{"id":6477,"date":"2013-12-07T16:09:59","date_gmt":"2013-12-07T21:09:59","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/rouen-au-temps-des-migrations-des-filles-du-roy-splendeur-et-misere-dune-capitale-provinciale\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:52","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:52","slug":"rouen-au-temps-des-migrations-des-filles-du-roy-splendeur-et-misere-dune-capitale-provinciale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/rouen-au-temps-des-migrations-des-filles-du-roy-splendeur-et-misere-dune-capitale-provinciale\/","title":{"rendered":"Rouen au temps des migrations des Filles du Roy Splendeur et mis\u00e8re d&#8217;une capitale provinciale"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Rouen au temps des migrations des Filles du Roy<br \/>Splendeur et mis&egrave;re d&#8217;une capitale provinciale<\/b><\/h2>\n<h5>Par G&eacute;rard Hurpin<br \/>Ma&icirc;tre de conf&eacute;rences Histoire moderne<br \/>Universit&eacute; de Picardie Jules Verne<\/h5>\n<p><b>La p&eacute;riode de prosp&eacute;rit&eacute;<\/b><br \/>Au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, Rouen &eacute;tait la troisi&egrave;me ville de France, derri&egrave;re Paris et Lyon. Sans contredit, la capitale de la Normandie tenait une place tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;e sur l&#8217;&eacute;chiquier europ&eacute;en de quelque point de vue qu&#8217;on l&#8217;envisage : d&eacute;mographique, &eacute;conomique et culturel ; cela seul suffirait &agrave; expliquer qu&#8217;elle n&#8217;ait pu se tenir &agrave; l&#8217;&eacute;cart du grand mouvement de conqu&ecirc;te et d&#8217;exploration des nouveaux mondes. Les exploits de Cavelier de La Salle, explorateur rouennais de la vall&eacute;e du Mississipi, en t&eacute;moignent, mais son &eacute;pop&eacute;e ne doit pas faire oublier que des personnages de plus modeste envergure tent&egrave;rent, eux aussi, &laquo; l&#8217;aventure am&eacute;ricaine &raquo;. Les recherches de M. Charbonneau ont montr&eacute; que, de 1608 &agrave; 1679, quelque 500 personnes quitt&egrave;rent le territoire de l&#8217;actuel d&eacute;partement de la Seine-Maritime pour s&#8217;&eacute;tablir au Canada<sup> 1<\/sup>; parmi elles, des &laquo; Filles du Roy &raquo;.<\/p>\n<p>Au sujet de ces migrations &laquo; seinomarines<sup> 2<\/sup> &raquo;, nous avons un document capital ; il provient de Colbert lui-m&ecirc;me. Il s&#8217;agit d&#8217;une lettre &eacute;crite le 27 f&eacute;vrier 1670 par ce ministre &agrave; l&#8217;archev&ecirc;que de Rouen, Fran&ccedil;ois de Harlay de Champvallon. Il se plaignait que les filles tir&eacute;es de l&#8217;h&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral de Rouen pour s&#8217;&eacute;tablir en Nouvelle-France n&#8217;avaient pas &eacute;t&eacute; assez robustes pour r&eacute;sister au climat de ce pays. Il lui demandait de presser les cur&eacute;s des paroisses aux environs de Rouen de solliciter le d&eacute;part d&#8217;une cinquantaine de jeunes villageoises acceptant de passer dans le Nouveau Monde sous la conduite du sieur Guenet, marchand de Rouen<sup> 3<\/sup>. Les travaux des g&eacute;n&eacute;alogistes viennent confirmer les renseignements contenus dans ce texte.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;un pays est capable de supporter l&#8217;exode pacifique de certains de ses habitants, c&#8217;est bien &eacute;videmment qu&#8217;il est en &eacute;tat de trop-plein ; mais comment interpr&eacute;ter les raisons de cet exc&eacute;dent ? Est-ce une suite de la d&eacute;tresse ? Est-ce ce que l&#8217;on appelle une migration de mis&egrave;re ? Est-ce au contraire le signe d&#8217;une forte vitalit&eacute; d&eacute;mographique ? ou encore l&#8217;expression d&#8217;une force psychologique incoercible qui contraint certains &ecirc;tres, quand les temps y sont favorables, &agrave; ne pas se contenter d&#8217;un horizon trop &eacute;troit et &agrave; satisfaire par un d&eacute;part d&eacute;finitif le go&ucirc;t de la nouveaut&eacute; et de l&#8217;aventure ?<\/p>\n<p>Expansion : tel est le ma&icirc;tre mot qui guidera notre propos. Cette forme d&#8217;expansion d&eacute;mographique et &laquo; civilisationnelle &raquo; que manifeste le d&eacute;part des Filles du Roy doit &ecirc;tre rapproch&eacute;e de celle de la ville de Rouen &agrave; l&#8217;&eacute;poque consid&eacute;r&eacute;e, c&#8217;est-&agrave;-dire le XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle pris dans son ensemble. <\/p>\n<p>C&#8217;&eacute;tait un temps de dilatation g&eacute;n&eacute;rale de l&#8217;Occident, mais &agrave; cette notion d&#8217;expansion, il faut apporter un correctif : lorsque commen&ccedil;a en 1661 l&#8217;administration de Colbert, que l&#8217;on peut consid&eacute;rer comme l&#8217;un des principaux initiateurs du mouvement qui nous int&eacute;resse, cette expansion perdit de sa vigueur tout comme la croissance &eacute;conomique de Rouen. Elle n&eacute;cessitait pour se soutenir le concours de la puissance d&#8217;&Eacute;tat. <\/p>\n<p>Pour nous faire une id&eacute;e de ce qu&#8217;&eacute;tait cette ville au milieu du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, nous avons &agrave; notre disposition un tr&egrave;s beau plan de 1655, celui de Jacques Gomboust. Au plan proprement dit, ce cartographe a ajout&eacute; sur la planche, entre autres ornements, deux vues de Rouen : l&#8217;une prise du septentrion (du Mont-Fortin) ; l&#8217;autre, de l&#8217;orient (de la colline Sainte-Catherine).<\/p>\n<p>Au nord de la Seine, la ville, ses tr&egrave;s nombreuses &eacute;glises et ses b&acirc;timents officiels &eacute;taient enserr&eacute;s par de vieilles murailles dont le trac&eacute; est celui des actuels boulevards ; au sud du fleuve (quartier Saint-Sever), l&#8217;espace &eacute;tait loin d&#8217;&ecirc;tre vraiment urbanis&eacute; : quelques couvents (dominicaines clo&icirc;tr&eacute;es dites &laquo; Emmur&eacute;es<sup> 4<\/sup> &raquo;, religieux de Grandmont), de vastes jardins d&#8217;agr&eacute;ment, des promenades publiques, enfin : le mail et le cours d&#8217;initiatives r&eacute;centes.