{"id":6423,"date":"2013-05-22T19:31:22","date_gmt":"2013-05-22T23:31:22","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/fonder-un-monde-meilleur-en-nouvelle-france-marc-lescarbot-vers-1570-1641\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:44","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:44","slug":"fonder-un-monde-meilleur-en-nouvelle-france-marc-lescarbot-vers-1570-1641","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/fonder-un-monde-meilleur-en-nouvelle-france-marc-lescarbot-vers-1570-1641\/","title":{"rendered":"Fonder un monde meilleur en Nouvelle-France : Marc Lescarbot (vers 1570-1641)"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Fonder un monde meilleur en Nouvelle-France :<br \/>Marc Lescarbot<br \/>(vers 1570-1641)<\/b><\/h2>\n<h5>Par &Eacute;ric Thierry<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin36\/Marc_Lescarbot.jpg\" alt=\"Marc Lescarbot (vers 1570-1641),un homme de plume au service de la Nouvelle-France.\" style=\"margin-right: 10px; float: left;\" title=\"Marc Lescarbot (vers 1570-1641),un homme de plume au service de la Nouvelle-France.\" \/>Tr&egrave;s marqu&eacute; par les guerres de Religion, Marc Lescarbot est un Thi&eacute;rachien devenu avocat au parlement de Paris qui est parti, en 1606, outre-Atlantique pour fonder un monde meilleur. Il a particip&eacute; &agrave; la naissance de l&#8217;Acadie, mais n&#8217;a pu y rester qu&#8217;un an. De retour en France, il est devenu un habile propagandiste de la colonisation fran&ccedil;aise de l&#8217;Am&eacute;rique du Nord.<\/p>\n<p><b>Face aux malheurs de la guerre<\/b><br \/>N&eacute; &agrave; Vervins vers 1570 dans une famille de petits notables, Marc Lescarbot a tout d&#8217;abord fr&eacute;quent&eacute; le coll&egrave;ge de sa ville natale. Puis, recommand&eacute; par l&#8217;&eacute;v&ecirc;que de Laon, il a &eacute;t&eacute; admis comme boursier dans l&#8217;&eacute;tablissement secondaire poss&eacute;d&eacute; par la cit&eacute; laonnoise &agrave; Paris depuis 1314. L&agrave;, il a acquis de solides connaissances grammaticales et a pu &eacute;tudier la rh&eacute;torique.<\/p>\n<p>En 1585, Marc Lescarbot a entrepris des &eacute;tudes juridiques dans la Facult&eacute; de droit de la capitale. D&egrave;s l&#8217;obtention de sa licence en 1587, il est rentr&eacute; &agrave; Vervins. C&#8217;est en Thi&eacute;rache qu&#8217;il a appris la fuite d&#8217;Henri III hors de Paris lors de la journ&eacute;e des Barricades le 12 mai 1588, ainsi que l&#8217;ex&eacute;cution du duc de Guise sur ordre du roi &agrave; Blois le 23 d&eacute;cembre suivant.<\/p>\n<p>Profond&eacute;ment choqu&eacute;s par le meurtre du chef de la Ligue, les Vervinois, comme la plupart des habitants du dioc&egrave;se de Laon, se sont ralli&eacute;s &agrave; celle-ci, mais ils n&#8217;ont pas tard&eacute; &agrave; conna&icirc;tre les malheurs de la guerre civile. Vervins a &eacute;t&eacute; pris par les partisans du roi en janvier 1590, par les ligueurs en ao&ucirc;t 1591 et par Henri IV en personne en octobre de la m&ecirc;me ann&eacute;e. La petite ville a connu la ruine et la d&eacute;solation.<\/p>\n<p>Comme ses concitoyens, Marc Lescarbot s&#8217;est r&eacute;joui de voir revenir, &agrave; la fin du printemps ou au d&eacute;but de l&#8217;&eacute;t&eacute; 1592, son coseigneur Guillemette de Coucy. Cette jeune femme particuli&egrave;rement &eacute;nergique a su n&eacute;gocier une tr&ecirc;ve faisant de Vervins une cit&eacute; neutre. L&#8217;espoir qu&#8217;elle a suscit&eacute; chez les habitants a &eacute;t&eacute; lyriquement exprim&eacute; par Marc Lescarbot dans sa premi&egrave;re &oelig;uvre connue, un po&egrave;me &eacute;pique intitul&eacute; <i>A Madame de Coucy. Sur la Tr&eacute;ve par elle trait&eacute;e.