{"id":6504,"date":"2014-05-23T19:56:40","date_gmt":"2014-05-23T23:56:40","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/une-contribution-du-nouveau-monde-a-lancien-monde\/"},"modified":"2024-05-14T17:06:56","modified_gmt":"2024-05-14T21:06:56","slug":"une-contribution-du-nouveau-monde-a-lancien-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/une-contribution-du-nouveau-monde-a-lancien-monde\/","title":{"rendered":"Une contribution du Nouveau Monde \u00e0 l&#8217;Ancien Monde"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><b>Une contribution du Nouveau Monde &agrave; l&#8217;Ancien Monde<\/b><\/h2>\n<h5>Par Jacques Mathieu et Alain Asselin<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le titre de cette pr&eacute;sentation peut &eacute;tonner. Mais non ! Les termes de nature g&eacute;ographique n&#8217;ont pas &eacute;t&eacute; invers&eacute;s. C&#8217;est que l&#8217;on a &eacute;t&eacute; tellement habitu&eacute; &agrave; lire le contraire, &agrave; savoir l&#8217;apport de la culture europ&eacute;enne &agrave; la civilisation am&eacute;rindienne. De fait, l&#8217;on a surtout insist&eacute; sur les bienfaits de la connaissance de l&#8217;&eacute;crit et de la religion, en plus de l&#8217;acc&egrave;s aux objets de m&eacute;tal et aux produits fabriqu&eacute;s, comme les chaudi&egrave;res et les armes &agrave; feu. Nous sommes bien conscients que le titre ici retenu renverse ainsi les perspectives historiques traditionnelles. <\/p>\n<p>Par ailleurs, nous sommes &eacute;galement conscients que ce titre est &agrave; la limite du politiquement correct. Il frise le d&eacute;ni de l&#8217;anciennet&eacute; de peuplement et d&#8217;occupation du territoire nord-am&eacute;ricain par les Premi&egrave;res Nations. En ce domaine &eacute;galement, la perception d&#8217;un rapport d&#8217;ant&eacute;riorit&eacute; entre les deux mondes plonge ses racines dans une histoire profond&eacute;ment ancr&eacute;e dans les m&eacute;moires collectives. Cependant, elle omet le fait qu&#8217;au fil des si&egrave;cles, les Premi&egrave;res Nations ont acquis une connaissance et une ma&icirc;trise exceptionnelle de la nature et de ses richesses, comme l&#8217;&eacute;crit l&#8217;ethnologue et j&eacute;suite Joseph-Fran&ccedil;ois Lafitau qui, au d&eacute;but du XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, les dit tout naturellement savant et m&eacute;decin. <\/p>\n<p>Cette contribution de la Nouvelle-France, de nature principalement scientifique, est demeur&eacute;e relativement m&eacute;connue. Elle s&#8217;inscrit tout de m&ecirc;me dans le contexte du renouveau des sciences naturelles en Europe. Les chercheurs substituent alors progressivement le travail de terrain aux savoirs de l&#8217;Antiquit&eacute;. On assiste d&egrave;s lors &agrave; la naissance et &agrave; l&#8217;essor de la botanique, m&ecirc;me si elle demeure encore largement ax&eacute;e sur des finalit&eacute;s m&eacute;dicinales. Il s&#8217;agit d&#8217;offrir les meilleurs rem&egrave;des possibles pour combattre les maladies. En parall&egrave;le, la recherche, que l&#8217;on pourrait dire fondamentale, prend la forme de constitution d&#8217;un r&eacute;pertoire mondial des plantes ; une pr&eacute;occupation qui finit par retenir l&#8217;attention de chercheurs &agrave; la grandeur de l&#8217;Europe.