{"id":6264,"date":"2011-05-23T00:02:31","date_gmt":"2011-05-23T04:02:31","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/les-filles-du-roy-des-bords-de-seine-aux-rives-du-saint-laurent-1663-1673\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:31","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:31","slug":"les-filles-du-roy-des-bords-de-seine-aux-rives-du-saint-laurent-1663-1673","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/les-filles-du-roy-des-bords-de-seine-aux-rives-du-saint-laurent-1663-1673\/","title":{"rendered":"Les Filles du Roy : Des bords de Seine aux rives du Saint-Laurent 1663-1673"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Les Filles du Roy<br \/>Des bords de Seine aux rives du Saint-Laurent<br \/>1663-1673<\/b><\/h2>\n<p><i>par Maud Sirois-Belle et &laquo; ses &raquo; grands-m&egrave;res Filles du Roy<\/i><\/p>\n<p>Le 17 mars 2011 &agrave; la Mairie du 13e arrondissement de Paris, devant 80 membres de la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;histoire et d&rsquo;arch&eacute;ologie de l&rsquo;arrondissement, Maud Sirois-Belle, membre de la CQLMC section France, a continu&eacute; de d&eacute;rouler l&rsquo;histoire des Filles du Roy. Apr&egrave;s <i>La Salp&ecirc;tri&egrave;re et les Filles du Roy au dix-septi&egrave;me si&egrave;cle<\/i>,&nbsp; conf&eacute;rence donn&eacute;e l&rsquo;an dernier, la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;histoire lui a demand&eacute; de venir &eacute;voquer le d&eacute;part, l&rsquo;arriv&eacute;e et les ann&eacute;es de vie de ces femmes en Nouvelle-France. &laquo; J&rsquo;ai souhait&eacute; le faire en m&rsquo;appuyant en partie sur des documents d&rsquo;archives, nous dit-elle. J&rsquo;ai voulu suivre les pas de celle qu&rsquo;il m&rsquo;est permis de conna&icirc;tre intimement gr&acirc;ce aux nombreux documents retrouv&eacute;s au sein de l&rsquo;Association des Blais d&rsquo;Am&eacute;rique, mon a&iuml;eule Anne &laquo; Perro &raquo;, Fille du Roy de Paris arriv&eacute;e en 1669, premi&egrave;re &eacute;pouse de Pierre Blais. Partie de l&rsquo;analyse de la vie des pionniers de l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans faite par l&rsquo;ethnologue Bernard Audet (<i>Avoir feu et lieu dans l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Orl&eacute;ans au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle<\/i>, P.U.L.,1990), j&rsquo;ai affin&eacute; le travail en braquant la lumi&egrave;re sur l&rsquo;inventaire apr&egrave;s d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;Anne Perro. L&rsquo;analyse de cet inventaire fut pour moi une v&eacute;ritable &laquo; rencontre &raquo; avec l&rsquo;histoire des 120 Filles du Roy venues s&rsquo;&eacute;tablir &agrave; l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans entre 1663 et 1673. La d&eacute;couverte d&rsquo;un document dans les Archives de la Salp&ecirc;tri&egrave;re m&rsquo;a permis de dessiner le trac&eacute; d&rsquo;un chemin de m&eacute;moire qui de Paris suit la Seine jusqu&rsquo;&agrave; Rouen, puis rejoint Dieppe et parfois La Rochelle, avant d&rsquo;atteindre le Saint-Laurent et Qu&eacute;bec. &raquo;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>L&rsquo;Am&eacute;rique, une &laquo; affaire &raquo; d&rsquo;hommes<\/b><\/p>\n<p>Eh oui ! la Terre est ronde, et bleue comme une orange, aimait &agrave; dire le po&egrave;te Paul Eluard. Bleue des eaux qui baignent ses continents. Bleue comme les eaux &laquo; am&egrave;res &raquo; de l&rsquo;Ouest, au large desquelles, pensaient les navigateurs portugais et espagnols, se trouverait le pays de l&rsquo;or, de la soie et des &eacute;pices : le &laquo; Cathay &raquo; du c&eacute;l&egrave;bre marchand-voyageur v&eacute;nitien Marco Polo.<\/p>\n<p>L&rsquo;Am&eacute;rique fut d&rsquo;abord affaire d&rsquo;hommes. Navigateurs, explorateurs, cartographes, tous crurent &ecirc;tre sur la route de la Chine par la &laquo; Mer de l&rsquo;Ouest &raquo;. Le royaume de France a &eacute;t&eacute; le dernier pays &agrave; entreprendre ce chemin de conqu&ecirc;te. Fran&ccedil;ois Ier voulant sa part du &laquo; Nouveau Monde &raquo;, l&rsquo;explorateur florentin Giovanni da Verrazano lui offrit, en 1524, un continent de 3000 kilom&egrave;tres de littoral avec de nombreuses baies et de puissants fleuves int&eacute;rieurs, qu&rsquo;il cartographia et nomma en 1529 &laquo; Nouvelle-France &raquo;. L&rsquo;historien qu&eacute;b&eacute;cois Marcel Trudel note : <i>&laquo; Jusqu&rsquo;en 1760, ce toponyme s&rsquo;appliquera &agrave; tout ce que la France revendique ou occupe en Am&eacute;rique du Nord, de la baie d&rsquo;Hudson au golfe du Mexique, du golfe Saint-Laurent &agrave; la &laquo; Mer de l&rsquo;Ouest &raquo;<\/i>.<\/p>\n<p>De 1534 &agrave; 1542, c&rsquo;est au tour du navigateur malouin Jacques Cartier d&rsquo;ouvrir pour le m&ecirc;me Fran&ccedil;ois Ier les portes de ce continent par le fleuve Saint-Laurent : le pays de &laquo; Canada &raquo;, qui signifie &laquo; village &raquo; en iroquoien. La magnificence et les promesses des lieux d&eacute;crits par Cartier firent r&ecirc;ver le souverain au point de l&rsquo;inciter &agrave; y cr&eacute;er un &eacute;tablissement. Mais la mission confi&eacute;e &agrave; Cartier et au sieur La Rocque de Roberval en 1542-1543 se solda par un &eacute;chec ; elle laissa m&ecirc;me dans la m&eacute;moire fran&ccedil;aise l&rsquo;image n&eacute;gative d&rsquo;une colonie &laquo; p&eacute;nale&raquo;. Six mois d&rsquo;hiver mortif&egrave;res, le scorbut assassin, des &laquo; sauvages &raquo; mena&ccedil;ants, des diamants et de l&rsquo;or qui ne sont que poudre aux yeux. Il n&rsquo;en fallait pas plus pour que la France m&icirc;t aux oubliettes ce Canada du bout du monde. Ce fut le point de d&eacute;part des &laquo; contes &agrave; faire peur &raquo; et bient&ocirc;t des &laquo; cancans &eacute;grillards&raquo; sur les &laquo; Filles de joie &raquo; de la Nouvelle-France, rapidement confondue avec les &laquo; &icirc;les d&rsquo;Am&eacute;rique &raquo;, ces Antilles pris&eacute;es par les &eacute;migrants en mal de soleil, de richesses et de moeurs faciles. <\/p>\n<p>Durant de longues ann&eacute;es, on ne vit plus, en ces lieux des &laquo; terres neuves &raquo; du nord de l&rsquo;Am&eacute;rique, que p&ecirc;cheurs de morues et baleiniers ; Fran&ccedil;ais, Anglais, Espagnols, Portugais et Basques se disput&egrave;rent les territoires de p&ecirc;che. Puis vinrent les armateurs-n&eacute;gociants de l&rsquo;Ouest de la France, tr&egrave;s all&eacute;ch&eacute;s par la traite des fourrures. Ils furent nombreux &agrave; s&rsquo;en disputer le monopole. Cela durera longtemps, et paralysera le d&eacute;veloppement d&rsquo;une v&eacute;ritable colonie agraire et de peuplement.<\/p>\n<p>M&ecirc;me apr&egrave;s la fondation de Qu&eacute;bec en 1608, Samuel de Champlain ne parut gu&egrave;re press&eacute; de voir arriver des familles avec femmes et enfants. Pour lui il s&rsquo;agissait de bouches co&ucirc;teuses &agrave; nourrir qui, de plus, ralentiraient les travaux. Explorateurs, coureurs des bois, marchands de fourrures, soldats, interpr&egrave;tes, artisans et hommes de peine, d&eacute;fricheurs et b&acirc;tisseurs, quelques religieux, voil&agrave; la quasi totalit&eacute; des 80 Fran&ccedil;ais pass&eacute;s par ce poste de traite de 1608 &agrave; 1628. Pour ces hommes d&rsquo;aventures et de labeur, les jeunes femmes algonquines et montagnaises dont la libert&eacute; sexuelle apparaissait comme une invite, suffirent &agrave; calmer leurs ardeurs. Les enfants n&eacute;s de ces rencontres passag&egrave;res rest&egrave;rent avec leur m&egrave;re au sein des familles am&eacute;rindiennes. D&rsquo;ailleurs, le r&ecirc;ve de Champlain de voir les gar&ccedil;ons de France &eacute;pouser les filles des tribus d&rsquo;Am&eacute;rique n&rsquo;eut gu&egrave;re de suite, &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s (une dizaine d&rsquo;unions tout au plus).