<\/i><\/p>\n<p>C&#8217;est toutefois seulement apr&egrave;s la reddition de Paris &agrave; Henri IV devenu catholique que notre jeune Vervinois a pu envisager de poursuivre ses &eacute;tudes juridiques. &Ecirc;tre licenci&eacute; &agrave; la fois en droit canon et en droit romain &eacute;tait une n&eacute;cessit&eacute; pour quiconque r&ecirc;vait de r&eacute;ussite sociale par un passage dans le monde de la Justice. Il est parti &agrave; Toulouse, probablement d&egrave;s l&#8217;&eacute;t&eacute; 1594, et y a s&eacute;journ&eacute; jusqu&#8217;&agrave; l&#8217;obtention de la licence convoit&eacute;e, vraisemblablement en 1597.<\/p>\n<p>D&egrave;s son retour en Thi&eacute;rache, Marc Lescarbot a &eacute;t&eacute; confront&eacute; aux souffrances endur&eacute;es par les habitants de Vervins depuis la prise de la citadelle voisine de La Capelle par les Espagnols le 12 mai 1594. Les Vervinois avaient pu r&eacute;sister &agrave; l&#8217;assaut du 4 d&eacute;cembre 1594 en n&eacute;gociant une nouvelle neutralit&eacute;, mais ils se lamentaient sur l&#8217;ins&eacute;curit&eacute; qui r&eacute;gnait dans le plat pays : ne recevant pas de solde &agrave; cause de la p&eacute;nurie du tr&eacute;sor de Philippe II, les soldats de celui-ci menaient des raids incessants pour ran&ccedil;onner les audacieux qui sortaient hors des remparts. <\/p>\n<p><b>Les espoirs d&eacute;&ccedil;us<\/b><br \/>Le sauveur des Vervinois a &eacute;t&eacute; cette fois-ci le l&eacute;gat Alexandre de M&eacute;dicis, envoy&eacute; par le pape Cl&eacute;ment VIII pour mettre fin &agrave; la guerre s&eacute;vissant officiellement entre la France et l&#8217;Espagne depuis le 17 janvier 1595. Les deux parties avaient choisi la petite ville de Thi&eacute;rache pour la r&eacute;union de leur congr&egrave;s, en raison de sa neutralit&eacute; et de l&#8217;&eacute;nergie de Guillemette de Coucy qui la rendait capable de recevoir dignement les n&eacute;gociateurs. Commenc&eacute;es le 9 f&eacute;vrier 1598, les discussions ont abouti &agrave; la signature du trait&eacute; de Vervins le 2 mai 1598.<\/p>\n<p>Marc Lescarbot a &eacute;t&eacute; choisi &agrave; deux reprises par ses concitoyens pour haranguer en latin le l&eacute;gat Alexandre de M&eacute;dicis. Il l&#8217;a fait le 14 mai 1598 pour le remercier d&#8217;avoir offert le remplacement des vitres de l&#8217;&eacute;glise, ainsi que divers ornements pour celle-ci, et le 31, pour rendre hommage &agrave; son r&ocirc;le d&eacute;cisif dans le retour de la paix en France. La conclusion du trait&eacute; franco-espagnol lui apparaissait comme une victoire de Dieu et de l&#8217;&Eacute;glise catholique. Il y voyait le d&eacute;but d&#8217;une restauration de l&#8217;unit&eacute; de la Chr&eacute;tient&eacute; qui avait vol&eacute; en &eacute;clats avec l&#8217;essor du protestantisme.<\/p>\n<p>Devenu avocat au parlement de Paris gr&acirc;ce aux relations de Guillemette de Coucy, Marc Lescarbot a utilis&eacute; son temps libre pour traduire des &oelig;uvres latines de grands artisans de la Contre-R&eacute;forme. Sa premi&egrave;re traduction, publi&eacute;e en 1599, a &eacute;t&eacute; celle de la relation &eacute;crite par le cardinal Baronius des soumissions des Coptes et des Ruth&egrave;nes au pape Cl&eacute;ment VIII en 1595. Notre Vervinois y a dit esp&eacute;rer voir bient&ocirc;t les protestants faire de m&ecirc;me, une fois &eacute;clair&eacute;s sur leurs erreurs, et pour h&acirc;ter leur retour dans le giron de l&#8217;&Eacute;glise de Rome, il a encourag&eacute; la formation d&#8217;un clerg&eacute; digne de sa mission pastorale, en traduisant en 1600 <i>La Guide des Curez et Instructions des Pasteurs<\/i> de saint Charles Borrom&eacute;e.