{"id":7293,"date":"2014-05-22T17:40:19","date_gmt":"2014-05-22T21:40:19","guid":{"rendered":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/bras-de-fer-1754-1755\/"},"modified":"2014-05-22T17:40:19","modified_gmt":"2014-05-22T21:40:19","slug":"bras-de-fer-1754-1755","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clients-conceptsk8.com\/cfqlmc-dev\/bras-de-fer-1754-1755\/","title":{"rendered":"Bras de Fer 1754-1755"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><b>1753-1755 : un temps o&ugrave; la France remportait des victoires sur l&#8217;Angleterre en Am&eacute;rique. Quatre ans plus tard&hellip;<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>Bras de Fer 1754-1755<\/b><\/h2>\n<p align=\"right\">&nbsp;<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=622:1753-1755-un-temps-ou-la-france-remportait-des-victoires-sur-l-angleterre-en-amerique-quatre-ans-plus-tard&amp;Itemid=292\">&lt;&mdash; Retour au texte d&#8217;introduction<\/a><\/p>\n<p align=\"center\">&nbsp;<\/p>\n<p>Il y avait au moins vingt-quatre heures que je travaillais &agrave; &eacute;changer avec un sauvage Outaoua<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>1<\/sup><\/a><a title=\"1\" name=\"1\"><\/a> du Nord, une demi livre de vrai tabac de Virginie contre trois castors blancs, quand, ce vingt-deuxi&egrave;me jour de mai 1754, le tambour du Fort Duquesne<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>2<\/sup><\/a><a title=\"2\" name=\"2\"><\/a> r&eacute;sonna une fois &ndash; deux fois pr&eacute;cipit&eacute;es et une fois encore, c&#8217;est &agrave; dire l&#8217;appel g&eacute;n&eacute;ral devant le glacis du nord-ouest, qui fait face &agrave; la Belle-Rivi&egrave;re<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>3<\/sup><\/a><a title=\"3\" name=\"3\"><\/a>. La cour int&eacute;rieure du fort est trop petite pour un rassemblement de plus de cent hommes.<\/p>\n<p>Le temps de sauter dans mon canot d&#8217;&eacute;corce, deux douzaines de coups d&#8217;aviron &agrave; travers la rivi&egrave;re Mal-Engueul&eacute;e<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>4<\/sup><\/a><a title=\"4\" name=\"4\"><\/a>, et je rejoins &agrave; la course mes camarades. Ils sont d&eacute;j&agrave; au port d&#8217;armes, face au mur ext&eacute;rieur de la maison du Commandant. En uniforme, droits comme un I au milieu de l&#8217;alphabet, il est l&agrave;, lui, solide comme toujours. Un vrai chef.<\/p>\n<p>Le tambour bat aux armes, l&#8217;assembl&eacute;e se forme en fer &agrave; cheval sur trois rang&eacute;es de profondeur ; nous, les Fran&ccedil;ais, &agrave; droite et au centre ; les sauvages, &agrave; gauche. Il ne faut jamais les avoir derri&egrave;re soi, m&ecirc;me lorsqu&#8217;ils ne sont pas arm&eacute;s. Et Monsieur de Contre-C&oelig;ur prend la parole :<\/p>\n<p>&laquo; Officiers et soldats du Roy, et, vous, fr&egrave;res Chouanons, enfants aussi d&#8217;Ononthio (ici, les Indiens acclam&egrave;rent le Roy), moi, Contre-C&oelig;ur qui commande en son nom sur la rivi&egrave;re aux B&oelig;ufs, et sur la Belle-Rivi&egrave;re, j&#8217;ai d&eacute;cid&eacute; d&#8217;envoyer Monsieur de Jumonville que vous connaissez tous, avec une escorte vers les Grands Pr&eacute;s, o&ugrave; les Anglais on commenc&eacute; &agrave; b&acirc;tir un fort. Monsieur de Jumonville les sommera en mon nom d&#8217;&eacute;vacuer promptement les terres du Roy, et de retourner chez eux en paix. S&#8217;ils ne veulent pas l&#8217;&eacute;couter, je saurais une fois pour toutes ce qu&#8217;il nous reste &agrave; faire. Votre enseigne va d&eacute;signer les trente hommes de son escorte. Ob&eacute;issez-lui comme &agrave; moi-m&ecirc;me, et, surtout, rappelez vous que nous ne sommes pas en guerre avec les Anglais. &raquo;<\/p>\n<p>Ici, Sans-Quartier, un v&eacute;t&eacute;ran du r&eacute;giment de Karrer, crie : &laquo; Pas encore &raquo;. Nous lui r&eacute;pondons par des bravos prolong&eacute;s. Le commandant se met &agrave; rire, on voit toutes ses dents pointues sous sa moustache, comme s&#8217;il allait vous mordre. C&#8217;est un homme sans morgue, en dehors de la discipline militaire, et nous l&#8217;aimons bien.<\/p>\n<p>Monsieur Coulon de Villiers, dont le surnom est Jumonville, commence tout de suite &agrave; choisir ses hommes. Le premier est Sans-Quartier, le second moi Cadrain Monceau, dit Bras de Fer. Alors je r&eacute;clame : &laquo; mon commandant ! J&#8217;ai des affaires importantes en train&hellip;Je ne puis m&#8217;absenter avant de les finir&hellip;Si c&#8217;&eacute;tait la guerre, ce serait diff&eacute;rent. &raquo;<\/p>\n<p>Monsieur de Jumonville se tourne vers Sans-Quartier, mon camarade de lit et lui demande quelles sont les affaires dont il parle : &laquo;&nbsp; Mon capitaine, c&#8217;est rapport &agrave; des pelures de castor dont il fait collection &raquo;. Sans-Quartier &eacute;tait depuis longtemps jaloux de mes succ&egrave;s dans la traite de fourrures. Ce jour-l&agrave;, je me promis de lui donner un chien de ma chienne. L&#8217;officier se retourne vers moi : &laquo; Bras de Fer ! J&#8217;ai besoin de toi, tu parles l&#8217;Iroquois et nous allons dans leur pays.&hellip;&raquo;<\/p>\n<p>Le lendemain, vingt-trois de Mai, nous partons, moi trente-cinqui&egrave;me, tous de bonne humeur avec nos provisions de viande boucan&eacute;e et des biscuits de mer (une salet&eacute;). Aussi, des munitions pour quinze jours, de quoi tuer du gibier, m&ecirc;me des sauvages, &agrave; l&#8217;occasion. Les S&eacute;n&eacute;cas de Tanacharison, leur Demi-Roi, chassent autour des Grands Pr&eacute;s. Chaque fois qu&#8217;ils le peuvent, en cachette, ils l&egrave;vent une chevelure fran&ccedil;aise. Les Indiens ne se battent jamais &agrave; d&eacute;couvert, comme nous, mais seulement &agrave; l&#8217;affut ou de grand matin, &agrave; l&#8217;heure o&ugrave; on dort le mieux.<\/p>\n<p>Le deuxi&egrave;me officier est Monsieur Drouillon, second&eacute; par trois cadets &agrave; l&#8217;aiguillette, le petit de Boucherville, le maigre Du sabl&eacute; et Aubert de Gasp&eacute;, un tout jeune homme. Ils emm&egrave;nent avec eux Bonenfant, l&#8217;interpr&egrave;te. Ce dernier me bat toujours &agrave; la course, mais, en fait d&#8217;anglais, je le sais mieux que lui. Et il ronfle si fort, la nuit, qu&#8217;un Indien peut l&#8217;entendre &agrave; trois arpents. Il y a aussi Mimile La D&eacute;bauche, mon associ&eacute; pour la traite, un Proven&ccedil;al noir et rus&eacute; comme un renard, puis, La Flute, de Valence en Dauphin&eacute;.<\/p>\n<p>Si nous avions pu nous douter de ce qui nous attendait quatre fois vingt&shy; quatre heures apr&egrave;s nous aurions psalmodi&eacute; le De Profundis. Enfin, il arrive ce que Dieu veut, le mieux est de se fier &agrave; Lui et d&#8217;aller de l&#8217;avant, pour le forcer &agrave; changer d&#8217;id&eacute;e si la premi&egrave;re est mauvaise.<\/p>\n<p>Maintenant, nous sommes en pleine for&ecirc;t, des pins obscurs, argent&eacute;s au Nord de lichens, des trembles qui pleurent, des bouleaux gris-cendr&eacute;s qui recouvrent la terre depuis les grands lacs jusque je ne sais o&ugrave;. Ces pays-l&agrave; vous donnent l&#8217;illusion d&#8217;un purgatoire o&ugrave; passent des choses blanch&acirc;tres, de ci del&agrave;, sans but. Alors, il faut se secouer, se pincer, car ces choses-l&agrave; pourraient bien &ecirc;tre des Peaux Rouges en chasse. Ce qui me fit penser qu&#8217;il eut &eacute;t&eacute; prudent d&#8217;en emmener une demi-douzaine comme &eacute;claireurs. C&#8217;est ce qu&#8217;ils font de mieux en for&ecirc;t o&ugrave; leurs mocassins ne font pas plus de bruit que les foul&eacute;es d&#8217;un carcajou<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>5<\/sup><\/a><a title=\"5\" name=\"5\"><\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est vrai que nous ne sommes pas en guerre et que les seuls Indiens camp&eacute;s autour du fort en ce moment sont des Chaouanons. Or, il est impossible de s &#8216;y fier, au point qu&#8217;on ne les laisse jamais entrer dans le fort, plus de six &agrave; la fois et sans armes.<\/p>\n<p>Le soir vient, avec une pluie fine pas assez forte pour passer &agrave; travers nos abris de branches. Y-a-t-il au monde musique qui vaille celle des gouttes d&#8217;eau sur les feuilles, quand on est &agrave; l&#8217;abri ? Elles fr&eacute;missent, elles sentent bon et vers deux heures du matin, le coucou chante de joie, on dirait les matines des bois.<\/p>\n<p>Le second jour, l&#8217;enthousiasme du d&eacute;part s&#8217;est pas mal refroidi ; il en est ainsi dans toute exp&eacute;dition. On se rapproche du territoire disput&eacute;, monsieur de Jumonville commence &agrave; d&eacute;signer les sentinelles de nuit, corv&eacute;e dont chacun cherche &agrave; se dispenser ou que l&#8217;on accepte en somnolant debout, appuy&eacute; contre un arbre. Puisque nous ne sommes pas en guerre !<\/p>\n<p>Le troisi&egrave;me jour, nous partons de grand matin; nous apercevons quelques traces de mocassins sur le sol ; mauvais signe, on les a recouvertes &ccedil;a et l&agrave; d&#8217;aiguille de pins&hellip;La D&eacute;bauche se vante de mieux d&eacute;chiffrer les bois que les livres, mais il ne peut dire &agrave; quelle nation elles appartiennent. Chez les Indiens, trente familles font une Nation.<\/p>\n<p>En dehors des cadets &agrave; l&#8217;aiguillette, je suis le seul &agrave; lire et &agrave; &eacute;crire facilement. &Ccedil;&#8217;est pour quoi le capitaine m&#8217;appelle le soir aupr&egrave;s de lui et de ses officiers :<br \/>Bras de Fer, relis-nous mes instructions. Il ne pleut plus, j&#8217;allume une lanterne, je commence :<\/p>\n<p>Sommation que fera Monsieur de Jumonville, officier des troupes du Roy tr&egrave;s-chr&eacute;tien, au commandant des troupes anglaises, si il en trouve sur les Terres du domaine du Roy :<\/p>\n<p>Monsieur,<\/p>\n<p>Il m &#8216; est d&eacute;j&agrave; revenu par la voix des sauvages que vous veniez arm&eacute;, et &agrave; forces ouvert es sur les Terres du Roy mon ma&icirc;tre, sans toutefois pouvoir le croire ; mais, ne devant rien n&eacute;gliger pour en &ecirc;tre inform&eacute; au juste, je d&eacute;tache Monsieur de Jumonville pour le voir par lui-m&ecirc;me, et en cas qu&#8217;il vous y trouve, vous sommer de la part du Roy, en vertu des ordre s que j&#8217;en aye de mon g&eacute;n&eacute;ral, de vous retirer paisiblement avec votre troupe. Sans quoi, Monsieur, vous m&#8217;obligeriez &agrave; vous y contraindre par toutes les voies que je regarderais les plus efficaces pour l&#8217;honneur des armes du Roy. La vente des terres de la Belle-Rivi&egrave;re par les sauvages vous est un si faible titre que je ne pourrais m&#8217;emp&ecirc;cher, Monsieur, de repousser la force par la force ; je vous pr&eacute;viens que, si apr&egrave;s cette sommation qui sera la derni&egrave;re que je vous ferai faire ; il arrive quelque acte d&#8217;hostilit&eacute;, que ce sera &agrave; vous d&#8217;en r&eacute;pondre, puisque notre intention est de maintenir l&#8217;union qui r&egrave;gne entre deux princes amis.