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 350px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/nouv_france_quebec_1680.jpg\" alt=\"Carte de l'Am&eacute;rique septentrionale (gros plan Qu&eacute;bec) de Franquelin, Bibl du service de la marine (Vincennes)\" width=\"350\" height=\"390\" title=\"Carte de l'Am&eacute;rique septentrionale (gros plan Qu&eacute;bec) de Franquelin, Bibl du service de la marine (Vincennes)\" \/><\/p>\n<h6>Carte de l&#8217;Am&eacute;rique septentrionale (gros plan Qu&eacute;bec) <br \/>de Franquelin, Bibl du service de la marine (Vincennes)<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><b>Famille pionni&egrave;re : le &laquo; premier jardin &raquo;<\/b><\/p>\n<p>La premi&egrave;re femme fran&ccedil;aise &agrave; venir vivre &agrave; Qu&eacute;bec fut Marie Rollet. Elle partit de Paris en 1617 avec son mari apothicaire, Louis H&eacute;bert, et ses trois enfants. Premi&egrave;re soignante, premi&egrave;re enseignante, elle a &eacute;t&eacute; active sur tous les fronts, tr&egrave;s pr&eacute;sente aupr&egrave;s des enfants am&eacute;rindiens. C&rsquo;est aussi aux &eacute;poux H&eacute;bert que la petite colonie dut le &laquo; premier jardin &raquo; qui aspirait &agrave; nourrir son monde. Voici comment l&rsquo;&eacute;voque la romanci&egrave;re qu&eacute;b&eacute;coise Anne H&eacute;bert, dans <i>Le Premier Jardin<\/i>:<\/p>\n<p>&laquo; Est-ce donc si difficile de faire un jardin, en pleine for&ecirc;t, et de l&rsquo;entourer d&rsquo;une palissade comme un tr&eacute;sor ? Le premier homme s&rsquo;appelait Louis H&eacute;bert et la premi&egrave;re femme, Marie Rollet. Ils ont sem&eacute; le premier jardin avec des graines qui venaient de France. Ils ont dessin&eacute; le jardin d&rsquo;apr&egrave;s cette id&eacute;e de jardin, ce souvenir de jardin, dans leur t&ecirc;te, et &ccedil;a ressemblait &agrave; s&rsquo;y m&eacute;prendre &agrave; un jardin de France, jet&eacute; dans la for&ecirc;t du Nouveau Monde. Des carottes, des salades, des poireaux, des choux bien align&eacute;s, en rangs serr&eacute;s, tir&eacute;s au cordeau, parmi la sauvagerie de la terre tout alentour. Quand le pommier, ramen&eacute; d&rsquo;Acadie par M. de Mons, et transplant&eacute;, a enfin donn&eacute; ses fruits, c&rsquo;est devenu le premier de tous les jardins du monde, avec Adam et Eve devant le pommier. Toute l&rsquo;histoire du monde s&rsquo;est mise &agrave; recommencer &agrave; cause d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme plant&eacute;s en terre nouvelle. &raquo;<\/p>\n<p>Famille pionni&egrave;re s&rsquo;il en est, elle fut la seule, avec quelques amis fid&egrave;les &ndash; une vingtaine de personnes &ndash; &agrave; rester sur place pendant l&rsquo;occupation des Anglais Kirke, de 1629 &agrave; 1632. Gardienne en quelque sorte de ce monde en germe. Une femme &eacute;tait venue avec son homme et leurs enfants, et cela avait tout chang&eacute;. Leur fille Anne &eacute;tait morte en donnant naissance au premier enfant n&eacute; de Fran&ccedil;ais mari&eacute;s en terre d&rsquo;Am&eacute;rique en 1618. Elle y reposait ainsi que son enfant, bient&ocirc;t rejoints par Louis H&eacute;bert, mort accidentellement en 1627. Guillemette la seconde fille, mari&eacute;e &agrave; Guillaume Couillard en 1621 &agrave; Notre-Dame de Qu&eacute;bec, avait d&eacute;j&agrave; trois enfants n&eacute;s pr&egrave;s de cette &laquo; grande rivi&egrave;re qui marche &raquo;, le Saint-Laurent. Une femme &eacute;tait venue, et sa fille avait fait pousser les premi&egrave;res racines d&rsquo;une &laquo; Neuve France &raquo; ; Guillemette aura 10 enfants. On ne pouvait plus partir. Ecoutons encore Anne H&eacute;bert :<\/p>\n<p>&laquo; Le ciel au-dessus de leur t&ecirc;te est transform&eacute; comme la terre sous leurs pieds. En haut, en bas, le monde n&rsquo;est plus le m&ecirc;me &agrave; cause de la distance qui est entre ce monde-ci et l&rsquo;autre qui &eacute;tait le leur et qui ne sera plus jamais le leur. La vie ne sera plus jamais la m&ecirc;me. Voici, dans la nuit, la vie nouvelle, avec son haleine rude, son air cru jamais respir&eacute;. Ils sont avec elle, pris en elle, comme des petits poissons dans une eau noire. &raquo; <\/p>\n<p>Champlain, pour sa part, amena de France son &eacute;pouse H&eacute;l&egrave;ne Boull&eacute; en 1620 ; mais elle regagna la m&egrave;re-patrie en 1624 et ne revint jamais. Sur les 15 000 migrants envoy&eacute;s dans la colonie au XVIIe si&egrave;cle, 10 000 rentr&egrave;rent en France. Sur les 1800 femmes venues alors, dont pr&egrave;s de 800 &laquo; Filles du Roy &raquo;, peu sont reparties (une trentaine d&rsquo;apr&egrave;s le d&eacute;mographe-historien Yves Landry). Les filets qu&rsquo;elles avaient jet&eacute;s dans l&rsquo;oc&eacute;an du temps ne leur permettaient pas de quitter un lieu d&eacute;sormais leur. Et puis, &laquo; un homme arrive en Nouvelle-France et signe un contrat d&rsquo;engag&eacute; qui le lie pour trois ans &agrave; son employeur(&hellip;). Au bout de ce laps de temps, il est libre de sa destin&eacute;e. Une fille, elle, signe un contrat de mariage, donc un contrat qui la lie pour la vie &agrave; son mari. &raquo;<\/p>\n<p>Le Trait&eacute; de Saint-Germain-en-Laye du 29 mars 1632 restituait Qu&eacute;bec et Port-Royal (Acadie) &agrave; la France. Mais le poste de Qu&eacute;bec avait &eacute;t&eacute; ravag&eacute; par les fr&egrave;res Kirke. La flotte de la Compagnie des Cent Associ&eacute;s et ses 400 colons en route vers Qu&eacute;bec en 1628 avait &eacute;t&eacute; d&eacute;cim&eacute;e par la marine britannique, les colons renvoy&eacute;s en France. La Compagnie &eacute;tait ruin&eacute;e. Tout &eacute;tait &agrave; reb&acirc;tir. D&eacute;cision fut prise en 1632 de confier le d&eacute;veloppement des lieux &agrave; des particuliers. On institua un r&eacute;gime seigneurial administr&eacute; par la Compagnie de la Nouvelle-France (hier, des Cent Associ&eacute;s). C&rsquo;est au premier de ces seigneurs, apothicaire de sa condition, ayant d&eacute;j&agrave; habit&eacute; Qu&eacute;bec au voisinage de Louis H&eacute;bert de 1622 &agrave; 1627, que l&rsquo;on doit le v&eacute;ritable lancement d&rsquo;une colonie de peuplement : Robert Giffard de Mortagne-au-Perche, en Normandie. En trois g&eacute;n&eacute;rations, les 280 hommes, femmes et enfants qui l&rsquo;ont accompagn&eacute;, puis rejoint de 1635 &agrave; 1670, ont jet&eacute; sur la C&ocirc;te de Beaupr&eacute;, avant de gagner l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Orl&eacute;ans et la C&ocirc;te du Sud, les bases d&rsquo;un monde. Ils ont &eacute;t&eacute; les premiers venus, les premiers d&eacute;fricheurs, les premiers b&acirc;tisseurs, les premiers g&eacute;niteurs. Arriv&eacute;s en famille, ils avaient l&rsquo;avance d&rsquo;une ou deux g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>De 1608 &agrave; 1662 s&rsquo;&eacute;tablirent dans la vall&eacute;e laurentienne, de Qu&eacute;bec &agrave; Montr&eacute;al, 158 femmes (dont 75 Percheronnes) venues avec mari et enfants. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Des femmes venues seules<\/b><\/p>\n<p>Le principal flot d&rsquo;immigration fut, d&egrave;s 1647, compos&eacute; d&rsquo;hommes de 15 &agrave; 30 ans, c&eacute;libataires, qui s&rsquo;engageaient aupr&egrave;s d&rsquo;un &laquo; ma&icirc;tre &raquo; pour une p&eacute;riode de trois ans. Ces &laquo; engag&eacute;s &raquo;, appel&eacute;s les &laquo; trente-six mois &raquo;, pouvaient rentrer en France &agrave; la fin de leur contrat. Ils pouvaient aussi demander la &laquo; concession &raquo; d&rsquo;une terre, s&rsquo;installer comme &laquo; habitants &raquo;, &laquo; avoir feu et lieu &raquo; dans une seigneurie. Ayant atteint 25-30 ans, ils &eacute;taient alors autoris&eacute;s et fortement encourag&eacute;s &agrave; se marier. <\/p>\n<p>Les seules &eacute;pouses disponibles &eacute;taient les filles arriv&eacute;es avec leur famille et celles n&eacute;es au pays (qu&rsquo;on maria fort jeunes, d&egrave;s 12-14 ans, dans les deux premi&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations). Cependant, d&rsquo;apr&egrave;s Gustave Lanctot qui &eacute;tudia les migrations des femmes vers l&rsquo;Am&eacute;rique aux XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles, jusqu&rsquo;en 1662 une soixantaine de filles, li&eacute;es aux familles d&eacute;j&agrave; &eacute;tablies, immigr&egrave;rent individuellement en Nouvelle-France. Elles rejoignaient un fr&egrave;re, une soeur, un oncle, des cousins. Elles voyageaient accompagn&eacute;es par un voisin ou une connaissance. &laquo; A toutes celles-l&agrave;, &eacute;crit Lanctot, s&rsquo;applique le certificat de parfaite moralit&eacute; que leur donne en 1654, le P. Le Mercier, d&eacute;clarant qu&rsquo;on admet que des &laquo; filles fort honnestes &raquo; et &laquo; point d&rsquo;autre dans cette nouvelle peuplade. &raquo; A peine arriv&eacute;es, elles &eacute;taient mari&eacute;es dans leurs milieux apparent&eacute;s. <\/p>\n<p>De 1642 &agrave; 1662, poursuit Lanctot, &laquo; 159 &eacute;pouseuses mettent pied &agrave; terre &agrave; Qu&eacute;bec &raquo;, par petits groupes, sous l&rsquo;impulsion de la &laquo; Soci&eacute;t&eacute; Notre-Dame de Montr&eacute;al pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France &raquo;. Cette soci&eacute;t&eacute;, &eacute;manation de la Compagnie du Saint-Sacrement&nbsp; de Paris, vint cr&eacute;er dans la haute vall&eacute;e laurentienne une&nbsp; terre de mission&nbsp; : Ville-Marie dite plus tard Montr&eacute;al. Les filles &agrave; marier furent recrut&eacute;es par les fondateurs de la soci&eacute;t&eacute; en France, le sieur de la Dauversi&egrave;re dans les pays de la Loire, Jean-Jacques Olier &agrave; Paris dans sa paroisse de Saint-Sulpice, ou par ses repr&eacute;sentants venus express&eacute;ment de Nouvelle-France en qu&ecirc;te d&rsquo;immigrants : Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys.<\/p>\n<p>Ces deux derni&egrave;res jou&egrave;rent un r&ocirc;le de premier plan comme accompagnatrices et formatrices des jeunes femmes sans attache familiale dans la colonie. Elles les chaperonn&egrave;rent de France en Nouvelle-France, les h&eacute;berg&egrave;rent, les pr&eacute;par&egrave;rent &agrave; devenir des compagnes &laquo; accomplies &raquo; de pionniers. Elles furent t&eacute;moins aux mariages et marraines &agrave; l&rsquo;occasion. Les Ursulines re&ccedil;urent &eacute;galement ces filles &agrave; marier dans leur maison de Qu&eacute;bec. &laquo; Elles ne se mari&egrave;rent pas l&rsquo;ann&eacute;e de leur d&eacute;barquement. Elles se pr&eacute;par&egrave;rent une ann&eacute;e durant, vraisemblablement sous la tutelle de soeur Bourgeois ou des Ursulines de Qu&eacute;bec, aux devoirs de la vie conjugale. &raquo;, note en 1940 &agrave; leur propos le p&egrave;re Archange Godbout. Leur recrutement, leur transport, leurs effets personnels et leur &eacute;tablissement &agrave; Ville-Marie furent pris en charge par la Soci&eacute;t&eacute; Notre-Dame. <\/p>\n<p>En 1654, il y eut un contingent de dix filles, conduites par M&egrave;re Ren&eacute;e de la Nativit&eacute; de Quimper, qu&rsquo;on pourrait appeler &laquo; Filles de la Reine &raquo;. Ecoutons le p&egrave;re Le Mercier narrer l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement dans le Journal des J&eacute;suites de 1654 : &laquo; La Reyne ayant de la tendresse pour la conversion des sauvages, et de l&rsquo;affection pour l&rsquo;establissement de la colonie fran&ccedil;oise en ce nouveau monde, y envoya ce Printemps dernier (1654) quelque nombre de filles tir&eacute;es de maisons d&rsquo;honneur. &raquo; Anne d&rsquo;Autriche, alors reine r&eacute;gente, avait d&eacute;j&agrave; apport&eacute; son aide en 1643 &agrave; l&rsquo;envoi de filles &agrave; marier en Guadeloupe. Ces pupilles royales venaient du Couvent des Filles de Saint-Joseph du Faubourg Saint-Germain &agrave; Paris ; peut-&ecirc;tre s&rsquo;agit-il l&agrave; d&rsquo;une des &laquo; maisons d&rsquo;honneur &raquo; &eacute;voqu&eacute;es par le p&egrave;re Le Mercier ? <\/p>\n<p>On qualifia donc &laquo; d&rsquo;&eacute;pouseuses &raquo; ces femmes de 15 &agrave; 25 ans, c&eacute;libataires ou veuves, venues pour fonder une famille en Nouvelle-France avant 1663. Elles devaient fournir un certificat de moralit&eacute; &eacute;mis par le cur&eacute; de leur paroisse. Richelieu avait d&eacute;cr&eacute;t&eacute; d&egrave;s 1627 que la Nouvelle-France ne serait pas colonie p&eacute;nale, ni terre d&rsquo;asile de Huguenots, et que les colons recrut&eacute;s devraient y &ecirc;tre &laquo; sains &raquo; de corps et d&rsquo;esprit&hellip; Les J&eacute;suites veill&egrave;rent de tout temps au respect de ce &laquo; bon ordre &raquo;. Ce que ne manqu&egrave;rent pas de faire aussi les Sulpiciens de Jean-Jacques Olier, futurs seigneurs de l&rsquo;&icirc;le de Montr&eacute;al.<\/p>\n<p>De 1608 &agrave; 1662, 228 femmes d&eacute;barqu&egrave;rent seules en Nouvelle-France et s&rsquo;y mari&egrave;rent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Les &laquo; Amazones &raquo; de Dieu&hellip; fondatrices, accompagnatrices, initiatrices<\/b><\/p>\n<p>On ne peut &eacute;voquer les femmes venues en terre d&rsquo;Am&eacute;rique, sans rappeler celles que le j&eacute;suite Paul Le Jeune qualifia d&rsquo;&laquo; Amazones de Dieu &raquo;. Fondatrices&nbsp; de la premi&egrave;re heure, elles sont d&rsquo;autant plus importantes qu&rsquo;elles mirent en place des &eacute;tablissements qui structur&egrave;rent la vie sociale et communautaire de ce monde naissant. <\/p>\n<p>Madeleine de la Peltrie et Marie Guyart (de l&rsquo;Incarnation) cr&eacute;&egrave;rent le couvent des Ursulines de Qu&eacute;bec en 1639 ; elles y instruisirent des filles am&eacute;rindiennes autant que des filles de pionniers. Avec elles arriv&egrave;rent les Hospitali&egrave;res de Dieppe, sous la direction de Marie Guenet et de Marie Forestier. Ces religieuses soignantes assur&egrave;rent la mise sur pied de l&rsquo;H&ocirc;tel-Dieu de Qu&eacute;bec d&egrave;s 1639. <\/p>\n<p>Jeanne Mance participa tr&egrave;s activement &agrave; la vie de la &laquo; Soci&eacute;t&eacute; Notre-Dame de Montr&eacute;al &raquo;. Administratrice, recruteuse, amasseuse de fonds, elle a sa place aupr&egrave;s de Chomedey de Maisonneuve comme fondatrice de Ville-Marie en 1642. Elle prit en main la cr&eacute;ation de l&rsquo;H&ocirc;tel-Dieu de Montr&eacute;al en 1645 et s&rsquo;y fit seconder &agrave; partir de 1659 par les Hospitali&egrave;res de la Fl&egrave;che. Quant &agrave; Marguerite Bourgeoys, venue s&rsquo;occuper de l&rsquo;&eacute;ducation des enfants &agrave; Montr&eacute;al, elle fut surtout &laquo; l&rsquo;assistante sociale &raquo; de la population de cette &laquo; Ville-Marie &raquo; vacillante, meurtrie par les attaques iroquoises. En 1658, son &eacute;cole vit enfin le jour et, en 1671, fut fond&eacute;e la Congr&eacute;gation de Notre-Dame, premi&egrave;re communaut&eacute; &laquo; s&eacute;culi&egrave;re &raquo; soustraite au r&egrave;glement de la cl&ocirc;ture au XVIIe si&egrave;cle.<\/p>\n<p>&laquo; La Nouvelle-France a donc repr&eacute;sent&eacute;, pour certaines Fran&ccedil;aises du 17e si&egrave;cle, un lieu privil&eacute;gi&eacute; pour l&rsquo;expression de l&rsquo;autonomie et de l&rsquo;initiative. Femmes de la noblesse ou de la bourgeoisie, religieuses ou la&iuml;ques, ces femmes ont trouv&eacute; en Am&eacute;rique un milieu neuf, sans traditions contraignantes et un cadre de vie qui sollicitait toutes les &eacute;nergies disponibles. Aussi longtemps que la colonie s&rsquo;est trouv&eacute;e dans un &eacute;tat de sous-d&eacute;veloppement, les femmes ont donc b&eacute;n&eacute;fici&eacute; d&rsquo;une relative ind&eacute;pendance. &raquo;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi&egrave;res venues avec les quelques centaines de femmes d&rsquo;avant 1660, ces fondatrices ont v&eacute;cu au contact des femmes am&eacute;rindiennes. Elles ont appris d&rsquo;elles l&rsquo;art d&rsquo;utiliser les plantes du pays (ma&iuml;s, citrouille, melon d&rsquo;eau, f&egrave;ve, topinambour, baies sauvages, &eacute;corces d&rsquo;arbres, sans oublier le sirop d&rsquo;&eacute;rable) pour nourrir et soigner ; celui de cr&eacute;er des objets d&rsquo;utilit&eacute; quotidienne en bois (micouenne ou grande louche, &eacute;cuelle creus&eacute;e dans les loupes pouss&eacute;es sur les arbres, bo&icirc;te en &eacute;corce) ; et celui de transformer fourrures et peaux en v&ecirc;tements afin de se prot&eacute;ger des grands froids (manchons, pichous, mocassins, mitasses). &laquo;Des savoir-faire s&rsquo;&eacute;changent, une acculturation r&eacute;ciproque, un m&eacute;tissage culturel s&rsquo;op&egrave;re en douceur, entre Am&eacute;rindiennes et Fran&ccedil;aises, puis entre Fran&ccedil;aises. &raquo; Elles sont parvenues &agrave; vivre dans un grand esprit d&rsquo;autonomie, en &laquo; ma&icirc;tresses-femmes &raquo;. Toutes devinrent de v&eacute;ritables entrepreneuses, constructrices, gestionnaires, au m&ecirc;me titre que les hommes qui les entouraient. Elles furent les premi&egrave;res &agrave; se dire &laquo; canadoises &raquo;, &agrave; proclamer leur appartenance &agrave; cette patrie nouvelle. Leurs correspondances (Marie de l&rsquo;Incarnation &eacute;crivit 13 000 lettres), journaux, relations, annales, t&eacute;moignages de leur venue et de leur installation, en font les porte-paroles de celles qui ne purent ni ne surent se raconter. M&ucirc;ries et aguerries par trente ann&eacute;es de vie dans ce pays rude qui r&eacute;clamait courage, r&eacute;solution, g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, elles furent les m&egrave;res-initiatrices des Filles du Roy de 1663-1673.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 350px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/entree_riviere_st-laurent_ville_quebec.jpg\" alt=\"l'entr&eacute;e de la rivi&egrave;re de St-Laurent et la ville de Qu&eacute;bec dans le Canada\/1680\" width=\"350\" height=\"461\" title=\"l'entr&eacute;e de la rivi&egrave;re de St-Laurent et la ville de Qu&eacute;bec dans le Canada\/1680\" \/><\/p>\n<h6>L&#8217;Entr&eacute;e de la Rivi&egrave;re de St-Laurent, et la ville de Qu&eacute;bec <br \/>dans le Canada\/1680, Biblioth&egrave;que nationale de France<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><b>Les Filles du Roy<\/b><\/p>\n<p>Cependant, il y avait toujours deux fois plus d&rsquo;hommes que de femmes dans la colonie en 1660. Les quelque 1235 &laquo; pionniers &raquo; &eacute;tablis dans les basses terres du Saint-Laurent craignaient de voir leur monde dispara&icirc;tre : n&rsquo;&eacute;taient-ils pas trop peu nombreux, tenus en joug par les Iroquois, dans l&rsquo;impossibilit&eacute; de cr&eacute;er des familles ? Louis XIV et son ministre Colbert entendirent les appels de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivi&egrave;res, et de Mgr de Laval, &eacute;v&ecirc;que de Qu&eacute;bec.<\/p>\n<p>En 1663, la colonie laurentienne passa sous administration royale. Et de 1663 &agrave; 1673, on y envoya des femmes pour &laquo; aller faire des familles &raquo;, comme dit Marguerite Bourgeoys. Le Roi prit en charge leur recrutement, leur habillement, leur d&eacute;placement en France et sur mer, leur &eacute;tablissement en Canada. Certaines re&ccedil;urent une dot royale de 50 livres (surtout celles choisies par les dames Bourdon et Estienne &agrave; l&rsquo;H&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral de Paris en 1669, 1670 et 1671). Plus de 500 de ces 770 pupilles royales &eacute;taient orphelines et provenaient de Maisons de charit&eacute; de Paris, Rouen et La Rochelle. Pour toutes ces raisons, Marguerite Bourgeoys les qualifia de &laquo; Filles du Roy &raquo; dans ses M&eacute;moires.<\/p>\n<p>On fit partir de La Rochelle en 1663, &agrave; destination de Qu&eacute;bec, 225 Fran&ccedil;ais pris en charge par la Couronne ; parmi eux, 36 femmes c&eacute;libataires ou veuves. Ce fut le premier contingent de filles &agrave; marier sous Colbert. C&rsquo;est ce dernier qui, de 1663 &agrave; 1673, m&egrave;nera la danse des recrutements, d&eacute;terminera le nombre de filles &agrave; &laquo; enr&ocirc;ler &raquo;, d&eacute;signera les lieux d&rsquo;o&ugrave; on les &laquo; tirera &raquo;, choisira les &laquo; recruteurs &raquo; et les &laquo; accompagnatrices &raquo;, d&eacute;finira les crit&egrave;res de s&eacute;lection de celles qui devaient aller mettre un monde au monde et fera v&eacute;rifier l&rsquo;&eacute;tat de leur f&eacute;condit&eacute;. C&rsquo;est &eacute;galement lui qui marquera la fin des envois de filles &agrave; marier au Canada apr&egrave;s 1673. Au fait, &laquo; Filles du Roy &raquo; ou &laquo; Filles de Colbert &raquo; ?&hellip;&nbsp; <\/p>\n<p>Le groupe de 1663 fut le seul recrut&eacute; &agrave; La Rochelle et le seul &agrave; quitter ce port. Pour &eacute;viter la venue des protestantes de l&rsquo;Ouest, Colbert exigea que les contingents de filles &agrave; marier soient lev&eacute;s &agrave; Paris (327 de Paris et de l&rsquo;Ile de France) et &agrave; Rouen (128 de Normandie), et que Dieppe soit leur port d&rsquo;embarquement (80% des d&eacute;parts s&rsquo;y firent, dont pr&egrave;s d&rsquo;une centaine de filles originaires du Nord et de l&rsquo;Est). Treize protestantes, dont onze sans doute &laquo; bien converties &raquo; au Couvent de la Providence de La Rochelle, vinrent tout de m&ecirc;me en Nouvelle-France en 1663 et 1666 (Catherine Fi&egrave;vre, l&rsquo;une de mes grands-m&egrave;res fondatrices, arriv&eacute;e en 1663, &eacute;tait d&rsquo;une famille protestante de Niort). La fili&egrave;re habituelle des recrutements au port de La Rochelle fut n&eacute;anmoins suivie par nombre de femmes : on en compte 102 en provenance du Poitou-Charentes.<\/p>\n<p>En 1665, d&eacute;barqu&egrave;rent &agrave; Qu&eacute;bec 1200 soldats du R&eacute;giment de Carignan-Sali&egrave;res enr&ocirc;l&eacute;s pour combattre les Iroquois ; arriv&egrave;rent &eacute;galement 90 filles &agrave; marier dont <i>&laquo; cinquante viennent d&rsquo;une maison de charit&eacute; de Paris &raquo;<\/i>, lit-on dans le Journal des J&eacute;suites. S&rsquo;agirait-il d&eacute;j&agrave; de la Salp&ecirc;tri&egrave;re ? La paix sign&eacute;e avec les Indiens en 1667, 400 soldats accept&egrave;rent de s&rsquo;&eacute;tablir au Canada. <i>&laquo; Louis XIV (&hellip;) leur accorde des vivres pour un an et des gratifications dont le montant varie suivant le grade. L&rsquo;intendant Talon voit &agrave; ce que des terres leur soient conc&eacute;d&eacute;es. &raquo;<\/i> Colbert fit rechercher en France, aupr&egrave;s de familles de petite noblesse ou de la bourgeoisie, des &laquo; demoiselles de qualit&eacute; &raquo; destin&eacute;es aux officiers rest&eacute;s sur place. Les &laquo; bonnes familles &raquo; casaient ainsi une fille d&rsquo;une fratrie importante, une vieille fille qui n&rsquo;avait pas trouv&eacute; mari en France, ou mettaient &agrave; l&rsquo;abri de leur revers de fortune une fille sans dot. On pouvait aussi de cette fa&ccedil;on &eacute;loigner une &laquo; scandaleuse &raquo; qui risquait de nuire aux siens (il en alla sans doute ainsi pour l&rsquo;une de mes a&iuml;eules, Catherine de Baillon ). Une quarantaine de ces demoiselles rejoignirent Qu&eacute;bec en 1667, puis en 1671. La plupart &eacute;pous&egrave;rent des hommes de leur condition ; d&rsquo;autres se retrouv&egrave;rent dans la masse des fourn&eacute;es de 1668-69-70-71, et leur sort fut moins heureux.<\/p>\n<p>(Ce fut le cas de Marie Major, fille d&rsquo;un receveur des imp&ocirc;ts du Calvados, arriv&eacute;e en 1668. Elle &eacute;pousa Antoine Roy dit Desjardins, un tonnelier de Bourgogne, soldat du R&eacute;giment de Carignan pas tr&egrave;s courageux, pas tr&egrave;s dou&eacute; en affaires et coureur de jupons ; il trouva le moyen de se faire occire par le mari de sa ma&icirc;tresse. Marie Major finit sa vie dans la mis&egrave;re et la solitude, rejet&eacute;e pour ne pas avoir su &laquo; retenir &raquo; son homme . Son fils unique, Pierre Roy dit Desjardins, lui donna 20 petits enfants, dont Fran&ccedil;oise, qui &eacute;pousa mon anc&ecirc;tre Fran&ccedil;ois Sirois dit Duplessis.) 81 femmes quitt&egrave;rent Paris et l&rsquo;Ile de France en cette ann&eacute;e 1668. De la Salp&ecirc;tri&egrave;re ou de Saint-Sulpice ?