<\/p>\n<p>Grande a &eacute;t&eacute; cependant sa d&eacute;ception face &agrave; l&#8217;inertie du clerg&eacute; et &agrave; la poursuite de la coexistence des protestants et des catholiques dans la France de l&#8217;&eacute;dit de Nantes voulu par Henri IV &Agrave; cela se sont ajout&eacute;es ses frustrations d&#8217;avocat. Devant se contenter de petites causes et oblig&eacute; de loger &agrave; bon compte au coll&egrave;ge de Laon &agrave; Paris, moyennant la d&eacute;fense des int&eacute;r&ecirc;ts de l&#8217;&eacute;tablissement, Marc Lescarbot a &eacute;t&eacute; confront&eacute; &agrave; l&#8217;avilissement de son m&eacute;tier. Celui-ci &eacute;tait d&ucirc; au durcissement de la hi&eacute;rarchie interne du Palais provoqu&eacute; par le repliement des familles de Grande Robe sur les offices de magistrats devenus h&eacute;r&eacute;ditaires par le m&eacute;canisme de la v&eacute;nalit&eacute; des charges.<\/p>\n<p>D&eacute;prim&eacute;, et en difficult&eacute; avec Geoffroy de Billy, nouvel &eacute;v&ecirc;que de Laon, il a accept&eacute; la proposition que lui a faite, en mars 1606, Jean de Poutrincourt de l&#8217;accompagner en Am&eacute;rique du Nord. Ce seigneur du Vimeu venait d&#8217;&ecirc;tre charg&eacute; par Pierre Dugua de Mons, lieutenant g&eacute;n&eacute;ral en la Nouvelle-France, d&#8217;aller prendre le commandement de la colonie du port Royal cr&eacute;&eacute;e en 1605 en Acadie. Il avait besoin d&#8217;un lettr&eacute; capable de servir de m&eacute;morialiste &agrave; son exp&eacute;dition. Aussi avait-il pens&eacute; &agrave; Lescarbot qu&#8217;il avait connu en Picardie avant 1604, lors de s&eacute;jours de l&#8217;avocat chez un ami commun.<\/p>\n<p><b>Une ann&eacute;e en Acadie<\/b><br \/>Le 13 mai 1606, leur bateau est parti de La Rochelle et, le 30 juillet, il est arriv&eacute; &agrave; Port-Royal. Lescarbot s&#8217;est vite enthousiasm&eacute; pour la beaut&eacute; du lieu : <i>&#8220;Ceditport est environn&eacute; de montagnes du c&ocirc;t&eacute; du Nord. Vers le Sud, ce sont des coteaux, lesquels (avec lesdites montagnes) versent mille ruisseaux qui rendent le lieu agr&eacute;able plus que nul autre du monde [&#8230;}. A l&#8217;Est est une rivi&egrave;re entre lesdits coteaux et montagnes, dans laquelle les navires peuvent faire voile jusqu&#8217;&agrave; quinze lieues ou plus, et durant cet espace, ce ne sont que des prairies de part et d&#8217;autre de ladite rivi&egrave;re [&#8230;] Il ya deux &icirc;les dedans fort belles et agr&eacute;ables&#8221;<\/i> <sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>En jardinant, en p&eacute;chant et en chassant, il s&#8217;est aussi enthousiasm&eacute; pour la fertilit&eacute; du sol, la diversit&eacute; de la flore et l&#8217;abondance de la faune. L&#8217;ing&eacute;nieux castor l&#8217;a laiss&eacute; admiratif et l&#8217;imposant orignal l&#8217;a vivement impressionn&eacute; : <i>&#8220;C&#8217;est un animal le plus haut qui soit apr&egrave;s le dromadaire et le chameau, car il est plus haut que le cheval, il a le poil ordinairement grison, et quelquefois fauve, long quasi comme les doigts de la main. Sa t&ecirc;te est fort longue et a un ordre presque infini de dents. Il porte son bois double comme le cerf, mais large comme une planche, et long de trois pieds, garni de cornichons d&#8217;un c&ocirc;t&eacute; de sa longueur et au-dessus. Le pied en est fourchu comme celui du cerf, mais beaucoup plus plantureux.