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire de cet apport du Nouveau Monde est pr&eacute;sent&eacute;e par &eacute;tapes chronologiques et repose sur les r&eacute;alisations de personnages plus ou moins connus. Au d&eacute;part, Louis H&eacute;bert, un simple apothicaire parisien, se r&eacute;sout en 1606, &agrave; l&#8217;&acirc;ge de 31 ans, &agrave; gagner les terres neuves d&#8217;Am&eacute;rique du Nord. Il y rep&egrave;re des plantes qu&#8217;il fait parvenir en France, o&ugrave; diff&eacute;rents chercheurs signalent leur pr&eacute;sence. Puis, le contexte de la cr&eacute;ation du Jardin Royal des plantes &agrave; Paris am&egrave;ne un docteur r&eacute;gent de la facult&eacute; de m&eacute;decine de Paris, Jacques-Philippe Cornuti &agrave; publier en 1635 un <i>Canadiensum Plantarum<\/i>. D&egrave;s lors, au fil des ans et des publications, la connaissance de ces plantes se r&eacute;pand dans la communaut&eacute; scientifique europ&eacute;enne.<\/p>\n<p><b>Un personnage mal connu<\/b><\/p>\n<p>Le personnage de Louis H&eacute;bert occupe une place notable dans l&#8217;histoire de la Nouvelle-France. On l&#8217;a qualifi&eacute; de premier agriculteur, voire d&#8217;Abraham de la colonie puisqu&#8217;il a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; s&#8217;installer avec sa famille &agrave; Qu&eacute;bec en 1617. Ses r&eacute;alisations relevant de sa formation comme apothicaire sont connues, mais elles n&#8217;ont pas eu la reconnaissance qu&#8217;elles m&eacute;ritaient.<\/p>\n<p>N&eacute; en 1575 &agrave; Paris, fils d&#8217;apothicaire et apparent&eacute; &agrave; de grandes familles de la profession, il m&egrave;ne &agrave; terme ses &eacute;tudes dans ce m&ecirc;me domaine au tout d&eacute;but du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Jusqu&#8217;&agrave; l&#8217;&acirc;ge de 30 ans il vit en plein c&oelig;ur de Paris. Il prend &eacute;pouse en 1602 et tente de se constituer une client&egrave;le. En 1606, sans sa femme et ses enfants, il s&#8217;engage pour la Nouvelle-France. Entre 1606 et 1613, il effectue deux longs s&eacute;jours en Acadie. Ses connaissances, ses sensibilit&eacute;s &agrave; la nature nouvelle et de bonnes relations avec les Am&eacute;rindiens favorisent sans doute son int&eacute;r&ecirc;t pour les plantes de la colonie. Tr&egrave;s t&ocirc;t, des chercheurs europ&eacute;ens signalent la pr&eacute;sence et la provenance de ces plantes. Il s&#8217;agit surtout de plantes &agrave; fleur, ce qui correspond bien aux comp&eacute;tences d&#8217;un apothicaire.<\/p>\n<p><b>Les premi&egrave;res mentions<\/b><\/p>\n<p>Les plantes rep&eacute;r&eacute;es par Louis H&eacute;bert en Acadie attirent l&#8217;attention. Marc Lescarbot, auteur d&#8217;une histoire de la Nouvelle-France, raconte que l&#8217;on avait sem&eacute; de la graine de chanvre (sans doute une ascl&eacute;piade) en plusieurs emplacements de Paris, mais que l&#8217;essai avait &eacute;chou&eacute;. Ce n&#8217;&eacute;tait qu&#8217;un d&eacute;but, car l&#8217;ascl&eacute;piade commune est devenue une esp&egrave;ce envahissante en&nbsp; Europe. Lescarbot fait &eacute;galement &eacute;tat de la gu&eacute;rison &agrave; Port-Royal, gr&acirc;ce &agrave; la gomme de sapin, d&#8217;un gar&ccedil;on dont la peau &eacute;tait rong&eacute;e par la teigne. Ce baume du Canada produit avec de la gomme de sapin est encore en usage en France au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle dans le soin des plaies. <\/p>\n<p>Peu apr&egrave;s 1614, Joachim Burser, un m&eacute;decin r&eacute;sidant &agrave; Anneberg en Saxe, a dans son herbier une <i>adiante <\/i>du Canada, le capillaire canadien qui devint un objet de commerce entre la France et la Nouvelle-France pendant plusieurs d&eacute;cennies. Il signale une autre plante comme venant de la Nouvelle-France (<i>Gallia Nova<\/i>) et obtenue d&#8217;un apothicaire de Paris. Il s&#8217;agit du trille grandiflore d&#8217;Am&eacute;rique du Nord, devenu l&#8217;embl&egrave;me floral de la province d&#8217;Ontario. Le nom initialement retenu est <i>Solanum Triphyllon Brasilianum<\/i>. Il s&#8217;agit l&agrave; d&#8217;une confusion g&eacute;ographique courante &agrave; l&#8217;&eacute;poque. En effet, l&#8217;herbier de Burser contient 27 plantes nord-am&eacute;ricaines selon l&#8217;analyse du botaniste Hans Oscar Juel en 1931. Plusieurs d&#8217;entre elles sont &eacute;galement pr&eacute;sent&eacute;es dans les trait&eacute;s de 1620 et 1623 du plus grand botaniste de l&#8217;&eacute;poque, Caspar Bauhin de B&acirc;le en Suisse.