{"id":6271,"date":"2011-06-07T01:26:22","date_gmt":"2011-06-07T05:26:22","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/eclairage-historique-sur-lidentite-linguistique-des-quebecois\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:32","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:32","slug":"eclairage-historique-sur-lidentite-linguistique-des-quebecois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/eclairage-historique-sur-lidentite-linguistique-des-quebecois\/","title":{"rendered":"\u00c9clairage historique sur l\u2019identit\u00e9 linguistique des Qu\u00e9b\u00e9cois"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>&Eacute;clairage historique<br \/>sur l&rsquo;identit&eacute; linguistique des Qu&eacute;b&eacute;cois<\/b><\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin32\/tresor_langue_francaise_banniere.png\" alt=\"Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec\" width=\"768\" height=\"35\" title=\"Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec\" \/><\/p>\n<h6>Cr&eacute;dit visuel&nbsp;: Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec, Universit&eacute; Laval<br \/>par Claude Poirier, directeur<br \/>Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec (TLFQ)<br \/>Universit&eacute; Laval<br \/>claude.poirier@lli.ulaval.ca<\/h6>\n<p><b>L&rsquo;histoire de la langue en regard de l&rsquo;histoire &eacute;v&eacute;nementielle<\/b><\/p>\n<p>Le 10 janvier 2011, la Soci&eacute;t&eacute; historique de Qu&eacute;bec accueillait comme conf&eacute;rencier M. Claude Poirier, professeur et directeur du Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec (TLFQ) &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; Laval. D&rsquo;entr&eacute;e de jeu, M. Poirier a senti le besoin de pr&eacute;ciser le sens qu&rsquo;il fallait donner au titre de sa conf&eacute;rence&nbsp;: &laquo;&nbsp;&Eacute;clairage historique sur l&rsquo;identit&eacute; linguistique des Qu&eacute;b&eacute;cois&nbsp;&raquo;. L&rsquo;histoire de la langue, a-t-il soulign&eacute;, a ses propres rep&egrave;res, qui ne co&iuml;ncident pas n&eacute;cessairement avec ceux de l&rsquo;histoire &eacute;v&eacute;nementielle. Quand on &eacute;voque, par exemple, la conqu&ecirc;te du pays par les Anglais, on a tendance &agrave; croire que l&rsquo;&eacute;volution de la langue a &eacute;t&eacute; par la suite totalement domin&eacute;e par la langue des nouveaux ma&icirc;tres du pays. Bien s&ucirc;r, les droits linguistiques ont &eacute;t&eacute; mis en p&eacute;ril d&egrave;s le d&eacute;part, et r&eacute;guli&egrave;rement depuis, mais il s&rsquo;agit l&agrave; de ph&eacute;nom&egrave;nes externes &agrave; la langue, qui peuvent la conditionner sans doute, mais qui ne peuvent pas expliquer directement les processus qui la transforment.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Distinguer la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;imaginaire<\/b><\/p>\n<p>Il importe, pour bien comprendre le point de vue des linguistes, de distinguer entre l&rsquo;<i><b>histoire externe<\/b><\/i>, celle des &eacute;v&eacute;nements, comme les guerres, les changements de r&eacute;gimes, les trait&eacute;s, les ordonnances, et l&rsquo;<b><i>histoire interne<\/i><\/b>, celle qui concerne les transformations de l&rsquo;usage parl&eacute; ou &eacute;crit, l&rsquo;apparition de mots ou leur disparition, la variation de l&rsquo;orthographe, le d&eacute;clin de certaines habitudes de prononciation. L&rsquo;histoire externe du fran&ccedil;ais qu&eacute;b&eacute;cois est assez bien document&eacute;e. L&rsquo;ouvrage publi&eacute; en 2000 par le Conseil de la langue fran&ccedil;aise en donne un tr&egrave;s bon aper&ccedil;u (<i>Le fran&ccedil;ais au Qu&eacute;bec&nbsp;: 400 ans d&rsquo;histoire et de vie<\/i>, sous la direction de Michel Plourde). Mais l&rsquo;histoire interne de notre vari&eacute;t&eacute; de fran&ccedil;ais est encore &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;&eacute;bauche. Il suffit de constater les lieux communs et les explications fantaisistes qui circulent encore &agrave; propos de la gen&egrave;se de ce fran&ccedil;ais ou &agrave; propos de l&rsquo;origine des qu&eacute;b&eacute;cismes (prononciations, mots et expressions) pour mesurer la longueur du chemin qui reste &agrave; parcourir. Pour reconstruire cette histoire, il faut retourner aux manuscrits, examiner l&rsquo;&eacute;volution du sens des mots et leur remplacement dans les &eacute;crits, comparer nos usages avec ceux des autres francophones du continent nord-am&eacute;ricain et inscrire sa recherche dans celle, plus g&eacute;n&eacute;rale, de l&rsquo;histoire du fran&ccedil;ais depuis le XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;apport de la France au temps de la Nouvelle-France<\/b><\/p>\n<p>Ainsi, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;tude des manifestations de la langue qui a permis aux chercheurs du TLFQ d&rsquo;affirmer que le fran&ccedil;ais canadien conna&icirc;t une p&eacute;riode de consolidation entre 1760 et 1840. Selon l&rsquo;analyse sommaire qu&rsquo;on avait faite jusqu&rsquo;ici de cette p&eacute;riode, c&rsquo;est au contraire pour notre langue une p&eacute;riode de d&eacute;g&eacute;n&eacute;rescence. Observons les faits linguistiques eux-m&ecirc;mes plut&ocirc;t que les &eacute;v&egrave;nements politiques. Le fran&ccedil;ais apport&eacute; par les premiers colons &eacute;tait marqu&eacute; par des prononciations et des mots qui s&rsquo;&eacute;cartaient de la norme de l&rsquo;&eacute;poque. Ces r&eacute;gionalismes venaient de France, non pas de la capitale, mais des provinces (Normandie, Perche, Maine, Aunis, Saintonge, Poitou, etc.). Exemples&nbsp;: la prononciation <i>pardre<\/i> au lieu de <i>perdre<\/i>, les mots <i>banc de neige, champlure, demiard, enfarger, ferdoches, godendart,<\/i> etc., attest&eacute;s dans des manuscrits du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle et du d&eacute;but du XVIII<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;apparition de nouveaux mots &agrave; la suite de la Conqu&ecirc;te<\/b><\/p>\n<p>Or, de nouveaux mots d&rsquo;origine r&eacute;gionale fran&ccedil;aise apparaissent dans les trois derni&egrave;res d&eacute;cennies du XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, apr&egrave;s donc l&rsquo;arriv&eacute;e des Anglais&nbsp;: <i>patate 1760 (p&eacute;taque 1779, pataque 1785), brunante 1778, gr&egrave;y&eacute; 1780, cretons 1785,<\/i> etc. En m&ecirc;me temps, des mots et des expressions du fran&ccedil;ais standard de l&rsquo;&eacute;poque, qui semblaient r&eacute;gner sans concurrence jusque l&agrave;, sont abandonn&eacute;s au profit d&rsquo;autres usages &eacute;galement d&rsquo;origine r&eacute;gionale fran&ccedil;aise. Pour d&eacute;signer la bouilloire, <i>canard<\/i> (1773 ) et <i>bombe<\/i> (1779) remplacent rapidement coquemar, qui ne survivra finalement qu&rsquo;en Acadie; carreaut&eacute; (1779) &eacute;liminera <i>&agrave; carreaux; casque<\/i>, attest&eacute; depuis 1753, prend la place de <i>bonnet de poil<\/i>, courant auparavant dans les &eacute;crits. Pour compl&eacute;ter le portrait de la situation, il faut ajouter que des anglicismes commencent &agrave; entrer dans la langue courante, mais ils sont la plupart du temps francis&eacute;s d&egrave;s leur p&eacute;n&eacute;tration, la forme originale anglaise &eacute;tant attest&eacute;e bien plus tard&nbsp;: <i>saspan<\/i> 1779, <i>sauce-panne<\/i> 1794 (<i>saucepan<\/i>, 1806), <i>th&eacute;pot<\/i> 1787 (<i>tea-pot<\/i> 1825), <i>camtouple<\/i> 1796 (<i>cant-hook<\/i> 1873), <i>strape<\/i> 1798 (<i>strap<\/i> 1813). Comment interpr&eacute;ter ces changements&nbsp;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Le recul de la norme parisienne au profit du fran&ccedil;ais &laquo;&nbsp;canadien&nbsp;&raquo;<br \/><\/b><\/p>\n<p>Pour ce qui est des anglicismes, l&rsquo;explication est simple&nbsp;: la prise du contr&ocirc;le du commerce par les Anglais favorise leur introduction. Cependant, l&rsquo;orthographe des mots indique que les gens qui les utilisent ne connaissent pas l&rsquo;anglais. C&rsquo;est donc &agrave; travers une r&eacute;interpr&eacute;tation phon&eacute;tique fran&ccedil;aise que les emprunts sont v&eacute;hicul&eacute;s, ce qui signifie que la langue des Canadiens est bien outill&eacute;e pour assimiler&nbsp; les emprunts. Maintenant, comment interpr&eacute;ter