&#8221; <\/i><sup>2<\/sup><\/p>\n<p>Lescarbot a aussi c&ocirc;toy&eacute; les indig&egrave;nes micmacs. Il a not&eacute; leurs chants, recueilli leurs r&eacute;flexions et observ&eacute; leur vie quotidienne. Parfois m&ecirc;me, il n&#8217;a pas h&eacute;sit&eacute; &agrave; vivre avec eux. Ainsi, durant l&#8217;hiver 1606-1607, il en a suivi certains pour r&eacute;cup&eacute;rer la viande d&#8217;un orignal tu&eacute; &#8220;sur le bord d&#8217;un grand ruisseau &agrave; environ deux lieues et demie dans les terres&#8221;, et l&agrave;, ses compagnons et lui ont pass&eacute; une tr&egrave;s agr&eacute;able soir&eacute;e : <i>&#8220;Nous y f&icirc;mes la tabagie [festin] fort voluptueuse avec cette venaison si tendre qu&#8217;il ne se peut rien dire de plus, et apr&egrave;s le r&ocirc;ti, nous e&ucirc;mes du bouilli et du potage abondamment appr&ecirc;t&eacute;s en un instant par un Sauvage qui fa&ccedil;onna avec sa hache un bac, ou auge, d&#8217;un tronc d&#8217;arbre, dans lequel il fit bouillir sa chair.&#8221; <\/i><sup>3<\/sup><\/p>\n<p>Conscient que l&#8217;Acadie &eacute;tait une terre nouvelle ayant un avenir, qu&#8217;elle n&#8217;&eacute;tait pas encore un nouveau jardin d&#8217;&Eacute;den, mais qu&#8217;elle pouvait le devenir, Lescarbot a veill&eacute; au r&egrave;gne de l&#8217;harmonie dans la colonie du port Royal. Faute de pr&ecirc;tre, il s&#8217;est occup&eacute; de l&#8217;instruction religieuse des colons : <i>&#8220;Ayant &eacute;t&eacute; pri&eacute; par le sieur de Poutrincourt, notre chef, de donner quelques heures de mon industrie &agrave; enseigner chr&eacute;tiennement notre petit peuple, pour ne pas vivre en b&ecirc;tes, et pour donner exemple de notre fa&ccedil;on de vivre aux Sauvages, je l&#8217;ai fait en la n&eacute;cessit&eacute;, et en &eacute;tant requis, chaque dimanche, et quelquefois extraordinairement, presque tout le temps que nous y avons &eacute;t&eacute;.&#8221;<\/i> <sup>4<\/sup> Pendant un voyage de reconnaissance de Poutrincourt, il l&#8217;a m&ecirc;me remplac&eacute; comme chef de poste.<\/p>\n<p>Son <i>Th&eacute;&acirc;tre de Neptune<\/i>, la premi&egrave;re &oelig;uvre th&eacute;&acirc;trale compos&eacute;e et repr&eacute;sent&eacute;e en Am&eacute;rique du Nord, a &eacute;t&eacute; le moment fort de la r&eacute;ception qu&#8217;il a offerte, &agrave; la mani&egrave;re d&#8217;une entr&eacute;e royale, pour le retour de l&#8217;hardi explorateur le 14 novembre 1606. Comme des magistrats municipaux allant au-devant du souverain hors des murs de leur ville, des colons d&eacute;guis&eacute;s en Neptune, en Tritons et en Sauvages sont venus sur l&#8217;eau pour saluer et haranguer Poutrincourt, afin de l&#8217;assurer de leur loyaut&eacute;. Puis a &eacute;t&eacute; reproduit, avec des chants, de la trompette et des coups de canons, le d&eacute;fil&eacute; du roi et des &eacute;diles s&#8217;acheminant sous les acclamations de la foule vers la cath&eacute;drale, ou l&#8217;&eacute;glise principale du lieu, pour un <i>Te Deum <\/i>suivi par un grand banquet, et c&#8217;est Marc Lescarbot en personne qui a accueilli tout le monde &agrave; l&#8217;entr&eacute;e de l&#8217;habitation, en demandant <i>&#8220;qu&#8217;avant boire chacun hautement &eacute;ternue\/Afin de d&eacute;charger toutes froides humeurs.