m&ecirc;mes positions que ce dernier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors que les ministres Hamelin et Rouher n&rsquo;ont pas tari d&rsquo;&eacute;loges sur les r&eacute;sultats de la mission et ont souhait&eacute; que ces fruits soient confirm&eacute;s rapidement par de nouvelles initiatives, Drouyn de Lhuys est rest&eacute; totalement muet et s&rsquo;est bien gard&eacute; d&rsquo;acc&eacute;l&eacute;rer le dossier canadien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La responsabilit&eacute; du capitaine de vaisseau Belv&egrave;ze n&rsquo;est nullement en cause. Rentr&eacute; &agrave; Sydney, le 29 ao&ucirc;t 1855, il &eacute;crit &agrave; l&rsquo;un de ses amis&nbsp;: &laquo;&nbsp;Nul n&rsquo;est proph&egrave;te en son pays et pendant que l&rsquo;on crie ici&nbsp;&laquo;&nbsp;heureuse la France qui poss&egrave;de de tels hommes&nbsp;&raquo;, chez nous on fait des fourn&eacute;es de contre-amiraux et on me laisse de c&ocirc;t&eacute;&hellip; Qu&rsquo;y faire&nbsp;?&nbsp;&raquo;&nbsp;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">18<\/a><\/sup> Une fois de retour en France, il peste contre l&rsquo;injustice qui lui est faite en lui refusant sa promotion et met dans la balance son succ&egrave;s de l&rsquo;&eacute;t&eacute;. Le gouverneur-g&eacute;n&eacute;ral Head transmet &agrave; Londres ses tr&egrave;s bonnes impressions sur cet officier &mdash; il l&rsquo;a jug&eacute; intelligent, fin parleur et sinc&egrave;re admirateur du r&eacute;gime britannique&nbsp;&mdash; ; le Colonial Office ne manifeste pas plus son sentiment qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait fait lors de la gen&egrave;se de la mission de La Capricieuse. Le gouvernement de Sa Gracieuse Majest&eacute; n&rsquo;a jamais redout&eacute; les initiatives fran&ccedil;aises au Canada, qui demeure d&rsquo;un int&eacute;r&ecirc;t tr&egrave;s secondaire dans les relations entre les deux pays. Belv&egrave;ze n&rsquo;a pas eu d&rsquo;avancement en raison de ses convictions royalistes et de ses constantes r&eacute;criminations transmises souvent directement &agrave; l&rsquo;empereur en court-circuitant ses sup&eacute;rieurs &mdash; ce qui ne pla&icirc;t gu&egrave;re dans l&rsquo;arm&eacute;e &mdash; et il est mis &agrave; la retraite &agrave; la limite d&rsquo;&acirc;ge de son grade en 1861, sans avoir obtenu le grade convoit&eacute; de contre-amiral.<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">19<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le gouvernement britannique, comme les autorit&eacute;s canadiennes, souhaitent que la mission de Belv&egrave;ze d&eacute;bouche sur des r&eacute;sultats concrets, que ce soit la cr&eacute;ation d&rsquo;un consulat ou le trait&eacute; de commerce et ils le font savoir. Or la France ne bouge pas et, quelques ann&eacute;es plus tard, la conjoncture internationale n&rsquo;est plus aussi favorable qu&rsquo;elle aurait pu l&rsquo;&ecirc;tre durant la guerre de Crim&eacute;e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quand en 1859, le consul Henri-Philippe Gauldr&eacute;e-Boilleau arrive &agrave; Qu&eacute;bec comme premier consul de France, il exprime l&rsquo;intention de &laquo;&nbsp;consolider les bonnes impressions qui dataient de la mission du commandant Belv&egrave;ze, que sa pr&eacute;sence a r&eacute;veill&eacute;es&nbsp;&raquo;, mais le minist&egrave;re lui recommande &laquo;&nbsp;la plus extr&ecirc;me circonspection&nbsp;&raquo; et ne lui donne aucune r&eacute;ponse &agrave; sa proposition d&rsquo;une importante r&eacute;ception d&rsquo;accueil pour rendre celle qui avait &eacute;t&eacute; r&eacute;serv&eacute;e en 1855 &agrave; <i>La Capricieuse<\/i>. Dans les mois qui suivent, le consul parvient &agrave; trouver son &eacute;quilibre en d&eacute;finissant soigneusement son