<\/p>\n<p>Une vue de Rouen vers 1630, &oelig;uvre de Claude de Jongh, tableau conserv&eacute; au mus&eacute;e des Beaux-Arts de Rouen <sup>5<\/sup>, compl&egrave;te le plan de Gomboust ; il n&#8217;a qu&#8217;un d&eacute;faut : le peintre donne une vue exag&eacute;r&eacute;ment statique de la ville alors qu&#8217;elle devait &ecirc;tre tr&egrave;s anim&eacute;e, forte de 80 000 habitants, ce qui dans l&#8217;Europe du temps &eacute;tait exceptionnel. &Agrave; remarquer sur ce tableau : le pont de pierre, reliant les rives de la Seine, est rompu. La ville, industrieuse pourtant, &eacute;tait hors d&#8217;&eacute;tat de le faire r&eacute;parer et dut se contenter de l&#8217;&eacute;tablissement d&#8217;un pont de bateaux. Ce pis-aller doit &agrave; lui seul nous inqui&eacute;ter au sujet de l&#8217;&eacute;tat des finances municipales, reflet d&#8217;une situation &eacute;conomique g&eacute;n&eacute;rale plut&ocirc;t d&eacute;prim&eacute;e &agrave; partir de 1630.<\/p>\n<p>Un document un peu tardif, il est vrai, nous apprend que cette ville comptait 112 m&eacute;tiers-jur&eacute;s <sup>6<\/sup> (ce que l&#8217;on appelle improprement des corporations). Toutes les activit&eacute;s artisanales et pr&eacute;-industrielles de ce temps-l&agrave; &eacute;taient repr&eacute;sent&eacute;es &agrave; Rouen Les plus importantes &eacute;taient li&eacute;es &agrave; la production et au commerce des tissus. On estimait &agrave; 700 les ma&icirc;tres-toiliers qui donnaient de l&#8217;ouvrage &agrave; 3500 ouvriers ; &agrave; 600 les marchands-drapiers r&eacute;unis aux merciers <sup>7<\/sup> assist&eacute;s de 400 compagnons. Ces chiffres tout &agrave; fait consid&eacute;rables laissent penser qu&#8217;&agrave; certains &eacute;gards, Rouen &eacute;tait rest&eacute;e alors une de ces villes drapantes comme l&#8217;Europe occidentale en a tant connu d&egrave;s le milieu du Moyen &Acirc;ge. On donne &agrave; imaginer l&#8217;animation qu&#8217;entra&icirc;nait le d&eacute;bit de ces draps et de ces toiles autour de la halle aux toiles et dans la zone portuaire. Ainsi s&#8217;explique le nombre tr&egrave;s &eacute;lev&eacute; des cabaretiers-aubergistes estim&eacute; &agrave; 300 <sup>8<\/sup>.<\/p>\n<p>Ce qui avait franchement chang&eacute; depuis le XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, &ccedil;&#8217;avaient &eacute;t&eacute; les directions du commerce. Le r&eacute;seau d&#8217;influence &eacute;conomique rouennais avait alors pris une ampleur qui, sans exag&eacute;ration, faisait de cette place ? alors comme aujourd&#8217;hui, et l&#8217;on songe au commerce des bl&eacute;s ? un <i>emporium <\/i>mondial. Rouen n&#8217;avait cess&eacute; de participer &agrave; l&#8217;expansion europ&eacute;enne outre-mer sans que l&#8217;Am&eacute;rique ait eu une place privil&eacute;gi&eacute;e dans ses &eacute;changes. D&#8217;autres espaces maritimes avaient attir&eacute; l&#8217;investissement maritime rouennais. Selon les recherches tr&egrave;s approfondies de M. Lev&ecirc;que de Pontharouart dans les archives notariales o&ugrave; figurent des contrats maritimes, l&#8217;eldorado rouennais avait &eacute;t&eacute; au commencement du XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle non tant l&#8217;Am&eacute;rique que le Maroc, mais les circonstances politiques de la fin de ce si&egrave;cle avaient beaucoup favoris&eacute; Rouen et r&eacute;orient&eacute; les directions de son commerce. La guerre d&#8217;ind&eacute;pendance des Provinces-Unies avait amen&eacute; d&egrave;s 1576 la ruine d&#8217;Anvers qui avait fait jusque l&agrave; figure de capitale &eacute;conomique europ&eacute;enne <sup>9<\/sup>. Une partie du trafic anversois s&#8217;&eacute;tait repli&eacute;e &agrave; Rouen. La Hollande conqu&eacute;rait peu &agrave; peu l&#8217;&eacute;crasante pr&eacute;pond&eacute;rance &eacute;conomique, maritime et militaire dont elle allait jouir au moins jusqu&#8217;&agrave; la fin du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle ; elle allait s&#8217;exercer sur presque toute l&#8217;Europe occidentale. Cela se v&eacute;rifie parfaitement &agrave; Rouen o&ugrave; la direction de l&#8217;activit&eacute; portuaire, dans la premi&egrave;re moiti&eacute; du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, &eacute;tait tenue en derni&egrave;re analyse par les correspondants de maisons de commerce n&eacute;erlandaises <sup>10<\/sup>.<\/p>\n<p>Consid&eacute;rant la capitale de la Normandie du point de vue international, il ne faudrait pas non plus n&eacute;gliger la pr&eacute;sence d&#8217;Espagnols, tr&egrave;s visible &agrave; la fin du XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. M&ecirc;me si ce chapitre est pour le moment encore obscur et n&#8217;a &eacute;t&eacute; abord&eacute; que sous l&#8217;angle culturel et religieux, on a lieu de supposer que des n&eacute;gociants de cette nation d&eacute;bitaient les laines brutes de leur pays dans des comptoirs qu&#8217;ils avaient &eacute;tablis &agrave; Rouen <sup>11<\/sup>. Certains firent souche dans la r&eacute;gion et furent connus sous les noms de Civille, de Saldagne et de Quintanadoine o&ugrave; l&#8217;on reconna&icirc;t du premier coup d&#8217;&oelig;il les anthroponymes espagnols de Sevilla, Salda&ntilde;a et Quintanadue&ntilde;as. Ces familles &eacute;taient venues &agrave; Rouen pour leur n&eacute;goce ; elles ouvrirent encore un peu plus aux Rouennais les horizons des espaces hispaniques, europ&eacute;ens et am&eacute;ricains. Ces marchands eurent d&#8217;ailleurs bient&ocirc;t fait de se fondre dans la noblesse de robe et, ajoutons-le, d&#8217;abreuver la spiritualit&eacute; normande &agrave; la source du mysticisme florissant de leur pays d&#8217;origine. Il y eut parmi eux des marranes. On tient pour certain que Pierre Corneille a appris l&#8217;espagnol de M. de Chalon, donn&eacute; comme membre de cette communaut&eacute; juive ou juda&iuml;sante <sup>12<\/sup>.