&#8221; <\/i><sup>5<\/sup><\/p>\n<p>Il a aussi particip&eacute;, avec Samuel de Champlain, &agrave; la cr&eacute;ation de l&#8217;ordre de Bon-Temps destin&eacute; &agrave; maintenir la coh&eacute;sion de l&#8217;&eacute;tat-major de la colonie et &agrave; le pr&eacute;server du scorbut en lui assurant une bonne nourriture. &Agrave; tour de r&ocirc;le, c&#8217;est-&agrave;-dire un jour sur quinze, un des hommes qui mangeaient &agrave; la table de Poutrincourt devait chasser et p&ecirc;cher pour nourrir les autres. Puis, lors du repas du soir, le ma&icirc;tre d&#8217;h&ocirc;tel du moment arrivait suivi des autres membres de l&#8217;ordre portant chacun un plat et, apr&egrave;s le dessert, il remettait &agrave; son successeur l&#8217;insigne de sa charge, un collier, avant de trinquer avec lui.<\/p>\n<p>Le 24 mai 1607, une mauvaise nouvelle est parvenue aux colons : en raison de la rupture de la soci&eacute;t&eacute; constitu&eacute;e par Dugua de Mons pour financer la colonie gr&acirc;ce &agrave; l&#8217;exploitation du monopole de la traite des fourrures accord&eacute; par Henri IV en 1603, tous devaient rentrer en France. Ils ont d&eacute;barqu&eacute; &agrave; Roscoff le 28 septembre. Apr&egrave;s une visite du Mont-Saint-Michel, Marc Lescarbot a pris le chemin de Paris et n&#8217;a pas tard&eacute; &agrave; reprendre ses activit&eacute;s d&#8217;avocat au Parlement.<\/p>\n<p><b>L&#8217;historien de la Nouvelle-France<\/b><\/p>\n<table style=\"margin-right: 10px; margin-bottom: 10px; width: 147px; float: left;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin36\/Histoire_de_la_Nouvelle_France.jpg\" alt=\"Photo de la page de titre de l'Histoire de la Nouvelle-France de Marc Lescarbot.\" title=\"Photo de la page de titre de l'Histoire de la Nouvelle-France de Marc Lescarbot.\" \/><\/p>\n<h6>Photo de la page de titre de l&#8217;<i>Histoire de la Nouvelle-France<\/i> de Marc Lescarbot<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>II n&#8217;a pas pour autant cess&eacute; ses amicales relations avec les colonisateurs acadiens. Pour inciter le roi &agrave; les soutenir &eacute;nergiquement, il s&#8217;est r&eacute;solu &agrave; faire appr&eacute;cier leurs efforts en r&eacute;digeant, pendant les vacances judiciaires de 1608, une <i>Histoire de la Nouvelle-France.<\/i> Il a voulu montrer que les Fran&ccedil;ais avaient autant de droits &agrave; la possession des pays d&#8217;outre-mer que les Espagnols et les Portugais, d&#8217;o&ugrave; son rappel des tentatives de colonisation faites au nom du roi de France en Am&eacute;rique au XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Il a ensuite tenu &agrave; prouver que Dugua de Mons et Poutrincourt ne commettaient pas les erreurs de leurs pr&eacute;d&eacute;cesseurs et qu&#8217;ils avaient donc les qualit&eacute;s n&eacute;cessaires pour r&eacute;ussir. Enfin, il s&#8217;est efforc&eacute; de persuader les &eacute;ventuels immigrants fran&ccedil;ais que la fertilit&eacute; de la Nouvelle-France pouvait leur apporter le bonheur.