statut, dans les al&eacute;as de la politique canadienne et britannique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1868 pourtant, le commandant Desvarannes, qui commande <i>Le D&rsquo;Estr&eacute;es<\/i> dans sa mission dans le Saint-Laurent &mdash; la premi&egrave;re depuis 1855 &mdash; , &agrave; la m&eacute;moire longue&nbsp;:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Je partais pour Qu&eacute;bec plein d&rsquo;inqui&eacute;tude sur la r&eacute;ception que les Canadiens feraient au D&rsquo;Estr&eacute;es. Je craignais l&rsquo;enthousiasme irr&eacute;fl&eacute;chi des habitants. Je me reportais naturellement au voyage de <i>la Capricieuse <\/i>en 1855 sous le commandant Belv&egrave;ze et je savais qu&rsquo;&agrave; cette &eacute;poque l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;un b&acirc;timent de guerre fran&ccedil;ais, le premier depuis la cession, avait caus&eacute; une &eacute;motion embarrassante pour les deux nations.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">20<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;officier de marine, fort de la tradition hostile &agrave; la &laquo;&nbsp;perfide Albion&nbsp;&raquo;, voit la main de Londres dans le retard pris dans l&rsquo;envoi d&rsquo;un nouveau navire. Sur ce point, il se trompe car c&rsquo;est au Quai d&rsquo;Orsay que r&egrave;gne un sentiment d&rsquo;inqui&eacute;tude et non sur les bords de la Tamise : le ministre Drouyn de Lhuys et ses successeurs n&rsquo;ont absolument rien &agrave; reprocher &agrave; Belv&egrave;ze, mais ils ont tir&eacute; de son rapport de mission la conviction que l&rsquo;accueil qu&rsquo;il a re&ccedil;u &mdash; et dont il n&rsquo;&eacute;tait nullement responsable &mdash; a &eacute;t&eacute; celui d&rsquo;un repr&eacute;sentant officiel de la France et non d&rsquo;un capitaine de vaisseau charg&eacute; d&rsquo;une mission uniquement commerciale. Les preuves abondent&nbsp;: des milliers de spectateurs quand il prend la parole, le drapeau tricolore qui est partout arbor&eacute;, <i>La Capricieuse <\/i>&agrave; quai &agrave; Qu&eacute;bec a &eacute;t&eacute; visit&eacute;e sans discontinuit&eacute;, les plus hautes autorit&eacute;s civiles et religieuses ont fastueusement invit&eacute; Belv&egrave;ze, l&rsquo;armateur Baby a refus&eacute; tout paiement pour l&rsquo;acheminer avec son entourage jusqu&rsquo;&agrave; Montr&eacute;al et retour. Dans le Haut-Canada, des officiels peu au fait du protocole officiel et qui suivent ce qui s&rsquo;est pass&eacute; &agrave; Qu&eacute;bec et Montr&eacute;al l&rsquo;ont re&ccedil;u comme le v&eacute;ritable ambassadeur d&rsquo;un pays alli&eacute;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Devant ces d&eacute;bordements d&rsquo;enthousiasme, Belv&egrave;ze est rest&eacute; serein et a su garder sa place, mais que se serait-il pass&eacute; s&rsquo;il avait c&eacute;d&eacute; &agrave; l&rsquo;ambiance et proclam&eacute; des promesses intenables au regard de la politique fran&ccedil;aise, ou si un improbable meneur canadien-fran&ccedil;ais s&rsquo;&eacute;tait lev&eacute; pour enflammer un peu plus la foule autour du drapeau fran&ccedil;ais. De tels &eacute;clats ont peu de chance de se produire, en raison de la discipline des visiteurs et de l&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;esprit public canadien, mais ne peuvent &ecirc;tre totalement &eacute;cart&eacute;s, tellement sont puissants et impr&eacute;visibles les mouvements d&rsquo;une foule enthousiaste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le minist&egrave;re sait tr&egrave;s bien que l&rsquo;Angleterre n&rsquo;a aucune crainte &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la position canadienne de la France, mais si des manifestations nationalistes se produisaient de fa&ccedil;on r&eacute;currente, si