<\/p>\n<p>Cela prouve, &agrave; mon avis, l&#8217;intensit&eacute; des &eacute;changes commerciaux et des transferts culturels dont Rouen avait &eacute;t&eacute; le n&oelig;ud tout en gardant un puissant substratum pr&eacute;-industriel accompagn&eacute; ? on s&#8217;en doute, et l&#8217;affaire est de cons&eacute;quence ? d&#8217;un prol&eacute;tariat qu&#8217;on appela au XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle &laquo; les purins de Rouen &raquo;, concentr&eacute; dans l&#8217;&eacute;norme paroisse Saint-Maclou, sur les rives du Robec o&ugrave; se pressaient trente-trois ateliers de tanneries. C&#8217;&eacute;tait, &agrave; l&#8217;est de la ville, non loin de la Maresquerie o&ugrave; devait s&#8217;&eacute;tablir l&#8217;h&ocirc;pital g&eacute;n&eacute;ral, un vrai foyer de mis&egrave;re.<\/p>\n<p><b>Rouen s&#8217;essoufle<\/b><br \/>Pour encadrer une telle masse de population, si diverse et si h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne, la ville &eacute;tait administr&eacute;e par un grand nombre de magistrats dont les plus influents, et de loin, appartenaient &agrave; ce que l&#8217;on appelait des cours souveraines : le parlement, la chambre des comptes de Normandie, la cour des aides qui connaissait le contentieux fiscal de toute la province, le bureau des finances des tr&eacute;soriers de France. Il s&#8217;y ajoutait de tr&egrave;s nombreuses juridictions subalternes : bailliage, vicomt&eacute;, vicomt&eacute; de l&#8217;eau, juridiction consulaire et plusieurs justices seigneuriales. Le parlement de Rouen avait de loin le pas sur toutes les autres cours de justice. Il se composait de 108 officiers r&eacute;sidant souvent dans les quartiers aristocratiques de l&#8217;ouest dans de tr&egrave;s beaux h&ocirc;tels. Il avait juridiction sur toute la Normandie et si&eacute;geait dans l&#8217;actuel palais de justice. Il avait subi de cuisants &eacute;checs politiques qui eurent des suites n&eacute;fastes &agrave; son influence r&eacute;gionale et par suite au dynamisme propre de la ville de Rouen. Qu&#8217;il soit permis de les rappeler pour mieux en saisir les cons&eacute;quences le moment venu. <\/p>\n<p>Depuis 1635, la France, dirig&eacute;e par Louis XIII et le cardinal de Richelieu, &eacute;tait entr&eacute;e en guerre contre l&#8217;Espagne et l&#8217;empire allemand. Pour soutenir un tel conflit, le gouvernement central exigeait sans cesse de la population des efforts inou&iuml;s. La monarchie taxa tr&egrave;s lourdement la Normandie, province r&eacute;put&eacute;e riche ? sans doute &agrave; juste titre ? mais la pression fiscale fut port&eacute;e &agrave; un tel point que des &eacute;meutes connues sous le nom de r&eacute;volte des Nu-Pieds agit&egrave;rent toutes nos contr&eacute;es en 1639. Rouen donna le signal de la r&eacute;volte en haute Normandie. L&#8217;&eacute;meute commen&ccedil;a par les avou&eacute;s et leurs clercs, puis par les drapiers et les teinturiers suivis par les rentiers qui craignaient la banqueroute de l&#8217;&Eacute;tat et la perte de leurs cr&eacute;ances.<\/p>\n<p>Le parlement, charg&eacute; traditionnellement du maintien de l&#8217;ordre, ferma d&#8217;abord les yeux sur les d&eacute;sordres; quand il eut pris conscience de sa l&eacute;g&egrave;ret&eacute;, il &eacute;tait trop tard, l&#8217;&eacute;meute &eacute;tait ma&icirc;tresse de la ville. Richelieu confia la r&eacute;pression des troubles au colonel Gassion et le ch&acirc;timent des r&eacute;volt&eacute;s au chancelier S&eacute;guier. Des ex&eacute;cutions eurent lieu ; des personnes compromises dans les troubles gagn&egrave;rent l&#8217;Angleterre pour &eacute;chapper aux gal&egrave;res royales si ce n&#8217;est &agrave; la corde. Les corps constitu&eacute;s furent dissous provisoirement. En punition de sa r&eacute;volte, Rouen fut soumis &agrave; l&#8217;amende exorbitante d&#8217;un million quatre vingt-cinq mille livres.<\/p>\n<p>Un peu moins de dix ans plus tard, la province fut l&#8217;un des th&eacute;&acirc;tres de cette esp&egrave;ce de guerre folle : la Fronde. L&#8217;un des chefs de cette r&eacute;volte nobiliaire &eacute;tait le gouverneur de la province, le duc de Longueville, grand bailli de Rouen. Quand la Fronde se fut achev&eacute;e dans une d&eacute;b&acirc;cle compl&egrave;te, la situation de Rouen &eacute;tait s&eacute;rieusement compromise. La main pesante, mais pacificatrice de l&#8217;absolutisme, s&#8217;abattit sur toute la Normandie par l&#8217;interm&eacute;diaire de ses agents les plus z&eacute;l&eacute;s, les intendants, administrateurs nomm&eacute;s et r&eacute;voqu&eacute;s par le roi, &eacute;trangers aux int&eacute;r&ecirc;ts de coteries qui discr&eacute;ditaient l&#8217;ancienne administration. Ce furent des agents brutaux et sourcilleux mais d&#8217;une efficacit&eacute; incomparable : bref, des technocrates, l&agrave; o&ugrave; avait pr&eacute;valu jusque l&agrave; l&#8217;administration par les magistrats. D&egrave;s f&eacute;vrier 1650, au nom du tout jeune Louis XIV, le gouvernement central &eacute;tablit comme intendant de Rouen M. de Miromesnil qui y avait d&eacute;j&agrave; exerc&eacute; les m&ecirc;mes fonctions concurremment avec Claude Paris et &Eacute;tienne Pascal, p&egrave;re du philosophe. L&#8217;impulsion venait d&eacute;sormais de Paris. Rouen jouissait des bienfaits du retour de l&#8217;ordre certes ; mais l&#8217;initiative des politiques publiques &eacute;chappait d&eacute;sormais pour une part &agrave; ses notables qui l&#8217;avaient jusque-l&agrave; d&eacute;tenue.<\/p>\n<p>Ira-t-on jusqu&#8217;&agrave; dire que la vie municipale s&#8217;&eacute;tiolait ? Laissons parler ses responsables, les &eacute;chevins qui rendaient compte de leur administration tous les trois ans. Sans pr&eacute;tendre &eacute;tablir le total des charges pesant sur la ville, arr&ecirc;tons-nous aux plus pesantes obligations fiscales telles que les &eacute;chevins les exposaient. Selon eux, Rouen devait verser de 40 000 &eacute;cus (environ 120 000 livres <sup>13<\/sup>) destin&eacute;s &agrave; la maison de la reine. La France &eacute;tant constamment en guerre depuis 1635, il incombait &agrave; cette ville de fournir les v&ecirc;tements des fantassins du roi, ce qui &eacute;tait estim&eacute; &agrave; 20 000 livres. Les frais de logement des gens de guerre en quartier d&#8217;hiver (il n&#8217;existait pas alors de casernes) s&#8217;&eacute;levaient annuellement &agrave; 42 000 livres. Il s&#8217;y ajoutait des charges exceptionnelles lorsque les campagnes militaires devenaient particuli&egrave;rement on&eacute;reuses lors d&#8217;un si&egrave;ge comme ceux d&#8217;Arras (1654) et