<\/p>\n<p>Quels que soient vos projets, Monsieur, je me flatte que vous aurez pour Monsieur de Jumonville tous les &eacute;gards que m&eacute;rite cet officier, et que vous me le renverrez sur le champ pour m&#8217;informer de vos intentions.<\/p>\n<p>Je suis en attendant, avec respect, Monsieur, votre tr&egrave;s humble et tr&egrave;s ob&eacute;issant serviteur. Contre-C&oelig;ur.<\/p>\n<p>Fait au camp du Fort Duquesne, le 23<sup>&egrave;me<\/sup> May 1754.<\/p>\n<p>Cette lecture termin&eacute;e, Monsieur de Jumonville s&#8217;adresse &agrave; ses officiers: Je n&#8217;ai rien &agrave; ajouter &agrave; ces instructions, Messieurs, je tiens seulement &agrave; vous redire les derni&egrave;res paroles de notre commandant : &laquo; Rappelez-vous que nous ne sommes pas en guerre avec les Anglais&hellip;&raquo;<\/p>\n<p>Juste avant de me rouler dans ma couverte, j&#8217;entends un sifflement aigu, suivi d&#8217;un g&eacute;missement : &laquo; Que diable est-ce, fait La D&eacute;bauche ? Ce n&#8217;est pas un cri d&#8217;homme&hellip; &raquo; Bonenfant l&egrave;ve les &eacute;paules : &laquo; Et dire que tu pr&eacute;tends tout d&eacute;chiffrer dans le bois ! &Ccedil;a c&#8217;est le cri d&#8217;un Castor pris au pi&egrave;ge, il pr&eacute;vient sa tribu de se sauver. M&#8217;est avis que &ccedil;a sent le sauvage&hellip;<\/p>\n<p>L&#8217;officier Drouillon nous interdit d&#8217;aller &agrave; la d&eacute;couverte ; il prit lui-m&ecirc;me la premi&egrave;re garde, cette nuit-l&agrave;. Rien n&#8217;arrive d&#8217;extraordinaire d&#8217;ailleurs et nous oubli&acirc;mes cet incident. Pense, penser que si nous &eacute;tions all&eacute; veiller &agrave; trente arpents de l&agrave;, nous aurions trouv&eacute; le Demi-Roi avec sa bande de tue-chr&eacute;tiens !<\/p>\n<p>Il m&#8217;est tr&egrave;s difficile de raconter ce qui nous arriva le 28 de Mai &agrave; trois heures du matin. Il avait plu toute la nuit de grosses gouttes qui remplissent les bassinets et mouillent la poudre, &agrave; moins de la recouvrir de sa capote et encore !<\/p>\n<p>J&#8217;avais &eacute;t&eacute; pris d&#8217;une colique, j&#8217;&eacute;tais all&eacute; vers un fourr&eacute;, au Nord de la clairi&egrave;re o&ugrave; nous avions camp&eacute;, dans un creux &agrave; l&#8217;abri du vent. J&#8217;avais trop mang&eacute; de baies pas mures. Tandis que je r&eacute;ajuste ma culotte, une fusillade &eacute;clate sous la pluie. Je reconnais les d&eacute;tonations des longs fusils de Virginie. Je vois les Indiens se glisser comme des serpents entre les arbres. Je me colle contre le mien, je n&#8217;ai pas d&#8217;armes, ma chemise est aussi brune que l&#8217;&eacute;corce.<\/p>\n<p>Je vois mes camarades se lever en d&eacute;sordre, &agrave; moiti&eacute; r&eacute;veill&eacute;s. Debout, monsieur de Jumonville agite un mouchoir blanc : il crie &laquo; nous sommes des parlementaires&hellip; &raquo; Il secoue Bonenfant et lui demande de lire la sommation. Avant qu&#8217;il ait fini sa phrase, une seconde d&eacute;charge le jette &agrave; terre, avec l&#8217;interpr&egrave;te. Nos gars commencent &agrave; tirer, quelques Anglais tombent. Les fusils ratent et, &agrave; ce moment-l&agrave; les Peaux Rouges font leur cri de guerre : &laquo; A&iuml;e, hi ! A&iuml;e, hi ! A&iuml;e !&raquo; Mes camarades sont cern&eacute;s. Monsieur Drouillon leur ordonne de lever les mains en l&#8217;air, il a dit plus tard qu&#8217;il valait mieux se rendre aux Anglais que d&#8217;&ecirc;tre scarpel&eacute;s par les sauvages. Les Virginiens sans doute les rel&acirc;cheraient d&egrave;s qu&#8217;ils apprendraient leur qualit&eacute; de parlementaires, tandis que les Indiens ne faisaient de prisonniers que pour les supplicier &agrave; loisir.<\/p>\n<p>Le chef anglais est un grand gaillard, fort jeune que nous connaissons sous le nom de Ouasinton<a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#Notes\"><sup>6<\/sup><\/a><a title=\"6\" name=\"6\"><\/a>. Les sauvages l&#8217;appelaient &laquo; Corcorin &raquo;. Il &eacute;coute les protestations de monsieur Drouillon, il ne para&icirc;t rien y comprendre. Ses soldats d&eacute;sarment les n&ocirc;tres, puis tous disparaissent du c&ocirc;t&eacute; de leur fort N&eacute;cessit&eacute;.<\/p>\n<p>Les Indiens se pr&eacute;cipitent sur nos morts et nos bless&eacute;s. Ils hurlent comme des b&ecirc;tes f&eacute;roces. Et je vois, oui, j&#8217;ai vu l&#8217;un d&#8217;eux qui portait sur la t&ecirc;te une peau d&#8217;h&eacute;risson, se pencher sur mon capitaine &agrave; terre : &laquo; Tu n&#8217;es pas encore mort, mon p&egrave;re ? Tiens attrapes ! &raquo; Ce disant, il l&#8217;assomme d&#8217;un coup de casse-t&ecirc;te, il le retourne sur le ventre, il lui cercle le cr&acirc;ne de la pointe de son couteau et, un pied sur les &eacute;paules, il lui arrache sa chevelure d&#8217;en arri&egrave;re sur le cou &agrave; l&#8217;avant sur le front. J&#8217;entends son cri de guerre pendant qu&#8217;il attache son troph&eacute;e &agrave; sa ceinture, je le vois courir vers d&#8217;autres bless&eacute;s et je fis, &agrave; ce moment-l&agrave;, un v&oelig;u solennel &agrave; Bayard, un saint soldat de mon pays. Oui sur mon &acirc;me de chr&eacute;tien.<\/p>\n<p>Tout ce fracas n&#8217;a pas dur&eacute; vingt minutes. Je suis seul maintenant, &agrave; c&ocirc;t&eacute; des scarpel&eacute;s. Longtemps encore, je reste &agrave; terre sans bouger, puis je rampe vers l&#8217;Ouest, je me rel&egrave;ve silencieusement, je prends ma course le long d&#8217;un ruisseau. Il me faut aller pr&eacute;venir les n&ocirc;tres au fort.<\/p>\n<p>Je mets sept nuits &agrave; refaire en sens inverse le chemin que nous avions parcouru en cinq marches. Le jour, je me cache et je dors. Je ne suis pas plus qu&#8217;&agrave; une petite journ&eacute;e de Duquesne, lorsque je tombe par malheur sur un parti d&#8217;Iroquois. Ils ne savaient rien de notre bataille, mais ils m&#8217;attachent les bras et me conduisent devant leur chef, un borgne plus hideux que le diable : &laquo; Que fais-tu sur nos terres ? D&#8217;o&ugrave; viens-tu ? O&ugrave; vas-tu ? &raquo; Je me vois d&eacute;j&agrave; sur le b&ucirc;cher des supplices, quand la bonne Sainte Anne m&#8217;envoie une id&eacute;e : &laquo; Je suis avec un parti d&#8217;Oneidas. Ils s&#8217;en vont au fort et je cours en avant pour pr&eacute;venir le grand chef &raquo;<\/p>\n<p>&laquo; Qu&#8217;est ce qu&#8217;ils veulent au grand chef fran&ccedil;ais &raquo; &#8211; &laquo; Je n&#8217;en sais rien, mais ils ont besoin de couvertures. Si vous me retenez, ils seront tr&egrave;s f&acirc;ch&eacute;s. &raquo;<\/p>\n<p>Les Oneidas sont l&#8217;une des Six Nations iroquoises Un conciliabule interminable s&#8217;engage entre le chef et les anciens de la bande. Lui voulait me torturer : &laquo; Il n&#8217;y a de bon blanc qu&#8217;un blanc mort &raquo;. Eux craignaient de se faire deux ennemis : les Fran&ccedil;ais et les Oneidas.<\/p>\n<p>&laquo; Combien sont-ils ? &raquo; demande le borgne : &laquo; Environ trois fois votre nombre et d&#8217;autres arrivent par derri&egrave;re, pour avoir leur part de cadeaux &raquo;.<\/p>\n<p>Cette fois, le chef c&egrave;de. Je suis rel&acirc;ch&eacute; sous promesse de dire au fort qu&#8217;eux aussi viennent faire visite et que leurs squaws ont bien besoin de couvertures. Je pars sans me presser, mais une fois hors de vue, je cours plus vite qu&#8217;un daim manqu&eacute; par un chat-tigre. Je ne sais comment mes pieds font pour me porter, mais j&#8217;arrive &agrave; Duquesne. De suite, je raconte &agrave; monsieur Contre-C&oelig;ur ce qui nous est arriv&eacute;.<\/p>\n<p>Son visage, si rouge d&#8217;ordinaire prend la couleur du plomb quand nous le versons dans nos moules &agrave; balle. Il r&eacute;p&egrave;te : &laquo; Quelle infamie&hellip;des parlementaires&hellip;Goddam d&#8217;Anglais&hellip;Je te vengerai Jumonville&hellip; &raquo; Enfin il &eacute;clate en impr&eacute;cations, moi aussi. Alors il me cong&eacute;die, je m&#8217;en vais manger et baigner mes pieds pleins d&#8217;&eacute;pines, tout en sang. Je bois deux grands verres d&#8217;eau de vie des officiers, je m&#8217;endors sur une peau d&#8217;ours, dans le magasin du ravitaillement. Je suis en suret&eacute;, voil&agrave; ma seule pens&eacute;e. On m&#8217;a dit plus tard que j&#8217;y avais dormi trente-six heures, comme un mort.<\/p>\n<p>&Agrave; mon r&eacute;veil, les camarades m&#8217;apprennent que Concorin est l&#8217;ami des nations iroquoises, surtout des S&eacute;n&eacute;cas, dont le Demi-Roi est le chef. Ce dernier est l&#8217;ennemi mortel des Fran&ccedil;ais depuis que Monsieur Marin, commandant du fort Le B&oelig;uf, pas loin du lac Eri&eacute;, l&#8217;a trait&eacute; de vieille femme devant d&#8217;autres chefs. On ne peut faire de pire injure &agrave; un sauvage. Il dissimule, ne r&eacute;pond rien, attend sa &laquo; chance &raquo; m&ecirc;me pendant des ann&eacute;es, car il n&#8217;oublie jamais une insulte, et, puis un jour, il se venge. C&#8217;est pourquoi nos officiers maniaient les Nations avec des gants, tout au moins en paroles. Quand aux bienfaits, les Peaux Rouges les oublient le jour o&ugrave; ils s&#8217;aper&ccedil;oivent qu&#8217;il n&#8217;y a rien &agrave; gagner des Blancs.