<\/p>\n<p><b>Du bout du monde au &hellip;Bout-du-monde<\/b><\/p>\n<p>Apr&egrave;s son installation &agrave; Qu&eacute;bec avec sa famille en 1617 et jusqu&#8217;&agrave; son d&eacute;c&egrave;s en 1627, Louis H&eacute;bert exp&eacute;die &agrave; Paris un bon nombre de plantes provenant des espaces fr&eacute;quent&eacute;s par les Fran&ccedil;ais en Am&eacute;rique du Nord. Un t&eacute;moignage du fondateur de Qu&eacute;bec, Samuel de Champlain, confirme que H&eacute;bert a visit&eacute; les lieux explor&eacute;s par les voyageurs et les missionnaires. De m&ecirc;me, ses liens &eacute;troits avec les Am&eacute;rindiens ont favoris&eacute; la connaissance de nouvelles plantes. On peut en d&eacute;duire que des plantes du bout du monde ont ainsi &eacute;t&eacute; envoy&eacute;es &agrave; Paris, rue du Bout-du-Monde, r&eacute;sidence des fameux jardiniers Robin p&egrave;re et fils.<\/p>\n<p>Les relations de Louis H&eacute;bert &agrave; Paris ne sont pas parfaitement connues. Il est certain toutefois qu&#8217;il a correspondu avec les Robin, p&egrave;re et fils, car les auteurs signalent fr&eacute;quemment la qualit&eacute; des plantes de leur jardin. L&#8217;un et l&#8217;autre s&#8217;int&eacute;ressent vivement aux plantes nouvelles. Ils avaient cr&eacute;&eacute; un jardin &agrave; la pointe de l&#8217;&icirc;le d&egrave;s la fin du XVI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Jean, le p&egrave;re, est devenu curateur du jardin de l&#8217;&Eacute;cole de m&eacute;decine d&egrave;s 1597. Son fils, Vespasien, a profit&eacute; de l&#8217;appui&nbsp; et de la recommandation de Marie de M&eacute;dicis pour partir en 1603 &agrave; la d&eacute;couverte de plantes rares lors d&#8217;un voyage en Angleterre, en Allemagne, en Espagne et en Italie. <\/p>\n<p>En 1620, les Robin publient une &laquo; histoire des plantes nouvellement trouv&eacute;es en l&#8217;isle Virgine et autres lieux &raquo;. L&#8217;ouvrage compte, entre autres esp&egrave;ces d&#8217;Am&eacute;rique, un lis canadien et une fleur de la passion. Trois ann&eacute;es plus tard, ils publient un manuel dont les pages liminaires comptent des po&egrave;mes qui&nbsp; c&eacute;l&egrave;brent leur go&ucirc;t pour les belles fleurs et leur aptitude &agrave; les acclimater. Ces po&egrave;mes font &eacute;galement r&eacute;f&eacute;rence aux motivations du chercheur des pays &eacute;loign&eacute;s, qui cherchait moins &agrave; s&#8217;enrichir qu&#8217;&agrave; augmenter le tr&eacute;sor des connaissances, en particulier au point de vue m&eacute;dical. Ce catalogue des Robin de 1623 recense au moins dix esp&egrave;ces canadiennes, mais seul un am&eacute;lanchier porte une appellation canadienne. Les autres sont dites &eacute;trang&egrave;res, am&eacute;ricaines ou virginiennes.<\/p>\n<p>La connaissance de ces plantes d&eacute;borde alors le cercle &eacute;troit de la communaut&eacute; savante. Pierre Vallet, le peintre du roi, produit des floril&egrave;ges adress&eacute;s au Roi tr&egrave;s chr&eacute;tien et destin&eacute;s &agrave; la peinture, l&#8217;un en 1608 compte 75 planches et l&#8217;autre en 1623 est augment&eacute; &agrave; 93 illustrations. Parmi les ajouts, l&#8217;on compte trois plantes de l&#8217;Am&eacute;rique du Nord : le lis du Canada, la lob&eacute;lie cardinale et la tradescantie de Virginie. <\/p>\n<p>La lob&eacute;lie cardinale de provenance