{"id":6447,"date":"2013-05-26T16:35:35","date_gmt":"2013-05-26T20:35:35","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/il-y-a-250-ans-la-seigneurie-de-beauharnois-changeait-de-mains\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:50","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:50","slug":"il-y-a-250-ans-la-seigneurie-de-beauharnois-changeait-de-mains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/il-y-a-250-ans-la-seigneurie-de-beauharnois-changeait-de-mains\/","title":{"rendered":"Il y a 250 ans, la seigneurie de Beauharnois changeait de mains"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Il y a 250 ans, la seigneurie de Beauharnois changeait de mains<\/b><\/h2>\n<h5>Par Andr&eacute; LaRose*<\/h5>\n<p>&Agrave; Paris, le 7 juin 1763, Fran&ccedil;ois de Beauharnois vend &agrave; Michel Chartier de Lotbini&egrave;re sa seigneurie de Villechauve, dans le gouvernement de Montr&eacute;al <a href=\"#note\"><sup>i<\/sup><\/a>. Celle-ci mesure six lieues de front par six lieues de profondeur, soit 18 milles ou 29 kilom&egrave;tres de c&ocirc;t&eacute;. Commun&eacute;ment appel&eacute;e Beauharnois, cette seigneurie existe depuis 1729 mais est &agrave; peine colonis&eacute;e. Pourquoi change-t-elle de mains ce jour-l&agrave;?<\/p>\n<p><b>Contexte<\/b><br \/>La France sort vaincue de la guerre de Sept Ans (1756-1763) non seulement dans la vall&eacute;e du Saint-Laurent et la r&eacute;gion des Grands Lacs, mais ailleurs aussi, entre autres aux Antilles. Apr&egrave;s trois ans de n&eacute;gociations, les bellig&eacute;rants signent le trait&eacute; de Paris le 10 f&eacute;vrier 1763. La France c&egrave;de alors le Canada &agrave; la Grande-Bretagne et r&eacute;cup&egrave;re une partie des Antilles. D&#8217;autres &eacute;changes de territoires se produisent. La face du monde s&#8217;en trouve boulevers&eacute;e : la France perd son premier empire colonial, tandis que la Grande-Bretagne &eacute;merge comme premi&egrave;re puissance mondiale.<\/p>\n<p><b>Le vendeur<\/b><br \/>Lors de la transaction, Fran&ccedil;ois de Beauharnois habite &agrave; Paris. &Agrave; 49 ans, il est sur le point d&#8217;&ecirc;tre mis &agrave; la retraite. En 1756, il a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; gouverneur g&eacute;n&eacute;ral des &icirc;les du Vent, dans les Antilles, et promu au rang de marquis. Toutefois, il n&#8217;exerce plus ses fonctions : il a &eacute;t&eacute; rappel&eacute; en France deux ans apr&egrave;s la prise de la Guadeloupe par les Anglais en 1759. Auparavant, il avait fait carri&egrave;re comme officier de marine, comme son p&egrave;re, Claude de Beauharnois, et ses oncles paternels Fran&ccedil;ois et Charles. &Agrave; titre d&#8217;officier, Fran&ccedil;ois a d&#8217;ailleurs eu l&#8217;occasion de venir &agrave; Qu&eacute;bec &agrave; plusieurs reprises. <\/p>\n<div style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin36\/Murrays_Map_1761_NMC-135038.jpg\" alt=\"La seigneurie de Villechauve (Beauharnois) en 1761.\" title=\"La seigneurie de Villechauve (Beauharnois) en 1761.\" \/><\/div>\n<p>La seigneurie de Villechauve (Beauharnois) en 1761<\/p>\n<h6>Source : Biblioth&egrave;que et Archives Canada, NMC-135038<\/h6>\n<h6>Situ&eacute;e sur la rive sud du Saint-Laurent, en amont de Montr&eacute;al, la seigneurie de Villechauve fait face &agrave; l&#8217;&icirc;le Perrot et &agrave; la seigneurie de Soulanges. Elle est born&eacute;e &agrave; l&#8217;est par la seigneurie de Ch&acirc;teauguay. Comme en t&eacute;moigne la carte du g&eacute;n&eacute;ral Murray, en 1761, elle commen&ccedil;ait &agrave; peine &agrave; &ecirc;tre colonis&eacute;e, entre l&#8217;embouchure de la rivi&egrave;re Saint-Louis (directement sous le <i>L<\/i> du mot <i>Lawrence<\/i>) et les &icirc;les de la Paix.