la France y &eacute;tait associ&eacute;e, si un officier de marine ou un consul se laissait emporter, comment les &laquo;&nbsp;susceptibilit&eacute;s britanniques&nbsp;&raquo; ne seraient-elles pas &eacute;veill&eacute;es de mani&egrave;re dommageable. Aussi, la consigne permanente du minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res est d&rsquo;&eacute;viter que soit tendu &agrave; nouveau ce pi&egrave;ge, d&rsquo;autant que la France n&rsquo;a pas la moindre intention politique envers le Canada&nbsp;: elle y a renonc&eacute; depuis son alliance avec les &Eacute;tats-Unis en 1778.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la mission de <i>La Capricieuse <\/i>sonne comme un avertissement, qui explique que le Quai d&rsquo;Orsay ait d&eacute;cid&eacute; de freiner l&rsquo;enthousiasme des Canadiens francais en retardant la nomination d&rsquo;un consul &mdash; en d&eacute;pit de l&rsquo;approbation des autorit&eacute;s coloniales exprim&eacute;e &agrave; Qu&eacute;bec comme &agrave; Londres d&egrave;s 1855 &mdash; , puis en lui r&eacute;it&eacute;rant avec insistance des consignes explicites de prudence, en demandant la plus grande circonspection aux officiers de marine &mdash; souvent pouss&eacute;s dans le dos par leurs sup&eacute;rieurs moins diplomates &mdash; et &agrave; tous les visiteurs. En 1862, la promotion de Gauldr&eacute;e-Boilleau au rang de consul g&eacute;n&eacute;ral de France est l&rsquo;occasion de renouveler ces appels mod&eacute;rateurs&nbsp;:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Le cabinet de Londres y a mis cette condition qu&rsquo;il n&rsquo;en r&eacute;sulterait en aucune fa&ccedil;on pour vous le droit d&rsquo;exercer d&rsquo;autres fonctions que celles qui entrent dans les attributions ordinaires d&rsquo;un consul dans les possessions britanniques. Cet indice de la facilit&eacute; avec laquelle peuvent &ecirc;tre &eacute;veill&eacute;es les susceptibilit&eacute;s du gouvernement de la Reine vous fera comprendre la n&eacute;cessit&eacute; de vous &eacute;carter d&rsquo;autant moins dans vos rapports avec les autorit&eacute;s coloniales, de la ligne de conduite prudente et r&eacute;serv&eacute;e qui vous a &eacute;t&eacute; trac&eacute;e par mon d&eacute;partement.&nbsp;&raquo;<sup><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=372:l-avertissement-de-la-capricieuse&amp;Itemid=299#notes\">21<\/a><\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le gouverneur-g&eacute;n&eacute;ral remercie m&ecirc;me le consul de sa r&eacute;serve, car il lui a ainsi &eacute;vit&eacute; des &laquo;&nbsp;embarras&nbsp;&raquo; et, en 1860, le repr&eacute;sentant de la France n&rsquo;obtient pas l&rsquo;autorisation du Quai d&rsquo;Orsay d&rsquo;inaugurer un monument de la Soci&eacute;t&eacute; Saint-Jean-Baptiste sur les Plaines d&rsquo;Abraham, simple compl&eacute;ment &agrave; celui des Braves.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La mission de Belv&egrave;ze ne marque pas tant la reprise des relations officielles entre la France et le Canada qu&rsquo;elle ne manifeste l&rsquo;extr&ecirc;me prudence du Quai d&rsquo;Orsay dans leur mise en &oelig;uvre et dans leur d&eacute;veloppement&nbsp;; car, de 1855 &agrave; 1960, la priorit&eacute; de la France a &eacute;t&eacute; l&rsquo;alliance avec la Grande-Bretagne. Par ailleurs, si la perte de la Nouvelle-France par la France ne pouvait pas &ecirc;tre oubli&eacute;e, elle ne pouvait pas donner lieu &agrave; une quelconque c&eacute;l&eacute;bration, bien qu&rsquo;elle ait &eacute;t&eacute; veng&eacute;e par l&rsquo;humiliation de la Grande-Bretagne lors de la naissance des &Eacute;tats-Unis, &agrave; laquelle la France a pr&ecirc;t&eacute; la main.