l&rsquo;&eacute;mergence de nouveaux mots r&eacute;gionaux h&eacute;rit&eacute;s de France? Il est impossible qu&rsquo;ils soient fra&icirc;chement arriv&eacute;s de l&rsquo;ancienne m&egrave;re-patrie puisque l&rsquo;immigration fran&ccedil;aise est stopp&eacute;e. D&rsquo;ailleurs, il aurait fallu l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;une masse d&rsquo;immigrants pour qu&rsquo;ils aient pu influencer l&rsquo;usage d&rsquo;une population de quelque 60&nbsp;000 Canadiens ayant d&eacute;j&agrave; un sentiment identitaire affirm&eacute;. Il faut plut&ocirc;t conclure que le changement de r&eacute;gime a provoqu&eacute; la lib&eacute;ralisation de l&rsquo;usage canadien. Les mots &laquo;nouveaux&raquo; &eacute;taient en usage sous le R&eacute;gime fran&ccedil;ais, mais l&rsquo;influence de la norme parisienne, &agrave; travers le parler et les &eacute;crits des fonctionnaires et des dirigeants fran&ccedil;ais de la colonie, r&eacute;ussissait &agrave; contenir en partie le passage des canadianismes &agrave; l&rsquo;&eacute;crit. Le fran&ccedil;ais canadien a dor&eacute;navant le champ libre.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;histoire de la langue au Qu&eacute;bec &agrave; travers le fichier lexical du TLFQ<\/b><\/p>\n<p>Cet aper&ccedil;u de la conf&eacute;rence de M. Poirier fait voir l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de disposer d&rsquo;une bonne histoire interne de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec. &Agrave; travers une d&eacute;monstration bas&eacute;e sur l&rsquo;analyse linguistique des &eacute;nonc&eacute;s de la p&eacute;riode de 1841 &agrave; 1959, le conf&eacute;rencier a par la suite montr&eacute; comment s&rsquo;&eacute;tait install&eacute; dans l&rsquo;imaginaire de la population le pr&eacute;jug&eacute; selon lequel la langue fran&ccedil;aise aurait d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; au Canada. Pourtant, dans les trois premi&egrave;res d&eacute;cennies du XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, on trouve de nombreux indices de la confiance que les Canadiens avaient dans leur langue et leur culture. Selon M. Poirier, l&rsquo;histoire interne de la langue est de nature &agrave; &eacute;clairer la formation de l&rsquo;identit&eacute; et &agrave; contribuer &agrave; l&rsquo;explication de l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; des choix collectifs des Qu&eacute;b&eacute;cois. Ceux qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; ces questions seront heureux d&rsquo;apprendre que l&rsquo;&eacute;quipe du TLFQ pr&eacute;voit publier bient&ocirc;t une chronologie comment&eacute;e du fran&ccedil;ais qu&eacute;b&eacute;cois fond&eacute;e sur une analyse guid&eacute;e par les principes qui ont &eacute;t&eacute; rapidement illustr&eacute;s ici.<\/p>\n<p>On peut consulter librement le fichier lexical du TLFQ &agrave; l&rsquo;adresse suivante&nbsp;: <a href=\"http:\/\/www.tlfq.ulaval.ca\/fichier\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.tlfq.ulaval.ca\/fichier\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&Eacute;clairage historiquesur l&rsquo;identit&eacute; linguistique des Qu&eacute;b&eacute;cois Cr&eacute;dit visuel&nbsp;: Tr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec, Universit&eacute; Lavalpar Claude Poirier, directeurTr&eacute;sor de la langue fran&ccedil;aise au Qu&eacute;bec (TLFQ)Universit&eacute; Lavalclaude.poirier@lli.ulaval.ca L&rsquo;histoire de la langue en regard de&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[45],"tags":[],"class_list":["post-6271","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n32-juin-2011"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6271","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6271"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6271\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7061,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6271\/revisions\/7061"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6271"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6271"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6271"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}