<\/p>\n<p>365 Filles du Roy &eacute;migr&egrave;rent au Canada de 1669 &agrave; 1671, dont une majorit&eacute; recrut&eacute;e &agrave; la Piti&eacute; et &agrave; la Salp&ecirc;tri&egrave;re. Leur s&eacute;lection et leur encadrement furent confi&eacute;s &agrave; Anne Gasnier dame Bourdon, riche et g&eacute;n&eacute;reuse veuve de Qu&eacute;bec, amie de Marie de l&rsquo;Incarnation, et &agrave; Elisabeth Estienne, Parisienne privil&eacute;gi&eacute;e par Colbert. (Yves Landry, qui a proc&eacute;d&eacute; &agrave; l&rsquo;analyse de l&rsquo;ensemble de ces d&eacute;parts, donne encore 51 filles issues de la Piti&eacute; et de Saint-Sulpice pour l&rsquo;ann&eacute;e 1673.) <\/p>\n<p>Pr&egrave;s de 327&nbsp; Filles du Roy &eacute;taient originaires de Paris et de l&rsquo;Ile de France, dont 46 de la paroisse Saint-Sulpice. Plus de 250 &eacute;taient issues de la Piti&eacute; et de la Salp&ecirc;tri&egrave;re. Les trois-quarts &eacute;taient orphelines et un grand nombre avait entre 14 et 20 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 350px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/paris_pont_royal_pont_rouge.jpg\" alt=\"Pont rouge dit aussi pont du Louvre XVIIe si&egrave;cle, dessin anonyme (Gallica image 07744758)\" width=\"350\" height=\"297\" title=\"Pont rouge dit aussi pont du Louvre XVIIe si&egrave;cle, dessin anonyme (Gallica image 07744758)\" \/><\/p>\n<h6>Pont rouge dit aussi &#8220;pont du Louvre XVIIe si&egrave;cle&#8221; <br \/>dessin anonyme (Gallica image 07744758) <\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><b>Embarquement pour &laquo; l&rsquo;Hiver &raquo;<\/b><\/p>\n<p>Qu&rsquo;entendons-nous dans la brume matinale flottant au-dessus de la rivi&egrave;re la Bi&egrave;vre ?<\/p>\n<p>Serions-nous comme par magie dans un tableau de Watteau que cette vall&eacute;e parisienne inspira tant de fois ? Qu&rsquo;est-ce donc que ces voix de jeunes filles qui &eacute;veillent les oiseaux au nid ? <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&laquo; Veni, creator, Spiritus,<br \/>Mentes tuorum visita&hellip; &raquo;<br \/>(Viens en nous, Esprit cr&eacute;ateur,<br \/>Visite les &acirc;mes des tiens&hellip;)<\/p>\n<p>Il est &agrave; peine quatre heures du matin, et voil&agrave; qu&rsquo;avancent des jeunes filles bien escort&eacute;es dans la campagne le long de la Bi&egrave;vre. Mais ce sont les pensionnaires de la Maison de Piti&eacute;, voisine du Jardin royal des simples ! Une autre brigade, descendue de Saint-Jacques vers les bords de Seine, les rejoint au droit du pont de Bi&egrave;vre o&ugrave; attendent celles de la Salp&ecirc;tri&egrave;re. Toutes montent dans un bateau plat en chantant encore et toujours le &laquo; Veni creator &raquo;. Elles descendent la Seine jusqu&rsquo;au pont du Louvre o&ugrave; est amarr&eacute; un grand &laquo; foncet &raquo; de Rouen. Encadr&eacute;es par les archers de l&rsquo;H&ocirc;pital et par ceux du Grand Pr&eacute;vost qui vont les accompagner jusqu&rsquo;&agrave; Rouen, on les place dans le foncet sur des bottes de paille couvertes de toile, avec au milieu du bateau leurs hardes bien emball&eacute;es ; d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; celles de la Piti&eacute;, de l&rsquo;autre celles de la Salp&ecirc;tri&egrave;re. Les administrateurs sont l&agrave;, de m&ecirc;me que la directrice de la Salp&ecirc;tri&egrave;re, Mademoiselle de Mouchy, qui exhorte toutes les filles &agrave; se soumettre &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; de la soeur offici&egrave;re. A dix heures du matin elles partent enfin&hellip;<\/p>\n<p>Ces lignes sont inspir&eacute;es par un court r&eacute;cit tenant sur un mince feuillet, d&eacute;couvert dans les archives de l&rsquo;Assistance publique des H&ocirc;pitaux de Paris d&eacute;but 2010 (&agrave; ma connaissance, le seul t&eacute;moignage &eacute;manant de l&rsquo;H&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral qui relate un d&eacute;part de ses pensionnaires vers le Canada.) &laquo; M. de Pajot et Grenapin ont fait r&eacute;cit de ce qui s&rsquo;est pass&eacute; hier &agrave; la sortie des filles de l&rsquo;hopital que l&rsquo;on envoie au Canada &raquo;. Sign&eacute; par ces messieurs, le texte est dat&eacute; du 26 avril 1670. S&rsquo;y confirme que les Filles du Roy &eacute;taient issues autant de la Piti&eacute; que de la Salp&ecirc;tri&egrave;re, et que d&rsquo;autres arrivaient du quartier Saint-Jacques, voisin de la paroisse Saint-Sulpice. Gr&acirc;ce &agrave; ce document, nous pouvons mettre en place les balises d&rsquo;un chemin de m&eacute;moire qui de Paris nous m&egrave;nera &agrave; Rouen, &agrave; Dieppe, puis &agrave; La Rochelle. Chemin d&rsquo;eau qui transportera ces jeunes femmes par-del&agrave; les mers, apr&egrave;s de longs mois de travers&eacute;e houleuse et p&eacute;rilleuse o&ugrave; certaines mourront (une soixantaine, &eacute;value Yves Landry), jusqu&rsquo;au grand fleuve appel&eacute; &agrave; &ecirc;tre l&rsquo;horizon de leur vie : le Saint-Laurent. 120 d&rsquo;entre elles prendront racine dans l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans, &laquo; berceau de l&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise &raquo;, Cyth&egrave;re du Nord&hellip;<\/p>\n<p>&laquo; Il faudrait les nommer toutes, &agrave; haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve d&rsquo;o&ugrave; elles sont sorties au dix-septi&egrave;me si&egrave;cle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous &raquo;, &eacute;crit Anne H&eacute;bert.<\/p>\n<p>Anne Perro de Saint-Sulpice Paris, arriv&eacute;e en 1669, mon a&iuml;eule Blais<br \/>Marie Major de Normandie, arriv&eacute;e en 1668, mon a&iuml;eule Sirois <br \/>*Catherine Fi&egrave;vre du Poitou (1663)<br \/>*Marie Lafaye de Saintonge (1663)<br \/>Louise Menacier de Bourgogne (1663)<br \/>*Marguerite Peuvrier de Paris (1663)<br \/>*Marguerite Abraham de Paris (1665)<br \/>Marguerite Leclerc de Tours (1665)<br \/>*Marie Magnier d&rsquo;origine inconnue (1665)<br \/>Fran&ccedil;oise Pilois de Paris (1665)<br \/>*Anne Rivet de Normandie (1665)<br \/>Marguerite Paquet du Poitou (1667)<br \/>*Marie Dallon de Saintonge (1668)<br \/>Martine Crosnier de Normandie&nbsp; (1669)<br \/>Catherine de Baillon de l&rsquo;Ile de France (1669)<br \/>Barbe d&rsquo;Orange de Chartres (1669)<br \/>Jeanne Campion de Normandie (1670)<br \/>*Fran&ccedil;oise Durand de Normandie (1670)<br \/>Marie Guillaume de Paris (1670)<br \/>Anne Lagou du Mans (1670)<br \/>*Anne Langlois de Saint-Sulpice\/Meudon (1670)<br \/>Agn&egrave;s Lefebvre de Paris (1670)<br \/>Fran&ccedil;oise Michelle de Bourgogne (1670)<br \/>Jeanne Savonnet de Paris (1670)<br \/>*Madeleine Thibierge de Blois (1670)<br \/>Jeanne Chevalier de Normandie (1671)<br \/>Anne Roy de Paris (1671)<br \/>*Constance Lepage de Bourgogne (1673), et d&rsquo;autres encore&hellip;<\/p>\n<p>Ces 28 Filles du Roy apparaissent dans le chevelu des arbres de mon histoire familiale ; nombreuses sont pr&eacute;sentes en t&ecirc;te de plusieurs branches. 11 d&rsquo;entre elles (*) font partie des Filles du Roy &eacute;tablies &agrave; l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans entre 1663 et 1673 (comme mon a&iuml;eule&nbsp; maternelle Anne Perro &mdash; Perrault&mdash; arriv&eacute;e en 1669). 9 sont des filles de &laquo; l&rsquo;envoi &raquo; de l&rsquo;H&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral du 26 avril 1670.