<\/h6>\n<p>La seigneurie de Villechauve avait &eacute;t&eacute; octroy&eacute;e conjointement &agrave; son p&egrave;re et &agrave; son oncle Charles en 1729. Mais, en 1749, &agrave; la mort de ce dernier, onze ans apr&egrave;s celle de Claude, cette seigneurie est &laquo; r&eacute;unie au domaine du roi &raquo;. Autrement dit, elle est ray&eacute;e de la carte, le marquis de Beauharnois &laquo; n&#8217;ayant point rempli les conditions auxquelles Sa Majest&eacute; la lui avait accord&eacute;e &raquo;. Apr&egrave;s la mort de son oncle Charles, Fran&ccedil;ois de Beauharnois adresse donc une supplique au ministre de la Marine afin d&#8217;&ecirc;tre mis en possession de cette terre. Les autorit&eacute;s acc&egrave;dent &agrave; sa requ&ecirc;te et le 14 juin 1750, la seigneurie lui est conc&eacute;d&eacute;e &agrave; perp&eacute;tuit&eacute;, &agrave; lui et &agrave; ses h&eacute;ritiers. <\/p>\n<p>La r&eacute;insertion de Villechauve en Nouvelle-France dans le patrimoine familial constitue certainement une marque d&#8217;honneur et un objet de fiert&eacute; pour le nouveau titulaire. Mais, treize ans apr&egrave;s &ecirc;tre entr&eacute; en possession de celle-ci, Fran&ccedil;ois de Beauharnois se voit forc&eacute; de la vendre. En raison de ses ant&eacute;c&eacute;dents, il n&#8217;est pas question pour lui d&#8217;aller s&#8217;&eacute;tablir dans la nouvelle colonie britannique. De toute fa&ccedil;on, ses int&eacute;r&ecirc;ts sont en France et aux Antilles. Sans doute se sent-il alors soulag&eacute; de trouver preneur.<\/p>\n<p><b>L&#8217;acheteur<\/b><br \/>Le nouvel acqu&eacute;reur, Michel Chartier de Lotbini&egrave;re, a tout juste 40 ans et il appartient &agrave; l&#8217;une des familles les plus &eacute;minentes du Canada. Ing&eacute;nieur militaire, il a choisi de passer en France au lendemain de la capitulation, mais ne rencontre que d&eacute;ceptions dans ses tentatives pour y poursuivre sa carri&egrave;re. Aussi, une fois le sort du Canada r&eacute;gl&eacute;, d&eacute;cide-t il de rentrer dans son pays natal.<\/p>\n<p>Avant de quitter la France, Chartier de Lotbini&egrave;re ach&egrave;te, en l&#8217;espace de deux mois, cinq seigneuries de propri&eacute;taires pour qui il est impensable de revenir au Canada : Rigaud, Vaudreuil et la Nouvelle-Beauce, de Pierre et Fran&ccedil;ois de Rigaud de Vaudreuil; Hocquart, de l&#8217;intendant du m&ecirc;me nom; et Villechauve, de Fran&ccedil;ois de Beauharnois. Ces acquisitions s&#8217;ajoutent notamment &agrave; la seigneurie de Lotbini&egrave;re, dont Michel a h&eacute;rit&eacute; &agrave; la mort de son p&egrave;re, en 1749, et &agrave; celle d&#8217;Alainville, qu&#8217;il s&#8217;est fait conc&eacute;der en 1758. <\/p>\n<p>La d&eacute;cision de Chartier de Lotbini&egrave;re de rentrer au Canada rev&ecirc;t donc &agrave; la fois un caract&egrave;re &eacute;conomique, social et politique. En acqu&eacute;rant cinq seigneuries coup sur coup, cet homme manifeste &eacute;videmment l&#8217;intention de s&#8217;&eacute;tablir &agrave; demeure dans la nouvelle colonie britannique et d&#8217;y vivre des rentes que lui procureront ses seigneuries. Par leur superficie, les terres en fief qu&#8217;il poss&egrave;de font de lui l&#8217;un des plus grands propri&eacute;taires fonciers du Canada, sinon le plus grand propri&eacute;taire de seigneuries la&iuml;ques, et l&#8217;un des plus prestigieux seigneurs.<\/p>\n<p>Chartier de Lotbini&egrave;re s&#8217;imagine qu&#8217;il pourra ainsi jouer un r&ocirc;le &agrave; la mesure de ses aspirations et se faire le porte-parole de ses compatriotes. La d&eacute;ception l&#8217;attendra, car il n&#8217;aura jamais sur ses pairs &mdash; et encore moins sur l&#8217;ensemble de la collectivit&eacute; &mdash; l&#8217;ascendant qu&#8217;il aurait voulu avoir. Les moyens financiers du personnage ne seront jamais &agrave; la hauteur de ses ambitions non plus.