de Valenciennes (1656) ; un effort suppl&eacute;mentaire de 20 000 livres &eacute;tait alors exig&eacute;. <\/p>\n<p>La nature m&ecirc;me de la constitution monarchique mettait la ville dans l&#8217;obligation d&#8217;organiser des r&eacute;jouissances publiques dans toutes les circonstances o&ugrave; la gloire du monarque, la continuit&eacute; de la dynastie et la stabilit&eacute; de l&#8217;&Eacute;tat &eacute;taient en cause ; ce fut le cas&nbsp; &agrave; l&#8217;occasion du sacre du roi (1654), de la c&eacute;l&eacute;bration des victoires de ses armes, de la paix avec l&#8217;Angleterre (9 d&eacute;cembre 1655), de l&#8217;exaltation du pape Alexandre VII (1655), du mariage de Louis XIV (1659) et de la naissance du dauphin. Ces d&eacute;penses extraordinaires grevaient le budget des &eacute;quipements collectifs qu&#8217;il fallait sacrifier. Il est vrai que les gens du temps ne concevaient pas forc&eacute;ment l&#8217;emploi des deniers publics du point de vue utilitaire qui est maintenant le n&ocirc;tre : le spectacle de la gloire et la splendeur, le r&eacute;pit que les f&ecirc;tes apportaient, venaient rompre la monotonie des vies grises des populations et l&#8217;on ne pouvait concevoir de ville sans une succession de f&ecirc;tes religieuses et civiles. Cela avait sans doute au moins autant de prix que l&#8217;utile. C&#8217;est ainsi que Rouen devait remettre &agrave; plus tard les r&eacute;parations d&#8217;installations pourtant indispensables &agrave; la vie m&ecirc;me de ses habitants. Une des fontaines publiques, celle de Saint-L&eacute;ger amenant l&#8217;eau de consommation, s&#8217;&eacute;tait tarie faute d&#8217;entretien de certaines canalisations. Les foss&eacute;s n&#8217;&eacute;taient pas ou mal cur&eacute;s ; toutes sortes d&#8217;ordures les comblaient peu &agrave; peu aggravant ainsi le risque de peste qui &eacute;clata bien des fois sous forme &eacute;pid&eacute;mique jusqu&#8217; en 1668. Les murailles de la ville ? c&#8217;&eacute;tait d&#8217;ailleurs le fait d&#8217;en &ecirc;tre ceint qui d&eacute;finissait l&#8217;espace urbain ? &eacute;taient &eacute;chancr&eacute;es de br&egrave;ches par lesquelles passaient vagabonds et contrebandiers. Ces ouvertures, suites de la n&eacute;gligence et de l&#8217;imp&eacute;cuniosit&eacute;, pr&eacute;sentaient des dangers certains pour la s&eacute;curit&eacute; publique. En effet, le pays fut constamment en guerre de 1635 &agrave; 1659 : un coup de main audacieux de l&#8217;ennemi pouvait mettre Rouen en sa puissance <sup>14<\/sup>. Quant &agrave; l&#8217;introduction de marchandises de contrebande, c&#8217;&eacute;tait autant de perdu pour les caisses des octrois.<\/p>\n<p>Ne pouvant financer tous les grands travaux d&#8217;infrastructure, les &eacute;chevins paraient au plus press&eacute; : sauver ce qui pouvait l&#8217;&ecirc;tre des &eacute;quipements portuaires et commerciaux. Ils firent consolider et repaver le quai et proc&eacute;d&egrave;rent sur la rive sud du fleuve &agrave; la r&eacute;fection du talus et de la chauss&eacute;e des Emmur&eacute;es. On r&eacute;para les halles, &laquo; les plus belles de France &raquo; disait-on, et l&#8217;on fit refaire les ponts enjambant la rivi&egrave;re du Robec dont les eaux arrosaient les quartiers les plus populeux et les plus industrieux vers l&#8217;est de la ville. L&#8217;essentiel des d&eacute;penses &eacute;tait consacr&eacute; &agrave; l&#8217;entretien du pont de bateaux qui avait remplac&eacute; le pont de pierre dont l&#8217;une des arches s&#8217;&eacute;tait effondr&eacute;e depuis longtemps.<\/p>\n<p>La dette courante de la ville de Rouen &eacute;tait estim&eacute;e &agrave; 90 000 livres, la contraignant &agrave; l&#8217;augmentation des droits d&#8217;entr&eacute;e des marchandises p&eacute;n&eacute;trant dans la cit&eacute;. Cette &eacute;l&eacute;vation n&#8217;allait pas de soi ; il fallait en obtenir l&#8217;autorisation royale. Les droits que percevait la vicomt&eacute; de l&#8217;eau <sup>15<\/sup> sur le trafic fluvial furent augment&eacute;s ainsi que les octrois sur les cires et les sucres ; si la charge &eacute;tait on&eacute;reuse, somme toute, Rouen se tirait avantageusement de cette affaire alors que les octrois de toutes les autres villes de la Normandie avaient &eacute;t&eacute; doubl&eacute;s dans le m&ecirc;me temps <sup>16<\/sup>. Ces exorbitantes augmentations d&#8217;imp&ocirc;ts durent vraisemblablement ralentir le mouvement commercial et freiner la consommation populaire. Vers 1660, les finances municipales &eacute;taient arriv&eacute;es &agrave; un tel point de d&eacute;labrement que les &eacute;chevins durent prendre sur leurs deniers personnels pour parer aux d&eacute;penses les plus urgentes de la ville <sup>17<\/sup>. <\/p>\n<p>Le pouvoir central, constatant ces inextricables embarras, les attribua &agrave; l&#8217;incurie et &agrave; l&#8217;imp&eacute;ritie des autorit&eacute;s municipales dont il rogna peu &agrave; peu les pouvoirs jusqu&#8217;&agrave; ce que, par un lent mais constant processus centralisateur, l&#8217;&eacute;dit de 1692 eut compl&egrave;tement &eacute;touff&eacute; les tr&egrave;s anciennes libert&eacute;s des villes et eut fait des fonctions de maires de simples offices transmissibles et v&eacute;naux.<\/p>\n<p>Il est vrai que les forces institutionnelles d&#8217;encadrement semblaient d&eacute;bord&eacute;es depuis 1645 environ par la mont&eacute;e de la pauvret&eacute;, ins&eacute;parable de la pr&eacute;sence d&#8217;un important prol&eacute;tariat, sensible &agrave; tous les al&eacute;as d&#8217;une conjoncture &eacute;conomique plut&ocirc;t d&eacute;favorable et de circonstances politiques int&eacute;rieures franchement d&eacute;sastreuses lors m&ecirc;me que la France multipliait ses victoires, tant sur ses fronti&egrave;res que sur le territoire des ennemis, espagnols et imp&eacute;riaux. <\/p>\n<p>L&#8217;impossibilit&eacute; de r&eacute;gler la lancinante question de la pauvret&eacute; avait sans doute contribu&eacute; &agrave; l&#8217;affaiblissement du pouvoir municipal. En vain a-t-on cherch&eacute; une date pr&eacute;cise o&ugrave; le public changea d&#8217;attitude envers les pauvres. Les chronologies s&#8217;enchev&ecirc;trent et les faits rep&eacute;rables vont &agrave; l&#8217;encontre de ce que les textes normatifs &eacute;noncent&hellip; de l&agrave; les b&eacute;vues de Foucault et de ses &eacute;mules qui n&#8217;ont gu&egrave;re le sens du document et ont b&acirc;ti des &laquo; mod&egrave;les &raquo; sur des stocks documentaires manifestement insuffisants d&#8217;o&ugrave; l&#8217;on &eacute;cartait avec soin tout ce qui aurait pu aller &agrave; l&#8217;encontre de la &laquo; th&eacute;orie &raquo;.