<\/p>\n<p>&laquo; Ce n&rsquo;est rien (&#8230;) de r&eacute;citer un chapelet de noms de filles, de leur rendre hommage, de les saluer au passage, de les ramener sur le rivage, dans leurs cendres l&eacute;g&egrave;res, de les faire s&rsquo;incarner &agrave; nouveau (&#8230;) celles qui sont rentr&eacute;es en France, trop effray&eacute;es pour vivre ici, parmi les sauvages, la for&ecirc;t et le terrible hiver, celles qui ont eu dix ou quinze enfants (telle mon a&iuml;eule Anne Perro, morte en couches), celles qui les ont tous perdus &agrave; mesure, celle qui a r&eacute;ussi &agrave; en sauver un seul (&hellip;), celle qui a &eacute;t&eacute; ras&eacute;e et battue de verges aux carrefours ordinaires de la ville pour crime d&rsquo;adult&egrave;re (Anne Godeby arriv&eacute;e en 1669, amante d&rsquo;Antoine Roy dit Desjardins, l&rsquo;&eacute;poux de Marie Major, mon a&iuml;eule Sirois) et la petite Ren&eacute;e Chauvreux enterr&eacute;e dans le cimeti&egrave;re, le cinq janvier 1670, venue de France par les derniers vaisseaux et trouv&eacute;e morte dans les neiges&hellip; comment la r&eacute;veiller&hellip; lui demander son secret de vie et de mort. &raquo;<\/p>\n<p>(Anne H&eacute;bert)<\/p>\n<p><b>Les Filles de l&rsquo;Ile<\/b><\/p>\n<p>Entass&eacute;es dans la &laquo; Sainte-Barbe &raquo; pendant toute la travers&eacute;e, non loin des vaches, des porcs et des chevaux, dans une promiscuit&eacute; qui rappelait celle de l&rsquo;H&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral, coup&eacute;es de l&rsquo;&eacute;quipage et des autres centaines de passagers, tr&egrave;s encadr&eacute;es et surveill&eacute;es par leurs accompagnatrices, nourries de biscuits de matelot, de pois, de morue s&eacute;ch&eacute;e, de harang, de lard sal&eacute; et d&rsquo;eau douce vite croupie, ces jeunes demoiselles&nbsp; se montraient parfois turbulentes et insoumises. &laquo; Ayant est&eacute; <span style=\"text-decoration: underline;\">nomm&eacute;e<\/span> pour aller en Canada <span style=\"text-decoration: underline;\">par ordre du Roy<\/span> &raquo;, dit Marie-Claude Chamois, &agrave; peine 14 ans lors de sa travers&eacute;e en 1670. Il leur arrivait d&rsquo;avoir des hauts-le-coeur face &agrave; leur sort de &laquo; volontaire-involontaire &raquo;. En d&eacute;pit de l&rsquo;espoir d&rsquo;une autre vie et d&rsquo;un r&ecirc;ve de libert&eacute;, les chahutait sans cesse la peur, la grande peur de l&rsquo;inconnu.<\/p>\n<p>La travers&eacute;e de l&rsquo;Atlantique s&rsquo;&eacute;ternisait deux ou trois longs mois. Sans oublier la remont&eacute;e &eacute;blouissante, mais tr&egrave;s difficile du Saint-Laurent qui pouvait prendre encore des semaines, car il fallait souvent rallier Qu&eacute;bec en barque &agrave; partir de Tadoussac (180 kilom&egrave;tres en aval). Elles avaient bien le temps de faire connaissance, de nouer des amiti&eacute;s, de commencer &agrave; tisser la toile du monde futur. C&rsquo;est aussi sur le bateau que d&eacute;butait la francisation des unes par les autres. Les Parisiennes, plus nombreuses, ma&icirc;trisaient le fran&ccedil;ais officiel et entra&icirc;naient les &laquo; patoisantes &raquo; dans leur sillage. Une fois d&eacute;barqu&eacute;es, libres de choisir leurs &eacute;poux, certaines furent &laquo; soeurs &raquo; dans ce choix, &eacute;lirent des hommes vivant au voisinage les uns des autres. Pour la majorit&eacute; de ces femmes sans lien familial, sur les navires se dessinait la carte de leur avenir social. Une fois &agrave; terre, s&rsquo;imposerait &agrave; elles le n&eacute;cessaire &laquo; enracinement &raquo;. Ecoutons cette voix qui les rappelle si bien, Anne H&eacute;bert :<\/p>\n<p>&laquo; Ils sont tous l&agrave; sur le rivage, en attente des bateaux venant de France. Gouverneur, intendant et gentilshommes endimanch&eacute;s, empanach&eacute;s, emplum&eacute;s(&hellip;), malgr&eacute; la chaleur et les maringouins. Quelques religieuses r&eacute;sistent au vent du mieux qu&rsquo;elles le peuvent dans un grand remuement de voiles, de guimpes, de scapulaires, de cornettes et de barbettes. Des soldats fra&icirc;chement licenci&eacute;s, ras&eacute;s de frais selon les ordres re&ccedil;us(&hellip;) &eacute;carquillent les yeux(&hellip;) en attente de la promesse, en marche vers eux sur le fleuve immense qui miroite dans le soleil.<\/p>\n<p>En bas, en haut du cap, l&rsquo;&eacute;bauche de la ville plant&eacute;e dans la sauvagerie de la terre, tout contre le souffle de la for&ecirc;t(&hellip;) pleine de rumeurs sourdes(&hellip;).<\/p>\n<p>Cette fois-ci, il ne s&rsquo;agit pas seulement de farine et de sucre, de lapins, de coqs et de poules(&hellip;) de pichets d&rsquo;&eacute;tain et de couteaux &agrave; manche de corne, de pi&egrave;ces de drap et d&rsquo;&eacute;tamine, d&rsquo;outils et de coton &agrave; fromage, c&rsquo;est une cargaison de filles &agrave; marier, aptes &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration dont il est bel et bien question.<\/p>\n<p>(&#8230;)Les voici qui se pressent sur le pont, les unes contre les autres, comme un bouquet qu&rsquo;on a ficel&eacute; trop serr&eacute; (&#8230;) La d&eacute;cence de leurs costumes a tout de suite &eacute;t&eacute; remarqu&eacute;e avec satisfaction par le Gouverneur et l&rsquo;Intendant. Il s&rsquo;agit de savoir, avant m&ecirc;me d&rsquo;avoir distingu&eacute; leurs visages, si elles sont modestes et bien soign&eacute;es de leur personne. Le reste de l&rsquo;examen minutieux et pr&eacute;cis se fera, en temps et lieu, petit &agrave; petit, &agrave; mesure qu&rsquo;elles viendront vers nous avec leurs jeunes corps vou&eacute;s sans r&eacute;serve &agrave; l&rsquo;homme, au travail et &agrave; la maternit&eacute;. &raquo;<\/p>\n<p>Voil&agrave; toute trac&eacute;e la vie de celles qui, plusieurs mois apr&egrave;s avoir quitt&eacute; les bords de Seine, mettent enfin pied &agrave; terre sur les rives du Saint-Laurent, dans le port de Qu&eacute;bec. Comment les nommer toutes ? Leurs destin&eacute;es semblent ne plus faire qu&rsquo;une, entra&icirc;n&eacute;es&nbsp; qu&rsquo;elles sont dans le m&ecirc;me sillon. Aussi, prenons la main que tend Anne Perro, ma premi&egrave;re grand-m&egrave;re Blais, mon a&iuml;eule Fille du Roy, et marchons dans ses pas.<\/p>\n<p>Une fois ces dames install&eacute;es dans les maisons qui les accueillent &agrave; Qu&eacute;bec (chez Mme de la Peltrie, les Ursulines, Mme Bourdon, les Hospitali&egrave;res), l&rsquo;intendant pr&eacute;cipite le mouvement. Il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;elles se pr&eacute;lassent une ann&eacute;e durant avant de trouver mari. Et les messieurs aussi doivent se pr&eacute;senter dans les quinze jours qui suivent l&rsquo;arriv&eacute;e des demoiselles pour trouver une fianc&eacute;e, sinon plus de permis de chasse, de p&ecirc;che et de traite avec les sauvages&hellip; Les rencontres avaient lieu en majorit&eacute; &agrave; Qu&eacute;bec, comme les mariages. On r&eacute;digeait un contrat devant notaire (certaines filles annuleront un premier et parfois un second contrat, avant de signer celui de l&rsquo;heureux &eacute;lu. On les mariait alors en grand nombre &agrave; l&rsquo;&eacute;glise Notre-Dame de Qu&eacute;bec, raconte Marie de l&rsquo;Incarnation &agrave; son fils en octobre 1669 :<\/p>\n<p>&laquo; Les vaisseaux ne sont pas plut&ocirc;t arrivez que les jeunes hommes y vont chercher des femmes, et dans le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaines. Les plus avisez commencent &agrave; faire une habitation un an devant que de se marier, parceque ceux qui ont une habitation trouvent un meilleur parti ; c&rsquo;est la premi&egrave;re chose dont les filles s&rsquo;informent, et elles font sagement, parceque ceux qui ne sont point &eacute;tablis souffrent beaucoup avant que d&rsquo;&ecirc;tre &agrave; leur aise. &raquo;<\/p>\n<p>(Anne Perro a choisi d&rsquo;&eacute;pouser Pierre Blais, un engag&eacute; originaire du Poitou arriv&eacute; en 1664. Mgr de Laval, Seigneur de Beaupr&eacute; et d&rsquo;Orl&eacute;ans, avait octroy&eacute; &agrave; celui-ci une terre de 3 arpents de front sur 40 de profondeur en 1667 dans l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans. Pierre a donc &laquo; feu et lieu &raquo; dans la seigneurie d&rsquo;Orl&eacute;ans.)<\/p>\n<p>Cette &icirc;le en forme de berceau, au coeur du fleuve face &agrave; Qu&eacute;bec, d&eacute;nomm&eacute;e &laquo; Ouindigo &raquo; (l&rsquo;ensorcel&eacute;e) par les Algonquins, &laquo; Bacchus &raquo; en 1535, puis &laquo; d&rsquo;Orl&eacute;ans &raquo; en 1536 par Cartier, &eacute;tait &agrave; peine habit&eacute;e lorsque d&eacute;buta l&rsquo;implantation des onze premi&egrave;res Filles du Roy en 1663. 