<\/p>\n<p>On me dit aussi que le Demi-Roi &eacute;tait un petit homme, plein de rides qu&#8217;il peignait en rouge ; en guerre il portait une sorte de casque d&#8217;h&eacute;risson, la queue en arri&egrave;re. Alors c&#8217;est lui, lui &Ocirc; grand saint Bayard ! Ce jour-l&agrave;, je n&#8217;en demande pas plus long. Je ne dis rien &agrave; personne. C&#8217;&eacute;tait mon v&oelig;u.<\/p>\n<p>La semaine suivante, &eacute;tant de garde &agrave; la porte, j&#8217;allais demander &agrave; La Flute du tabac, lorsqu&#8217;un petit ourson qu&#8217;il avait apprivois&eacute;, me passe au travers des jambes. Je m&#8217;&eacute;tendis de tout mon long &agrave; terre et, comme je me relevais en jurant, je vis La Flute se pr&eacute;cipiter vers les quartiers du commandant. Lui et sa brute je les crus fous, car il n&#8217;y avait &acirc;me qui vive en vue. Un moment plus tard, monsieur de Contre-C&oelig;ur me faisait appeler : &laquo; Bras de fer, il y a du monde qui arrive. Ne laisse entrer personne, rouge ou blanc sans ma permission. &raquo; &#8211; &laquo; Oui mon commandant. Mais on ne voit rien &agrave; l&#8217;horizon. &raquo; &#8211; &laquo; Ca ne fait pas de diff&eacute;rence. Veille et pr&eacute;viens moi de suite quand tu les apercevras &raquo;.<\/p>\n<p>Toute en marchant de long en large, j&#8217;&eacute;tais fort intrigu&eacute;. Subitement, je me rappelai que cet animal de La Flute, plusieurs fois d&eacute;j&agrave;, avait annonc&eacute; bien &agrave; l&#8217;avance l&#8217;arriv&eacute;e de visiteurs.<\/p>\n<p>&laquo; Est ce que, des fois tu aurais le don de seconde vue ? &Ccedil;a c&#8217;est mon secret, m&#8217;avait-il r&eacute;pondu. &raquo;<\/p>\n<p>Ce jour-l&agrave;, je le d&eacute;couvris son secret. Son ours &eacute;tait son t&eacute;lescope ou plut&ocirc;t son oreille.<\/p>\n<p>Ces animaux ont une ou&iuml;e qui l&#8217;emporte sur celle de tous les habitants des bois. Le moindre bruit &agrave; la ronde, ils l&#8217;entendent de si loin qu&#8217;on ose &agrave; peine le dire. Ainsi, ce treize de juin, exactement une demi-heure apr&egrave;s la fuite de l&#8217;ourson vers son trou, je vis une bande d&#8217;Outaouas traverser la Belle-Rivi&egrave;re. Leurs clameurs firent courir aux armes mes camarades.<\/p>\n<p>En t&ecirc;te marchait un gros Indien vert et bleu, qui portait une branche d&#8217;&eacute;rable. Quatorze scalps peints en rouge y &eacute;taient attach&eacute;s. Je les comptai, parce qu&#8217;au fort on les payait vingt-cinq francs la pi&egrave;ce, en marchandises ; les Anglais, eux payaient trente francs.<\/p>\n<p>Malgr&eacute; sa graisse, ce sauvage sautait haut en l&#8217;air et il agitait ne tous sens son troph&eacute;e. Derri&egrave;re, la tribu poussait ces hululements prolong&eacute;s et suraigus qui annoncent une victoire. Venait ensuite une demi-douzaine de prisonniers, les mains li&eacute;es et gard&eacute;s par deux Indiens barbouill&eacute;s de charbon. &Ccedil;&#8217;&eacute;taient les parents des deux braves que les Outaouas avaient perdu dans leur exp&eacute;dition en Virginie. Ils y avaient surpris trois habitations, ils avaient massacr&eacute; les hommes sauf quatre, qu&#8217;ils ramenaient avec les femmes.<\/p>\n<p>Toute la garnison se pr&eacute;cipita aux murs. On laissa entrer les chefs sans armes ; le commandant causa avec eux. Pendant ce temps, les Indiens Loups, qui campaient autour du fort, se plac&egrave;rent sur deux lignes parall&egrave;les &agrave; partir de la rivi&egrave;re. Selon la plus ancienne des coutumes indiennes, les prisonniers allaient &laquo; courir &raquo; la bastonnade ; c&#8217;&eacute;tait, para&icirc;t-il, la troisi&egrave;me en un mois.<\/p>\n<p>Les Outaouas les pouss&egrave;rent en avant, ils prirent leur course &agrave; travers les pierres, les coups de b&acirc;tons durcis au feu ou arm&eacute;s de pointes de silex. Les enfants, les femmes surtout prenaient un plaisir extr&ecirc;me &agrave; frapper, tailler, d&eacute;chiqueter. L&#8217;usage de la hache est d&eacute;fendu.<\/p>\n<p>Je remarquais deux jeunes filles ; elles se tenaient d&#8217;abord par la main, car on les avaient d&eacute;li&eacute;es, elles couraient comme des biches harcel&eacute;es par des loups ; l&#8217;une d&#8217;elle tr&eacute;bucha sur un caillou, elle tomba, son visage refl&eacute;ta l&#8217;horreur d&#8217;une quasi morte au milieu des d&eacute;mons. En une seconde, elle fut entour&eacute;e par un groupe de sorci&egrave;res, elles s&#8217;attaquaient &agrave; sa gorge, &agrave; sa bouche, &agrave; ses oreilles ; une vieille mordit en pleine chair son bras lev&eacute; en l&#8217;air. La victime se releva dans un sursaut d&#8217;agonie, courut dix verges encore et vint tomber dans les bras de sa s&oelig;ur au mur du bastion. L&agrave;, la bastonnade s&#8217;arr&ecirc;tait.<\/p>\n<p>Nue, un &oelig;il &agrave; moiti&eacute; hors de l&#8217;orbite, la bouche ouverte par o&ugrave; giclait du sang, elle paraissait morte. Nous l&#8217;emport&acirc;mes &agrave; l&#8217;infirmerie, le chirurgien l&#8217;arrangea de son mieux. Chose extraordinaire, elle en revint et Monsieur de Contre-C&oelig;ur la racheta aux Peaux Rouges avec d&#8217;autres pour dix couvertures. Par la suite, elle n&#8217;a jamais pu voir un Indien sans perdre connaissance.<\/p>\n<p>Les Outaouas se r&eacute;serv&egrave;rent deux prisonniers, pour les faire mourir en compensation des guerriers tomb&eacute;s en Virginie. Le supplice e&ucirc;t lieu le m&ecirc;me soir. Il devait commencer au pied du fort, du c&ocirc;t&eacute; de la rivi&egrave;re Malengueul&eacute;e. Le commandent s&#8217;y refusa net. Alors les sauvages pass&egrave;rent de l&#8217;autre c&ocirc;t&eacute; de l&#8217;eau sur une pointe de sable o&ugrave; il y avait beaucoup d&#8217;arbres &eacute;chou&eacute;s. Les squaws se mirent &agrave; ramasser des branches, elles les accumul&egrave;rent autour de deux ch&ecirc;nes, auxquels on devait attacher les victimes avec des cordes mouill&eacute;es de dix pieds de long. Le feu allum&eacute;, elles tournent en rond pour fuir les tisons que l&#8217;on pousse vers elles ; leurs t&ecirc;tes sont coiff&eacute;es d&#8217;une argile humide, afin de faire durer plus longtemps l&#8217;amusement.<\/p>\n<p>Les prisonniers gisaient &agrave; terre ; de grands feux &eacute;clairaient la rivi&egrave;re et m&ecirc;me les bastions o&ugrave; nous &eacute;tions group&eacute;s. Nos officiers fumaient dans la salle du rapport, ils ne pouvaient intervenir, ils ne voulaient pas voir ces atrocit&eacute;s. S&#8217;ils nous avaient donn&eacute; l&#8217;ordre, nous aurions e&ucirc;t t&ocirc;t fait de balayer ces bandits &agrave; coup de mitraille. Seulement apr&egrave;s &ccedil;a, &ccedil;&#8217;e&ucirc;t &eacute;t&eacute; la guerre rouge, les Six Nations passant aux Anglais. Alors ?<\/p>\n<p>Les Outaouas entonn&egrave;rent les louanges de leurs morts. Ils allaient &ecirc;tre veng&eacute;s. Le gros sauvage criait une phrase, les autres la r&eacute;p&eacute;taient en ch&oelig;ur, voix rauques d&#8217;hommes, voix suraigu&euml;s de femmes, piaillements d&#8217;enfants ; jusqu&#8217;aux chiens, mis&eacute;rables b&ecirc;tes de somme, hurlant &agrave; la mort, museaux vers le ciel, queues raides, tendues vers la terre. Par dessus ce tintamarre, on entendait le grelot saccad&eacute; du chichiko&iuml;, une calebasse creuse avec des cailloux dedans.<\/p>\n<p>Au bout d&#8217;une demi-heure, les hommes firent place aux squaws, charg&eacute;es de fagots. Ce fut &agrave; ce moment-l&agrave; qu&#8217;une vieille sorci&egrave;re s&#8217;approcha du prisonnier le plus vigoureux, un Virginien &agrave; t&ecirc;te rouge, et lui jeta dessus une couverture en loques. La stup&eacute;faction fut g&eacute;n&eacute;rale. Un Indien, son mari je suppose, voulut l&#8217;arr&ecirc;ter, les autres l&#8217;apostroph&egrave;rent, des femmes vinrent lui cracher dessus. Elle, accroupie &agrave; c&ocirc;t&eacute; du prisonnier, la t&ecirc;te dans ses mains, en r&eacute;pondait rien. Le jongleur de la nation lui adressa quelques paroles que je ne compris pas. Sa r&eacute;ponse &agrave; elle, par exemple, je n&#8217;en perdis rien, tant sa voix sifflait entre ses l&egrave;vres de momie : &laquo; Agu&iuml; (c&#8217;est leur dieu) Agu&iuml; a repris mon fils aux derni&egrave;res lunes. Mon mari est un bon &agrave; rien. Je prends ce Blanc pour me servir, j&#8217;en ai le droit moi Etchegoen, fille du chef. Agu&iuml; me le donne ! Agu&iuml; me le donne ! Plus les autres grondaient, plus elle criait Agu&iuml; me le donne&hellip;tellement que le jongleur finit par s&#8217;en aller. Alors elle se leva, elle coupa les liens du Virginien, elle le mit sur ses jambes et l&#8217;emmena vers sa tente. L&agrave; elle l&#8217;attacha de nouveau, puis vint rejoindre le cercle pour ne rien perdre du spectacle. Et elle crachait &agrave; son tour sur les autres squaws.<\/p>\n<p>Rien de nouveau les jours suivant. J&#8217;ai termin&eacute; mes affaires avec Pontiac, mon Outaoua du Nord, il me promit de me rapporter d&#8217;autres castors blancs, ils sont tr&egrave;s rares. J&#8217;allais &agrave; l&#8217;infirmerie visiter la jeune fille que les Loups avaient ab&icirc;m&eacute;e. Son visage &eacute;tait entour&eacute; de bandeaux, m&ecirc;me son bon &oelig;il, mais on apercevait un coin de sa bouche, il me sembla y voir un bout de sourire quand le lui mis dans la main un bouquet de sassafras. J&#8217;&eacute;tais all&eacute; le chercher de l&#8217;autre c&ocirc;t&eacute; de la Mal-Engueul&eacute;e.<\/p>\n<p>On m&#8217;appelle Bras de Fer, lui dis-je ; je suis&hellip;.Le docteur m&#8217;interrompit : &laquo; Elle ne parle pas un mot de fran&ccedil;ais, mon gar&ccedil;on. Son nom est Margaret, sa m&egrave;re venait de la Nouvelle-Orl&eacute;ans &raquo;.<\/p>\n<p>Alors, mademoiselle Margaret, here des flaours for you. And bon luck !<\/p>\n<p>Je croisais en sortant La Flute. Il tenait une peau d&#8217;hermine qu&#8217;il cherche &agrave; cacher quand il m&#8217;aper&ccedil;ut. Cela m&#8217;&eacute;tait &eacute;gal, mes fleurs sentaient meilleur et puis il ne parlait pas l&#8217;anglais comme moi. L&#8217;&eacute;ducation, &ccedil;a sert toujours.