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et cette prudence a &eacute;t&eacute; transmise de r&eacute;gime en r&eacute;gime&nbsp;: les Troisi&egrave;me et Quatri&egrave;me R&eacute;publiques se sont comport&eacute;es comme le Second Empire au sujet du Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><a id=\"notes\"><\/a>Notes<\/b><\/p>\n<ol>\n<li>&nbsp;Du nom de Pierre Gassend, dit Gassendi (1592-1655), math&eacute;maticien et astronome, critique de Descartes, il tente de concilier la morale &eacute;picurienne avec le christianisme. Il est renomm&eacute; dans la marine pour son exp&eacute;rience de 1642 qui v&eacute;rifie la notion d&rsquo;inertie en faisant tomber un boulet du haut du mat d&rsquo;une gal&egrave;re lanc&eacute;e &agrave; pleine vitesse dans la baie de Marseille.<\/li>\n<li>&nbsp;Jacques Portes,&nbsp;&laquo;&nbsp;<i>La Capricieuse <\/i>au Canada&nbsp;&raquo;, <i>RHAF<\/i>, vol. 31, n&deg;3, d&eacute;cembre 1977, 351-370.<\/li>\n<li>&nbsp;Les archives du Foreign Office sont tr&egrave;s claires sur ce point&nbsp;: le Canada n&rsquo;y tient aucune place, alors que les &eacute;changes entre la France et la Grande-Bretagne sont quotidiens au sujet de la Crim&eacute;e.<\/li>\n<li>&nbsp;Lord Palmerston (1748-1865) a &eacute;t&eacute; ministre des affaires &eacute;trang&egrave;res de la Grande-Bretagne de 1830 &agrave; 1841, puis de 1846 &agrave; 1851, avant d&rsquo;&ecirc;tre Premier ministre de 1855 &agrave; 1858, et de 1859 &agrave; 1865.<\/li>\n<li>&nbsp;Le dossier personnel de Belv&egrave;ze au minist&egrave;re de la Marine pr&eacute;cise clairement qu&rsquo;il n&rsquo;a pas la particule que beaucoup d&rsquo;auteurs lui attribuent, pour lui donner meilleure allure. N&eacute; en 1801 &agrave; Montauban, Belv&egrave;ze vient d&rsquo;une vieille famille languedocienne, l&rsquo;un de ses anc&ecirc;tres a &eacute;t&eacute; au XIVe si&egrave;cle sergent d&rsquo;arme &agrave; Montr&eacute;al d&rsquo;Aude.<\/li>\n<li>&nbsp;Cit&eacute; par Virginie Adane, &laquo;&nbsp;La Galerie Indienne de George Catlin en France en 1845&raquo;, m&eacute;moire de ma&icirc;trise sous la direction de Jacques Portes, universit&eacute; Paris 8, 2004.<\/li>\n<li>&nbsp;Ronald Rompkey, <i>Terre-Neuve. Anthologie des voyageurs fran&ccedil;ais, 1814-1914<\/i>, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.<\/li>\n<li>&nbsp;Archives nationales (A.N.), Marine BB4 685, Belv&egrave;ze &agrave; Daries (sans date). Daries est chef du 2&egrave;me bureau du ministre charg&eacute; du mouvement des forces navales, des op&eacute;rations maritimes, des instructions aux officiers.<\/li>\n<li>&nbsp;Conserv&eacute; aux A.N., ce rapport a &eacute;galement &eacute;t&eacute; publi&eacute; &agrave; partir du 4 septembre 1855 dans <i>la Minerve<\/i> de Montr&eacute;al.<\/li>\n<li>&nbsp;Saint-Pierre et Miquelon conna&icirc;tront une br&egrave;ve p&eacute;riode de prosp&eacute;rit&eacute; dans les ann&eacute;es 1920, en temps qu&rsquo;entrep&ocirc;ts des vins et alcools fran&ccedil;ais que les contrebandiers am&eacute;ricains venaient chercher, tellement la demande &eacute;tait forte en raison de la prohibition qui r&eacute;gnait aux &Eacute;tats-Unis.<\/li>\n<li>&nbsp;A.N. &#8211; Marine BB3 690, f&deg; 69-71, 6 mars 1855, Drouyn de Lhuys &agrave; Ducos.<\/li>\n<li>&nbsp;Le ministre &eacute;voque une autre colonie perdue, Saint-Domingue, visit&eacute;e par des navires fran&ccedil;ais&nbsp;: ils s&rsquo;y rendent &laquo;&nbsp;non sans inconv&eacute;nient&nbsp;&raquo;, mais l&rsquo;importance du commerce justifie leur pr&eacute;sence.<\/li>\n<li>&nbsp;C&rsquo;est de l&agrave; qu&rsquo;il demande et obtient l&rsquo;autorisation de substituer <i>La Capricieuse <\/i>au <i>Gassendi,<\/i> initialement pr&eacute;vu.