<\/p>\n<p>L&#8217;<i>Histoire de la Nouvelle-France<\/i>, avec en annexe un recueil de po&egrave;mes intitul&eacute; <i>Les Muses de la Nouvelle-France<\/i>, est parue en 1609. Elle a eu du succ&egrave;s gr&acirc;ce au m&eacute;lange de souvenirs personnels et de comptes rendus de lectures faits par son auteur avec beaucoup de bonne humeur, mais elle n&#8217;a pas influenc&eacute; la politique royale : le monopole de Dugua de Mons a &eacute;t&eacute; d&eacute;finitivement r&eacute;voqu&eacute; par Henri IV quelques mois plus tard. Marc Lescarbot ne s&#8217;est pas d&eacute;courag&eacute; et le retour de Poutrincourt &agrave; Port-Royal lui a donn&eacute; l&#8217;occasion de continuer &agrave; se battre la plume &agrave; la main.<\/p>\n<p>L&#8217;un des motifs de la r&eacute;vocation du monopole de Dugua de Mons &eacute;tant son incapacit&eacute; &agrave; convertir des indig&egrave;nes, Poutrincourt a pens&eacute; pouvoir en obtenir un pour lui-m&ecirc;me en baptisant beaucoup de Micmacs. D&egrave;s son arriv&eacute;e &agrave; Port-Royal, le 17 juin 1610, il est parti en chercher, mais n&#8217;a pu r&eacute;unir que les vingt et un membres de la famille du chef Membertou. Le 24, le pr&ecirc;tre Jess&eacute; Fl&eacute;ch&eacute; les a tous baptis&eacute;s et deux semaines plus tard, Poutrincourt a renvoy&eacute; son fils en France pour annoncer la nouvelle.<\/p>\n<p><b>Au secours de Poutrincourt<\/b><br \/>Marc Lescarbot a rencontr&eacute; le jeune messager, Charles de Biencourt, &agrave; la fin d&#8217;ao&ucirc;t ou au d&eacute;but de septembre 1610. Il s&#8217;est aussit&ocirc;t mis &agrave; r&eacute;diger un m&eacute;moire dans lequel il a sugg&eacute;r&eacute; &agrave; Marie de M&eacute;dicis de soutenir l&#8217;&eacute;vang&eacute;lisation commenc&eacute;e &agrave; Port-Royal. La r&eacute;gente a re&ccedil;u le fils de Poutrincourt le 1<sup>er<\/sup> octobre 1610, mais elle lui a donn&eacute; l&#8217;ordre de repartir en Nouvelle-France avec deux j&eacute;suites, les P&egrave;res Biard et Mass&eacute;.<\/p>\n<p>Soucieux de laisser Poutrincourt ma&icirc;tre de Port-Royal, Marc Lescarbot a ajout&eacute; une suite &agrave; son m&eacute;moire. Il l&#8217;a consacr&eacute;e &agrave; l&#8217;inutilit&eacute; d&#8217;envoyer des missionnaires, tout en sachant qu&#8217;il n&#8217;y avait qu&#8217;un seul pr&ecirc;tre en Acadie&hellip; Le 7 octobre 1610, Marie de M&eacute;dicis a renouvel&eacute; son ordre. Les deux parties de la <i>Conversion des Sauvages<\/i> n&#8217;ont pas emp&ecirc;ch&eacute; la premi&egrave;re mission des j&eacute;suites en Nouvelle-France. Cette pol&eacute;mique a tout de m&ecirc;me eu le m&eacute;rite d&#8217;attiser la curiosit&eacute; du public pour le Canada. Les &eacute;diteurs ont su en profiter. En 1611, alors que la premi&egrave;re livraison du <i>Mercure fran&ccedil;ais <\/i>relatait les exp&eacute;ditions men&eacute;es en Nouvelle-France de 1604 &agrave; 1608, une deuxi&egrave;me &eacute;dition de l&#8217;<i>Histoire<\/i> de Marc Lescarbot a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e. Elle &eacute;tait augment&eacute;e du r&eacute;cit des entreprises men&eacute;es par Champlain, pour le compte de Dugua de Mons, dans la vall&eacute;e du Saint-Laurent depuis 1608, et de celui du retour de Poutrincourt en Acadie en 1610. Son succ&egrave;s a &eacute;t&eacute; tel qu&#8217;elle a &eacute;t&eacute; r&eacute;imprim&eacute;e d&egrave;s 1612, mais elle n&#8217;a pas encore influenc&eacute; la r&eacute;gente : cette ann&eacute;e-l&agrave;, Marc Lescarbot a fait para&icirc;tre sa <i>Relation derni&egrave;re de ce qui s&#8217;est pass&eacute; au voyage du sieur de Poutrincourt, en la Nouvelle-France depuis 20 mois en &ccedil;a<\/i>, &agrave; la demande de son ami qui esp&eacute;rait toujours recevoir un t&eacute;moignage royal de reconnaissance.