<\/p>\n<p>Il est vrai que la r&eacute;glementation rouennaise concernant les pauvres se pr&eacute;cipita &agrave; partir de 1645 et cette tendance persista jusqu&#8217;en 1661, comme si les forces d&#8217;encadrement avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;bord&eacute;es par une certaine forme de mont&eacute;e de la pauvret&eacute; pendant cette quinzaine d&#8217;ann&eacute;es <sup>18<\/sup>. Le 17 d&eacute;cembre 1645 le bureau des pauvres &#8211; institution municipale &#8211; publia une ordonnance en forme de r&egrave;glement touchant l&#8217;instruction, la nourriture et l&#8217;entretien des filles indigentes de sept &agrave; dix-sept ans menac&eacute;es par les p&eacute;rils o&ugrave; les exposait la mendicit&eacute; de leurs parents. Il &eacute;tait dispos&eacute; que ces filles seraient enferm&eacute;es et instruites dans la maison et enclos de la Maresquerie &laquo; et qui a est&eacute; fait expr&egrave;s pour renfermer les pauvres &raquo;. (C&#8217;&eacute;tait l&#8217;endroit m&ecirc;me d&#8217;o&ugrave;, selon Colbert dans le texte dont on a fait mention ci-dessus, on avait tir&eacute; des jeunes filles fragiles pour les conduire au Canada). Cette r&eacute;clusion aurait lieu &agrave; partir de P&acirc;ques 1646. Les jeunes filles devraient y &ecirc;tre instruites de leurs devoirs religieux, y apprendre un m&eacute;tier et, du produit de leur travail, se former un p&eacute;cule. S&#8217;il restait des places disponibles, on admettrait &agrave; la demande des parents, les filles d&#8217;ouvriers pauvres. Cette seule clause laisse songeur devant l&#8217;interpr&eacute;tation qu&#8217;on donne, &agrave; la suite de Foucault, de cette affaire de &laquo; renfermement &raquo; qui a fait flor&egrave;s dans les ann&eacute;es 70 o&ugrave; l&#8217;on faisait si abusivement servir &laquo; les sciences humaines &raquo; &agrave; des causes militantes. Si ces maisons avaient &eacute;t&eacute; les bagnes que la <i>doxa<\/i> &laquo; historiquement correcte &raquo; contraint d&#8217;y voir ? d&#8217;ailleurs par une cascade d&#8217;anachronismes manifestes ? comment expliquer qu&#8217;en cas de besoin, les n&eacute;cessiteux se fussent pr&eacute;cipit&eacute;s &agrave; leur porte ? <\/p>\n<p>Si l&#8217;on en juge par le r&egrave;glement du 1<sup>er<\/sup> mai 1646, l&#8217;ordinaire des pensionnaires, pour n&#8217;&ecirc;tre pas somptueux, n&#8217;&eacute;tait pas, sur le papier tout au moins, inf&eacute;rieur &agrave; ce que demandent les besoins &eacute;l&eacute;mentaires de la nutrition : 750 grammes de pain par jour, 100 g. de viande de b&oelig;uf, un potage au d&icirc;ner, un &oelig;uf et une pomme et quelques mesures de bi&egrave;re. Les pensionnaires &eacute;taient assur&eacute;s du service mensuel de chirurgiens.<\/p>\n<p>En 1654, les gar&ccedil;ons furent admis au logis de la Maresquerie. Des collectes o&ugrave; les notables furent requis d&#8217;ouvrir g&eacute;n&eacute;reusement leurs bourses permettaient d&#8217;ouvrir des ateliers de terrassements pour donner un salaire minimum aux hommes et aux gar&ccedil;ons en cas de crise &eacute;conomique et de ch&ocirc;mage.<\/p>\n<p>En contrepartie de cette r&eacute;glementation, il &eacute;tait entendu que les n&eacute;cessiteux &eacute;trangers &agrave; la ville seraient chass&eacute;s avec la derni&egrave;re s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, sauf cas tr&egrave;s particuliers (p&egrave;lerins v&eacute;ritables munis d&#8217;une attestation de leur &eacute;v&ecirc;que, &eacute;trangers victimes de circonstances extraordinaires, comme les Britanniques chass&eacute;s par la guerre civile). On peut simplement se demander si cette mesure a &eacute;t&eacute; s&eacute;rieusement appliqu&eacute;e dans une ville dont les murs &eacute;taient perc&eacute;s de br&egrave;ches&hellip; Toute cette r&eacute;glementation fut reprise dans l&#8217;arr&ecirc;t du parlement de Rouen du 23 avril 1654 o&ugrave; l&#8217;on voit le v&eacute;ritable acte de fondation du syst&egrave;me de secours rouennais d&#8217;Ancien R&eacute;gime. Il s&#8217;y ajoutait un effort de scolarisation qui peut para&icirc;tre bien timide, mais ce sont souvent par de faibles commencements que prennent consistance les fondations les plus durables. Un chanoine &eacute;tablissait, par acte du 10 septembre 1658, deux &eacute;coles de pauvres charg&eacute;es de leur enseigner la doctrine chr&eacute;tienne, la lecture et l&#8217;&eacute;criture.<\/p>\n<p>&Agrave; la fin du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, l&#8217;historien Masseville estimait que l&#8217;h&ocirc;pital de Rouen nourrissait plus de deux mille pauvres et que la d&eacute;pense s&#8217;y &eacute;levait &agrave; plus de cent mille francs chaque ann&eacute;e <sup>19<\/sup>.<\/p>\n<p>On assistait donc, dans ces d&eacute;cennies cruciales du milieu du XVII<sup>e <\/sup>si&egrave;cle, &agrave; une prise de conscience anxieuse par les notables de ce que l&#8217;on appela deux cents ans plus tard &laquo; la question sociale &raquo; ou encore &laquo; l&#8217;extension du paup&eacute;risme &raquo;. &Agrave; la v&eacute;rit&eacute;, l&#8217;ampleur de la vague de mis&egrave;re du milieu du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle a d&ucirc; prendre de court les milieux dirigeants de la ville qui, pour &eacute;viter son extension ind&eacute;finie, durent faire appel aux forces d&#8217;un absolutisme en plein essor lors de la prise du pouvoir par Louis XIV en 1661. C&#8217;est sous un tel signe qu&#8217;il faut placer l&#8217;int&eacute;ressante exp&eacute;rience des Filles du Roy : ce que la ville, &agrave; bout de souffle, ne put faire, le roi l&#8217;ex&eacute;cuta dans une brillante op&eacute;ration qui tenait un peu de ce que nous appelons &laquo; la communication &raquo;. Au roi, la charge de cinquante jeunes rouennaises, &agrave; la ville&hellip;le reste&hellip;<\/p>\n<p><b>La remise en ordre absolutiste<\/b><br \/>Fixer son attention trop longtemps sur la mis&egrave;re sociale fausse la repr&eacute;sentation qu&#8217;on peut se faire de cette vaste soci&eacute;t&eacute; qu&#8217;on appelle &laquo; une ville &raquo;. Mis&egrave;re et splendeur y coexistent, mais dans des rapports qui varient avec le temps. La justesse de notre esquisse exige que l&#8217;on s&#8217;attache &agrave; ce qui continuait de faire de Rouen une tr&egrave;s grande ville de France.