<\/p>\n<p>Le vingt-quatre de juin, je devinai qu&#8217;il allait se passer quelque chose. Nous avions re&ccedil;u des approvisionnements des lacs d&#8217;en haut, avec un renfort de deux cents miliciens. Les officiers &eacute;taient continuellement en conf&eacute;rence, le garde magasin pr&eacute;parait des sacs de munitions. Bien sur, on allait prendre la piste. Mais laquelle ?<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, l&#8217;ours de La Flute se sauve dans son antre. Le capitaine de Villiers arrive au fort avec trois-cents sauvages. Ces Villiers, tous Coulon, sont natifs de Verch&egrave;res, en bas de Montr&eacute;al : ils sont si nombreux au service du Roy qu&#8217;on les distingue par des surnoms. Moi je connais Villiers de l&#8217;Espinay, il se bat en Acadie, aussi Villiers de Jumonville, qu&#8217;on vient d&#8217;assassiner aux Grands Pr&eacute;s, puis le chevalier, au fort de Chartres, et, enfin le capitaine Louis.<\/p>\n<p>Monsieur de Contre-C&oelig;ur court au rivage : &laquo; Soyez mille fois le bienvenu, Monsieur, je ne vous attendais pas de sit&ocirc;t. Venez &agrave; mon quartier, j&#8217;ai de mauvaises nouvelles pour vous&hellip;<\/p>\n<p>Quand Monsieur des Villiers ressort, je crois que tout son sang lui a gicl&eacute; au visage sous la peau. Il s&#8217;en va droit devant lui ; les gens du lac Huron louchent de son c&ocirc;t&eacute; ; le sauvage ne regarde jamais en face.<\/p>\n<p>&laquo; Hugh ! le P&egrave;re est rouge comme une feuille d&#8217;&eacute;rable avant les neiges. Hugh !&raquo; Bonenfant dit &agrave; voix basse : &laquo; Le commandant lui a racont&eacute; l&#8217;affaire des Grands Pr&eacute;s&hellip;Gare aux Goddams. Ca va chauffer. &raquo;<\/p>\n<p>Sans-Quartier fait explosion : &laquo; Tant mieux, sacrebleu ! Ce que je commence &agrave; m&#8217;emb&ecirc;ter ici, avec des corv&eacute;es au lieu de faire notre m&eacute;tier.<\/p>\n<p>De nouveau sauvages arrivent, les Kickapoux, pleins de vermine ; ils n&#8217;ont pas oubli&eacute; le p&egrave;re Marquette, le missionnaire mort chez eux. Ils sont les plus rapides de tous les Peaux Rouges, on dit qu&#8217;ils battent les daims &agrave; la course. Il y a aussi des Folle-Avoines, ils sentent moins mauvais que les autres parce qu&#8217;ils se frottent de graisse d&#8217;ours, non d&#8217;huile de poisson comme les Puants, par exemple, de la mer Michigan.<\/p>\n<p>Le garde-magasin jure lorsqu&#8217;il re&ccedil;oit l&#8217;ordre de leur faire de &laquo; petits cadeaux &raquo; : &laquo; De par mille diables, est-ce que toutes les Nations se sont donn&eacute;es rendez-vous ici ? Donne, donne, je n&#8217;entends plus que ce refrain. Bient&ocirc;t, il ne nous restera rien &agrave; nous mettre sur le corps&hellip;Tas de mendiants&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>Les Indiens ne disent mot ; ils s&#8217;accroupissent au seuil de la boutique, ils attendent vingt-quatre, quarante-huit heures, de quoi rendre fou le garde. Alors il finit par leur jeter ce qu&#8217;ils veulent, ne fut-ce que pour ne plus les voir &agrave; sa porte.<\/p>\n<p>Ce m&ecirc;me soir, le tambour bat une assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale. Personne n&#8217;y court plus vite que moi sauf les Peaux Rouges d&eacute;j&agrave; serr&eacute;s les uns contre les autres. La garnison se range en arri&egrave;re, des centaines d&#8217;hommes, sous le drapeau blanc de Carignan-Sali&egrave;res. En avant, le commandant en uniforme du m&ecirc;me r&eacute;giment, habit et culotte bruns, bas gris clair, ainsi que les jarreti&egrave;res et les bouffetes. Il porte un chapeau en demi-lune, les rubans &agrave; gauche ; il a une grande perruque que nous n&#8217;avons jamais aper&ccedil;ue auparavant.<\/p>\n<p>Les sauvages ne peuvent en d&eacute;tacher leurs regards. Ces Hurons de Lorette, plus ou moins christianis&eacute;s, murmurent entre eux sans tourner la t&ecirc;te : &laquo; Hugh ! Il a lev&eacute; une chevelure. Hugh ! Et les Robes Noires qui nous disent de ne jamais en faire autant&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>&Agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s, il y a le capitaine Louis de Villiers, en coureur des bois. Sa toque de fourrure &agrave; queue d&#8217;&eacute;cureuil porte une fleur de lys d&#8217;or, la fleur d&#8217;Ononthio, le Roy de France. Les autres officiers sont en uniforme r&eacute;gulier : monsieur Le Mercier, du fort, monsieur de Longueuil &agrave; la t&ecirc;te de Iroquois, monsieur de Montesson lieutenant des Ab&eacute;naquis, l&#8217;enseigne de Longueuil des Hurons de Lorette. Ce dernier porte un justaucorps et un ceinturon de cuir, sur des mitasses, grands bas bleus cercl&eacute;s de jarreti&egrave;res rouges &agrave; grelots de cuivre. Il n&#8217;a pas quitt&eacute; ses mocassins.<\/p>\n<p>Monsieur de Contre-C&oelig;ur fait un signe &agrave; Bonenfant. L&#8217;interpr&egrave;te arrive en portant au bras une demi-douzaine de chapelets de perles en porcelaine, &agrave; plusieurs pendentifs ou branches. C&#8217;est la mani&egrave;re indienne de se rappeler les assembl&eacute;es et les trait&eacute;s ant&eacute;rieurs. L&#8217;aum&ocirc;nier n&#8217;aime pas le nom de chapelets, car se sont des colliers de porcelaine. Moi, je ne suis pas de son avis.<\/p>\n<p>Bonenfant passe au commandant un chapelet &agrave; sept branches de perles rouges cousues parall&egrave;lement sur une bande de cuir. Monsieur de Contre-C&oelig;ur le saisit de la main droite et, la main gauche sur son &eacute;p&eacute;e qui pend d&#8217;une &eacute;charpe :<\/p>\n<p>&laquo; Mes enfants, je vous invite pas ces branches &agrave; &eacute;couter ma parole, qui est celle de votre p&egrave;re Ononthio. Je vous d&eacute;bouche les oreilles pour bien entendre, je vous d&eacute;bouche le gosier pour que mes paroles vous touchent au c&oelig;ur et que vous ressentiez la m&ecirc;me peine que je ressens.<\/p>\n<p>Par sept branches, mes enfants, votre p&egrave;re Ononthio m&#8217;informe qu&#8217;il ne vous a envoy&eacute; ici que pour travailler aux bonnes affaires. Je suis venu dans cette vue. Mais il m&#8217;ordonne en m&ecirc;me temps que si quelqu&#8217;un m&#8217;insulte de l&#8217;&eacute;craser et qu&#8217;il ne doute pas, par votre attachement &agrave; ses volont&eacute;s que vous ne suiviez notre exemple et que vous aidiez &agrave; le venger. Vous n&#8217;ignorez pas l&#8217;assassinat qui m&#8217;a &eacute;t&eacute; fait. Je vais vous parler &agrave; tous au c&oelig;ur, parce que je n&#8217;ai rien &agrave; cacher pour les v&eacute;ritables enfants d&#8217;Ononthio. &raquo;<\/p>\n<p>Ici, un chef Mississakuin se l&egrave;ve : &laquo; Ononthio ne nous a envoy&eacute; que pour travailler aux bonnes affaires et pas pour troubler la terre, mais pour regarder seulement. &raquo; il s&#8217;accroupit de nouveau. Ses braves approuvent de la t&ecirc;te. Le comandant continue son discours : &laquo; je vous apprends, mes enfants, que je ne suis venu ici que pour travailler aux bonnes affaires, que j&#8217;ai trouv&eacute; l&#8217;Anglais et que je l&#8217;ai somm&eacute; suivant les ordres de votre p&egrave;re de se retirer ; que je leur ai fourni leurs besoins pour s&#8217;en aller paisiblement chez eux. J&#8217;ai appris par vos fr&egrave;res qu&#8217;ils venaient pour frapper sur votre p&egrave;re, j&#8217;ai envoy&eacute; un officier pour leur parler et travaill&eacute; &agrave; maintenir la paix : ils l&#8217;ont assassin&eacute;. &raquo;<\/p>\n<p>&Agrave; ce moment-l&agrave;, le capitaine Louis se penche en avant, pr&ecirc;t &agrave; bondir, il a la main sur une dague que nous lui envions tous, h&eacute;ritage, dit-il, d&#8217;un a&iuml;eul Jarret de Verch&egrave;res. On jurerait un sanglier, les yeux rouges, qui va foncer sur vous.<\/p>\n<p>Monsieur de Contre-C&oelig;ur s&#8217;arr&ecirc;te, le regarde, le capitaine se redresse, et le discours reprend :<\/p>\n<p>&laquo; Mes enfants, j&#8217;en ai le c&oelig;ur malade et je faisais partir demain les Fran&ccedil;ais pour m&#8217;en venger. Vous arrivez, mes enfants, quand j&#8217;ai d&eacute;j&agrave; fait d&eacute;livrer les souliers, la poudre et les balles. Et je vous invite vous autres Gens du Sault, du lac Huron, Ab&eacute;naquis, Iroquois de la Pr&eacute;sentation, N&eacute;pissings, Algonquins et Outaouas, par ce collier &agrave; accepter la hache pour accompagner votre P&egrave;re et lui aider &agrave; &eacute;craser les Anglais qui ont viol&eacute; toutes les lois les plus fortes en assassinant des porteurs de paroles. Je joins &agrave; cette hache deux barils de vin pour vous faire festin, n&#8217;ayant pas de b&oelig;uf ici.<\/p>\n<p>C&#8217;est monsieur de Villiers que je mets &agrave; votre t&ecirc;te pour vous conduire et vous servir de p&egrave;re. Il va de c&oelig;ur venger la mort de son fr&egrave;re. Ceux qui l&#8217;aimeront suivront son exemple, je vous invite de faire tout ce qu&#8217;il vous commandera. &raquo;<\/p>\n<p>Le commandant remet &agrave; Bonenfant le chapelet de perles rouges et en prend un autre &agrave; perles blanches : &laquo; Par quatre branches de porcelaine, vous autres Loups&hellip; &raquo; Il s&#8217;interrompt : il y a une agitation parmi les Indiens et quelques-uns murmurent &agrave; voix basse je ne sais quoi. Bonenfant saisit un autre chapelet : &laquo; Mon commandant, je me suis tromp&eacute;, voil&agrave; le vrai collier &agrave; perles vertes &raquo;&hellip; &laquo; Esp&egrave;ce de maladroit ! Fais donc attention &raquo;. Le discours recommence : &laquo; Par ces quatre branches vertes, vous autres Loups, si vous &ecirc;tes les v&eacute;ritables enfants d&#8217;Ononthio, je vous invite &agrave; suivre l&#8217;exemple de vos fr&egrave;res. Hiro. J&#8217;ai parl&eacute;. &raquo;<\/p>\n<p>Cet exemple, nous &eacute;tions loin d&#8217;&ecirc;tre sur qu&#8217;il serait bon. L&#8217;Indien change &agrave; tous les vents. Naturellement, ils emport&egrave;rent les haches et les deux barils qui auraient &eacute;t&eacute; beaucoup mieux dans nos gosiers que dans les leurs. Ils festoy&egrave;rent, ils tinrent un interminable conseil de guerre et finalement ils se d&eacute;clar&egrave;rent pr&ecirc;ts &agrave; nous suivre : &laquo; Donnes-nous un jour pour faire nos souliers et aussi pour nous peindre. Cela fait nous marcherons. &raquo; Donc tout allait bien.