<\/p>\n<p>Marc Lescarbot est rest&eacute; ensuite silencieux jusqu&#8217;en 1617, en raison de son s&eacute;jour en Suisse. De retour &agrave; Paris, il a d&eacute;fendu Biencourt, successeur en Acadie de Poutrincourt apr&egrave;s la mort de celui-ci en 1615, contre le P&egrave;re Biard qu&#8217;il accusait d&#8217;&ecirc;tre responsable de la destruction de l&#8217;habitation de Port-Royal par l&#8217;Anglais Argall en 1613. Pour r&eacute;pondre &agrave; la <i>Relation<\/i> du j&eacute;suite parue en 1616 et pour compl&eacute;ter le Factum publi&eacute; par ses amis en 1614, il a fait sortir en 1617 une troisi&egrave;me &eacute;dition de son <i>Histoire de la Nouvelle-France<\/i> qui contenait aussi la suite des explorations de Champlain dans la r&eacute;gion du Saint-Laurent. Elle a eu un tel succ&egrave;s qu&#8217;elle a d&ucirc; &ecirc;tre r&eacute;imprim&eacute;e d&egrave;s 1618.<\/p>\n<p>Marc Lescarbot ne croyait cependant plus aux possibilit&eacute;s de quelques &eacute;lus de cr&eacute;er outre-Atlantique une nouvelle France exempte des corruptions de l&#8217;ancienne. Il a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; se tourner vers le jeune Louis XIII qui venait de conqu&eacute;rir son tr&ocirc;ne en &eacute;liminant Concini. Dans son <i>Bout de l&#8217;an <\/i>publi&eacute; en 1618, il l&#8217;a f&eacute;licit&eacute; d&#8217;avoir eu le courage de faire ex&eacute;cuter le favori de sa m&egrave;re et la m&ecirc;me ann&eacute;e, dans son <i>Tableau de la Suisse<\/i>, il l&#8217;a encourag&eacute; &agrave; user des Suisses pour r&eacute;tablir la domination de la France sur le nord de l&#8217;Italie. Cela a plu au roi qui lui a fait remettre, peu de temps apr&egrave;s, la somme de trois cents livres.<\/p>\n<p>Un gentilhomme campagnard<br \/>Petit avocat au parlement de Paris, mais auteur enfin reconnu par le pouvoir royal, Marc Lescarbot a pu envisager s&eacute;rieusement de faire un beau mariage. En 1619, il a &eacute;pous&eacute; Fran&ccedil;oise de Valpergue, une veuve issue d&#8217;une famille de la noblesse d&#8217;&eacute;p&eacute;e. Fran&ccedil;oise de Valpergue s&#8217;est vite r&eacute;v&eacute;l&eacute;e n&#8217;&ecirc;tre qu&#8217;une fausse riche h&eacute;riti&egrave;re. Certes, elle pouvait pr&eacute;tendre &agrave; la propri&eacute;t&eacute; de la maison familiale de Presles-et-Boves et &agrave; celle de la ferme de Saint-Audebert, mais elle ne pouvait pas en jouir : un quart de la premi&egrave;re et la totalit&eacute; de la seconde avaient &eacute;t&eacute; saisis, en 1586-1587, pour des dettes non pay&eacute;es par un oncle. Marc Lescarbot s&#8217;est donc trouv&eacute; oblig&eacute; de rassembler comme il pouvait les pi&egrave;ces de la succession de sa belle-famille &eacute;gar&eacute;es sur un <i>&#8220;oc&eacute;an de proc&egrave;s&#8221;<\/i> <sup>6<\/sup>. Il n&#8217;a vu la fin de ses d&eacute;m&ecirc;l&eacute;s judiciaires qu&#8217;en 1625.<\/p>\n<p>N&#8217;ayant plus les moyens de vivre &agrave; Paris, il s&#8217;est alors install&eacute; avec sa femme dans la propri&eacute;t&eacute; familiale de Presles-et-Boves. C&#8217;&eacute;tait un vaste domaine compos&eacute; de vergers, de potagers, d&#8217;une cour, d&#8217;une basse-cour, d&#8217;&eacute;tables, d&#8217;une grange et d&#8217;un manoir contenant des chambres, une cuisine, un fournil et un grenier. Cette b&acirc;tisse s&#8217;est dress&eacute;e en face de l&#8217;&eacute;glise du village jusqu&#8217;&agrave; sa destruction pendant la Premi&egrave;re Guerre mondiale, lors de l&#8217;offensive men&eacute;e par les Allemands &agrave; partir du Chemin des Dames &agrave; la fin du mois de mai 1918. Des photographies prises &agrave; la veille du conflit montrent un pignon &agrave; gradins, le fameux &#8220;pas de moineau&#8221; du Soissonnais, et une tourelle d&#8217;escalier &agrave; plan circulaire couverte d&#8217;une coupole de pierre avec lanterne, dont la construction semble remonter au XV<sup>e<\/sup> si&egrave;cle ou au-del&agrave;.