<\/p>\n<p>Sur le plan de Gomboust, mentionn&eacute; plus haut, figure une discr&egrave;te mention : &laquo; maison de M. de Corneille &raquo;. Repoussons l&#8217;id&eacute;e de ramener le g&eacute;nie aux circonstances qui l&#8217;ont vu na&icirc;tre, se former et grandir, mais l&#8217;on ne peut s&#8217;emp&ecirc;cher de penser que si Rouen n&#8217;avait &eacute;t&eacute; la deuxi&egrave;me ou troisi&egrave;me ville du royaume, si elle n&#8217;avait &eacute;t&eacute; le lieu de commerce des id&eacute;es autant que des biens, le po&egrave;te l&#8217;aurait fui d&egrave;s ses jeunes ann&eacute;es. Or, il n&#8217;en fut rien. Il ne s&#8217;installa d&eacute;finitivement &agrave; Paris qu&#8217;en 1662, &agrave; cinquante-six ans. Bourgeois obscur qui ne dut son &eacute;l&eacute;vation qu&#8217;&agrave; son g&eacute;nie, admettons qu&#8217;il eut une dette envers sa ville o&ugrave; r&eacute;gnait une forte effervescence &laquo; culturelle &raquo; au temps de sa jeunesse, &agrave; tout le moins <sup>20<\/sup>. En 1658, Moli&egrave;re et sa troupe se produisirent &agrave; Rouen, dans un jeu de paume am&eacute;nag&eacute; en th&eacute;&acirc;tre durant l&#8217;&eacute;t&eacute; ; cette ville fut la derni&egrave;re &eacute;tape avant la s&eacute;dentarisation du grand comique &agrave; Paris. Ce fut lors du passage de la troupe de Moli&egrave;re &agrave; Rouen que Pierre Corneille &eacute;crivit l&#8217;&eacute;p&icirc;tre et les c&eacute;l&egrave;bres&nbsp; stances &agrave; Marquise Duparc, l&#8217;une des plus belles des com&eacute;diennes de son temps.<\/p>\n<p>Les deux fr&egrave;res, Pierre et Thomas Corneille, avaient &eacute;t&eacute; instruits au coll&egrave;ge des j&eacute;suites, somme toute de cr&eacute;ation r&eacute;cente : 1593. Cet &eacute;tablissement comptait deux mille &eacute;l&egrave;ves peu de temps apr&egrave;s sa fondation. Plus tard, pour les hautes &eacute;tudes th&eacute;ologiques et la formation de futurs pr&ecirc;tres, M. de Harlay, archev&ecirc;que, fit venir les p&egrave;res de l&#8217;Oratoire en 1641. On donne &agrave; penser le nombre de bons lettr&eacute;s que tous ces religieux formaient tout au moins dans la bourgeoisie et dans la noblesse <sup>21<\/sup>.<\/p>\n<p>La r&eacute;forme catholique, cons&eacute;cutive au concile de Trente, avait amen&eacute; l&#8217;&eacute;tablissement dans la ville de Rouen de nouvelles communaut&eacute;s de religieux : j&eacute;suites, oratoriens d&eacute;j&agrave; mentionn&eacute;s, mais aussi feuillants, r&eacute;collets, minimes et capucins ; de religieuses : carm&eacute;lites et de b&eacute;n&eacute;dictines du Saint-Sacrement dont la mystique Catherine de Bar. La ferveur religieuse catholique se manifestait par les &oelig;uvres de la charit&eacute; certes, mais il nous faut aussi prendre en compte le grand souffle artistique qui accompagna cette &laquo; invasion mystique &raquo;. &Agrave; la question : &laquo; Au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, les peintres occup&egrave;rent-ils &agrave; Rouen une place importante ? &raquo;, M. Denis Lavalle r&eacute;pond : &laquo; Tout concourut &agrave; la leur donner : une client&egrave;le ais&eacute;e et &eacute;rudite, un milieu artistique organis&eacute; et aux solides traditions, un lien toujours maintenu avec Paris <sup>22<\/sup>. &raquo; En effet, le nombre d&#8217;artistes peintres &eacute;tait si consid&eacute;rable dans la capitale normande qu&#8217;ils se constitu&egrave;rent en confr&eacute;rie de Saint-Luc en 1662. L&#8217;exposition &laquo; La peinture d&#8217;inspiration religieuse &agrave; Rouen au temps de Pierre Corneille &raquo; (1984) a permis &agrave; MM. Fran&ccedil;ois Bergot et Pierre Rosenberg d&#8217;isoler un foyer de cr&eacute;ation pictural rouennais actif depuis les derniers feux du mani&eacute;risme, avec le myst&eacute;rieux Saint-Igny, jusqu&#8217;au pur classicisme de Jouvenet. On n&#8217;aura garde d&#8217;oublier l&#8217;&eacute;l&eacute;gant Nicolas Colombel, artiste dans la pure tradition de Poussin, n&eacute; &agrave; Sotteville-l&egrave;s-Rouen en 1644, mort &agrave; Paris en 1717, dont une exposition du mus&eacute;e des Beaux-Arts de Rouen a retrac&eacute; la carri&egrave;re en 2012. On pourrait allonger la liste de ces peintres actifs dans ce foyer rouennais ; on y placerait&nbsp; Daniel Hall&eacute; (1614-1675), Pierre Le Tellier, Adrien Sacqu&eacute;p&eacute;e&hellip; La plupart de ces ma&icirc;tres travaill&egrave;rent principalement pour les maisons religieuses qui firent ainsi preuve d&#8217;un m&eacute;c&eacute;nat tr&egrave;s averti. <\/p>\n<p>La ville fut aussi redevable &agrave; ces religieux d&#8217;un vigoureux essor intellectuel, tardif, &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, en comparaison de certaines villes comme Caen. Les eccl&eacute;siastiques y tinrent une place d&#8217;honneur si l&#8217;on excepte le tr&egrave;s &eacute;rudit magistrat Bigot de Monville dont on consulte toujours les savants &eacute;crits. Le chapitre cath&eacute;dral de Rouen ouvrit sa biblioth&egrave;que aux savants vers 1650 et, sous l&#8217;impulsion de la r&eacute;forme de Saint-Maur, les b&eacute;n&eacute;dictins de Saint-Ouen confi&egrave;rent &agrave; Dom Pommeraye vers 1660 la r&eacute;daction de l&#8217;histoire de leur abbaye &agrave; laquelle il ajouta celle de la cath&eacute;drale et des conciles de Rouen dans d&#8217;imposants volumes in-folio. La premi&egrave;re histoire m&eacute;thodique de Rouen est due &agrave; Fran&ccedil;ois Farin ; elle parut en 1668 <sup>23<\/sup>. Il est donc indiscutable que l&#8217;action de l&#8217;&Eacute;glise avait permis dans une tr&egrave;s