<\/p>\n<p>Le vingt-huit de Juin vers neuf heures du matin, nous nous embarquons sur la Mal-Engueul&eacute;e ; on remonte d&#8217;abord son cours, histoire de donner le change aux espions, ils pullulent chez les sauvages. D&eacute;j&agrave; nous avons remarqu&eacute; l&#8217;absence des Mississakuins, les autres Peaux Rouges s&#8217;en montrent fort inquiets. &laquo; Peut-&ecirc;tre sont-ils all&eacute; trouver l&#8217;ennemi ? &raquo;<\/p>\n<p>Le vingt-neuf nous reprenons la voie directe, &agrave; travers bois ; l&#8217;aum&ocirc;nier, un grand R&eacute;collet ancien officier de cavalerie nous dit la messe. Il &eacute;tait fortement b&acirc;ti, sur de longues jambes en faucille, et pour tant c&#8217;&eacute;tait l&#8217;un des plus mauvais marcheurs que j&#8217;ai jamais vu. On racontait qu&#8217;il &eacute;tait entr&eacute; dans les Ordres &agrave; la suite de la mort subite de sa fianc&eacute;e.<\/p>\n<p>Nous arrivons &agrave; un grand hangar r&eacute;cemment abandonn&eacute; par les Anglais. Nous y laissons nos pirogues, des vivres et des munitions, avec cinq Iroquois, quinze Fran&ccedil;ais et un bon sergent. Ce qui nous r&eacute;duisit au nombre de quatre-vingt quatre Blancs. Je sais que plus tard, on a pr&eacute;tendu que nous &eacute;tions cinq cents Fran&ccedil;ais. C&#8217;est un mensonge je le sais bien, puisque c&#8217;est moi qui tenait les compte de la paie. Nos alli&eacute;s &eacute;taient deux cent nonante.<\/p>\n<p>Le lendemain &agrave; onze heures, grande distribution de poudre, de balles, de viande boucan&eacute;e pour une marche forc&eacute;e sur les Grands Pr&egrave;s o&ugrave;, para&icirc;t-il, se trouve l&#8217;ennemi. Il y a autant d&#8217;arbres morts par terre que de vivants debout ; nous tr&eacute;buchons, nous tombons comme des ivrognes, les jurons &eacute;clatent en feux de file ; le r&eacute;v&eacute;rend R&eacute;collet se bouche les oreilles, s&#8217;&eacute;tend &agrave; la renverse, se d&eacute;clare incapable de continuer. Il nous donne une absolution g&eacute;n&eacute;rale et s&#8217;en retourne paisiblement au hangar, son br&eacute;viaire sous le bras. Beaucoup auraient voulu en faire autant.<\/p>\n<p>Une vingtaine d&#8217;&eacute;claireurs nous pr&eacute;c&egrave;dent. Les Mississakuins nous ont rejoint, la marche devient plus facile, les sauvages sont de meilleure humeur. Le deux de juillet nous arrivons &agrave; un camp d&eacute;sert, il devient &eacute;vident que les Anglais se sont repli&eacute;s en arri&egrave;re. Mais o&ugrave; ? Monsieur de Villiers se fait amener un Anglais que les gens du Sault on captur&eacute; ce matin : &laquo; Bras de Fer, demandes lui o&ugrave; ses camarades sont all&eacute;s ? Fais lui comprendre d&#8217;abord que s&#8217;il ment, il sera pendu, de suite, ici m&ecirc;me ! &raquo;<\/p>\n<p>J&#8217;appelle mon ami Pontiac. Cr&acirc;ne ras&eacute;, sauf une touffe noire, &laquo; brahier &raquo;, sorte de lange entre les deux jambes, r&eacute;duit au minimum, il est en tenue de guerre, c&#8217;est-&agrave;-dire nu jusqu&#8217;&agrave; la ceinture. Sur sa poitrine, il a peint en rouge un li&egrave;vre, embl&egrave;me de sa nation et ses oreilles allong&eacute;es par les cercles de cuivre qu&#8217;il a &ocirc;t&eacute; sont attach&eacute;es en arri&egrave;re par un cordon d&#8217;herbes. Il a au col un couteau, un autre &agrave; la ceinture du brahier, un autre encore &agrave; sa jarreti&egrave;re de droite. Il reluit d&#8217;une huile infecte de poisson, tellement que je lui parle de loin.<\/p>\n<p>&laquo; Fr&egrave;re, t&acirc;te cette t&ecirc;te, dis moi ce que tu penses de sa chevelure &raquo;. Il prend un couteau, il en effleure le visage du prisonnier d&#8217;arri&egrave;re en avant.<\/p>\n<p>Cet homme a au coin de la bouche un tic ou un sourire nerveux qui me met en col&egrave;re, pendant qu&#8217;il r&eacute;p&egrave;te toujours le m&ecirc;me refrain : &laquo; Je ne sais rien, je ne suis qu&#8217;un simple milicien&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>&laquo; Hugh. Un beau scalp. Bien fourni. Veux-tu me le donner ? &raquo; Le Virginien n&#8217;a rien compris, il a tout devin&eacute; : &laquo; Pour Dieu, vous n&#8217;allez pas me tuer comme &ccedil;a, de sang froid&hellip;Renvoyez-le, je vais vous dire ce que je sais&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>C&lsquo;est ainsi que je puis apprendre au capitaine que les Virginiens, environ quatre cents hommes avec neuf canons sont all&eacute;s se retrancher &agrave; leur fort N&eacute;cessit&eacute;. Or nous n&#8217;en sommes plus qu&#8217;&agrave; un e journ&eacute;e de marche&hellip;Pontiac emm&egrave;ne le milicien, il lui prend ses souliers, il aiguise ses couteaux, en le regardant de travers. Cependant, il a l&#8217;ordre de ne lui faire aucun mal, pour le moment.<\/p>\n<p>Vers le soir nous avons une alerte, des pas pr&eacute;cipit&eacute;s, des cris &agrave; notre arri&egrave;re-garde. Les gens du Lac Huron vont faire feu, lorsqu&#8217; ils reconnaissent quelques N&eacute;pissings sur les traces fraiches d&#8217;un ours. La pluie commence &agrave; tomber par torrents, on dirait que nous sortons de la rivi&egrave;re, et pas de soleil pour nous s&eacute;cher. Il n &#8216;y a rien qui vous rende de plus mauvaise humeur. Pour comble, les Algonquins d&eacute;clarent qu&#8217;ils n&#8217;iront pas plus loin qu&#8217;ils vont retourner au hangar, ce fameux hangar auquel nous pensons tous sans le dire. L&agrave;, disent- ils, ils prot&eacute;geront notre retour&hellip;<\/p>\n<p>Au d&eacute;part, le sauvage jette feu et flamme. Ensuite, &agrave; moins de r&eacute;sultats imm&eacute;diats, il change d&lsquo;id&eacute;e, il ne pense plus qu&#8217; &agrave; utiliser sa poudre &agrave; la chasse, ce qu&#8217; il appelle &laquo; les bonnes affaires &raquo; . Monsieur Le Mercier les apostrophe :<\/p>\n<p>&laquo; Que diront vos femmes auxquelles vous ne rapporterez rien, tandis que vos fr&egrave;res auront les bras pleins de butin? Ces fr&egrave;res, que penseront-ils de vous? D&#8217;ailleurs, c est votre affaire, allez-vous en donc, et que je ne vous voie plu ici ou au fort. &raquo;<\/p>\n<p>Ils partent, la t&ecirc;te plut&ocirc;t basse, un mot y r&eacute;sonne : &laquo; Butin, whisky, couverture, haches, poudre et balles&hellip; &raquo; Deux heures plus tard, ils nous rejoignent au pas de course. Les Outaouas commencent &agrave; se moquer d&#8217;eux. Le capitaine s&#8217;interpose, personne, mieux que lui, ne connait ces grands enfants.<\/p>\n<p>Le trois de Juillet nous faisons une pri&egrave;re dans le creux du vallon o&ugrave; est tomb&eacute; Monsieur de Jumonville. On trouve trois cadavres scarpel&eacute;s, mais pas le sien. Nous les enterrons, et puis, en avant. Si vite qu&#8217;&agrave; dix heures nos d&eacute;couvreurs viennent nous s pr&eacute;venir que l&#8217;ennemi est en vue : ils s&#8217;avancent en bon ordre, ils sont tr&egrave;s nombreux &hellip; Sur notre droite&hellip;<\/p>\n<p>Nos officiers nous postent un chacun derri&egrave;re un arbre. Le fort n&#8217;est heureusement qu&#8217;&agrave; une demi port&eacute;e de fusil. Nous faisons le cri de guerre, les sauvages aussi &agrave; notre gauche. Nous allons faire notre premi&egrave;re d&eacute;charge quand les Anglais font volte-face, et rejoignent leur fort &agrave; la course. Un feu de file en jette plusieurs &agrave; terre, nous rechargeons, stup&eacute;faits.<\/p>\n<p>Plus tard, ils ont racont&eacute; que, jusque-l&agrave; leur cri de guerre, ils ignoraient que nous avions des sauvages avec nous.<\/p>\n<p>Une fusillade g&eacute;n&eacute;rale &eacute;clate sur les deux fronts, eux derri&egrave;re leurs palissades, nous derri&egrave;re nos pins. Elle ne nous fait aucun mal, pas plus que les bisca&iuml;ens du fort. Au contraire, nous descendions leurs servants &agrave; volont&eacute; , et nous b&eacute;nissions l&#8217;ing&eacute;nieur qui avait oubli&eacute;, le ben&ecirc;t, de raser les arbres, nos abris. Cela continue jusqu&#8217;au soir, le feu de nos alli&eacute;s est beaucoup trop nourri. Nous avons deux tu&eacute;s, une douzaine de bless&eacute;s. L&#8217;ennemi doit en avoir au moins dix fois plus.<\/p>\n<p>Je vois un N&eacute;pissingue, d&eacute;nomm&eacute; le Renard-En-l&#8217;Air, courir vers Monsieur de Villiers ; il est hors d&#8217;haleine : &laquo; Hugh ! Le Renard veut te parler. Que veux-tu ? Allons, vite&hellip;Du bruit, j&#8217;ai entendu du bruit l&agrave;-bas, loin&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>Il indique l&#8217;Est, en face de nous, derri&egrave;re le fort : &laquo; Quelle esp&egrave;ce de bruit ? Celui de gouttes d&#8217;eau ou de pas sur les feuilles s&egrave;ches. C&#8217;est les vent qui me l&#8217;a apport&eacute; &raquo;. Le capitaine le regarde bien en face. Inutile, ce Renard tourne les yeux de tous les c&ocirc;t&eacute;s, except&eacute; du bon. Monsieur de Longueuil se rapproche : &laquo; si vous le voulez, je vais l&#8217;interroger, je ne crois pas que les Virginiens aient une arri&egrave;re-garde. Faites, la nuit tombe, il me faut presser l&#8217;attaque. Vous me retrouverez au centre de la ligne. &raquo; Dix minutes apr&egrave;s, Monsieur de Longueuil revient : &laquo; je ne crois pas qu&#8217;il faille &eacute;couter le Renard-En-l&#8217;Air. C&#8217;est l&#8217;un des plus grands menteurs de sa nation. Personne d&#8217;autre n&#8217;a rien entendu &agrave; l&#8217;Est. Seulement ces braves parlent de s&#8217;en aller. Les Algonquins aussi. Vous savez mieux que moi qu&#8217;ils sont bons que dans les surprises. Il y a aussi quelque chose de plus grave : nos hommes ont gaspill&eacute; leurs munitions. Ils seront &agrave; court si cette lutte se prolonge encore longtemps. &raquo;<\/p>\n<p>Monsieur de Villiers souffle, presqu&#8217;un sifflement. C&#8217;est sa mani&egrave;re quand ca ne va pas comme il le voudrait. Enfin il dit d&#8217;appeler les autres officiers pour un conseil de guerre. Ils arrivent d&#8217;arbre en arbre pour ne pas recevoir une balle dans la t&ecirc;te. Ils se jettent &agrave; terre autour du capitaine adoss&eacute;, lui, &agrave; un pin. Moi de m&ecirc;me avec mon calepin et un crayon. Ils sont tous du m&ecirc;me avis : &agrave; moins d&#8217;en finir de suite, nous ne pouvons plus compter sur nos Indiens. Les Virginiens commencent &agrave; faiblir, plusieurs paraissent ivres. Il faut charger le couteau &agrave; la main, les sauvages nous suivront.