canadienne est &eacute;galement mentionn&eacute;e dans une publication de Giovanni Battista Ferrari, un botaniste prot&eacute;g&eacute; du cardinal Francesco Barberini, neveu du futur pape Urbain VIII en 1623. Ce cardinal l&eacute;gat &agrave; Avignon de 1623 &agrave; 1633 a d&#8217;ailleurs accompli une mission de recherche en France en 1625-1626. Esprit particuli&egrave;rement ouvert &agrave; la science, il fut l&#8217;un des deux cardinaux &agrave; s&#8217;opposer &agrave; la condamnation de Galil&eacute;e. Dans son ouvrage qui demeura une r&eacute;f&eacute;rence pendant un si&egrave;cle, Ferrari estime que les Barberini poss&egrave;dent le plus beau jardin de la r&eacute;gion de Rome. Il s&#8217;y trouve notamment une vigne et des fraises canadiennes d&eacute;crites comme &eacute;tant d&#8217;une forme globuleuse et d&#8217;une grosseur inou&iuml;e. Le fameux collectionneur proven&ccedil;al Fabri de Peiresc a d&#8217;ailleurs &eacute;galement go&ucirc;t&eacute; en 1626 deux vari&eacute;t&eacute;s de fraises venues du Canada qu&#8217;il a jug&eacute;es aromatiques et excellentes.<\/p>\n<p>Ces exemples illustrent bien l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t croissant pour les plantes nouvelles d&#8217;Am&eacute;rique.<\/p>\n<p><b>Un jardin de plantes m&eacute;dicinales<\/b><\/p>\n<p>C&#8217;est dans le contexte de la cr&eacute;ation du Jardin Royal des plantes &agrave; Paris que les plantes de Nouvelle-France profit&egrave;rent d&#8217;une reconnaissance exceptionnelle. L&#8217;id&eacute;e de cr&eacute;er un tel jardin avait &eacute;t&eacute; avanc&eacute;e tr&egrave;s t&ocirc;t, fait l&#8217;objet d&#8217;une premi&egrave;re d&eacute;cision en 1626, mais ne fut r&eacute;alis&eacute;e que quelques ann&eacute;es plus tard. Vespasien Robin y transplanta alors la majorit&eacute; des plantes re&ccedil;ues de Nouvelle-France. <\/p>\n<p>La cr&eacute;ation du Jardin du Roi visait, malgr&eacute; l&#8217;opposition virulente de la facult&eacute; de m&eacute;decine fig&eacute;e dans les traditions antiques, &agrave; favoriser l&#8217;innovation scientifique. Les objectifs &eacute;taient centr&eacute;s sur l&#8217;utilit&eacute; publique, les finalit&eacute;s m&eacute;dicinales et la r&eacute;alisation d&#8217;un inventaire mondial des plantes. L&#8217;on y favoriserait l&#8217;apprentissage des plantes domestiques et &eacute;trang&egrave;res, sauvages et cultiv&eacute;es. L&#8217;on y trouverait des plantes de France, mais aussi des raret&eacute;s de l&#8217;une et l&#8217;autre Inde. <\/p>\n<p>Jacques-Philippe Cornuti, un docteur r&eacute;gent de la facult&eacute; de m&eacute;decine de Paris qui souhaitait &oelig;uvrer au jardin du roi, concr&eacute;tisa en partie ce projet par l&#8217;&eacute;laboration d&#8217;une premi&egrave;re histoire des plantes du Canada publi&eacute;e en latin &agrave; Paris en 1635. Dans cette publication qu&#8217;il voulut simplifi&eacute;e, adapt&eacute;e &agrave; tout lecteur, mais structur&eacute;e en genres et en vari&eacute;t&eacute;s, il d&eacute;crivit et fit illustrer plus de 40 plantes d&#8217;Am&eacute;rique du Nord inconnues jusque-l&agrave; en Europe. L&#8217;ouvrage faisait &eacute;galement mention de plus de 750 plantes rep&eacute;r&eacute;es lors d&#8217;herborisations dans les environs de Paris. Il ne d&eacute;crivait qu&#8217;un arbre d&#8217;Am&eacute;rique, le robinier faux-acacia, nomm&eacute; ainsi d&#8217;apr&egrave;s les Robin. L&#8217;exemplaire original de cet arbre vit encore dans le square Ren&eacute;-Viviani &agrave; Paris. <\/p>\n<p>La cr&eacute;ation du Jardin du Roi poursuivait des objectifs ambitieux : &laquo; Sa r&eacute;putation [du jardin] s&#8217;&eacute;tendra aussi loin que la course du soleil qui anime les plantes &raquo;. Cette grande institution nationale a indirectement donn&eacute; aux travaux ant&eacute;rieurs de Louis H&eacute;bert diffus&eacute;s par le livre de Cornuti une incroyable post&eacute;rit&eacute;.