56 &eacute;taient d&eacute;j&agrave; install&eacute;es lorsqu&rsquo;arriv&egrave;rent celles de 1669. Le registre des mariages de la premi&egrave;re paroisse de l&rsquo;&icirc;le, Sainte-Famille, s&rsquo;ouvre avec les unions des Filles du Roy de 1669 ; d&rsquo;avril &agrave; novembre on en compte 32, dont les 29 descendues du vaisseau le Saint-Jean-Baptiste fin juin-d&eacute;but juillet. Octobre fut le mois le plus riche en c&eacute;l&eacute;brations (1 ou 2 mariages tous les deux jours). (Le contrat de mariage d&rsquo;Anne Perro et Pierre Blais a &eacute;t&eacute; sign&eacute; le 23 septembre 1669 devant le notaire Duquet.) Quelle surprise, quelle &eacute;motion de d&eacute;couvrir la signature de mon a&iuml;eule au bas de ce papier officiel ! Ainsi savait-elle &eacute;crire : cette signature est un prolongement d&rsquo;elle.<\/p>\n<table style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 300px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/anne_perro.jpg\" alt=\"Anne Perro\" width=\"300\" height=\"106\" title=\"Anne Perro\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Comme dans beaucoup de contrats des pupilles royales y appara&icirc;t la signature d&rsquo;Anne Gasnier, leur marraine en quelque sorte. La signature d&rsquo;un autre t&eacute;moin rev&ecirc;t une certaine importance au bas de cet acte, celle de Marguerite Provost (Pr&eacute;vost). Fille du Roy de 1669, elle &eacute;pousa Martin Poisson, un voisin de Pierre Blais le 27 octobre. C&rsquo;est lui qui sera nomm&eacute; &laquo; subrog&eacute; tuteur &raquo; des enfants mineurs de Pierre, apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;Anne Perro. Les liens tiss&eacute;s dans leur maison de vie en France, sur le bateau et dans l&rsquo;Ile ont bien exist&eacute; entre ces femmes d&eacute;sormais &laquo; canadoises &raquo;. Parmi les sept couples de voisins-amis r&eacute;unis lors de la signature de l&rsquo;acte de tutelle le 18 avril 1689, cinq comptaient des compagnes du &laquo; grand voyage &raquo; d&rsquo;Anne Perro. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(Pierre Blais et Anne Perro se mari&egrave;rent &agrave; Sainte-Famille le 12 octobre 1669. Anne Perro eut 10 enfants, dont sept v&eacute;curent. Pierre, Antoine, Jacques, Marie-Anne et Jean unirent leur vie &agrave; des&nbsp; filles et fils de Filles du Roy et firent souche sur la C&ocirc;te du Sud, en face de l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans. Anne Perro mourut le&nbsp; 29 juin 1688 en donnant naissance &agrave; Marguerite. Pierre Blais se remaria le 5 juin 1689 avec Elisabeth Royer, de&nbsp; vingt-huit ans sa cadette ; elle &eacute;tait la fille de Marie Targer, Fille du Roy de 1663, protestante de La Rochelle.)<\/p>\n<p>De 1663 &agrave; 1673, 120 Filles du Roy vinrent vivre dans l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Orl&eacute;ans ; vingt ans plus tard, on y comptait 189 familles (1149 habitants) r&eacute;parties dans 5 paroisses ; ces &laquo; filles &raquo; constituaient les deux tiers des &eacute;pouses. &laquo; La fertilit&eacute; du sol attira tr&egrave;s t&ocirc;t l&rsquo;attention des habitants et l&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans fut l&rsquo;un des premiers foyers de colonisation de la Nouvelle-France. &raquo; (Jean Poirier) &laquo; L&rsquo;Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans est un lieu symbolique et mythique, le berceau d&rsquo;un peuple tenace qui, depuis quatre si&egrave;cles, marque l&rsquo;Am&eacute;rique du sceau de la civilisation fran&ccedil;aise.&raquo; (Michel Lessard)<\/p>\n<p>Si on dessine une carte de la vall&eacute;e du Saint-Laurent en identifiant les 58 lieux d&rsquo;implantation des Filles du Roy, de Qu&eacute;bec &agrave; Montr&eacute;al, sur la rive Sud et sur la rive Nord, on constate qu&rsquo;elles &eacute;taient r&eacute;parties tout au long du fleuve. Apr&egrave;s leur mariage &agrave; Qu&eacute;bec, elles suivaient leurs &eacute;poux dans les paroisses existantes, dans quelques seigneuries privil&eacute;gi&eacute;es et dans les zones rurales qu&rsquo;on voulait d&eacute;velopper. Certaines, isol&eacute;es au milieu de nulle part, se sentaient, de novembre &agrave; mai, prisonni&egrave;res de leurs arpents de neige. Les maisons &eacute;taient tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;es les unes des autres, enferm&eacute;es dans une frondaison &eacute;paisse. Il n&rsquo;y avait pas de route praticable, seulement le chemin de l&rsquo;eau et en hiver, raquettes aux pieds, on devait franchir lacs et rivi&egrave;res gel&eacute;s. &laquo; Mon pays ce n&rsquo;est pas un pays, c&rsquo;est l&rsquo;hiver &raquo; auraient-elles pu chanter bien avant le po&egrave;te Gilles Vigneault.<\/p>\n<p>&laquo; Il y eut mille jours et mille nuits, et c&rsquo;&eacute;tait la for&ecirc;t, encore mille jours et mille nuits, et c&rsquo;&eacute;tait toujours la for&ecirc;t, de grands pans de pins et de ch&ecirc;nes d&eacute;valaient le cap, jusqu&rsquo;au fleuve, et la montagne &eacute;tait derri&egrave;re, basse et trapue, une des plus vieilles montagnes du globe, couverte d&rsquo;arbres aussi. On n&rsquo;en finissait pas d&rsquo;accumuler les jours et les nuits dans la sauvagerie de la terre. &raquo; (Anne H&eacute;bert)<\/p>\n<p><b>Coffre d&rsquo;esp&eacute;rance<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;immensit&eacute;, la d&eacute;mesure d&rsquo;un monde nordique, voil&agrave; ce que durent affronter ces femmes arriv&eacute;es avec leur seul &laquo; coffre d&rsquo;esp&eacute;rance &raquo;. Beaucoup de Filles du Roy d&eacute;clar&egrave;rent dans leur contrat de mariage des biens (v&ecirc;tements et cassette) estim&eacute;s &agrave; 300 livres. On peut pr&eacute;sumer qu&rsquo;il s&rsquo;agit des v&ecirc;tements qu&rsquo;elles portaient et de quelques autres offerts par leurs bienfaiteurs au moment du d&eacute;part. Et la cassette remise &agrave; chacune contenait un petit tr&eacute;sor de vie : &laquo; une coiffe de taffetas, une coiffe de gaze, une ceinture, des cordons de souliers, 100 aiguilles, un &eacute;tui et un d&eacute;, un peigne, du fil blanc et gris, une paire de bas, une paire de souliers, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d&rsquo;&eacute;pingles, un bonnet, 4 lacets de fil, des toiles pour faire des mouchoirs, cols, cornettes et manches pliss&eacute;es. &raquo; Ce coffre-trousseau fermant &agrave; cl&eacute; appara&icirc;t dans de nombreux inventaires apr&egrave;s d&eacute;c&egrave;s (chez les Blais, il semble avoir &eacute;t&eacute; l&rsquo;un des rares objets rescap&eacute;s de l&rsquo;incendie de la premi&egrave;re maison du couple). Depuis cette &eacute;poque, le coffre, amen&eacute; par la mari&eacute;e dans la maison de son &eacute;poux, ne porte-t-il pas au Qu&eacute;bec le nom prometteur de &laquo; coffre d&rsquo;esp&eacute;rance &raquo; ?<\/p>\n<p>(Anne Perro meurt en 1688, dix-neuf ans apr&egrave;s son arriv&eacute;e.) Comme toutes les pionni&egrave;res, elle avait &eacute;t&eacute; le bras droit de son homme pour d&eacute;fricher leur terre en bois debout, &agrave; la seule force du corps. Elle dut l&rsquo;aider &agrave; reb&acirc;tir la petite &laquo; cabane &raquo; couverte d&rsquo;un toit de paille de 4 m&egrave;tres sur 5, en troncs d&rsquo;arbres &agrave; peine &eacute;quarris pos&eacute;s les uns sur les autres : une seule pi&egrave;ce avec en pignon la chemin&eacute;e qui sert &agrave; chauffer, &agrave; cuire les repas et &agrave; &eacute;clairer la maison. Le soir, on met sur le sol pr&egrave;s de l&rsquo;&acirc;tre la paillasse, le mauvais lit de plume et le petit traversin, quelques pauvres couvertes, et tout le monde&nbsp; &ndash; parents et enfants &ndash; se serrent pour ne plus sentir le froid. On y dort, on s&rsquo;y prend, on y met au monde et on y meurt. Une porte, une petite fen&ecirc;tre ferm&eacute;e par un papier huil&eacute;, le tout si mal ajust&eacute; et calfeutr&eacute; que la neige entre dans la maison pouss&eacute;e par les bourrasques de vent. Un seul meuble : une &laquo; m&eacute;chante armoire &raquo;. Quelques ustensiles de cuisine. Plusieurs outils. Et dans le petit coffre, quelques mis&eacute;rables v&ecirc;tements. (Ces informations, tir&eacute;es de l&rsquo;Inventaire apr&egrave;s d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;Anne Perro du 18 avril 1689, nous &eacute;claire sur l&rsquo;&acirc;pret&eacute; de son existence).