<\/p>\n<p>Monsieur de Villiers ne r&eacute;pond rien. Il regarde le fort, d&#8217;o&ugrave; part un coup de carabine de temps &agrave; autre, et sa porte de ch&ecirc;ne. Elle semble rudement solide. Il se retourne vers ses officiers : &laquo; Si, comme vous le dites, la poudre va manquer, il n&#8217;y a pas &agrave; h&eacute;siter. N&eacute;anmoins, je vais d&#8217;abord envoyer un parlementaire. Monsieur Le Mercier, prenez un homme avec un mouchoir blanc en bout de son fusil, allez demander l&#8217;officier commandant en chef. Dites lui qu&#8217;ils sont cern&eacute;s, que des renforts nous arrivent, que nous allons donner l&#8217;assaut. S&#8217;ils veulent se rendre de suite, je leur donnerai une capitulation honorable, je me contenterais de deux otages, dont Monsieur Ouasinton, s&#8217;il est au fort. Et je promettrais de les prot&eacute;ger contre nos alli&eacute;s.<\/p>\n<p>S&#8217;ils refusent, je prends le fort et je les abandonne &agrave; nos sauvages. Il doit savoir ce que cela veut dire. Faites cesser le feu. Je leur donne une demi-heure pour se d&eacute;cider.<\/p>\n<p>Il fait noir, monsieur Le Mercier part, une torche &agrave; la main. Nous apercevons deux officiers du fort qui viennent &agrave; sa rencontre, mais nous n&#8217;entendons rien. Nos alli&eacute;s courent sous bois autour du fort, ils hurlent comme de vrais loups, non pas une centaine mais des milliers.<\/p>\n<p>Monsieur Le Mercier revient : &laquo; Mon capitaine, ils accepteront une capitulation honorable, avec leurs armes et ils donneront deux officiers en otage. Monsieur Ouasinton est bien l&agrave;, seulement il devra rester avec ses soldats, il para&icirc;t que lui seul peut maintenir l&#8217;ordre parmi eux.<\/p>\n<p>Ils disent qu&#8217;ils regrettent la mort de monsieur de Jumonville et que si leurs hommes ont fait feu le vingt-huit de mai, c&#8217;est que la pluie et la brume les emp&ecirc;chaient de voir &agrave; trente pas&hellip; Sauf pour tuer mon fr&egrave;re, crie Monsieur de Villiers. Il a sa figure des mauvais jours, les dents serr&eacute;s, un pli au coin des l&egrave;vres, il sort, il rentre sa dague rouge. Je le surveille du coin de l&#8217;&oelig;il ; des gouttes d&eacute;coulaient en rigoles sur son visage. Muet, les mains derri&egrave;re le dos, il marchait en rond. Personne ne disait mot. &Agrave; quoi bon ? Nous savions tous ce qu&#8217;il pensait.<\/p>\n<p>Il s&#8217;arr&ecirc;te devant ses officiers : &laquo; Vous &ecirc;tes sur que nous allons &ecirc;tre &agrave; court de poudre pour faire sauter cette porte ?<\/p>\n<p>Oui, dirent-ils. &laquo; Nous avons nos couteaux, cria le cadet de la Chauvignerie, une t&ecirc;te ardente, et nous pouvons escalader cette palissade ! Mon commandant, laissez-moi essayer&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>Monsieur de Villiers fron&ccedil;a les sourcils :<\/p>\n<p>&laquo; Vous ferez ce que je vous dirai, Monsieur. Monsieur Le Mercier, retournez au fort, dites leur que je veux bien par humanit&eacute;, leur accorder ce qu&#8217;ils demandent. Une fois les articles sign&eacute;s, par exemple, dites leur de filer, de se sauver. Tonnerre de Dieu ! Car je ne pourrais pas retenir bien longtemps mes sauvages sur leur piste.<\/p>\n<p>Monsieur de Longueuil, vous aurez l&#8217;honneur d&#8217;entrer en t&ecirc;te dans le fort, votre premier soin sera d&#8217;y d&eacute;foncer tous les barils de rhum ou de whisky. Le reste, sauf les munitions, abandonnez-le au pillage des Indiens.<\/p>\n<p>Viens ici, Bras de Fer, je vais te dicter les articles de la capitulation. &raquo;<\/p>\n<p>Les voici, tels que je les &eacute;crivis &agrave; la lueur d&#8217;une mis&eacute;rable lanterne tout en m&#8217;essuyant les doigts.<\/p>\n<p>Capitulation accord&eacute;e par le commandant des troupes de sa majest&eacute; tr&egrave;s chr&eacute;tienne &agrave; celui des troupes anglaises actuellement dans le fort de N&eacute;cessit&eacute;, qui a &eacute;t&eacute; construit sur les terres du domaine du Roy, ce troisi&egrave;me juillet 1754, &agrave; huit heures du soir.<\/p>\n<p><b>Savoir :<\/b><\/p>\n<p>Comme notre intention n&#8217;a jamais &eacute;t&eacute; de troubler la paix et la bonne harmonie qui r&eacute;gnait entre deux princes amis, mais seulement de venger l&#8217;assassinat qui a &eacute;t&eacute; fait sur l&#8217;un de nos officiers porteur d&#8217;une sommation, et sur son escorte, comme aussi d&#8217;emp&ecirc;cher aucun &eacute;tablissement sur les terres du domaine du Roy, mon ma&icirc;tre.<\/p>\n<p>&Agrave; ces consid&eacute;rations, nous voulons bien accorder gr&acirc;ce &agrave; tous les Anglais qui sont dans ledit fort aux conditions ci-apr&egrave;s.<\/p>\n<p><b>Article 1<sup>er<\/sup> <\/b><\/p>\n<p>Nous accordons au commandant anglais de se retirer avec toute sa garnison pour s&#8217;en retourner paisiblement dans son pays et lui promettons d&#8217;emp&ecirc;cher qu&#8217;il lui soit fait aucune insulte par nos Fran&ccedil;ais et de maintenir autant qu&#8217;il sera en notre pouvoir tous les sauvages qui sont avec nous.<\/p>\n<p><b>2<\/b><\/p>\n<p>Il lui sera permis de sortir et d&#8217;emporter tout ce qui leur appartiendra &agrave; l&#8217;exception de l&#8217;artillerie et munitions de guerre que nous nous r&eacute;servons.<\/p>\n<p><b>3<\/b><\/p>\n<p>Que nous lui accordons les honneurs de la guerre, qu&#8217;ils sortiront tambour battant avec une pi&egrave;ce de petit canon, voulant bien par l&agrave; leur prouver que nous les traitons en amis.<\/p>\n<p><b>4<\/b><\/p>\n<p>Que sit&ocirc;t les articles sign&eacute;s de part et d&#8217;autre, ils am&egrave;neront le pavillon anglais.<\/p>\n<p><b>5<\/b><\/p>\n<p>Que demain, &agrave; la pointe du jour, un d&eacute;tachement fran&ccedil;ais ira pour faire d&eacute;filer la garnison et prendre possession du dit fort.<\/p>\n<p><b>6<\/b><\/p>\n<p>Que comme les Anglais n&#8217;ont presque plus de chevaux ni b&oelig;ufs, ils seront libres de mettre leurs effets cach&eacute;s pour venir les chercher quand ils auront rejoint des chevaux ; ils pourront &agrave; cette fin y laisser des gardiens en tel nombre qu&#8217;ils voudront, aux conditions qu&#8217;ils donneront parole d&#8217;honneur de ne plus travailler &agrave; aucun &eacute;tablissement dans ce lieu ici, ni en de&ccedil;&agrave; de la hauteur des terres, pendant une ann&eacute;e &agrave; compter de ce jour.<\/p>\n<p><b>7<\/b><\/p>\n<p>Que, comme les Anglais ont en leur pouvoir un officier, deux cadets et g&eacute;n&eacute;ralement les prisonniers qu&#8217;ils nous ont faits dans l&#8217;assassinat du Sieur de Jumonvile, et qu&#8217;ils promettent de les renvoyer avec sauvegarde jusqu&#8217;au fort Duquesne situ&eacute; sur la Belle-Rivi&egrave;re et que pour suret&eacute; de cet article ainsi que de ce trait&eacute;, Mrs. Jacob Venebrame et Robert Scobo tous deux capitaines nous seront remis en otages jusqu&#8217;&agrave; l&#8217;arriv&eacute;e de nos canadiens et fran&ccedil;ais ci-dessus mentionn&eacute;s, nous nous obligeons de notre c&ocirc;t&eacute; &agrave; donner escorte pour ramener en suret&eacute; les deux officiers qui nous promettent nos Fran&ccedil;ais dans deux mois et demi pour le plus tard.<\/p>\n<p>Fait en double sur un des postes de notre blocus, ce jour et an que dessus.<\/p>\n<p>Je pars avec monsieur Le Mercier et trois soldats. Quatre Anglais viennent &agrave; notre rencontre, aux pieds du fort. Le plus grand d&#8217;entre eux, le commandant Ouasinton se fait faire la lecture du trait&eacute; parle capitaine Jacob qui parle fran&ccedil;ais. Le capitaine Mackay les accompagne, ils sont tous fort nerveux. La nuit est si noire que je distingue &agrave; peine leurs physionomies, pendant une discussion &agrave; laquelle je ne comprends rien du tout.<\/p>\n<p>Monsieur Le Mercier s&#8217;impatiente : &laquo; Messieurs voulez-vous signer, oui ou non ? Oui r&eacute;pond Mackay &raquo;.<\/p>\n<p>L&#8217;acte de capitulation est sign&eacute; sur la crosse de mon fusil.<\/p>\n<p>James Mackay &ndash; Ge. Washington.<\/p>\n<p>Le comandant signe &agrave; notre retour. Coulon-Villiers et une copie est remise &agrave; Scobo.<\/p>\n<p>Nous allons haranguer nos sauvages, dit alors monsieur le Mercier. Evacuez le plus t&ocirc;t possible votre fort, car il sera difficile de les retenir longtemps. Les Anglais ne se le font pas dire deux fois. Point du jour, d&eacute;fil&eacute;, tambour battant, pi&egrave;ce de petit canon, ah bien oui ! Au comble de la surexcitation, les Sauvages bondissent de tous les c&ocirc;t&eacute;s, haches en main, comme ils font avant les supplices, on a beaucoup de peine &agrave; les rassembler pour le discours de monsieur de Villiers :<\/p>\n<p>&laquo; Par sept branches de porcelaine&hellip;Sur l&#8217;autre face du fort, les Anglais d&eacute;talent, ils laissent m&ecirc;me leur drapeau, quelques hommes valides, compl&egrave;tement gris, une douzaine de morts et les bless&eacute;s ; et nous entrons dans le fort, moi cinqui&egrave;me derri&egrave;re les officiers.<\/p>\n<p>Les Peaux Rouges se mettent &agrave; piller les provisions, v&ecirc;tements, etc&hellip;Ils l&egrave;chent la terre sous les barriques d&eacute;fonc&eacute;es de rhum, ils ne sont pas contents de ne rien trouver &agrave; boire ; nos hommes pareillement. Nous avons beaucoup de mal &agrave; prot&eacute;ger la poudre et les balles, il y en avait une quantit&eacute;, nous en avions bien besoin. On casse les canons, on br&ucirc;le le fort, on se met en marche arri&egrave;re vitement. &Agrave; la guerre de fronti&egrave;re on ne sait jamais ce qui peut survenir.<\/p>\n<p>Mon ami Pontiac vient me dire qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;Indiens avec les Anglais, je lui avais demand&eacute; o&ugrave; se trouvaient les S&eacute;n&eacute;cas ? Puis il dispara&icirc;t, je ne le vois plus m&ecirc;me au pillage.<\/p>\n<p>Le cadet de la Chauvignerie est d&eacute;sign&eacute; pour br&ucirc;ler le grand hangar. Avant qu&#8217;il eut fini, Pontiac repara&icirc;t, il ram&egrave;ne dix Virginiens sans armes et sans souliers, il est all&eacute; les couper de l&#8217;arri&egrave;re-garde anglaise, il est tr&egrave;s fier de son exploit.