<\/p>\n<p>Pourtant, ce sont des relations interpersonnelles qui ont vraisemblablement abouti &agrave; mieux faire conna&icirc;tre les plantes du Canada. Un des fr&egrave;res de Louis H&eacute;bert, Jacques H&eacute;bert, entr&eacute; chez les Minimes en 1586, a sans doute jou&eacute; un r&ocirc;le. C&#8217;est &agrave; cette communaut&eacute; religieuse que Cornuti offrait ses services m&eacute;dicaux de fa&ccedil;on b&eacute;n&eacute;vole. Au surplus, dans sa publication, l&#8217;auteur du premier livre de plantes du Canada fait souvent r&eacute;f&eacute;rence &agrave; des plantes trouv&eacute;es dans le jardin des Robin. <\/p>\n<p>Dans ses descriptions, Cornuti marie tradition et innovation. Aux citations des travaux des savants de l&#8217;Antiquit&eacute;, il ajoute le fruit de ses observations conduites sur le terrain en France. Issue d&#8217;une d&eacute;marche d&#8217;apothicaire et centr&eacute;e sur les fins m&eacute;dicinales, sa publication rejoignait en partie les orientations du Jardin Royal des plantes. Ses descriptions des plantes originaires du Canada couvraient les feuilles, les tiges, les racines, les fleurs et les fruits. Le m&eacute;decin proc&eacute;dait &agrave; des exp&eacute;rimentations personnelles concernant les purgatifs, vomitifs et aromates. Il m&acirc;che, go&ucirc;te, distille, ass&egrave;che et pile, feuilles, racines et fleurs, diss&egrave;que, concocte et prend des potions. Il approfondit en quelque sorte le travail de Louis H&eacute;bert. Par contre, n&#8217;&eacute;tant jamais venu en Am&eacute;rique, il ne peut faire &eacute;tat des usages am&eacute;rindiens. Tout au plus peut-il rapporter succinctement et en dernier lieu que le &laquo; snagroel &raquo; constitue un puissant antidote contre la morsure de serpents.<\/p>\n<p>Parmi les plantes les plus connues que d&eacute;crit Cornuti, citons :<\/p>\n<ul>\n<li>L&#8217;adiante du Canada,<\/li>\n<li>La monarde fistuleuse,<\/li>\n<li>L&#8217;eupatoire rugueuse,<\/li>\n<li>L&#8217;asaret du Canada,<\/li>\n<li>La smilacine &eacute;toil&eacute;e et &agrave; grappes,<\/li>\n<li>La desmodie du Canada,<\/li>\n<li>La corydale toujours verte,<\/li>\n<li>L&#8217;ancolie du Canada,<\/li>\n<li>L&#8217;h&eacute;l&eacute;nie automnale,<\/li>\n<li>L&#8217;ascl&eacute;piade commune et incarnate,<\/li>\n<li>L&#8217;herbe &agrave; puce de Rydberg,<\/li>\n<li>Et bien d&#8217;autres<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut noter toutefois que la vari&eacute;t&eacute; des appellations &agrave; cette &eacute;poque o&ugrave; les crit&egrave;res de d&eacute;nomination ne sont pas encore pr&eacute;cis&eacute;s dans cette science embryonnaire ne permet pas toujours une identification d&#8217;une certitude absolue.<\/p>\n<p>Cornuti n&#8217;obtint pas la nomination souhait&eacute;e au Jardin du Roi. Diff&eacute;rentes raisons ont pu jouer, mais on ne peut &eacute;carter le fait que les plantes &eacute;trang&egrave;res, souvent per&ccedil;ues comme concurrentes aux usages locaux, &eacute;taient souvent d&eacute;cri&eacute;es. On estime alors que la Providence a veill&eacute; &agrave; cr&eacute;er des v&eacute;g&eacute;taux th&eacute;rapeutiques &agrave; proximit&eacute; des endroits o&ugrave; se d&eacute;veloppent les maladies. De plus la botanique naissante s&#8217;attache moins aux usages qu&#8217;&agrave; la structure et &agrave; la vari&eacute;t&eacute; des genres et des esp&egrave;ces. Ces constats n&#8217;ont toutefois pas eu pour effet d&#8217;&eacute;carter des nouvelles pratiques scientifiques les r&eacute;sultats des travaux