<\/p>\n<p><b>La transaction<\/b><br \/>La vente est conclue pour la somme de 22 000 livres de prix principal et 2 000 livres de pot-de-vin, ce terme d&eacute;signant &laquo; ce qui se donne par mani&egrave;re de pr&eacute;sent, au-del&agrave; du prix qui a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; entre deux personnes pour un march&eacute; &raquo; (<i>Dictionnaire de l&#8217;Acad&eacute;mie,<\/i> 4<sup>e<\/sup> &eacute;d., 1762). <\/p>\n<p>Pour s&#8217;acquitter de sa dette envers le marquis de Beauharnois, Chartier de Lotbini&egrave;re convient de lui verser 12 000 livres de rente, &agrave; raison de 600 livres par ann&eacute;e, et 12 000 livres comptant, dans les dix-huit mois &agrave; venir. En garantie, il remet au vendeur des lettres de change d&#8217;une valeur de 36 340 livres.<\/p>\n<p><b>Conclusion<\/b><br \/>La vente de la seigneurie de Villechauve en 1763 est une cons&eacute;quence locale d&#8217;un grand &eacute;v&eacute;nement international : la guerre de Sept Ans. Elle s&#8217;inscrit dans un mouvement au cours duquel 44 seigneuries sur 252 (17,5 %) changent de mains au lendemain de la Conqu&ecirc;te. Elle met en sc&egrave;ne deux nobles, tous deux victimes des circonstances, qui sont, chacun &agrave; leur fa&ccedil;on, des perdants. Cette vente marque une &eacute;tape dans l&#8217;histoire de la seigneurie, mais ce n&#8217;est pas la plus importante. La vente de Villechauve &agrave; Alexander Ellice, trente-deux ans plus tard, aura des effets nettement plus d&eacute;terminants.<\/p>\n<p><b>*NDLR <\/b>&ndash; Andr&eacute; LaRose est l&#8217;auteur d&#8217;une th&egrave;se de doctorat en histoire intitul&eacute;e &laquo; <a href=\"http:\/\/www.ruor.uottawa.ca\/en\/handle\/10393\/5171\">La seigneurie de Beauharnois, 1729-1867 : les seigneurs, l&#8217;espace et l&#8217;argent<\/a> &raquo; (Universit&eacute; d&#8217;Ottawa, 1987). Il publie un article plus complet sur la <a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/pdf\/LaRose_Vente_Seigneurie_Beauharnois_1763.pdf\">vente de la seigneurie de Beauharnois en 1763 dans le num&eacute;ro de juin 2013 d&#8217;<i>Au fil du temps<\/i><\/a>, revue de la Soci&eacute;t&eacute; d&#8217;histoire et de g&eacute;n&eacute;alogie de Salaberry (vol. 22, no 2). Dans le num&eacute;ro pr&eacute;c&eacute;dent de cette m&ecirc;me revue, il a publi&eacute; un article intitul&eacute; &laquo; Les caract&eacute;ristiques de la seigneurie de Beauharnois &raquo;, que nous reproduisons ici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>&laquo; <a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/pdf\/LaRose_Caracteristiques_v2.pdf\">Les caract&eacute;ristiques de la seigneurie de Beauharnois<\/a> &raquo;, (fichier PDF 10,9 Mo)<\/li>\n<li>Article plus complet sur la <a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/pdf\/LaRose_Vente_Seigneurie_Beauharnois_1763.pdf\">vente de la seigneurie de Beauharnois en 1763 dans le num&eacute;ro de juin 2013 d&#8217;<i>Au fil du temps <\/i>(vol. 22, no 2)<\/a>, (fichier PDF 3,1 Mo)<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.shgs.suroit.com\/accueil1.html\">Soci&eacute;t&eacute; d&#8217;histoire et de g&eacute;n&eacute;alogie de Salaberry<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><a title=\"note\" name=\"note\"><\/a>__________<br \/>NOTE<\/p>\n<h6>(i) Archives nationales de France, Minutier central (Paris), &Eacute;tude XXXVI, notaire Antoine Touvenot, no 508, vente de terre, 7 juin 1763.&nbsp;<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 250 ans, la seigneurie de Beauharnois changeait de mains Par Andr&eacute; LaRose* &Agrave; Paris, le 7 juin 1763, Fran&ccedil;ois de Beauharnois vend &agrave; Michel Chartier de Lotbini&egrave;re sa seigneurie de Villechauve, dans&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49],"tags":[],"class_list":["post-6447","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n36-juin-2013"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6447"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6447\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7237,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6447\/revisions\/7237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}