<\/p>\n<p>Monsieur de Villiers n&#8217;est pas content : &laquo; Rel&acirc;ches ces gens-l&agrave; de suite. Tu ne voudrais pas me faire manquer &agrave; ma parole ? &raquo;<\/p>\n<p>Les prisonniers protestent : &laquo; Gardez-nous avec vous, si vous nous renvoyez, nous sommes s&ucirc;rs d&#8217;&ecirc;tre scarpel&eacute;s&hellip; C&#8217;est ce que vous m&eacute;riteriez. Sans compter que nous avons d&eacute;j&agrave; trop de bouches &agrave; nourrir&hellip;Gardes les donc Pontiac, et ram&egrave;ne les au fort ; rappelles-toi que ta vie me r&eacute;pond de la leur&hellip;<\/p>\n<p>Le sept de juillet, nous arrivons &agrave; Duquesne. Monsieur de Contre-C&oelig;ur crie de joie, il comble de cadeaux les Nations, il nous fait distribuer hors de leur vue, &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur des murs, double et triple distribution de rhum.<\/p>\n<p>On m&#8217;a dit plus tard que le gouverneur du Canada lui-m&ecirc;me, Monsieur le marquis Duquesne &eacute;crivit &agrave; notre commandant : &laquo; Rien de plus &agrave; souhait que la jolie affaire qui vient de se passer au haut de la rivi&egrave;re Mal-Engueul&eacute;e, puisqu&#8217;elle concilie la bravoure, la prudence et l&#8217;humanit&eacute;. C&#8217;est selon moi le plus beau coup qui se soit fait au Canada, parce qu&#8217;il rare que dans ce pays-ci on ait vu des combats en front de banni&egrave;res, et que ce n&#8217;est que par surprise qu&#8217;on attaque son ennemi. Tout s&#8217;est pass&eacute; selon mes d&eacute;sirs, la le&ccedil;on est bonne et je m&#8217;attends qu&#8217;elle soit incrust&eacute;e dans la m&eacute;moire des Anglais et des sauvages. &raquo;<\/p>\n<p>On dansa, on chanta, on but &agrave; la France, ma&icirc;tresse de l&#8217;Ohio. Moi je pensais tout le temps au corps de mon enseigne, sans chevelure, quelque part sous la mousse dans la for&ecirc;t, la pluie dans la pourriture. Qui vivra, verra.<\/p>\n<p>Au d&eacute;but de l&#8217;automne, nos otages les capitaines Vanbrame et Scobo furent envoy&eacute;s sous bonne garde &agrave; Montr&eacute;al. Scobo &eacute;tait une fouine que je trouvais par tout, nos officiers ne se m&eacute;fiaient pas assez de lui, j e l&#8217;ai vu prendre des notes. Le fort avait maintenant six canons de 6, et neuf de balles pesant deux &agrave; trois livres. On avait coup&eacute; les bois &agrave; deux port&eacute;es de carabine, nous y avion s plant&eacute; un grand champ de ma&iuml;s, il pouvait produire dans les bonnes ann&eacute;es jusqu&#8217;&agrave; deux mille minots de grain. La basse-cour comprenait deux vaches, un taureau, vingt-trois truies et leurs cochonnets, et enfin, plusieurs chevaux.<\/p>\n<p>Des cabanes avaient &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;es au tour du fort pour les surplus de garnison, aussi pour les Indiens de passage. Leurs visites nous aidaient &agrave; secouer la monotonie d&#8217;une vie de b&ucirc;cherons. Nos chefs s&#8217;effor&ccedil;aient de les rallier &agrave; notre cause ; &agrave; l&#8217;Est, les Anglais faisaient pareillement avec les six nations Iroquoises.<\/p>\n<p>Monsieur le marquis Duquesne avait &eacute;crit que le roi d&#8217;Angleterre d&eacute;savouait l&#8217;avance des Virginiens sur l&#8217;Ohio. Il ajoutait : &laquo; Tenez-vous pr&ecirc;ts, la guerre peut &eacute;clater d&#8217;un moment &agrave; l&#8217;autre. &raquo;<\/p>\n<p>Des courriers nous arrivent en f&eacute;vrier 1755. Un g&eacute;n&eacute;ral anglais, Sir Edouard Braddock vient de d&eacute;barquer &agrave; New-York&hellip; il a amen&eacute; deux r&eacute;giments de r&eacute;guliers, le 44&egrave;me, colonel Halkette , et le 48&egrave;me, colonel Dunbar&hellip;les milices de Virginie vont marcher avec eux sur le f&#8217;ort&hellip;<\/p>\n<p>Un ing&eacute;nieur, Monsieur de L&eacute;ry nous arrive pour renforcer nos fortifications. Monsieur de Contre-Coeur lance trois coureurs des bois, &agrave; vingt quatre heures de diff&#8217;&eacute;rence, vers le commandant du D&eacute;troit : &laquo; Nous sommes &agrave; court d&#8217;hommes et de provisions. Combien de sauvages pouvez vous nous envoyer? Quand arriveront-ils? Je suis oblig&eacute; d&#8217;employer la moiti&eacute; de ma garnison aux transports, le reste travaille sous les ordres de Monsieur de L&eacute;ry. Pendant ce temps, les Anglais se rapprochent de nous, je crois qu&#8217;ils ont franchi notre meilleure protection &agrave; l&#8217;Est, les monts Appalaches &raquo;.<\/p>\n<p>Voil&agrave; le printemps de 1755. Le commandant a raison, l&#8217;arm&eacute;e de Braddock a pass&eacute; les montagnes qu&#8217;ils appellent Alleghanys.<\/p>\n<p>En juin, mon ami Pontiac, un des rares sauvages auxquels on peut se fier, vient me dire : &laquo; les Bostonnais seront ici dans trois marches. Ils sont plus nombreux les &eacute;cureuils d&#8217;argent lorsqu&#8217;ils se jettent &agrave; l&#8217;eau en &eacute;t&eacute;. Leurs armes envoient le soleil &agrave; travers les branches, ils s&#8217;en vont sur le gu&eacute; de la Mal-Engueul&eacute;e.<\/p>\n<p>Or, ce gu&eacute; n&#8217;est qu&#8217;&agrave; trois lieues du fort .Nous sommes cinq cents Fran&ccedil;ais et six cent quatre-vingt Indiens, bons &agrave; se battre. D&#8217;autres &eacute;claireurs viennent confirmer Pontiac : ils sont plus de trois mille, sans compter les sauvages&hellip;leur convoi de munitions et d&#8217;artillerie, on n&#8217;en voit pas le bout&hellip;Il y a m&ecirc;me un carrosse &agrave; quatre roues pour leur g&eacute;n&eacute;ral&hellip; &laquo; Est-ce qu&#8217;il est estropi&eacute; ? Non il est &agrave; cheval&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>Le carrosse, ne n&#8217;en crois pas un mot. Histoire de Peaux Rouge affol&eacute;s. Mais conte ou non, ca n&#8217;a pas bonne mine. Sur l&#8217;heure le commandant tient un conseil de guerre. J&#8217;&eacute;tais l&agrave; en qualit&eacute; de secr&eacute;taire, voil&agrave; comment je puis raconter tout ce qui se passe. Nos officiers, messieurs Dumas, Le Mercier, de Beaujeu, de Villiers, de Carqueville, le chevalier de Bailleul, sont des chefs &agrave; toute &eacute;preuve, rompus &agrave; notre genre de guerre. Ils &eacute;coutent les rapports : monsieur de Contre-C&oelig;ur est d&#8217;avis d&#8217;attendre l&#8217;ennemi &agrave; l&#8217;affut derri&egrave;re les murailles et d&#8217;ouvrir le feu &agrave; bout portant, fusils et canons, pendant que nos sauvages attaqueront l&#8217;ennemi &agrave; revers. Les premiers interrog&eacute;s, messieurs Dumas et Le Mercier se rangent &agrave; cet avis. Le capitaine de Beaujeu se l&egrave;ve : &laquo; mon commandant, il faut aller de l&#8217;avant ; il faut aller s&#8217;embusquer &agrave; la travers&eacute;e de la rivi&egrave;re. Nous les prendrons par surprise, tandis qu&#8217;ici ce sera une bataille rang&eacute;e &agrave; forces in&eacute;gales, o&ugrave; nos Indiens ne nous seront d&#8217;aucun secours.. &raquo; &#8211; &laquo; &Ecirc;tes-vous sur qu&#8217;ils vous suivront vers la Mal-Engueul&eacute;e ? Ils paraissent plut&ocirc;t d&eacute;moralis&eacute;e&hellip; &raquo; &#8211; &laquo; Je r&eacute;ponds d&#8217;eux, si vous me laissez partir de suite. Braddock et ses hommes ne connaissent rien &agrave; la guerre des bois. Ici, ils se retrouveront en Europe. Il faut bondir sur eux &agrave; l&#8217;improviste. &raquo;<\/p>\n<p>Ses paroles saccad&eacute;es font sauter en l&#8217;air, tant elles portent juste. Le capitaine Louis de Villiers l&#8217;appuie : &laquo; Il y a cinquante chances sur cent que nous r&eacute;ussirons l&agrave;-bas. Ici nous n&#8217;en aurons que vingt. &raquo;<\/p>\n<p>Le commandant c&egrave;de, apr&egrave;s une coure discussion : &laquo; En tout cas, si vous &ecirc;tes oblig&eacute; de vous replier revenez ici recommencer la bataille. &raquo; Il donne &agrave; monsieur de Beaujeu trois cent cinquante Fran&ccedil;ais et six cent sauvages. Le reste des troupes garde le fort. Je demande &agrave; faire partie de l&#8217;exp&eacute;dition ; enfin nous allons nons battre au lieu de charrier de la terre et des troncs d&#8217;arbre.<\/p>\n<p>Nous filons sur trois colonnes, parall&egrave;lement &agrave;, mais pas sur la route. Trente &eacute;claireurs sont en avant. &Agrave; midi, nous faisons halte. L&#8217;arm&eacute;e anglaise avait d&eacute;j&agrave; pass&eacute; la Mal-Engueul&eacute;e, elle se reformait dans une petite plaine, au sortir du gu&eacute;. De l&agrave;, le terrain se rel&egrave;ve, coup&eacute; de monticules bois&eacute;s, un pays de creux et d bosses. Nous avons manqu&eacute; la surprise dans l&#8217;eau.<\/p>\n<p>Mais nous ne les manquerons pas ici sur les hauteurs selon monsieur de Beaujeu. Il n&#8217;a pas fini de parler que nous voyons arriver l&#8217;ennemi en bas. Foi de Bras de Fer, c&#8217;est le plus beau spectacle du monde. Solides gaillards bien nourris, beaux uniformes neufs, armes qui &laquo; envoient le soleil &agrave; travers les branches &raquo;, pas cadenc&eacute;s comme &agrave; la parade En avant, leurs Highlanders se balancent comme des ours sur leurs griffes de derri&egrave;re. Ils sont au moins trois cents, leurs officiers sont tous &agrave; cheval. Un autre bataillon de m&ecirc;me force suit &agrave; petite distance et puis l&#8217;artillerie, tr&egrave;s nombreuse, les transports, chevaux, mulets, une nu&eacute;e. Je vois aussi, Dieu me pardonne, une voiture, oui le carrosse auquel je n&#8217;avais pas voulu croire. Ca ne s&#8217;&eacute;tait jamais vu, nous la regardions stup&eacute;faits, nous autres, Blancs en guenilles, sauvages nus, armes rouill&eacute;es. Bien sur, nos anges gardiens, en haut, ne doivent pas parier sur nous, si peu nombreux.<\/p>\n<p>Je regarde le capitaine de Villiers. La t&ecirc;te en arri&egrave;re &agrave; sa fa&ccedil;on, il rit sans bruit, quelles dents. Ca nous ragaillardit, monsieur de Beaujeu nous secoue :<\/p>\n<p>&laquo; Trente Fran&ccedil;ais sur la route, trois rangs de dix hommes couch&eacute;s c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te &agrave; neuf pieds de distance. &Agrave; droite et &agrave; gauche, en V dans la for&ecirc;t, les autres avec Dumas et Le Mercier.