ant&eacute;rieurs et ext&eacute;rieurs. <\/p>\n<p><b>&Agrave; la grandeur de l&#8217;Europe<\/b><\/p>\n<p>L&#8217;essor de la botanique en Europe au XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle suscite un grand int&eacute;r&ecirc;t pour les plantes du Nouveau Monde. Le nombre d&#8217;explorations augmente. Les &eacute;changes entre botanistes se multiplient. Il s&#8217;ensuit que les plantes envoy&eacute;es par Louis H&eacute;bert aux Robin, plant&eacute;es dans le jardin de l&#8217;&Eacute;cole de m&eacute;decine en France au d&eacute;but du si&egrave;cle, puis transplant&eacute;es au Jardin du Roi, se retrouvent un peu partout en Europe par le biais des informations contenues dans l&#8217;ouvrage de Cornuti sur les plantes du Canada.<\/p>\n<ul>\n<li>Le jardin des plantes m&eacute;dicinales d&#8217;Amsterdam en 1646 compte diff&eacute;rentes esp&egrave;ces en provenance d&#8217;Am&eacute;rique. Trois esp&egrave;ces portent un nom canadien et quatre esp&egrave;ces ont un nom r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la flore de Cornuti.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Simon Paulli exerce la botanique&nbsp; m&eacute;dicale &agrave; Copenhague au Danemark et publie un catalogue de plantes en 1653. Deux plantes portent le nom de Canada dans leur appellation : le chrysanth&egrave;me tub&eacute;reux ou topinambour et la vigne grimpante ou l&#8217;herbe &agrave; puce. L&#8217;auteur, qui signale aussi des plantes am&eacute;ricaines, virginiennes et indiennes,&nbsp; d&eacute;nonce plusieurs calamit&eacute;s introduites par ces plantes ou encore par leur alt&eacute;ration &agrave; des fins commerciales.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>La liste des plantes du Jardin du Roi, &oelig;uvre de Denis Joncquet et Guy-Crescent Fagon, publi&eacute;e en 1665, contient la majorit&eacute; des mentions des esp&egrave;ces canadiennes d&eacute;crites par Cornuti.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Dans son <i>Histoire naturelle des Indes occidentales <\/i>r&eacute;dig&eacute;e avant 1689 et dans le <i>Codex canadensis <\/i>&eacute;labor&eacute; en France &agrave; la fin du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, le j&eacute;suite Louis Nicolas pr&eacute;sente plus de 200 plantes de Nouvelle-France et illustre 18 esp&egrave;ces. Il y inclut plusieurs observations ethnobotaniques in&eacute;dites.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Paolo Boccone, un botaniste itin&eacute;rant reconnu, nomme une plante canadienne correspondant &agrave; la vergerette. Son herbier &agrave; la biblioth&egrave;que de l&#8217;Institut de France compte cette vergerette du Canada. Son livre sur les plantes rares publi&eacute; en 1674 mentionne la pr&eacute;sence de cette plante dans les jardins de Blois avant 1665 et qui se retrouve &eacute;galement au jardin de Bologne en Italie en 1675.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Abraham Munting de l&#8217;universit&eacute; de Groningue en Hollande mentionne la pr&eacute;sence de plantes canadiennes dans le jardin botanique de Groningue en 1672.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>En France, Denis Dodart supervise le grand projet d&#8217;Histoire des Plantes par l&#8217;Acad&eacute;mie des Sciences, dont une premi&egrave;re publication para&icirc;t en 1676. Elle contient une dizaine de plantes d&#8217;Am&eacute;rique. Deux esp&egrave;ces sont dites d&#8217;Acadie : le lis de Philadelphie et le zizia dor&eacute;. Deux plantes sont du Canada : un astragale et le laport&eacute;a du Canada. D&#8217;autres illustration subs&eacute;quentes comprennent quatorze plantes dont le nom r&eacute;f&egrave;re au Canada ou &agrave; l&#8217;Acadie.