<\/p>\n<p>Marc Lescarbot ne s&#8217;est pas compl&egrave;tement d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de la Nouvelle-France, car il a correspondu avec Isaac de Razilly, le fondateur de la colonie acadienne de La H&egrave;ve. Une lettre &eacute;crite par celui-ci en 1634 est parvenue jusqu&#8217;&agrave; nous. Il y &eacute;voque ses premiers succ&egrave;s et invite Marc Lescarbot et sa femme &agrave; venir le rejoindre, tout en se plaignant de ne pas disposer de moyens n&eacute;cessaires pour h&acirc;ter la colonisation.<\/p>\n<p>Trop &acirc;g&eacute;, notre v&eacute;t&eacute;ran de la Nouvelle-France a d&eacute;clin&eacute; l&#8217;invitation. Il a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; essayer d&#8217;attirer &agrave; nouveau l&#8217;attention de Louis XIII, en composant en 1628 un vaste po&egrave;me &eacute;pique chantant les exploits de l&#8217;arm&eacute;e royale lors de la reconqu&ecirc;te de l&#8217;&icirc;le de R&eacute; sur les Anglais et du si&egrave;ge de la cit&eacute; protestante de La Rochelle. Il s&#8217;est aussi consacr&eacute; &agrave; la sage gestion du patrimoine de sa femme. En se faisant payer les fermages en nature, en les stockant pour les vendre lors des hausses de prix et en choisissant avec soin les fermiers, la situation mat&eacute;rielle du couple s&#8217;est nettement am&eacute;lior&eacute;e pendant les ann&eacute;es 1630.<\/p>\n<p>Marc Lescarbot est d&eacute;c&eacute;d&eacute; &agrave; Presles-et-Boves entre le 29 avril et le 29 mai 1641. Le premier historien de la Nouvelle-France repose probablement encore sous le pav&eacute; de l&#8217;&eacute;glise du village.<\/p>\n<p>__________<\/p>\n<p>NOTES <\/p>\n<h6>(1) Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, Paris, Jean Millot, 1612, p. 454-455.<br \/>(2) Ibid., p. 803.<br \/>(3) Ibid., p. 805.<br \/>(4) Ibid., p. 490.<br \/>(5) M. Lescarbot, Le Th&eacute;&acirc;tre de Neptune, dans id., Les Muses de la Nouvelle-France, Paris, Jean Millot, 1609, p. 21.<br \/>(6) M. Lescarbot, La Chasse aux Anglois, Paris, Fran&ccedil;ois et Julien Jacquin, 1629, fol. *ijv. <\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fonder un monde meilleur en Nouvelle-France :Marc Lescarbot(vers 1570-1641) Par &Eacute;ric Thierry &nbsp; Tr&egrave;s marqu&eacute; par les guerres de Religion, Marc Lescarbot est un Thi&eacute;rachien devenu avocat au parlement de Paris qui est parti, en&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49],"tags":[],"class_list":["post-6423","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n36-juin-2013"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6423","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6423"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6423\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7213,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6423\/revisions\/7213"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6423"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6423"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6423"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}