<\/p>\n<p>&Agrave; mille pieds en avant sur la gauche, les Outaouas, avec de Bailleul, sur la droite les Ab&eacute;naquis avec de Villiers. Tous cach&eacute;s dans les fourr&eacute;s et surtout pas un bruit, pas un mouvement. Mes enfants, au nom d&#8217;Ononthio laissez l&#8217;Anglais s&#8217;avancer entre vos lignes, gardez dans votre gosier le cri de guerre, gardez dans vos fusils le bruit de la poudre, attendez comme des morts la d&eacute;charge de nos carabines sur la route : alors commencez, ne vous arr&ecirc;tez plus, ils sont &agrave; nous, eux et leur butin !<\/p>\n<p>Les Indiens disparurent comme une brume dans les bois. Le commandant savait leur parler. Il se mit &agrave; c&ocirc;t&eacute; de nous sur la route o&ugrave; nous &eacute;tions couch&eacute;s, moi troisi&egrave;me de la gauche, l&#8217;oreille sur la terre qui nous apporte le pas lourd des Highlanders. On les entend rire et causer, il fait si beau, ils sentent si forts.<\/p>\n<p>&laquo; Allons, dit monsieur de Beaujeu &agrave; demi voix : joue, feu ! &raquo; Le premier rang tire &eacute;tendu sur le sol le second &agrave; genoux, le troisi&egrave;me debout. La moiti&eacute; des Anglais tombe et, avant que ceux qui les suivent aient le temps d&#8217;ajuster et tirer, nous faisions une seconde d&eacute;charge. Ensuite tous &agrave; terre, l&#8217;ennemi ne nous voit plus devant lui au moment o&ugrave; le grand V fran&ccedil;ais commence &agrave; tirer &agrave; coup sur.<\/p>\n<p>Loin en arri&egrave;re, su les flancs de la colonne anglaise, le cri de guerre &eacute;clate, les balles arrivent des deux c&ocirc;t&eacute;s. Chacun derri&egrave;re son arbre ajuste et tire dans le tas. On croirait que nous sommes vingt fois plus nombreux que nous le sommes.<\/p>\n<p>Les Highlanders rompent leur front sur la route, ils font volte face et ripostent au jug&eacute; en bon ordre. Ils tirent sur chaque fum&eacute;e qui s&#8217;&eacute;l&egrave;ve au-dessus des fourr&eacute;s. Leurs officiers, l&#8217;&eacute;p&eacute;e &agrave; la main, passent dans leurs rangs, leurs chevaux y jettent le d&eacute;sordre, la route est trop &eacute;troite et quelle belle cible pour nous ! Sans-Quartier compte &agrave; haute voix ceux qu&#8217;il descend : huit, neuf, dix. Je crois qu&#8217;il exag&egrave;re.<\/p>\n<p>Le second bataillon anglais nous para&icirc;t en plus mauvaise posture encore. Il commence &agrave; tirer &agrave; tort et &agrave; travers. Cependant leurs rangs s&#8217;ouvrent pour laisser passer deux canons, au galop, avec un officier qu&#8217;on m&#8217;a dit plus tard &ecirc;tre le colonel Ouasinton. Il para&icirc;t plus calme que les autres. Il sait mieux la guerre en Am&eacute;rique. Ses canons s&#8217;arr&ecirc;tent en face de nous, ils crachent leur bord&eacute;e nous avons eu le temps de nous &eacute;gailler parmi les pin, sauf trois retardataires. On les emporte, ils sont morts. L&#8217;un d&#8217;eux est monsieur de Beaujeu.<\/p>\n<p>Le capitaine Le Mercier accourt : le corps a &eacute;t&eacute; presque d&eacute;capit&eacute;. Il est beau de mourir ainsi&hellip;.&laquo; Cache le dans ces broussailles, Bras de Fer, ne dis rien &agrave; personne, attends la fin de la bataille. Qu&#8217;est ce qui arrive l&agrave;-bas ? &raquo;<\/p>\n<p>Il regarde &agrave; droite. Un autre canon tire maintenant sur les Ab&eacute;naquis, il ne leur fait aucun mal, mais ses bord&eacute;es abattent des arbres sur leurs t&ecirc;tes, le d&eacute;sarroi commence, gare &agrave; la panique. Si on ne peut les ramener au combat, les Outaouas feront de m&ecirc;me et partie sera perdue ; nous sommes trop peu de Fran&ccedil;ais. Soudain je vois le capitaine de Villiers sauter sur un arbre &agrave; bas ; il a perdu dans la bagarre son casque &agrave; fleur d&#8217;Ononthio, ses cheveux se collent sur son visage noir de poudre on ne le reconnaitrait pas s&#8217;il ne tenait haut en l&#8217;air sa carabine et sa fameuse dague rouge. Des gouttes en d&eacute;coulent sur ses bras nus. Il crie : &laquo; Fr&egrave;res ! Enfants d&#8217;Ononthio ! &Ecirc;tes vous des femmes, pour avoir peur du bruir ou des arbres qui tombent ? Revenez en avant avec moi, ils sont &agrave; nous et leur butin&hellip;A&iuml;e, hi, A&iuml;e ! &raquo;<\/p>\n<p>En v&eacute;rit&eacute;, il a l&#8217;air d&#8217;Areskou&iuml;, dieu de la guerre. Une force sort de lui, elle entre en vous, elle vous transporte. Je l&#8217;ai d&eacute;j&agrave; ressentie au fort N&eacute;cessit&eacute;. Les Ab&eacute;naquis s&#8217;arr&ecirc;tent, foncent en avant derri&egrave;re lui, recommencent le feu. Monsieur de Bailleul redouble sa fusillade avec ses Outaouas, l&#8217;arri&egrave;re-garde anglaise tourbillonne, tire au hasard, m&ecirc;me sur son avant-garde. Celle-ci n&#8217;a plus d&#8217;officiers, elle recule et tous l&acirc;chent pied dans un d&eacute;sordre &eacute;pouvantable.<\/p>\n<p>&Agrave; la hache maintenant, crie monsieur Le Mercier !<\/p>\n<p>Rouges et Blancs, nous fon&ccedil;ons sur l&#8217;ennemi en pleine panique. Il court vers la prairie du gu&eacute;, il a perdu des centaines et des centaines d&#8217;hommes, les officiers se sont tous fait tuer il n&#8217;y a plus pour ainsi dire qu&#8217;&agrave; ex&eacute;cuter leurs beaux soldats.<\/p>\n<p>Et le butin ! Il passe tout ce que nous avons r&ecirc;v&eacute; ; quinze drapeaux, neuf canons, d&#8217;innombrables charges d&#8217;armes, de munitions, de vivres jusqu&#8217;&agrave; la valise du g&eacute;n&eacute;ral. Nous trouvons m&ecirc;me des sacs d&#8217;or et d&#8217;argent ; de belles pi&egrave;ces neuve que les sauvages, furieux, jettent partout : &laquo; Hugh ! &Agrave; quoi &ccedil;a est-il bon ? &raquo;<\/p>\n<p>Tel fut le pillage et la confusion des vainqueurs que, si l&#8217;ennemi s&#8217;&eacute;tait ralli&eacute; et revenu sur nous, nous aurions sans doute &eacute;t&eacute; &eacute;cras&eacute;s. Mais la panique les emporta jusque vers les monts Appalaches. Et on m&#8217;a racont&eacute; plus tard que notre victoire de la Mononghaela, &agrave; un Fran&ccedil;ais contre sept Anglais avait souffl&eacute; l&#8217;&eacute;pouvante sur la fronti&egrave;re de la Pennsylvanie o&ugrave; les marchands quitt&egrave;rent leurs comptoirs de la Virginie, o&ugrave; les n&egrave;gres affol&eacute;s coururent d&#8217;habitation en habitation : &laquo; Les Fran&ccedil;ais arrivent&hellip;les sauvages aussi&hellip;Tout est perdu&hellip;Sauve qui peut&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>Vers la fin du combat, j&#8217;avais gagn&eacute; l&#8217;extr&ecirc;me gauche o&ugrave; Mimile avait aper&ccedil;u des S&eacute;n&eacute;cas. Je ne vis rien du tout et je venais prendre ma part de butin, lorsque j&#8217;entrevis coll&eacute; contre un pin, le corps d&#8217;un Indien. Il se confondait si bien avec l&#8217;&eacute;corce que je fus oblig&eacute; de regarder &agrave; deux fois. Il me tournait le dos, il regardait cette plaine encombr&eacute;e de fuyards &agrave; travers les d&eacute;tonations et les hurlements. Une branche me cachait sa t&ecirc;te ; il la releva : elle &eacute;tait recouverte d&#8217;un casque d&#8217;h&eacute;risson et le cou &eacute;tait ray&eacute; de rouge. Oh, grand Saint Bayard, merci !<\/p>\n<p>J&#8217;&eacute;tais tout pr&egrave;s de lui. Je prends ma hache, je la lance droit sur ses jarrets. Il tombe, il veut se relever, il retombe. Son tendon droit est coup&eacute; net, le plus beau coup du monde. Je bondis sur lui, il a son couteau &agrave; la main, je lui plonge le mien dans la poitrine. Il ouvre la bouche, il crie, ses yeux deviennent immenses. Je lui mets un pied dessus: &laquo; Tu n&#8217;es pas encore mort, mon p&egrave;re. Tiens, je vais te rendre ce que tu as fait &agrave; mon capitaine aux Grands Pr&eacute;s. &raquo; Je lui cercle le visage de la pointe de mon couteau, je lui arrache son casque d&#8217;h&eacute;risson, je vais&hellip;Mais je m&#8217;arr&ecirc;te le bras en l&#8217;air, je ne puis en croire mes yeux: il est chauve, pas un seul cheveu, une seconde peau malade sur le crane : il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; scarpel&eacute; jadis, il n&#8217;en n&#8217;est pas mort. Comment est-ce Dieu possible ?<\/p>\n<p>J&#8217;h&eacute;site une seconde, il doit croire que je vais avoir piti&eacute; de lui, il demande gr&acirc;ce : alors, je le frappe de ma hache, une fois, deux fois, une fois encore. Sa cervelle jaillit de tous les c&ocirc;t&eacute;s, il est mort. Bien mort. Tout &agrave; fait mort. Mon capitaine est veng&eacute;, je suis relev&eacute; de mon v&oelig;u.<\/p>\n<p>Ce soir-l&agrave;, le plus heureux de nos huit cent cinquante hommes, Peaux Blanches, Peaux Rouges, celui qui dormit le mieux au soir de la Mononghaela, ce fut moi, Bras de Fer, soldat du Roy en Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>__________&nbsp; <a title=\"Notes\" name=\"Notes\"><\/a><\/p>\n<p>Notes :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#1\">(1)<\/a> : Pour Outaouais, tribu de cette r&eacute;gion, d&#8217;o&ugrave; vient le nom Ottawa.<br \/><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319&amp;Itemid=319#2\">(2)<\/a> : Future cit&eacute; de Pittsburgh.<br \/><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#3\">(3)<\/a> : L&#8217;Ohio.<br \/><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#4\">(4)<\/a> : Nom courant de la rivi&egrave;re Monongahela.<\/h6>\n<h6><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#5\">(5)<\/a> : Petit mammif&egrave;re, de l&#8217;esp&egrave;ce des Gloutons, voraces et omnivores.<\/h6>\n<h6><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=623:bras-de-fer-1754-1755&amp;Itemid=319#6\">(6)<\/a> : Il s&#8217;agit de George Washington, &acirc;g&eacute; de 23 ans, consid&eacute;r&eacute; par les Am&eacute;ricains comme un h&eacute;ros de la Guerre de Sept ans contre les Fran&ccedil;ais.<\/h6>\n<p align=\"right\"><a href=\"http:\/\/cfqlmc.org\/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=622:1753-1755-un-temps-ou-la-france-remportait-des-victoires-sur-l-angleterre-en-amerique-quatre-ans-plus-tard&amp;Itemid=292\">&lt;&mdash; Retour au texte d&#8217;introduction<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1753-1755 : un temps o&ugrave; la France remportait des victoires sur l&#8217;Angleterre en Am&eacute;rique. 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