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;anglais William Sherard publie &agrave; Amsterdam en 1689 <i>Schola Botanica<\/i>. Son ouvrage encyclop&eacute;dique compte 51 esp&egrave;ces dont le nom latin ou fran&ccedil;ais r&eacute;f&egrave;re au Canada et dont une majorit&eacute; appara&icirc;t au catalogue du Jardin du Roi &agrave; Paris.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;italien Francesco Cupani met sur pied un jardin botanique pr&egrave;s de Palerme en Italie. Dans un livre publi&eacute; en 1696,&nbsp; il signale la pr&eacute;sence de la vigne vierge &agrave; cinq folioles parmi diverses esp&egrave;ces canadiennes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&#8217;arr&ecirc;t de cette nomenclature &agrave; la fin du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle tient au fait qu&#8217;un autre grand botaniste canadien, Michel Sarrazin, qui a justement re&ccedil;u sa formation botanique au Jardin du Roi &agrave; Paris, y a envoy&eacute; sur une p&eacute;riode de plus de vingt ans des centaines de sp&eacute;cimens. Nomm&eacute; membre correspondant de l&#8217;Acad&eacute;mie des Sciences de Paris, auteur d&#8217;articles dans les <i>Journal des Scavants<\/i>, il est devenu une r&eacute;f&eacute;rence nouvelle et plus significative. <\/p>\n<p>Il n&#8217;en reste pas moins par la suite que les botanistes les plus renomm&eacute;s tiennent compte du premier livre de plantes du Canada. Joseph Pitton de Tournefort en France fait plus de dix fois r&eacute;f&eacute;rence &agrave; Cornuti et identifie 42 esp&egrave;ces du Canada dans son trait&eacute; de botanique publi&eacute; en 1694. L&eacute;onard Plukenet, responsable des jardins de la reine Marie Stuart II &agrave; Hampton Court en Angleterre r&eacute;f&egrave;re aux travaux de Cornuti dans ses publications de la fin du XVII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle. Le plus grand botaniste de la p&eacute;riode moderne, Carl Von Linn&eacute;, nomme m&ecirc;me en son nom une plante qu&#8217;il a d&eacute;crite et qui pousse en sol canadien : le <i>Thalictrum Cornuti<\/i>.&nbsp; Dans son <i>Histoire de la Nouvelle-France<\/i>, le j&eacute;suite Fran&ccedil;ois-Xavier Charlevoix copie exactement plusieurs illustrations du livre de Cornuti. <\/p>\n<p>&Agrave; partir des terres neuves du nord de l&#8217;Am&eacute;rique, une contribution aux sciences m&eacute;dicinales, pharmaceutiques et botanistes finit par gagner tous les pays europ&eacute;ens. Elle inscrit l&#8217;&oelig;uvre d&#8217;un modeste apothicaire dans l&#8217;ordre de la m&eacute;moire du savoir et du d&eacute;veloppement durable, au service des g&eacute;n&eacute;rations futures.<\/p>\n<p><\/p>\n<div align=\"center\">* * * * *<\/div>\n<p>Cette facette historique de l&#8217;apport du Nouveau Monde &agrave; l&#8217;Ancien Monde est fascinante. Elle n&#8217;en demeure pas moins incompl&egrave;te. On peut croire que les r&eacute;ticences &agrave; reconna&icirc;tre les vertus de plantes &eacute;trang&egrave;res, qu&#8217;elles soient de sources culturelle, financi&egrave;re ou scientifique, ont contribu&eacute; &agrave; ces silences de l&#8217;histoire. Il en a &eacute;t&eacute; de m&ecirc;me &eacute;videmment pour les savoirs et les croyances d&#8217;autres nations d&#8217;un autre monde. Pourtant, au d&eacute;but du XVIII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, un missionnaire j&eacute;suite aupr&egrave;s des Am&eacute;rindiens de Nouvelle-France, Joseph-Fran&ccedil;ois Lafitau, &eacute;crit : <\/p>\n<blockquote><p>&laquo;la n&eacute;cessit&eacute; a rendu les Sauvages M&eacute;decins et Herboristes ; ils recherchent les plantes avec curiosit&eacute;, et les &eacute;prouvent toutes ; de sorte que sans le secours d&#8217;une physique bien raisonn&eacute;e, ils ont trouv&eacute; par un long usage qui leur tient de science, bien des rem&egrave;des n&eacute;cessaires &agrave; leurs maux. Outre les rem&egrave;des g&eacute;n&eacute;raux chacun a les siens en particulier dont ils sont fort jaloux. En effet, rien n&#8217;est plus capable de les accr&eacute;diter parmi eux que la qualit&eacute; de bons M&eacute;decins. Il faut avouer qu&#8217;ils ont des secrets admirables pour des maladies dont notre M&eacute;decine ne gu&eacute;rit point.