large mesure ce bouillonnement. Le magist&egrave;re moral et intellectuel des religieux et des d&eacute;vots suscitait par r&eacute;action des libres penseurs et des po&egrave;tes libertins : &laquo; le plaisant abb&eacute; de Bois-Robert &raquo; et &laquo; le gros Saint-Amand &raquo;, ce Falstaff normand, pilier des bouges rouennais. &Agrave; l&#8217;autre extr&eacute;mit&eacute; de l&#8217;&eacute;ventail des sensibilit&eacute;s et des mentalit&eacute;s, Rouen, plut&ocirc;t vers la fin du si&egrave;cle, nourrit un foyer de jans&eacute;nisme, ce rigorisme catholique. Cette doctrine, ou plut&ocirc;t cette mani&egrave;re de vivre le catholicisme, avait eu pour promoteur dans la r&eacute;gion le magistrat Thomas du Foss&eacute;, &eacute;troitement li&eacute; &agrave; Port-Royal. La figure la plus haute du jans&eacute;nisme rouennais pourrait bien avoir &eacute;t&eacute; celle du pr&ecirc;tre Nicolas Le Tourneux (1640-1686), n&eacute; d&#8217;une famille pauvre de la paroisse Saint-Vivien, plus tard vicaire de Saint-&Eacute;tienne-des-Tonneliers qui s&#8217;&eacute;tait fait quelque temps instituteur d&#8217;enfants pauvres. Du libertinage de rabelaisiens tardifs &agrave; l&#8217;aust&eacute;rit&eacute; sublime des jans&eacute;nistes : telles &eacute;taient les couleurs extr&ecirc;mes de ce qu&#8217;on aurait appel&eacute; jadis &laquo; le portrait moral &raquo; d&#8217;une ville.<\/p>\n<p>Rouen conservait une avance certaine dans la production et le commerce du livre, ce media majeur des temps modernes. C&#8217;&eacute;tait au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle le troisi&egrave;me centre d&#8217;impression de la France ; c&#8217;&eacute;tait aussi un foyer du commerce international du livre o&ugrave; parvenaient des impressions des Pays-Bas, d&#8217;Allemagne rh&eacute;nane et d&#8217;Angleterre. Cependant, vers 1660, les heures de grande gloire et d&#8217;expansion conqu&eacute;rante de la librairie rouennaise &eacute;taient d&eacute;j&agrave; loin : o&ugrave; &eacute;tait le temps d&#8217;un grand &eacute;diteur comme Rapha&euml;l Du Petit Val <sup>24<\/sup> ? Les trente ans qui vont de 1670 &agrave; 1700 virent une crise de la production et du commerce des livres. En effet, la librairie fut l&#8217;objet de r&egrave;glements qui entrav&egrave;rent la production, le commerce et l&#8217;importation d&#8217;imprim&eacute;s. Rouen r&eacute;sista et s&#8217;adapta &agrave; ces nouvelles dispositions en contournant, f&ucirc;t-ce par la fraude, ce qu&#8217;elles avaient d&#8217;excessivement rigoureux, mais une r&eacute;sistance n&#8217;est jamais vraiment un &eacute;lan. De grandes maisons subsist&egrave;rent pourtant : Berthelin, Maurry, Machuel, Caillou&eacute;, Viret, Besongne, Lucas, Lallemant, Oursel, Behourt, Dumesnil, et Vaultier, mais elles &eacute;taient sur la d&eacute;fensive et ne parvenaient plus &agrave; tenir leur rang que par d&#8217;habiles proc&eacute;d&eacute;s de consolidation, gr&acirc;ce aussi &agrave; l&#8217;existence d&#8217;un client&egrave;le captive&nbsp; comme celle des cours de justice et des eccl&eacute;siastiques, tous grands consommateurs de papier imprim&eacute;. L&#8217;&eacute;dition rouennaise v&eacute;cut en partie d&eacute;sormais de la production de livres prohib&eacute;s portant mention trompeuse d&#8217;une impression &eacute;trang&egrave;re. Elle demeura aussi l&#8217;interm&eacute;diaire culturel clandestin entre la France et l&#8217;Europe du nord, majoritairement protestante et d&eacute;sormais &agrave; la pointe des audaces intellectuelles ; mais, r&eacute;p&eacute;tons-le, Rouen n&#8217;y participa plus que <i>clandestinement<\/i>.<\/p>\n<p>Reprenant notre question du commencement : quelle &eacute;tait la physionomie de Rouen au moment des d&eacute;parts des Filles du Roy, p&eacute;riode qui co&iuml;ncide &agrave; tr&egrave;s peu pr&egrave;s &agrave; la prise du pouvoir par Louis XIV, en 1661 ? ? Les r&eacute;ponses qu&#8217;on peut apporter &agrave; cette question sont simples. <\/p>\n<p><b>Conclusion<\/b><br \/>Rouen est la deuxi&egrave;me ou troisi&egrave;me ville du royaume. &Agrave; consid&eacute;rer les choses dans leur grande masse, elle demeure la grande ville drapante qu&#8217;elle n&#8217;avait cess&eacute; d&#8217;&ecirc;tre depuis cinq si&egrave;cles. Elle est et restera l&#8217;avant-port de Paris, la fortune de l&#8217;une et l&#8217;autre villes &eacute;tant indissolublement li&eacute;e par le trafic de la Seine. Apr&egrave;s une tr&egrave;s longue p&eacute;riode de prosp&eacute;rit&eacute; &agrave; tous points de vue, que l&#8217;on pourrait appeler : &laquo; l&#8217;&egrave;re Pierre Corneille &raquo;, Rouen s&#8217;essouffle. La politique g&eacute;n&eacute;rale n&#8217;est pas &eacute;trang&egrave;re &agrave; ce ralentissement. La cr&eacute;ation de l&#8217;&Eacute;tat absolutiste par Richelieu et de ses successeurs eut un prix tr&egrave;s &eacute;lev&eacute; que Rouen et la Normandie, contr&eacute;e r&eacute;put&eacute;e riche, ont d&ucirc; payer au prix fort : stagnation de l&#8217;investissement public et priv&eacute;, &eacute;touffement des libert&eacute;s provinciales, mise sous surveillance des &eacute;lites r&eacute;gionales, contraction spirituelle et culturelle et, jusqu&#8217;&agrave; un point que l&#8217;on ne saurait pr&eacute;ciser, exacerbation de la pauvret&eacute;. La contrepartie de la remise en ordre absolutiste n&#8217;est pas mince cependant : moins exub&eacute;rante, moins cr&eacute;ative, la capitale rouennaise, plac&eacute;e d&eacute;sormais sous la conduite ferme d&#8217;intendants de justice, police et finances nomm&eacute;s et r&eacute;voqu&eacute;s par le roi, profitait d&#8217;un ordre et d&#8217;une r&eacute;gularit&eacute; que le foisonnement baroque du premier XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle ne lui avait pas permis de conna&icirc;tre. Les Filles du Roy en furent indiscutablement les b&eacute;n&eacute;ficiaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;__________<\/p>\n<p>Notes <\/p>\n<h6>1. H. Charbonneau <i>et al., Naissance d&#8217;une population. Les Fran&ccedil;ais &eacute;tablis au Canada au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle<\/i>, INED, Presses universitaires de Montr&eacute;al, PUF, 1987.