<\/li>\n<li>&nbsp;La traduction est de J. Portes&nbsp;: le distingu&eacute; journaliste ne conna&icirc;t pas les types de navire et prend une corvette, m&ecirc;me mot en anglais, pour une fr&eacute;gate ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un article du <i>Qu&eacute;bec Morning Chronicle<\/i> choisi au milieu de beaucoup d&rsquo;autres par le grand quotidien londonien, qui n&rsquo;a pas de correspondant sur place.<\/li>\n<li>&nbsp;Belv&egrave;ze est particuli&egrave;rement satisfait de cette intervention, car il la redoutait&nbsp;: &laquo;&nbsp;j&rsquo;ai d&ucirc; accepter un banquet de l&rsquo;institut canadien que j&rsquo;avais une premi&egrave;re fois refus&eacute;&nbsp;; je craignais de trouver dans cette nombreuse r&eacute;union d&rsquo;hommes jeunes et ardents des tendances &agrave; aborder des questions politiques, et je n&rsquo;ai voulu accepter qu&rsquo;&agrave; la condition qu&rsquo;on resterait dans les limites des id&eacute;es litt&eacute;raires et artistiques qui sont le but ostensible de l&rsquo;institution. Tout a &eacute;t&eacute; parfait et convenable, et le gouverneur g&eacute;n&eacute;ral m&rsquo;a m&ecirc;me su gr&eacute; d&rsquo;avoir saisi l&rsquo;occasion de ramener cette institution &agrave; son v&eacute;ritable caract&egrave;re.&nbsp;&raquo; Commandant de Belv&egrave;ze, <i>Lettres choisies dans sa correspondance, 1824-1875<\/i>. (Bourges&nbsp;: Pigelet et fils &amp; Tardy, 1882,133)<i>Le Moniteur universel<\/i>, 19 ao&ucirc;t 1855.<\/li>\n<li>&nbsp;<i>Le Moniteur universel<\/i>, 19 ao&ucirc;t 1855.<\/li>\n<li>&nbsp;Commandant de Belv&egrave;ze, Ibidem, 145<\/li>\n<li>&nbsp;Commandant de Belv&egrave;ze, <i>Ibidem<\/i>, 151.<\/li>\n<li>&nbsp;Le dossier personnel de l&rsquo;officier est sans aucune ambigu&iuml;t&eacute; sur la fin de sa carri&egrave;re. Il meurt en 1875 &agrave; Toulon, sans avoir &eacute;t&eacute; promu amiral.<\/li>\n<li>&nbsp;A.N. &ndash; Marine BB4 877, 15 septembre 1868, Rapport de Desvarannes.<\/li>\n<li>&nbsp;Archives du minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res, C.C.Q. 1, f&deg; 460, 9 juin 1862. En l&rsquo;occurrence, le ministre &eacute;voque l&rsquo;interpr&eacute;tation ambigu&euml; du statut de consul par les autorit&eacute;s anglaises, car pour elles les consuls ne sont pas fonctionnaires d&rsquo;&eacute;tat, mais le statut pr&eacute;cis de Belv&egrave;ze avait &eacute;t&eacute; discut&eacute; lors de sa mission.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les lecteurs peuvent &eacute;galement consulter l&rsquo;article de cet auteur consacr&eacute; &agrave; <i>La Capricieuse <\/i>dans l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.ameriquefrancaise.org\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><i>Encyclop&eacute;die du patrimoine culturel de l&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise<\/i><\/a>.<span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/www.ameriquefrancaise.org\/fr\/\"><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;avertissement de La Capricieuse NDLR &ndash; &Agrave; l&rsquo;approche du 50e anniversaire de la cr&eacute;ation de la D&eacute;l&eacute;gation du Qu&eacute;bec &agrave; Paris, nous vous proposons une relecture des tenants et aboutissants de la visite de La&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44],"tags":[],"class_list":["post-6246","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n31-decembre-2010"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6246","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6246"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6246\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7036,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6246\/revisions\/7036"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6246"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6246"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6246"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}