<\/p>\n<p>Cette &acirc;pret&eacute; fut celle de 90% des Filles du Roy qui &eacute;pous&egrave;rent les habitants besogneux de la vall&eacute;e laurentienne. La vie dans la maison &eacute;tait rudimentaire car l&rsquo;important &eacute;tait de faire de la terre. Il fallait se nourrir : s&rsquo;ajout&egrave;rent par bonheur aux maigres r&eacute;coltes des premiers jardins, gibiers et poissons. Le climat &eacute;tait glacial, mais sain ; les pionniers de ces ann&eacute;es-l&agrave; (1660-1680) furent peu touch&eacute;s par les &eacute;pid&eacute;mies. Les femmes y mouraient en g&eacute;n&eacute;ral plus &acirc;g&eacute;es que dans l&rsquo;ancienne patrie ; en revanche, la mort frappait souvent les nourrissons. Malgr&eacute; une vie fruste et difficile, elles enfant&egrave;rent un monde. &laquo; Quand meurt en 1748 la derni&egrave;re des pionni&egrave;res (femmes arriv&eacute;es et mari&eacute;es avant 1680), le pays compte d&eacute;j&agrave; 55 000 habitants r&eacute;partis dans une centaine de paroisses. &raquo;&nbsp;<\/p>\n<table style=\"margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; width: 350px; float: right;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/carte_gedeon_catalogne.jpeg\" alt=\"Carte G&eacute;d&eacute;on de Catalogne\" width=\"350\" height=\"249\" title=\"Carte G&eacute;d&eacute;on de Catalogne\" \/><\/p>\n<h6>Carte de G&eacute;d&eacute;on de Catalogne gouvernement de Qu&eacute;bec, 1709, <br \/>Bibl nationale de France Div <a href=\"http:\/\/www.banq.qc.ca\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cartes et plans\/consultable sur site BANQ<\/a><\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A la mort d&rsquo;Anne Perro, les Blais avaient d&eacute;frich&eacute; et mis en valeur &ndash; labour et prairie &ndash; plus de 8 hectares (24 arpents) ; ils avaient 4 boeufs, 2 vaches, 1 veau de lait, 8 cochons &agrave; l&rsquo;engraissement, des r&eacute;serves de nourriture pour eux et pour les b&ecirc;tes, et&hellip; un fusil. Leur maison &eacute;tait &eacute;valu&eacute;e &agrave; 400 livres, sans compter un hangar et une &eacute;table. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas la richesse, mais ce n&rsquo;&eacute;tait plus la mis&egrave;re. Tout &eacute;tait &agrave; eux. Et Pierre savait qu&rsquo;il pourrait &laquo; &eacute;tablir &raquo; chacun de ses enfants. L&agrave; avait &eacute;t&eacute; la grande esp&eacute;rance d&rsquo;Anne et de Pierre. L&agrave; sera l&rsquo;esp&eacute;rance de toutes celles et de tous ceux qui prendront racine dans cette Terre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/p>\n<h5>Par Maud Sirois-Belle<\/h5>\n<h5>(Paris, mars 2011)<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><b>Ouvrages consult&eacute;s\/Pistes de lecture<\/b><\/h2>\n<p><b>Filles du Roi<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Silvio Dumas, <i>Les Filles du roi en Nouvelle-France<\/i>, Soci&eacute;t&eacute; historique du Qu&eacute;bec, 1972.<\/li>\n<li>Gustave Lanctot, <i>Filles de joie ou Filles du roi<\/i>, Montr&eacute;al, Editions Chantecler, 1952.<\/li>\n<li>Yves Landry, <i>Les Filles du roi au XVIIe si&egrave;cle<\/i>, Montr&eacute;al, Editions Lem&eacute;ac, 1992.<\/li>\n<li>Paul-Andr&eacute; Leclerc, <i>L&rsquo;Emigration f&eacute;minine vers l&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise aux XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles<\/i>,<\/li>\n<\/ul>\n<p>La Pocati&egrave;re, Mus&eacute;e Fran&ccedil;ois Pilote, 2008.<\/p>\n<ul>\n<li>Raymond Ouimet et Nicole Mauger, <i>Catherine de Baillon Enqu&ecirc;te sur une fille du roi<\/i>, Septentrion, 2001.<\/li>\n<li><i>Colloque sur les Filles du Roy<\/i>, coffret DVD et CD, Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;histoire des Filles du Roy, 2008 (disponible &agrave; la librairie Mots et Merveilles, 63 Boul. St-Marcel, Paris 13<sup>e<\/sup>)<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Femmes<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Collectif Clio, <i>L&rsquo;Histoire des femmes au Qu&eacute;bec<\/i>, Montr&eacute;al, Les Quinze &eacute;d., 1982.<\/li>\n<li>Chantal Th&eacute;ry, <i>De plume et d&rsquo;audace, Femmes de la Nouvelle-France<\/i>, Triptyque\/Cerf, 2006.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Nouvelle-France<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Collectif, <i>Naissance d&rsquo;une population, Les Fran&ccedil;ais &eacute;tablis au Canada au XVIIe si&egrave;cle<\/i>, Institut national d&rsquo;&eacute;tudes d&eacute;mograhiques, Travaux et Documents, Cahier no 118, 1987.<\/li>\n<li>Alan Greer, <i>Br&egrave;ve histoire des peuples de la Nouvelle-France<\/i>, Montr&eacute;al, Ed. Bor&eacute;al, 1998.<\/li>\n<li>Gilles Havard, C&eacute;cile Vidal, <i>Histoire de l&rsquo;Am&eacute;rique fran&ccedil;aise<\/i>, Paris, Ed. Flammarion, Champs, 2008.<\/li>\n<li>Jacques Lacoursi&egrave;re, <i>Histoire populaire du Qu&eacute;bec<\/i>, Tome 1, Qu&eacute;bec, Ed. Septentrion, 1995.<\/li>\n<li>Marcel Trudel, <i>Mythes et r&eacute;alit&eacute;s dans l&rsquo;histoire du Qu&eacute;bec<\/i>, Montr&eacute;al, Biblioth&egrave;que qu&eacute;b&eacute;coise, 2006.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Ile d&rsquo;Orl&eacute;ans<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Bernard Audet, <i>Avoir feu et lieu dans l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Orl&eacute;ans au XVIIe si&egrave;cle<\/i>, Presses Universit&eacute; Laval, 1990.<\/li>\n<li>Michel Lessard, <i>L&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Orl&eacute;ans<\/i>, Montr&eacute;al, Ed. de l&rsquo;Homme, 1998.<\/li>\n<li>Jean Poirier, <i>Cahiers de g&eacute;ographie du Qu&eacute;bec<\/i>, vol 6, no 12.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Romans<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Anne H&eacute;bert, <i>Le Premier Jardin<\/i>, Ed. Bor&eacute;al\/Seuil, 1988. (peut &ecirc;tre command&eacute; &agrave; la Librairie du Qu&eacute;bec)<\/li>\n<li>Sergine Desjardins, <i>Marie Major<\/i>, Ed. Guy Saint-Jean, 2006. (disponible &agrave; la Lib. du Qu&eacute;bec)<\/li>\n<li>Suzanne Martel, <i>Jeanne, fille du Roy<\/i>, Fides jeunesse, 2009. (disponible &agrave; la Lib. du Qu&eacute;bec)<\/li>\n<li>Bernard Clavel, <i>Compagnons du Nouveau-Monde<\/i>, Robert Laffont et Pocket, 1981.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Adresses utiles en France :<\/b><br \/>LIBRAIRIE DU QUEBEC, 30 rue Gay-Lussac, Paris 5e&nbsp; T&eacute;l 01 43 54 49 02 <br \/><a href=\"http:\/\/www.librairieduquebec.fr%20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.librairieduquebec.fr <\/a><\/p>\n<p>LIBRAIRIE MOTS ET MERVEILLES, 63 boul. Saint-Marcel, Paris 13e&nbsp; T&eacute;l : 01 47 07 25 21<br \/>info@motsetmerveilles.com <\/p>\n<p>BIBLIOTHEQUE CENTRE CULTUREL CANADIEN, 5 rue de Constantine, Paris 7e<br \/><a href=\"http:\/\/www.canada-culture.org%20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.canada-culture.org <\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SOCIETE D&rsquo;HISTOIRE DES FILLES DU ROY <br \/><a href=\"http:\/\/www.lesfilleduroy-quebec.org%20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.lesfilleduroy-quebec.org <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Filles du RoyDes bords de Seine aux rives du Saint-Laurent1663-1673 par Maud Sirois-Belle et &laquo; ses &raquo; grands-m&egrave;res Filles du Roy Le 17 mars 2011 &agrave; la Mairie du 13e arrondissement de Paris, devant&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[45],"tags":[],"class_list":["post-6264","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n32-juin-2011"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6264"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7054,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264\/revisions\/7054"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}