<br \/>2. N&eacute;ologisme : &laquo; relatif au d&eacute;partement de la Seine-Maritime &raquo;.<br \/>3. <i>Lettres, instructions et m&eacute;moires de Colbert<\/i> &eacute;dit&eacute;es par Pierre Cl&eacute;ment, Paris, 1861-1882, t. III, 2<sup>e<\/sup> partie, p. 476.<br \/>4. Il y avait sur ces terres basses un couvent de dominicaines clo&icirc;tr&eacute;es que le peuple appelait &laquo; Emmur&eacute;es &raquo;.<br \/>5. Cette &oelig;uvre est reproduite dans Philippe Priol, <i>Pierre Corneille en son temps<\/i>, Archives d&eacute;partementales de la Seine-Maritime, s.d. [2006]. Ce livre contient une photographie de la gravure de Rouen par Merian (vers 1620) et des d&eacute;tails du plan de Gomboust, difficile &agrave; photographier utilement dans son int&eacute;gralit&eacute;.<br \/>6. G&eacute;rard Hurpin, <i>L&#8217;intendance de Rouen en 1698<\/i>, Paris, 1985, p. 291-293. Le document date de 1727.<br \/>7. <i>Merciers<\/i> s&#8217;entend des marchands en g&eacute;n&eacute;ral. <br \/>8. Le document pr&eacute;sente une difficult&eacute; de lecture ; on pourrait lire 700 &agrave; la place de 300 ; 700 me para&icirc;t exag&eacute;r&eacute;.<br \/>9. Une grande partie des travaux de M. Lev&ecirc;que de Pontharouart reste malheureusement in&eacute;dite et demeure &agrave; l&#8217;&eacute;tat de manuscrits.<br \/>10. Ed. van Birma, &laquo; Quelques remarques sur les relations commerciales du pass&eacute; entre Rouen et la Hollande &raquo;, <i>Congr&egrave;s du mill&eacute;naire de la Normandie (911-1911) ? Compte rendu des travaux, Rouen<\/i>, 1912, p. 79-101. Le grand vaisseau qui figure sur le tableau de de Jongh bat fi&egrave;rement pavillon hollandais.<br \/>11. Arlette Doublet, <i>Catalogue du fonds ancien espagnol et portugais de la biblioth&egrave;que municipale de Rouen, 1479-1700<\/i>, Presses universitaires de Rouen, s. d. [1970].<br \/>12. Pr&eacute;face de Raymond Marcus au livre pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;, p. 10.<br \/>13. On n&#8217;a aucun moyen de comparer la valeur de l&#8217;argent aux &eacute;poques anciennes et &agrave; la n&ocirc;tre. Pour s&#8217;en faire une id&eacute;e, on admettra que l&#8217;ouvrier gagnait 10 sous par jour, soit la moiti&eacute; d&#8217;une livre. Cela suffira &agrave; se repr&eacute;senter l&#8217;&eacute;normit&eacute; des charges qui pesaient sur Rouen et par suite les rigueurs fiscales du milieu du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle.<br \/>14. Les attaques de ville par surprise devenaient rares au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Cependant, en 1673, des conspirateurs faillirent se rendre ma&icirc;tres de Quillebeuf, sur l&#8217;estuaire de la Seine en pleine guerre de Hollande.<br \/>15. La vicomt&eacute; de l&#8217;eau de Rouen avait juridiction sur la Seine et sur les marchandises apport&eacute;es par ce fleuve.<br \/>16. <i>Comptes rendus des &eacute;chevins de Rouen (1409-1701), &eacute;dition de J. F&eacute;lix<\/i>, Rouen, 1890, t. II, p. 193.<br \/>17. <i>Ibid<\/i>., p. 233.<br \/>18. Dans les d&eacute;veloppements qui suivent, je me trouve en compl&egrave;te concordance de vues avec la contribution du professeur Hecketsweiler. J&#8217;aurais volontiers retranch&eacute; les lignes que je consacre ici au traitement de la pauvret&eacute; si cette suppression n&#8217;avait pas nui &agrave; la coh&eacute;rence de mon propos. Les textes les plus importants sur ce sujet ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s par le docteur G. Panel, <i>Documents concernant les pauvres de Rouen<\/i>, Rouen, Soci&eacute;t&eacute; de l&#8217;Histoire de Normandie, Rouen et Paris, 1917-1919, 3 tomes.<br \/>19. Cit&eacute; dans G&eacute;rard Hurpin, <i>L&#8217;intendance de Rouen en 1698<\/i>, Paris, 1985, p. 39.<br \/>20. On a souvent mentionn&eacute; que la Normandie avait produit au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle&nbsp; un nombre exceptionnel d&#8217;&eacute;crivains.<br \/>21. Sur ce point, il faut combattre un pr&eacute;jug&eacute; trop souvent r&eacute;pandu : j&eacute;suites et oratoriens n&#8217;avaient nullement l&#8217;intention de r&eacute;server l&#8217;enseignement humaniste &agrave; une &eacute;troite frange favoris&eacute;e par l&#8217;argent ou la naissance. L&#8217;impossibilit&eacute; &eacute;conomique de dispenser cet enseignement &agrave; toutes les classes de la soci&eacute;t&eacute; fut la seule cause de cette &laquo; s&eacute;lection &raquo; de fait et non de principe.<br \/>22. <i>La peinture d&#8217;inspiration religieuse &agrave; Rouen au temps de Pierre Corneille<\/i>, Rouen, 1984, p. 46.<br \/>23. Thomas Joille, <i>La naissance d&#8217;une histoire locale : l&#8217;historiographie rouennaise de la fin de l&#8217;humanisme &agrave; l&#8217;aube des Lumi&egrave;res<\/i>, m&eacute;moire de ma&icirc;trise sous la direction de MM. Gallet et Hurpin, Universit&eacute; de Picardie Jules-Verne, 1998-1999. Travaill tr&egrave;s prometteur qui m&eacute;riterait publication.<br \/>24. Jean-Dominique Mellot, <i>L&#8217;&eacute;dition rouennaise et ses march&eacute;s (vers 1600-vers 1730)<\/i>, Paris, 1998. <\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rouen au temps des migrations des Filles du RoySplendeur et mis&egrave;re d&#8217;une capitale provinciale Par G&eacute;rard HurpinMa&icirc;tre de conf&eacute;rences Histoire moderneUniversit&eacute; de Picardie Jules Verne La p&eacute;riode de prosp&eacute;rit&eacute;Au XVIIe si&egrave;cle, Rouen &eacute;tait la troisi&egrave;me&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[50],"tags":[],"class_list":["post-6477","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bulletin-n37-decembre-2013"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6477","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6477"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6477\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7266,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6477\/revisions\/7266"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6477"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6477"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6477"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}