&raquo;<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette reconnaissance des usages et de l&#8217;apport am&eacute;rindien est en devenir. On peut tout de m&ecirc;me en livrer un petit aper&ccedil;u :<br \/>&nbsp;<br \/><b>Une esp&egrave;ce d&#8217;Am&eacute;rique, un symbole pour des missionnaires et des Am&eacute;rindiens<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>En 1635, Jacques Cornuti pr&eacute;sente une premi&egrave;re illustration de l&#8217;apios d&#8217;Am&eacute;rique sous le nom <i>Apios Americana<\/i>, identique au nom scientifique actuel.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>D&egrave;s 1616, le missionnaire j&eacute;suite Pierre Biard avait &eacute;crit que les racines de cette esp&egrave;ce &laquo; croissent sous terre enfil&eacute;es l&#8217;une &agrave; l&#8217;autre en forme de chapelet &raquo; en Acadie.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Le p&egrave;re Joseph-Marie Chaumonot, un j&eacute;suite oeuvrant chez les Hurons, r&eacute;v&egrave;le qu&#8217;une famille iroquoise a adopt&eacute; le nom de la pomme de terre. Il s&#8217;agit de l&#8217;apios pour lequel il fournit d&#8217;ailleurs une illustration des tubercules reli&eacute;s comme un chapelet.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>En 1702, Abraham Munting publie une illustration fid&egrave;le de la plante qu&#8217;il certifie comme le gland de terre d&#8217;Am&eacute;rique. Il met en &eacute;vidence avec une &eacute;l&eacute;gance artistique la disposition des renflements des rhizomes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/wp-content\/uploads\/images\/stories\/bulletin38\/57-apiosmuntinged_300.jpg\" alt=\"Munting, Abraham. Phytographie curiosa&hellip; Amsterdam et Leyde, Figure 107. Biblioth&egrave;que num&eacute;rique du Jardin botanique de Madrid.\" style=\"margin-right: 10px; float: left;\" title=\"Munting, Abraham. Phytographie curiosa&hellip; Amsterdam et Leyde, Figure 107. Biblioth&egrave;que num&eacute;rique du Jardin botanique de Madrid.\" \/>Munting, Abraham. <i>Phytographie curiosa<\/i>&hellip; Amsterdam et Leyde, Figure 107. Biblioth&egrave;que num&eacute;rique du Jardin botanique de Madrid.<\/p>\n<p><b>Sources bibliographiques <\/b><\/p>\n<p>Asselin, Alain, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu. <a href=\"http:\/\/www.septentrion.qc.ca\/catalogue\/curieuses-histoires-de-plantes-du-canada\"><i>Curieuses histoires de plantes du Canada<\/i>. Tome 1, Qu&eacute;bec, Septentrion<\/a>, en librairie le 18 novembre 2014.<\/p>\n<p>Mathieu, Jacques, avec la collaboration d&#8217;Andr&eacute; Daviault. <a href=\"https:\/\/www.pulaval.com\/produit\/le-premier-livre-de-plantes-du-canada-les-enfants-des-bois-du-canada-au-jardin-du-roi-a-paris-en-1635\"><i>Le premier livre de plantes du Canada. Les enfants des bois du Canada au jardin du roi &agrave; Paris en 1635<\/i>. Qu&eacute;bec<\/a>, PUL, 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une contribution du Nouveau Monde &agrave; l&#8217;Ancien Monde Par Jacques Mathieu et Alain Asselin &nbsp; Le titre de cette pr&eacute;sentation peut &eacute;tonner. Mais non ! Les termes de nature g&eacute;ographique n&#8217;ont pas &eacute;t&eacute; invers&eacute;s. 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